mercredi 5 mars 2014

Tunisie: le sionisme affiché d'Ennahdha et de Ghannouchi



Après avoir été persécutés et torturés, voila que les membres du célèbre parti islamiste tunisien Ennahdha accèdent au pouvoir suite à la révolution tunisienne de 2011. La plupart disent qu’ils n’y sont parvenus que grâce et uniquement grâce aux urnes et à la volonté du peuple, tandis que d’autres croient dur comme fer que leur accession au pouvoir n’est pas due au hasard mais à leur soumission au pouvoir sioniste international et à ce que certains appellent, la communauté américano-sioniste organisée.

Nous n’allons pas débattre ici de cette question, mais nous allons plutôt exposer quelques relations qu’ont les membres du parti Ennahdha avec des organisations Israël-friendly.

1- Les relations avec l’ambassade américaine en Tunisie

Notre exposé débute par une affaire qui s’est passé en 2006 et qui est resté discrète depuis : La rencontre entre l’ambassade américaine en Tunisie avec des dirigeants d’Ennahdha et un islamiste « de gauche ». C’est un câble Wikileaks, identifié par 06TUNIS2155 (classé confidentiel) et daté du 21 aout 2006 qui révèle l’affaire. Sous le titre « Des islamistes modéré cherchent le dialogue avec les USA en vue de réformes démocratiques », l’ambassade américaine y informe sa hiérarchie aux États-Unis de la tenue d’une rencontre entre des personnes « qui se qualifient eux mêmes d’islamistes modérés » et l’ambassade. Ces personnes ne sont autres que Slaheddine Jourchi, Saïda El Akremi (épouse de Noureddine Bhiri) et Zied Daoulatli. La rencontre a été organisée par Radwan Masmoudi, un tuniso-américain qui travaille au CSID (Center for the Study of Islam and Democracy), l’ambassade le décrit comme étant « un contact de longue date de l’ambassade et qu’il bénéficie de l’aide du MEPI ». Ce groupe d’islamistes modérés ont donc demandé aux États-Unis ce qui suit :
• Supporter les défenseurs des droits de l’homme en Tunisie
• Œuvrer pour la libération des prisonniers politiques
• Œuvrer pour donner la liberté de déplacement de leaders islamistes modérés qui sont privés de passeport
• Inclure les islamistes modérés dans les listes d’invités de l’ambassade américaine pour visiter les États-Unis
• Visiter un des islamistes modérés qui se trouve à Sousse
Vous l’aurez compris, l’islamiste modéré qui se trouve à Sousse n’est autre que Hamadi Jebali, le n°2 d’Ennahdha dans l’absolu et le n°1 des Nahdhaouis de l’intérieur. La rencontre a effectivement eu lieu en date du 30 aout 2006 où une délégation de l’ambassade s’est rendue au domicile de Hamadi Jebali. Dans un câble titré « Le leader d’Ennahdha Jebali : Les islamistes modérés sont le futur », et identifié par 06TUNIS2298 (classé confidentiel également) l’ambassade résume la réunion avec Jebali. Ce dernier leur a, par exemple, expliqué que selon lui il y a une rupture entre les « anciens islamistes » et les « jeunes islamistes ». Les anciens étant plus modérés et raisonnables allant même jusqu’à communiquer et blaguer avec leurs geôliers tandis que les « jeunes islamistes », plus radicaux, refusent tout échange avec la dictature. Il rapporte ainsi qu’en date du 23 juillet 2006, neufs membres du parti Ennahdha ont adressé une lettre au président Ben Ali lui affirmant que le groupe est prêt à tourner la page et qu’ils souhaitent dialoguer en vue de réintégrer la vie politique. Ils n’ont évidemment pas reçu de réponse.
Plus important que Ben Ali, Hamadi Jebali explique à la délégation de l’ambassade que les États-Unis ont soutenus les régimes arabes dictateurs pendant très longtemps, et qu’il est temps de penser à une alternative. Il invite ainsi les États-Unis à renouer avec les islamistes modérés car selon lui, le peuple musulman tend à se radicaliser et qu’il faut leur présenter des leaders modérés pour les désamorcer.
Nous n’avons malheureusement pas d’informations concernant d’éventuelles rencontres à Londres entre les leaders du mouvement et l’ambassade américaine en Grande Bretagne (*). Nous aurions surement appris plus de choses. Si vous avez des informations n’hésitez pas à nous les communiquer.
Nous avons par contre des informations d’après-révolution, et elles sont croustillantes !

2- Relations avec des organisations internationales

Depuis la révolution, les allez-retours des leaders d’Ennahdha, surtout ceux de Rached Ghannouchi, n’ont fait que se multiplier. En vrac, Rached Ghannouchi a visité sans gêne aucun : Le WINEP (source), Saban Center for Middle East Policy (source), CFR (source), Chatham House (source), Foreign Policy (source), sans oublier son classement par TIME dans les 100 personnes les plus influentes au monde en 2012 (source).
Commençons par le Washington Institute for Near East Policy (WINEP)
Rached Ghannouchi y a participé à une table ronde privée le 30 novembre 2011 soit un mois après les élections du 23 octobre 2011, une semaine après la première séance de l’ANC et 22 jours avant la composition du gouvernement de Hamadi Jebali. Pour revenir à l’institut, le WINEP est un think-tank américain fondé par Martin Indyk en 1985. Martin Indyk est également le fondateur de l’institut de recherche au sein de l’AIPAC (American Israël Public Affaire Committee), le lobby israélien le plus puissant et le plus influent aux États-Unis. Mais en raison de sa forte connotation israélienne et sioniste il n’a pas été prit au sérieux. C’est la cause pour laquelle Martin Indyk a crée, avec le soutien financier de $100.000 de la part de l’AIPAC, le WINEP qu’il a voulu pro-israélien mais menant des recherches crédibles au sujet du moyen orient. Le but du think-tank est d’éduquer les politiciens américains sur les questions du moyen orient pour les influencer et les orienter vers une politique et des décisions pro-israéliennes (source). Martin Indyk, juif de confession, a servi comme ambassadeur des États-Unis en Israël, avant de rejoindre plus tard Brookings Institution au poste de vice-président.
Viens ensuite le Saban Center for Middle East Policy. 
Ce centre de recherche se focalise sur l’implication des États-Unis dans les affaires des pays du Moyen Orient. Crée par le Brookings Institution, le centre emprunte son nom de Haïm Saban, un israélo-américain figurant parmi les hommes les plus riches du monde. Producteur médiatique et musicien, il a fait un don d’une valeur de 13 millions de dollars pour la création de ce centre de recherche (source). Rached Ghannouchi s’y est rendu le 31 mai 2013 pour parler du futur de la démocratie tunisienne, il a été introduit lors de la conférence par Martin Indyk en personne qui a, 4 minutes durant, remercié, complimenté, flatté l’égo de notre cher « islamiste » (à ce stade de l’article, nous pensons qu’il devient évident de mettre des guillemets au terme islamiste en parlant de Ghannouchi ou du parti Ennahdha).
Nous enchainons avec les deux frères séparés par l’océan atlantique, le CFR américain ou Council on Foreign Relations et son homologue britannique Chatham House de son vrai nom Royal Institute of International Affairs. 
Ces deux organisations, créées à un an d’intervalle, sont les deux organisations mondialistes par excellence ! Chatam House est donc un think-tank ayant comme objectif d’influencer les décisions mondiales concernant les affaires internationales actuelles. Chatam House est l’organisation la plus influente au monde après Brookings Institution (source) ! Le 26 novembre 2012, Rached Ghannouchi s’est donc vu attribuer le prix de Chatham house aux côtés de Moncef Marzouki.
Le petit frère, de Chatham House, et non moins influent CFR, est fondé et dirigé par les grands noms du mondialisme (Paul Warburg, les Rockefeller, Edward House, Gerald Ford, Bill Clinton, George Bush, etc.). Le CFR a pour mission d’influencer les politiques mais aussi les médias, les enseignants, les journalistes, les dirigeants d’entreprises, les étudiants, les leaders religieux, et les citoyens en général sur les décisions que doit entreprendre les USA au niveau de sa politique étrangère. Le CFR joue un rôle conséquent sur l’ensemble des sphères de pouvoir notamment l’économie et la finance, l’un des premiers dirigeants du CFR fut Paul Warburg aussi connu pour avoir été le premier gouverneur de la Réserve Fédérale Américaine (la FED). L’objectif du CFR est de permettre aux élites américaines de gouverner le monde à travers un nouvel ordre mondial (rien que ça !). Leur programme officiel « International Institutions and Global Governance: World Order in the 21st Century » détermine les pas à entreprendre pour arriver à un tel but, voici les plus importants (source PDF):
• Combattre le terrorisme salafiste (notez que c’est le premier point dans le programme)
• Combattre la prolifération des armes de destruction massives (seuls les USA et leurs alliés doivent les détenir)
• Accroitre la sécurité nationale des États-Unis notamment au niveau technologique (le programme PRISM est donc assez cohérent remis dans ce contexte)
• Gérer l’économie mondiale, entre autres à travers la création de monnaies uniques régionales, et à travers le contrôle des échanges commerciaux et des investissements internationaux
RachedGhannouchi a donc rejoint le CFR le 30 mai 2013 pour y parler de la situation en Tunisie après les élections, des tensions qui existent dans le pays, et des challenges d’Ennahdha en cette période. Notez que Ghannouchi n’y est pas allé seul, il était accompagné de Oussama Sghaier, nahdhaoui et membre de l’ANC, ainsi que de … Radwan Masmoudi, et oui, encore lui !
Deux jours avant sa participation à la table ronde organisée par le Washington Institute, soit le 28 novembre 2011, Rached Ghannouchi a assisté à la cérémonie organisée par le magazine bisannuel, Foreign Policy, au cours de laquelle il a reçu sa distinction : figurer parmi les 100 plus grands intellectuels de l’année 2011. Rached Ghannouchi a donc l’honneur de figurer sur cette liste aux côtés, entre autres, de Barak Obama, Dick Cheney, Ben Shalom Bernanke (FED, quoi qu’on ne le présente plus), Condaleezza Rice, Mohamed El Baradei, Christine Lagarde, Recep Erdogan, Bill Clinton, Hillary Clinton, Nicolas Sarkozy, Bernard-Henry Levy, Angela Merkel, David Cameron, Andrew Sullivan (pour avoir défendu le droit des homosexuels), John McCain (l’ami, apparemment intime, de Hamadi Jebali), Meir Dagan (militaire israélien et chef du Mossad), et Teodoro Petkoff (le principal opposant de Hugo Chavez, inutile de mentionner qu’il est libéral). En effet, un immense honneur de figurer parmi cette liste …

3- Qu’est-ce que tout cela veut dire ?

Comme mentionné plus haut, certains pensent qu’Ennahdha a gagné les élections haut la main car le peuple les a soutenus, tandis que d’autres prennent ces faits en preuve du contraire. Si les États-Unis et les organisations pro-sionistes n’avaient pas misé sur Ennahdha, les islamistes ne se seraient même pas présentés aux élections.
Nous n’allons pas faire de conclusions ici, mais nous croyons qu’il est désormais impensable de qualifier Ennahdha comme un parti révolutionnaire et indépendantiste. Le parti de Rached Ghannouchi n’a pas manqué une occasion pour renouveler son allégeance à l’Empire.
Plusieurs autres faits ont eu lieu mais que nous n’avons pas cité ici, comme la chaude accolade entre Hamadi Jebali et John McCain, le fait de ne pas mentionner dans la constitution l’interdiction à l’état tunisien de reconnaitre et de normaliser les relations diplomatiques et commerciales avec Israël, ou encore le fait de prendre Israël comme exemple de pays démocratique par Hamadi Jebali....
Un scénario à l’égyptienne est peu probable en Tunisie compte-tenu de ce qui a été évoqué jusque là (quoi que), mais une chose est sûre, Ennahdha a perdu la confiance d’une grande partie de ses électeurs de 2011. Peut être est-ce pour cela qu’ils ne sont pas aussi sévères avec les RCD que ne le voudrait leur base populaire …

(*) Mais nous savons que, selon une revue américaine sérieuse, Ghannouchi travaille aussi pour les services secrets de Sa Gracieuse Majesté, le MI6.