vendredi 15 mars 2013

Nos glorieux ancêtres : les trois papes tunisiens

Préambule

Nous avons commencé la liste de nos grands hommes souvent "oubliés" par l'histoire "officielle",  par Hannibal, que tout le monde connaît, et Genséric, que l'on connaît moins, et qui fut cependant le plus grand roi de Carthage de tous les temps. C'est lui qui a pu venger la destruction de Carthage, par le sac de Rome en 455.  Le vieux roi vandale, qui ne sera jamais égalé par ses successeurs, meurt octogénaire de cause naturelle le 25 janvier 477 et sera inhumé à Utique.


Au moment où les Catholiques élisent leur nouveau pape, François premier, il est utile de rappeler que La Tunisie a donné trois papes à Rome. Ce fait est d'autant plus remarquable que les papes d'origine africaine sont rares.

Saint Victor 1er


- Né en Afrique du Nord (territoire de l'actuelle Tunisie)
- Élu pape à Rome en 189
- Mort martyr vers l'an 198
- Son anniversaire est fêté à Tunis le 11 janvier
Africain de naissance et premier pape latin, il aurait promu la latinisation de l'Église romaine, qui avait été jusque là sous l'influence gréco-orientale. Il fut certainement le plus énergique des papes du II° siècle.
Au début de son pontificat, il s'efforça de convaincre les autres Églises de se conformer à l'usage romain de célébrer la fête de Pâques le premier dimanche après le 14° jour du mois juif de Nisan (date de la Pâque juive).
Sous son impulsion, plusieurs synodes eurent lieu à Rome et dans d'autres centres, de la Gaule à la Mésopotamie, et la majorité accueillit ses dispositions. Cependant, les Églises d'Asie Mineure refusèrent d'abandonner l'ancien usage de célébrer Pâques le 14° jour de Nisan, quel que soit le jour de la semaine. Victor les exclut de la communion non seulement avec Rome, mais avec toute l'Église.
Cette initiative provoqua un grand nombre de protestations, et Irénéee de Lyon, dont l'Église avait pourtant accepté la décision de Victor, fit sagement remarquer que tous les papes précédents, jusqu'à Sotère, s'étaient montrés indulgents envers l'usage du 14° jour, à une époque où Rome ne célébrait pas encore la fête pascale, ce qui rendait la discordance encore plus évidente.
Victor est le premier pape qui ait été en relation avec la maison impériale. Il envoya à Marcia, croyante et amie de l'empereur Commode (180-192) une liste de chrétiens condamnés aux travaux forcés dans les mines de Sardaigne et obtint leur libération. Dans le groupe des condamnés, il y avait le futur pape Calixte 1er.
Victor subit le martyre vers 198 et fut enseveli près de Saint Pierre à Rome.

Saint Miltiade

 
-Né en Afrique du Nord (territoire de l'actuelle Tunisie)
-Élu pape le 2 juillet 311
-Mort le 10 janvier 314
-Enseveli à Rome dans le cimetière de Saint Calixte
-Fêté en Tunisie le 10 décembre
Quand l'empereur Maxence ordonna la restitution du patrimoine ecclésiastique, y compris les terres et édifices qui avaient été confisqués au début de la persécution de Dioclétien (303), le pape Miltiade envoya ses diacres chez le préfet de la ville pour réclamer la restitution des biens. La fête de Pâques put être célébrée pour la première fois le 13 avril 312 en sûreté dans les lieux sacrés.
L'empereur Constantin, après sa victoire sur Maxence (28 octobre 312) fit cadeau à Miltiade du palais de l'impératrice Fausta. Sur cet emplacement, il fit construire la basilique de Saint Jean de Latran, qui devint la résidence papale.
Un synode convoqué par le pape Miltiade à la demande de l'empereur établit, contre l'avis des Donatistes, que l'évêque de Carthage Cécilianus était légitime et que l'efficacité des Sacrements ne dépend pas du mérite des célébrants. Donatus, qui exigeait un deuxième baptême et une deuxième ordination sacerdotale pour ceux qui avaient abjuré pendant les persécutions, fut excommunié.
Suite aux protestations des Donatistes, l'empereur convoqua un deuxième concile des provinces occidentales à Arles, le 1er août  314. Mais Miltiade mourut le 10 janvier.  Il fut enseveli dans le cimetière Saint Calixte, sur la Via Appia à Rome.


Saint Gélase

-Né en Afrique du Nord (territoire de l'actuelle Tunisie)
-Élu pape le 1er mars 492
-Mort le 21 novembre 496
-Enseveli à Saint Pierre de Rome
-Fêté en Afrique du Nord le 11 novembre
Il avait été archidiacre sous le pape Félix III et avait beaucoup contribué à sa politique et à la rédaction de ses lettres.
En tant que pape, il se retrouva dans une situation difficile. Des rois barbares, tous membres de la secte Arienne, gouvernaient l'ancien territoire de l'Empire d'Occident. Les Ostrogoths, avec leur chef Théodoric, avaient envahi l'Italie et assiégeaient le roi Odoacre à Ravenne. La guerre avait provoqué l'arrêt des approvisionnements, une grande affluence de réfugiés et une forte diminution du nombre de prêtres. Un schisme avec l'Église Orientale suite à l'imposition en Orient de l'Henoticon, qui contredisait les décisions du concile de Chalcédoine  (451).
Gélase :
1. établit de bonnes relations avec le roi Théodoric, lorsque celui-ci devint le maître d'Italie. Ce roi était Arien, mais tolérant et n'intervenait pas dans les affaires d'Église.
2. employa son patrimoine personnel pour secourir les pauvres, il rendit plus tolérable la famine en donnant des provisions venant des territoires pontificaux et des secours offerts par Théodoric; il assouplit les caractères d'admission à la prêtrise, afin d'ordonner plus de prêtres.
3. affronta avec fermeté le schisme oriental, ce qui lui ôta les sympathies de l'empereur  Anastase, mais fut obligé de réhabilité l'évêque Misène, qui avait été excommunié par Félix III.
4. fut le premier pape appelé "Vicaire de Jésus-Christ".
5. exposa dans plusieurs textes la théorie des deux pouvoirs qui gouvernent le monde: l'autorité consacrée des évêques et le pouvoir royal. Les deux sont d'origine divine, souverains et indépendants dans leurs domaines respectifs. L'autorité spirituelle est pourtant supérieure, puisqu'elle a pour but le salut de la réalité temporelle.
6. lutta contre l'hérésie pélagienne.
Gélase fut aussi  un écrivain fécond, dont il reste plus de cent lettres et six traités théologiques, ainsi que dix-huit formulaires de la Messe.
Le moine Denis le Petit, qui vécut à Rome entre 500 et 550 et fréquenta ses disciples, nous le décrit comme un homme humble, soucieux de servir, qui trouvait sa joie dans la conversation avec les serviteurs de Dieu et dans la méditation de la Bible, et qui tâchait de suivre le Bon Pasteur par la mortification et la charité.