vendredi 22 juin 2012

Genèse de la laïcité

Rêvons d'un monde où l'appartenance et la croyance religieuses seront d'autant plus respectables et respectées qu'elles appartiendront au domaine de la vie privée. Rien ne se fera tant qu'une religion voudra imposer un mode de vie à l'ensemble d'une population. La France a légué au monde le merveilleux cadeau de la laïcité, ultime garante d'une véritable liberté. Les musulmans, chrétiens, juifs, bouddhistes, hindouistes, athées, agnostiques du monde entier, doivent faire du combat pour la séparation des cultes et des états leur absolue priorité, s'il préfèrent vraiment leur vie à la mort, la démocratie à la dictature,  et l'épanouissement à la servitude. André Bercoff, journaliste franco-libanais.

Concept d’origine française, la laïcité est perçue par les islamistes, comme la plupart des ignorants et des incultes, comme étant l’athéisme. Il n’en est rien.
 
Le terme grec, laos, désigne l'unité d’une population, considérée comme un tout indivisible. Le laïc est l’homme du peuple, qu’aucune prérogative ne distingue ni n’élève au-dessus des autres. La laïcité, en ce sens originel, c’est la liberté et l’égalité.  
Il n’y a aucune connotation anti religieuse.
Remarquons d’abord que le principe des références constitutionnelles à la religion n’est pas un problème en soi. Ce qui peut l’être, en revanche, c’est la portée non définie des mentions constitutionnelles en question. En Tunisie et dans le monde arabe, l’on est dans ce cas de figure. La référence à la religion dans les textes constitutionnels est équivoque. En effet, avec l’introduction des références démocratiques dans les discours de légitimation de l’ordre politique, le statut constitutionnel de l’Islam reste très ambigu. L’on ne peut véritablement savoir si c’est l’islam qui fonde et justifie le choix démocratique ou si, à l’inverse, c’est le choix démocratique qui consacre l’islam comme religion d’Etat. Et derrière ce flou, se profile la question cruciale de « l’obligation politique » sur laquelle sont fondés les rapports de « commandement/obéissance » à la source de toute organisation sociale.
Cette question fondamentale n’étant toujours pas résolue, cela continuera à poser de sérieux problèmes à l’émancipation de la démocratie dans nos pays, sauf si l’on accepte de considérer que la religion de chacun est du domaine privé, et que l’Islam doit être préservé de son utilisation comme arme de conquête du pouvoir. Dans ce dernier cas, nous en voyons les conséquences désastreuses tous les jours : attaques des universités, des chaînes de télévision, des journalistes, de salles de cinéma et de théâtre, sans parler des menaces physiques contre les citoyens.

1- Les racines de la laïcité

L’institution de la religion d’état, en France, caractéristique de la royauté, était fondée depuis 1515 sur le concordat conclu à Bologne (Italie) entre François 1er et le pape Léon X. Ce concordat reconnaissait une très grande place à l’Eglise avec des privilèges qui l’exemptaient d’impôts et qui lui confiait  des missions de services publics (enseignement, santé, etc.).
La « philosophie des lumières » au 18eme siècle, remet en cause le socle même de la religion et a, selon Condorcet, « pour cri de guerre : raison, tolérance, humanité ». Une des premières brèches qui entame ce pouvoir est l’édit de Tolérance de 1787 qui instaure la laïcisation de l’état-civil avec la reconnaissance du mariage civil. 
La Révolution de 1789 constitue une nouvelle étape. Le 16 août 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, proclame : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». La Constitution de 1791 instaure la liberté du culte et accorde les mêmes droits aux différentes religions. Le 20 avril 1792, Condorcet présente un rapport sur l’instruction publique devant l’Assemblée législative. Il développe principalement comme idée les principes d’égalité et d’universalité de l’instruction. Ce rapport bannit de l’école toute doctrine politique, toute autorité religieuse, tout dogme intellectuel ou pédagogique. En 1795, les Thermidoriens réalisent une première séparation de l’Eglise et de l’Etat, annulée par le concordat de 1801.

2. L’union du trône et de l’autel , « du sabre et du goupillon » au 19e siècle.

Cette union fonctionne sous l’Empire (premier et second), la royauté, et la seconde république, comme elle fonctionne de nos jours dans les états islamiques : le Pouvoir et la Mosquée marchent la main dans la main, pour le bonheur des riches, des privilégiés, des imams, des ayatollahs, des cheikhs et autres Gourous. Le peuple est abandonné à "la volonté d'Allah", aux Inchallah et aux "Dieu l'a voulu". Si vous êtes chômeur, priez Dieu qu'il vous aide !

La même phénomène s'est passé en Europe sous l'Empire, équivalent européen du Califat.  L’évêque de Rennes salue ainsi en Napoléon III « de tous les monarques depuis Saint Louis le plus dévoué à l’Eglise et à son œuvre de civilisation et de progrès ». Traduction en arabo-musulman : Le mufti de la Zitouna salue ainsi en Rached Ghannouchi le plus dévoué des califes à la Mosquée depuis Omar Ibn El Khattab.
 
Le haut clergé se situe ainsi totalement du côté de l’Ordre contre « les classes dangereuses », contre « le péril rouge », contre les « partageux ». Il en sera payé en retour, avec la loi Falloux du 15 mars 1850, qui impose alors l’instruction religieuse dans le programme de toutes les écoles, et obligatoirement, une prière précède et termine chaque journée de travail des élèves. C'est l'équivalent de la prolifération des écoles coraniques pour les mômes en Tunisie, afin d'en faire de futurs talibans bien formatés, capables de se faire sauter et de tuer allègrement ses semblables et ses dissemblables, musulmans ou pas.

3- Le Décret du 2 avril 1871 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat

Le premier décret que promulgue La Commune, état révolutionnaire à Paris, le 2 avril 1871, est le décret de séparation de l’Eglise et de l’Etat, votée à l’unanimité :
« La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République est la liberté, Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés, Considérant que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté ; DECRETE :
- Article-1. l’Eglise est séparée de l’Etat.
- Article-2. Le budget des cultes est supprimé.
- Article-3. Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, sont  déclarés propriété nationale.
 - Article-4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation. »
Remarquons, ici, que Bourguiba avait très vite fait siens les articles 3 et 4 ci-dessus, en nationalisant les « habouss », ces biens de mainmorte, qui appartenaient aux confréries religieuses musulmanes, symboles de l'archaïsme de la société tunisienne d'alors. Ces biens étaient généralement à l'abandon et en ruines, mais personne n'osait y toucher.

Dans la foulée du décret, la Commune crée, pour la première fois, l’école laïque, gratuite et obligatoire.
Ainsi et conformément à son contexte d’origine, nous pouvons définir la laïcité par l’absence de toute référence religieuse du sein des éléments de légitimation de l’ordre juridico-politique, matérialisée par une séparation totale de la Religion  et de l’Etat.  

Cette séparation est assurée par une privatisation intégrale de toutes les institutions religieuses.

Ce bref rappel historique démontre que, sous toutes les latitudes, il y a des intégristes religieux et des politiciens véreux et arnaqueurs qui utilisent la religion à des fins très peu catholiques ou très peu musulmans (pouvoir, argent, népotisme, vol, mensonge, exploitation du peuple, exploitation des femmes, etc.).

Hannibal Genséric