mardi 29 septembre 2015

En Tunisie, mieux vaut être terroriste dans la rue qu'homosexuel chez soi!

Le 6 septembre dernier, un jeune étudiant de 22 ans est convoqué par la police judiciaire de Sousse dans le cadre d'une enquête sur un meurtre. En effet, son numéro a été retrouvé dans le répertoire téléphonique de la victime.
Il se rend spontanément au poste de police mais il n'en ressortira plus. Les policiers investigateurs, lui ayant confisqué son téléphone, ont découvert une série de messages privés plutôt intimes entre lui et un autre homme.
Il n'en fallait pas plus pour que la police de Sousse, dont on connait tous les succès dans la lutte anti-terroriste et qui visiblement n'était pas assez prise avec une enquête sur un meurtre décide de le présenter devant le substitut du procureur de la république qui l'envoie à son tour passer un test physique dit "examen de la marge anale" utilisé pour prouver les viols.

Test non nécessaire puisque le jeune homme avait reconnu qu'il était homosexuel, aidé en cela par des violences verbales, quelques claques et abus physiques, si efficaces et si incontournables dans les méthodes d'investigation de notre police républicaine.
Grâce aux lois de notre république et l'infâme article 230 du code pénal, qui datent de la période coloniale et qui criminalisent l'homosexualité, le substitut du procureur a même trouvé un médecin légiste à l'Hôpital Farhat Hached de Sousse qui s'est empressé de conduire un tel test sans penser à dire au jeune homme qu'il était en droit de le refuser.
D'ailleurs, ce "médecin" ne s'est pas non plus soucié du code de déontologie de l'Ordre des Médecins de Tunisie qui stipule dans son Article 7 qu'un "médecin sollicité ou requis pour examiner une personne privée de liberté ou pour lui donner des soins ne peut, directement ou indirectement ne serait ce que par sa seule présence, favoriser ou cautionner une atteinte à l'intégrité physique ou mentale de cette personne ou à sa dignité".
Visiblement, pour notre disciple assermenté d'Hippocrate, un petit doigt dans l'anus d'un jeune étudiant ne mérite pas une discussion philosophique sur l'éthique en milieu hospitalier. Voyons maintenant si l'Ordre des Médecins de Tunisie décidera que la déontologie est une valeur au moins égale au corporatisme.
Dans la foulée, le jeune homme a comparu devant une juge du Tribunal de première instance de Sousse le 15 septembre en première audience et elle l'a condamné à un an de prison le 22 septembre, faisant fi des atteintes aux libertés individuelles et des vices de forme évidents. Qui a dit que la justice tunisienne était lente.
Malheureusement pour le jeune homme, il n'a pas été arrêté dans un réseau terroriste en partance ou de retour de Syrie. Autrement, il aurait probablement passé l'Aïd en famille et en liberté. L'affaire est close, la morale est sauve et aujourd'hui, il n'y a qu'un jeune de plus parmi des dizaines de milliers d'autres qui croupissent en prison dans un pays qui théoriquement a fait une révolution, il y a près de 5 ans pour offrir de la dignité aux jeunes.
Circulez, y'a rien à voir!
Concentrons-nous sur la réconciliation nationale avec les kleptocrates qui ont pillé le pays pendant une vingtaine d'années, lynchons Mohamed Ali Nahdi parce qu'il a fait le buzz sur Internet en courant à 7 heures du matin. Digérons le mouton de l'Aïd qui a quand même baissé de 11% par rapport au temps de la Troïka.
Le plus alarmant dans tout cela est le silence assourdissant de la classe politique. Aucune personnalité de quelque plan que ce soit n'a même poussé un soupir, à l'exception des jeunes du parti Al Massar, à croire que chez les progressistes, l'indignation vocale s'arrête à partir d'un certain âge.
L'ancien président provisoire de la république Moncef Marzouki a bien déclaré en tant que "militant des droits de l'homme" qu'il n'était pas sage pour un gouvernement de punir ses enfants mais il parlait du jeune Saoudien Ali Al Nimr, rajoutant que ce n'était pas du meilleur effet sur l'image du royaume. Pouvait-on s'attendre à mieux de la part de celui qui avait refusé de gracier Majeur Jebri pour le "protéger" de son athéisme déclaré? Il a finalement réagi sur le sujet avec cinq jours de retard avec un communiqué pathétique de récupération.
Rien du côté des partis politiques et rien non plus du coté des différentes branches de gouvernement.
Les procureurs et les juges sont toujours dans une logique léonine par rapport au citoyen qui doit être puni comme on punit un enfant. Et le ministre de la justice Mohamed Salah Ben Aïssa, malgré ses références progressistes indéniables, ne peut vraiment faire face aux abus des fonctionnaires de justice sur lesquels il aurait, parait-il, une autorité. Tout cela au nom du sacro-saint et variable principe d'indépendance de la justice.
Quant à notre cher président de la République Béji Caid Essebsi, démocratiquement élu au suffrage universel, on sait par ses déclarations récentes qu'il a acheté deux moutons pour l'Aïd et qu'il s'est déplacé en personne au siège d'une télé privée, défilant dans un geste de rupture absolue avec l'ancien régime, sous les youyous et sur une moquette de feutrine rouge, avant de donner une interview au meilleur thuriféraire de Ben Ali.
Mais sur les libertés individuelles inscrites dans la constitution dont il se plait à nous rappeler qu'il est le garant et qui sont constamment bafouées, RIEN, NADA, ZILCH! Pas un mot, lui qui a le verbe léger et la réplique sympathique.
Quand on questionne ses conseillers politiques sur son manque de prise de positions sur les sujets qui touchent directement les Tunisiens, la réponse est toujours aussi simpliste qu'automatiquement évasive. La répartition des pouvoirs inscrite dans la constitution lui interdit de prendre position. Et n'y voyez surtout pas un manque de courage politique.
Seulement voilà, la seule avancée garantie par la constitution, et que l'on peut constater tous les jours dans la rue, est la liberté d'expression et monsieur le président de la République est le seul Tunisien à ne pas en abuser.
Face à son silence et à celui de ceux qui occupent les sièges mais qui ne font absolument rien contre toutes les formes d'abus de pouvoir quotidiens, un terme existant dans le vocabulaire politique anglo-saxon me vient constamment à l'esprit.
Le terme est Bully Pulpit et il a été inventé par le président américain Théodore Roosevelt. Bully voulant dire intimidant et pulpit étant une chaire ou un pupitre. Il s'agit d'un concept qui donne à une personne dans un poste d'influence la possibilité d'user de son autorité morale pour intimider ses adversaires et faire passer des messages ou des décisions pour le bien de la nation.
M. Caïd Essebsi n'a cessé d'être aphone sur les sujets de société. Aphone sur la réforme de la loi sur la consommation du cannabis dès qu'il a été élu, aphone sur les abus de la police pendant et hors Ramadan et maintenant il est aphone sur le sujet de la pleine citoyenneté des homosexuels et des minorités en Tunisie.
Mais il faut croire que n'est pas Teddy Roosevelt qui veut. D'évidence, il est aussi très difficile d'être Bourguiba, surtout quand il s'agit de bousculer les conservateurs réactionnaires.
Aux dernières nouvelles, on ne sait pas si l'assassin de Sousse a été arrêté. La seule chose de sûre c'est qu'à part un jeune homosexuel qui est en prison sans flagrant délit, les assassins de Chokri Belaid, de Haj Mohamed Brahmi et de beaucoup de nos soldats courent toujours.

Directeur de Festival de Films, Media activiste

Commentaire

Le Département du Trésor américain a publié, mercredi 30/9/2015, une liste de 15 «facilitateurs clefs» de l’Etat islamique (EI, Daêch) apportant du soutien à des terroristes ou des actes de terrorisme. Cette liste vise à inhiber les leaders financiers et facilitateurs de l’EI pour les empêcher d’utiliser le système financier international.
Un tunisien, Mounir Ben Dhaou Ben Brahim Ben Helal, y figure pour avoir facilité le voyage et les activités de combattants terroristes étrangers, en utilisant son expérience dans l’établissement et la sécurisation d’itinéraires de voyage.
D’après le Département américain du Trésor, Mounir Ben Helal avait été impliqué, en 2012, dans un réseau de facilitation pour des terroristes basés en Tunisie qui avait recruté et transporté des volontaires en Syrie et fourni des armes à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
Ce dispositif oblige tous les Etats membres des Nations Unies à interdire à ces individus l’accès au système financier international et les empêcher de voyager.
Mounir peut dormir tranquille et vaquer à ses saintes occupations de recrutement et de financement de djihado-sionistes. Nous avons, sur ce blog, signalé d'autre recruteurs. A ce jour, ils continuent tranquillement leur business rentable et halal : Ils reçoivent 1000$ pour un garçon, 3000$ pour une fille, envoyés en Syrak.
La Police et la Justice en Tunisie sont occupées par des crimes autrement graves, l'homosexualité ou l'atteinte à la pudeur (pour toute fille non voilée qui sortirait avec son fiancé, ou qui aurait le malheur de se faire violer).  
Merci BCE, vous êtes un vrai démocrate moderne.
Bourguiba doit se retourner dans a tombe.
Hannibal GENSERIC

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Tunisie. Les indics de la Police, et les frasques d'une "Justice" scélérate