mercredi 27 janvier 2016

Algérie - Libye. Transit massif de Marocains vers la Libye

Deux cents Marocains ont tenté ce week-end de passer la frontière pour se rendre en Libye. Allaient-ils rejoindre les rangs de l'État islamique ?


Quelle était leur destination finale ? C'est la question que se posent Alger et Rabat après cet afflux inhabituel de Marocains à l'aéroport Houari-Boumediène. En tout cas, les autorités algériennes ont pris contact avec l'ambassadeur du Maroc pour l'informer que pas moins de 270 ressortissants marocains ont été empêchés de se rendre en Libye via Alger. Tous venaient de Casablanca et avaient la même destination : la Libye.

Les craintes d'Alger sont-elles justifiées ?

Le quotidien algérien L'Expression rapporte que le « seul fait que tous ces voyageurs aient pris l'avion à Casablanca a de quoi attirer les soupçons des services algériens de sécurité. » En effet, c'est par milliers que des ressortissants marocains ont tenté de rejoindre la Libye en traversant l'Algérie, rien que ces dernières semaines. Les services secrets algériens ont ainsi alerté les autorités sur le phénomène. Conséquence : l'ambassadeur du Maroc a été contacté par le ministre des Affaires maghrébines, de l'Union africaine et de la Ligue arabe, Abdelkader Messahel.

Des mesures adaptées à la situation

Parallèlement, les autorités de sécurité algériennes ont donc décidé « à titre exceptionnel » de permettre « le transit des ressortissants marocains actuellement à Alger et détenant des documents de séjour ou de travail en Libye » vers ce pays, via l'Algérie. Précision de taille : « Les voyageurs ne disposant pas de justificatifs motivant leur déplacement en Libye feront, quant à eux, l'objet d'un rapatriement vers leur pays d'origine », indique-t-on du côté des autorités. Dorénavant, l'Algérie n'autorisera aucun Marocain à franchir la frontière libyenne à partir de son territoire. Le pays va désormais pratiquer les reconduites à la frontière... "tout en mettant à disposition un moyen de transport pour assurer le retour au Maroc de ces ressortissants qui ont bénéficié d'un traitement conforme aux valeurs d'hospitalité du peuple algérien", précisent les autorités. Une réaction ferme et rapide de l'Algérie qui en dit long sur les craintes de voir grossir les effectifs de Daech par un transit à travers son territoire.

Face aux Marocains tentés par Daech, les autorités vigilantes

En tout cas, au Maroc, les risques sont pris très au sérieux. Le directeur du Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ), Abdelhak El Khayam, a ainsi révélé dans une interview au journal français Le Figaro que le nombre de Marocains qui sont partis en Syrie pour rejoindre Daech s'élève à 1500, notant qu'ils « sont, pour nous, tous des terroristes et font l'objet de mesures de recherche et d'interception s'ils retournent au Maroc ». Ce chiffre en fait la troisième source de recrues de Daech après la Tunisie, 6 000 recrues [1] et l'Arabie saoudite, 2 700. Preuve de la vigilance des autorités marocaines : plusieurs cellules liées à la nébuleuse ont été démantelées. La dernière opération remonte au 17 janvier dernier contre une cellule de huit personnes comprenant d'anciens détenus. Pour rappel, la loi antiterroriste marocaine punit de 5 à 10 ans de prison les actes ou les tentatives de ralliement d'un foyer de tension où sévissent des organisations terroristes. Du coup, le Maroc a déployé une stratégie dite "de l'anticipation", avec notamment le renforcement de la loi antiterroriste et la mise en place en mars 2015 du BCIJ, qui constitue une interface judiciaire de la Direction générale de surveillance du territoire (DGST).

Vers une coopération sous-régionale ?

Mais ces derniers mois, tout laisse penser que les forces du groupe terroriste État islamique se sont déplacées de la Syrie vers la Libye, où une intervention militaire serait une sérieuse option pour la communauté internationale. De quoi comprendre ce constat du New York Times selon lequel les États-Unis et ses alliés ont intensifié ces derniers jours les opérations d'observation des positions de Daech en Libye. Les craintes d'Alger et de Rabat sont par ailleurs justifiées par le fait que ces transitaires pourraient être des membres de cellules dormantes en mouvement pour préparer les combats. D'ailleurs, le communiqué du ministère des Affaires maghrébines ajoute : « Le contexte sécuritaire actuel particulièrement sensible impose la plus grande vigilance et exige le renforcement de la coopération entre les pays de la sous-région. » Dès lundi, le président, aujourd'hui démissionnaire, du Conseil de la présidence du gouvernement d'union en Libye, Fayez al-Serraj, était en visite de travail en Algérie. Objectif : évoquer les défis liés à la lutte contre le terrorisme et le rétablissement de la paix et de la sécurité. Avec le vide crée par le rejet du gouvernement d'union nationale en Libye, la tâche se complique pour tout le monde, en l'occurrence autant pour le Maroc que pour l'Algérie.  



Libye : La violence impériale n’a pas de fin

La générosité de l’Empire en matière de violence est sans limites.  Après que les Etats-Unis [ainsi que la France de Sarkozy et BHL, ndlr] ont menti au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la soi-disant menace que Kadhafi représentait pour les « manifestants » de Benghazi, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé l’usage de la force pour les protéger. La Russie et la Chine se sont abstenues au lieu d’opposer leur veto.
Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont violé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont armé les « manifestants », bombardé le pays jusqu’à le réduire en miettes, et tué les principaux officiels du gouvernement dont Mouammar Kadhafi. La secrétaire d’Etat étasunienne, le monstre Clinton, s’en est glorifiée (vidéo) dans une célèbre réplique : «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort. »
C’est à cause de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU que le président russe Medvedev n’a pas pu se représenter pour un second mandat. Le président Poutine, qui à l’époque était Premier ministre et n’était en charge que de la politique intérieure, a dit que, lorsqu’il avait lu la résolution du Conseil de sécurité il avait trouvé, dans son libellé, des trous permettant à toute une armée de se frayer un passage. Medvedev avait fait une énorme erreur en la laissant passer. Le fait qu’il ait été obligé de partir, est le seul résultat positif de l’attaque de l’OTAN sur la Libye.
Maintenant, les États-Unis veulent attaquer à nouveau la Libye:
Le général Joseph Dunford Jr., le président du Joint Chiefs of Staff, a déclaré aux journalistes vendredi que les responsables militaires « réfléchissaient à  une action militaire décisive » contre l’État islamique ou ISIS en Libye où le groupe terroriste a environ 3 000 combattants selon des responsables occidentaux.
Des officiels de l’Administration disent que la campagne en Libye pourrait commencer dans quelques  semaines. Ils pensent qu’elle sera menée avec l’aide de quelques d’alliés européens, comme  la Grande-Bretagne, la France et l’Italie.
Il y aura, comme d’habitude,  des frappes aériennes, des forces spéciales sur le terrain, des mercenaires, formés par les forces étasuniennes ou des sociétés privées, qui se transformeront en escadrons de la mort et terroriseront la population.
C’est le chaos en Libye, comme c’était prévisible et a été prédit ici quand la guerre en Libye a commencé. Il y a beaucoup de groupes armés et deux parlements et deux gouvernements rudimentaires, un dans l’est et un dans l’ouest. L’ONU vient juste d’essayer d’en créer un troisième, un gouvernement d’union nationale, et elle a échoué:
Le parlement de Libye reconnu internationalement a voté lundi pour rejeter le gouvernement d’union proposé dans le cadre d’un plan soutenu par les Nations Unies pour résoudre la crise politique et le conflit armé dans le pays. … Depuis 2014, la Libye a eu deux parlements et deux gouvernements concurrents, l’un basé à Tripoli et l’autre dans l’est. Les deux sont soutenus par des alliances instables de groupes armés et d’anciens rebelles qui ont aidé à renverser Mouammar Kadhafi en 2011.
Une grande partie des « rebelles » payés par le Qatar et d’autres pour renverser le gouvernement libyen sont islamistes. Beaucoup sont allés de Libye en Syrie pour lutter contre le gouvernement syrien, et les États-Unis ont contribué à fournir des armes de Libye à ces terroristes étrangers en Syrie.
Il est peu probable que l’intérêt réel des États-Unis soit maintenant de combattre les quelques combattants étrangers de l’État islamique en Libye. La plupart des partisans de l’État islamique en Libye appartiennent à des tribus qui, auparavant, faisaient partie d’un gang islamiste local ou d’un autre. Ils ne sont pas une menace et d’autres forces locales peuvent les tenir en respect.
Les États-Unis veulent avoir tout le pays sous leur contrôle indirect, mais jusqu’ici ils n’en ont que la moitié:
Les forces armées alliées au gouvernement de l’est sont dirigées par le général Khalifa Haftar, un ancien allié de Kadhafi. Il a également combattu les militants islamistes dans la ville orientale de Benghazi, et il est devenu l’une des figures les plus controversées de Libye. Il bénéficie d’un grand soutien dans l’est, mais il est méprisé par les forces alliées au gouvernement de Tripoli.
Haftar était autrefois avec Kadhafi mais a été écarté après avoir echoué dans une guerre avec le Tchad. Autour de 1990, il a essayé sans succès de renverser Kadhafi. Il est allé aux États-Unis, est devenu un citoyen américain et a travaillé pour la CIA. En 2011, il était de retour en Libye et a tenté à nouveau de renverser Kadhafi.
En 2011, les États-Unis n’ont pas réussi installer leur leader par procuration en Libye. Ils  vont maintenant essayer à nouveau de prendre le contrôle total du pays et de ses ressources. Une fois installés en Libye,  ils pourront asservir des pays d’Afrique du Nord.
Il est facile de voir que cela va engendrer plus de guerres, plus de terreur, et plus de réfugiés. La violence impériale est inépuisable.
Moon of Alabama | 26 janvier 2016
Traduction : Dominique Muselet