lundi 3 juin 2013

Islam et esclavage



Marché aux esclaves
Zanzibar
De Brunei, au Yémen, dans les pays du Sahel africain, chez les Touaregs, en Libye, dans le Sud tunisien, en Égypte, en Arabie, en Mésopotamie, au Soudan ou à Djibouti, il n’est pas un lieu gagné par l’islam où ne se soit jamais pratiqué le commerce d’esclaves. Combien furent-ils ? On estime à plus de 20 millions le  volume total de l’esclavage en terres arabes et musulmanes, car les négriers arabes ont sévi durant 14 siècles. Si leur descendance est relativement faible, c’est que les esclaves hommes étaient systématiquement castrés (les eunuques).
L'esclavage est encore - illégalement - pratiqué dans de nombreux pays du Moyen-Orient d'une façon plus discrète. Il n'a été officiellement aboli en Arabie Saoudite qu'en 1960, mais il continue sous une forme officieuse avec l'exploitation des travailleurs étrangers (africains, indiens et philippins) qui constituent une armée d'esclaves au service des émirs du pétrole. 

En ce mois de juin 2013, une femme politique koweïtienne, ancienne candidate aux élections législatives recommande la légalisation des esclaves sexuelles féminines pour les hommes musulmans afin, dit-elle, de prévenir l’adultère ou le péché. Salwa Al-Mutairi, dans une vidéo diffusée sur internet, dit qu’elle a été informée par certains responsables religieux, qu’il serait préférable, du point de vue islamique, que les riches musulmans achètent des femmes  à des fins sexuelles, par le biais d’une agence d’esclaves, s’ils craignent d’être séduits ou tentés par un comportement immoral à cause de la beauté de leurs servantes, ou même à cause des «sorts» que leurs employés leur auraient jeté.
Nous voulons que nos jeunes soient protégés contre l’adultère”, a déclaré Al-Mutairi, suggérant que ces filles pourraient être importées de pays dévastés par la guerre, comme la Tchétchénie, puis confiées ensuite à de pieux marchands chargés de les vendre.

Il n’y a pas de honte à ça et ce n’est pas haram (interdit) en vertu de la charia (loi islamique) ” dit Mutairi s’appuyant sur le récit de la vie du  Calife Haroun Al-Rachid (766-809) qui été marié mais possédait quelque 200 esclaves concubines.
Madame Mutairi préconise l’ouverture d’agences pour le commerce des esclaves sexuelles qui fonctionneraient sur le modèle des agences de recrutement qui fournissent des employées de maison.

Au  moment de la naissance de l’islam, l’Arabie était une société tribale, dans laquelle il n’existait pas de structure organisée, aucun pouvoir centralisé. Et de l’islam, dans une telle  société, est né un État, ce qui est  déjà révolutionnaire. Mais comment  mettre en place une structure étatique dans ces  conditions? Le seul lien d’autorité efficace existant à l’époque était  l’esclavage. Alors, il fallait s’appuyer  dessus : l’islam l’a fait. L’islam est donc né dans une région où l’esclavage était quasiment un mode de production. Nous avons vu que, pour les bédouins arabes, le travail manuel, en particulier dans l’agriculture, est considéré comme dégradant : il est réservé aux esclaves.

Les "chameauroutes" de l'esclavage

Le trafic suit d'abord les routes transsahariennes. Des caravanes vendent, à Tombouctou par exemple, des chevaux, du sel et des produits manufacturés. Elles en repartent l'année suivante avec de l'or, de l'ivoire, de l'ébène et... des esclaves pour gagner le Maroc, l'Algérie, l'Égypte et, au-delà, le Moyen-Orient. Au XIXe siècle se développe aussi la traite maritime entre le port de Zanzibar (aujourd'hui en Tanzanie) et les côtes de la mer Rouge et du Golfe persique.
Le sort de ces esclaves, razziés par les chefs noirs à la solde des marchands arabes, est dramatique. Après l'éprouvant voyage à travers le désert, les hommes et les garçons sont systématiquement castrés avant leur mise sur le marché.
Les contes des Mille et Une Nuits, écrits au temps du calife Haroun al-Rachid (et de Charlemagne), témoignent des mauvais traitements infligés aux esclaves noirs et du mépris à leur égard (bien qu'ils fussent musulmans comme leurs maîtres).
Ce mépris a perduré au fil des siècles. Ainsi peut-on lire sous la plume de l'historien arabe Ibn Khaldoun (1332-1406) : «Il est vrai que la plupart des nègres s'habituent facilement à la servitude ; mais cette disposition résulte, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, d'une infériorité d'organisation qui les rapproche des animaux brutes. D'autres hommes ont pu consentir à entrer dans un état de servitude, mais cela a été avec l'espoir d'atteindre aux honneurs, aux richesses et à la puissance» (Les Prolégomènes, IV). Ces propos précèdent de deux siècles la traite atlantique des Occidentaux.

L’esclavagisme participait donc d’un système économique et social organisé

Depuis les premiers siècles, l’esclavage faisait l’objet d’un commerce florissant. L’approvisionnement en esclaves était assuré par l’achat d’esclaves, par les razzias, par le djihad et par la piraterie sur mer.
Il était régi par le droit (fiqh). Ce droit musulman spécifie qu’on ne peut être esclave que par naissance, ou par capture pour les non-musulmans. Les esclaves musulmans ne sont donc que des individus nés esclaves ou qui étaient esclaves avant leur conversion à l’islam. Toutes ces raisons expliquent que l’esclavage ne pouvait subsister que par l’apport d’éléments extérieurs capturés lors des guerres ou amenés commercialement. Par ailleurs, l’esclave, considéré comme une chose, est une propriété. Il peut donc être vendu, donné, légué, loué. Il n’est, à ce titre qu’une « simple marchandise ». Il se range, en règle générale, dans la même catégorie que les animaux. Il n’a donc pas d’identité sociale (il n’hérite pas et ne transmet pas à sa descendance). On ne peut cependant pas séparer le jeune enfant de moins de 7 ans de sa mère esclave. Lorsqu’une concubine a un enfant du maître, elle devient libre à la mort de ce maître. De nombreux califes sont nés d’une mère esclave.
Dire que l’islam a posé  les bases de la libération des esclaves et que les sociétés n’ont pas suivi est  une erreur provenant d’une méconnaissance des textes et de la réalité historique. Il suffit de lire les versets coraniques qui suivent pour s’en convaincre. 

Esclavage et décadence

Les contingents très importants de main d'oeuvre servile ont contribué à la stagnation économique et sociale du monde musulman. Ils ont causé aussi de nombreux troubles. C'est ainsi qu'à la fin du IXe siècle, la terrible révolte des Zendj (ou Zenj, d'un mot arabe qui désigne les esclaves noirs), dans les marais du sud de l'Irak, a entraîné l'empire de Bagdad sur la voie de la ruine et de la décadence.

Que dit le Coran ?

Nous avons vu que le Coran n’a pas aboli la prostitution, mais il en a interdit l’exploitation financière, c'est-à-dire le proxénétisme. Le Coran, tout comme la Bible, n’a pas aboli non plus l’esclavage, mais, spirituellement, il donne à l’esclave la même valeur que l’homme libre et il est promis au même destin éternel. Mais dans ce bas-monde, l’esclave doit se soumettre à sa condition inférieure avec résignation. Le Coran considère comme conforme à l’ordre des choses établi par Dieu cette discrimination entre les humains. L’affranchissement est un geste méritoire et l’éthique musulmane insiste sur l’obligation de bien traiter ses esclaves. L’esclave en échange a le devoir de servir loyalement son maître.
Voici quelques versets explicites.


Sourate 2 ; Verset :178 - "Ô vous qui croyez ! La loi du talion vous est prescrite en matière de meurtre : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme."
  يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ كُتِبَ عَلَيْكُمُ الْقِصَاصُ فِي الْقَتْلَى الْحُرُّ بِالْحُرِّ وَالْعَبْدُ بِالْعَبْدِ وَالأُنثَى بِالأُنثَى
Sourate 4 ; verset 24 –  et parmi les femmes, les dames (qui ont un mari), sauf si elles sont vos esclaves en toute propriété . Prescription d'Allah sur vous! A part cela, il vous est permis de les rechercher, en vous servant de vos biens et en concluant mariage, non en débauchés. Puis, de même que vous jouissez d'elles, donnez-leur leur dot (mahr), comme une chose due. Il n'y a aucun péché contre vous à ce que vous concluez un accord quelconque entre vous après la fixation de la dot.
وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ النِّسَاء إِلاَّ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ كِتَابَ اللَّهِ عَلَيْكُمْ وَأُحِلَّ لَكُم مَّا وَرَاء ذَلِكُمْ أَن تَبْتَغُواْ بِأَمْوَالِكُم مُّحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ فَمَا اسْتَمْتَعْتُم بِهِ مِنْهُنَّ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ فَرِيضَةً وَلاَ جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِيمَا تَرَاضَيْتُم بِهِ مِن بَعْدِ الْفَرِيضَةِ
Sourate 8, Verset 69 – "Disposez donc de ce qui vous est échu en tant que butin licite et pur, et craignez Dieu. En vérité, Dieu est Clément et Compatissant."
فَكُلُواْ مِمَّا غَنِمْتُمْ حَلالاً طَيِّبًا وَاتَّقُواْ اللَّهَ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Sourate 16; verset 71 سورة النحل   "Dieu a favorisé certains d’entre vous plus que d’autres dans la répartition de ses dons. Que ceux qui ont été favorisés ne reversent pas ce qui leur a été accordé à leurs esclaves au point que ceux-ci deviennent leurs égaux."
وَاللَّهُ فَضَّلَ بَعْضَكُمْ عَلَى بَعْضٍ فِي الرِّزْقِ فَمَا الَّذِينَ فُضِّلُواْ بِرَادِّي رِزْقِهِمْ عَلَى مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُمْ فَهُمْ فِيهِ سَوَاء
Sourate 16 Verset 75 – "Dieu propose en parabole un serviteur réduit à l’esclavage et dénué de tout pouvoir, et un homme libre à qui Nous avons accordé d’amples ressources dont il use en secret et en public. Ces deux hommes sont-ils égaux? Non, louange à Dieu !"
ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلاً عَبْدًا مَّمْلُوكًا لاَّ يَقْدِرُ عَلَى شَيْءٍ وَمَن رَّزَقْنَاهُ مِنَّا رِزْقًا حَسَنًا فَهُوَ يُنفِقُ مِنْهُ سِرًّا وَجَهْرًا هَلْ يَسْتَوُونَ الْحَمْدُ لِلَّهِ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لاَ يَعْلَمُونَ
Sourate 23 ; versets 5-6 – "…qui s’abstiennent de tout rapport charnel, sauf avec leurs épouses ou leurs esclaves, en quoi ils ne sont pas à blâmer…"
وَالَّذِينَ هُمْ لِفُرُوجِهِمْ حَافِظُونَ
إِلاَّ عَلَى أَزْوَاجِهِمْ أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُمْ فَإِنَّهُمْ غَيْرُ مَلُومِينَ
Sourate 24,  Verset. 33,  Ceux de vos esclaves qui cherchent un contrat d'affranchissement, concluez ce contrat avec eux si vous reconnaissez du bien en eux; et donnez-leur des biens de Dieu qu'Il vous a accordés. Et dans votre recherche des profits passagers de la vie présente, ne contraignez pas vos femmes esclaves à la prostitution, si elles veulent rester chastes. Si on les y contraint, Dieu accordera, après qu'elles aient été contraintes, son pardon et sa miséricorde.
وَالَّذِينَ يَبْتَغُونَ الْكِتَابَ مِمَّا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ فَكَاتِبُوهُمْ إِنْ عَلِمْتُمْ فِيهِمْ خَيْرًا وَآتُوهُم مِّن مَّالِ اللَّهِ الَّذِي آتَاكُمْ وَلا تُكْرِهُوا فَتَيَاتِكُمْ عَلَى الْبِغَاء إِنْ أَرَدْنَ تَحَصُّنًا لِّتَبْتَغُوا عَرَضَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَن يُكْرِههُّنَّ فَإِنَّ اللَّهَ مِن بَعْدِ إِكْرَاهِهِنَّ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Sourate 33; verset 50 - Ô Prophète ! Nous déclarons licites pour toi tes épouses que tu as dotées et les captives que Dieu t’a accordées au titre de butin de guerre
يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ إِنَّا أَحْلَلْنَا لَكَ أَزْوَاجَكَ الَّلاتِي آتَيْتَ أُجُورَهُنَّ وَمَا مَلَكَتْ يَمِينُكَ

Statut, ascendance ou couleur de peau, il n'y avait pas, même au temps du Prophète, d'égalité entre les croyants. C'est dire qu'il n'y a pas eu d'âge d'or, et que le monde arabe ne trouvera un avenir de liberté que s'il accepte de déconstruire ses légendes et de regarder son passé en face, de se désengluer d'un héritage plus ou moins inconscient, qui, comme tous les autres, l'occidental inclus, est aussi glorieux que piégé. Quant bien même la réalité de l’esclavage arabe est reconnue, c’est souvent pour en atténuer la rudesse : il n’aurait pas abouti à la dépersonnalisation de l’esclave, comme cela a été le cas avec le commerce triangulaire Afrique-Amérique-Europe, affirme-t-on. Comme s’il pouvait y avoir une graduation dans l’infamie.
Aucun changement  social radical ne pourra s’opérer dans les pays musulmans sans une révolution culturelle radicale, sans vision d’avenir, sans initiative et sans projet  social. Or, nos sociétés sont encore  captives d’anciennes représentations du monde, ce n’est pas simplement  un problème politique. Ce qui veut dire qu’il faut rompre avec les représentations surannées et archaïques du monde, œuvrer  pour une société qui maîtrise son évolution et mettre ainsi en place les  bases d’une vraie citoyenneté. Tout cela doit être fait de façon explicite et sans que ce soit encore enrobé dans un tissu de considérations religieuses : autrement dit, par des décrets d’un État moderne et  non par des fatwashonteusement débiles et dégradantes pour l’islam et pour les musulmans. 
Hannibal Genséric