jeudi 4 février 2016

« Le réveil démocratique des peuples arabes et la chute d'Israël dans la bio-génétique »

Introduction
1 - La diplomatie prestidigitative
La révolution démocratique qui a enflammé le peuple tunisien d'une immense espérance éclaire soudainement de la lumière la plus crue la politique de la France à l'égard du monde arabe tout entier. Lorsque j'ai appris que Mme Alliot-Marie avait proposé au dictateur Ben Ali de lui envoyer quelques escadrons bien entraînés de notre police à nous, parce que, disait-elle, le "savoir faire" de nos "forces de sécurité" face à des "situations de ce type" était "reconnu dans le monde entier", je me suis étonné qu'on y vît une énorme gaffe diplomatique; car une gaffe ne peut être qualifiée de diplomatique qu'à la condition de se produire sur l'échiquier des relations répertoriées entre les Etats, alors que la répression des rébellions, jacqueries, émeutes ou mutineries au sein d'une nation par les soins d'une autre est étrangère aux relations entre les chancelleries : ce coup-là est celui d'un joueur d'échecs qui ferait mouvoir les tours sur les diagonales réservées aux fous ou qui attribuerait aux pions les sauts des chevaux.

Je me demandais donc comment ce prodige de sorcellerie diplomatique avait été imaginé par une magicienne des affaires étrangères ignorante à ce point de l'art de manœuvrer les navires qu'on appelle des nations; car on imagine mal, me disais-je, un Général de Gaulle tout heureux d'accepter la proposition charitable du président des Etats-Unis d'envoyer à Paris sa police à lui afin de réprimer les agitations de mai 1968. Grande fut donc ma stupéfaction de découvrir que non seulement MM. Gaino, Guéant, Lévitte et Juppé, mais également le Président de la République avaient cautionné le Talleyrand des prestidigitateurs, mais que, de surcroît, comme l'expliquera benoîtement le Ministre de la défense sur France Inter, nos relations avec les Etats du Maghreb sont tellement étroites que nous résolvons nos problèmes avec leurs trublions dans le même esprit que nous administrons nos provinces.

2 - Un judéo-centrisme planétaire

Du coup, on comprend mieux à quel point le projet, ambitieux en apparence, d'unir les pays riverains de la Méditerranée autour d'une France enjuponnée, n'était en réalité, qu'une soumission docile de toute la politique extérieure de la nation à la volonté commune et fermement imposée de l'empire américain et d'Israël : il s'agissait seulement de convertir le Maghreb aux vues de Tel-Aviv sur la Palestine. Certes, la ligue arabe était parvenue, du moins en façade, à opposer un refus unanime à l'ambition de M. Nicolas Sarkozy de conquérir le rang de cheville ouvrière d'un judéo-centrisme planétaire; mais les dirigeants arabes n'en sont pas moins prêts à trahir l'ambition de leurs peuples de conquérir leur souveraineté sur la scène internationale. On comprend mieux l'apparente naïveté de M. Kouchner, qui feignait de s'étonner de la résistance de la ligue arabe aux vues vassalisatrices de Washington et de Paris à l'égard du monde musulman. Comme le rappelle Montesquieu de la politique des Romains, il leur fallait "attendre que toutes les nations fussent accoutumées à obéir comme alliées avant de les commander comme sujettes et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine."

3 - Tunis et la politique arabe de la France

Tel est le contexte cruel qui éclaire de tous ses feux le pacte que M. Barack Obama a conclu avec M. Benjamin Netanyahou le 4 décembre 2010, lequel accorde expressément à Tel-Aviv le droit de se proclamer un Etat juif à titre psychogénétique et qui le légitime à conquérir le "grand Israël" sur le fondement de la spécificité chromosomique inaliénable du peuple juif. Mais cette conversion de la démocratie mondiale à la psychobiologie a aussitôt rencontré l'opposition unanime de l'Assemblée générale de Nations Unies et de l'Europe officielle. Nous assistons donc à une extraordinaire clarification de la politique internationale. Car les peuples arabes en voie de secouer le joug de leurs tyrans auront à combattre non seulement pour la conquête de la liberté de leur nation, mais en tant que seuls apôtres et fers de lance crédibles de la civilisation mondiale des droits de l'homme.
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Photo : AFP/TIM SLOAN - Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le président américain, Barack Obama, et le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Washington, le 1er septembre 2010 – Obama fait encore pression sur Israël – Décembre 2010 : tournant dans le processus de Paix, Barack Obama renonce officiellement à demander aux Israéliens d’arrêter la colonisation dans les territoires occupés comme condition préalable à la poursuite des négociations.]
Cette extension en profondeur de l'échiquier mental des démocraties nationales est déjà en marche. Alors que, depuis 2007, les forces vives de l'intelligentsia française vivante et la partie de la presse quotidienne ouverte au monde avaient tout de suite pris le relais d'un Élysée défaillant et étranger à la promotion de l'esprit prospectif du pays, il est évident que c'est la nation tout entière qui vit heure par heure la révolution à Tunis et que France Inter et le Monde tiennent en haleine une opinion publique en voie d'internationalisation. Seule la déprovincialisation de l'opinion publique permettra à la France pensante de donner une postérité féconde à la diplomatie arabe esquissée et manquée du 6 juin 2008 de M. Barack Obama au Caire. Le destin met entre les mains de la France une occasion unique et qui ne se représentera plus, de rattraper le temps perdu depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et de donner à la planète son impulsion dans la direction qu'elle attend depuis la conquête de Jérusalem par Israël en 1967.
Malheureusement, le divorce entre la myopie de l'Elysée et l'éveil de l'opinion publique française à la géopolitique devient hallucinant : Mme Alliot-Marie s'est rendue à Gaza en représentante docile d'Israël, puisqu'elle avait rendu visite aux parents du soldat Shalit. Elle s'est heurtée à une foule exaspérée qui brandissait des pancartes sur lesquelles on lisait: "Il y a Shalit, mais aussi dix mille prisonniers palestiniens en Israël". Le 20 janvier 2011, la France "n'acceptera pas que l'Iran déstabilise le Moyen Orient", comme si Israël se trouvait menacé, alors qu'il possède l'arme nucléaire et que, de toute façon, la prétendue " menace nucléaire militaire " est mythologique par définition et ressortit à la spectrographie anthropologique et critique de la théologie vétéro-testamentaire de l'apocalypse.

4 - Un débarquement du biologisme diplomatique sur la planète

Mais cette situation inespérée et que nous devons à l'aveuglement providentiel, si je puis dire, du lobby juif de Washington nous contraint encore davantage et d'une manière plus pressante de préciser l'enjeu de civilisation dont la conduite serait à portée d'un Quai d'Orsay prospectif. Car le 4 décembre 2010, la mappemonde a basculé dans le biologisme diplomatique, comme il est dit plus haut, ce qui me conduit à une analyse psychogénétique, qui sera suivie, le 26 juin, d'une étude sur l'avenir de la guerre entre la démocratie mondiale et la politique guerrière d'Israël.
C'est cette gigantesque redistribution des cartes de la géopolitique qu'il s'agit d'expliciter et de commenter en tout premier lieu. Pour cela, il fallait remonter brièvement aux sources anthropologiques de la spécificité psychobiologique qu'affichent désormais la théologie et la politique conquérantes d'Israël.
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 1 - Israël se veut une ethnie juive. Qu'est-ce à dire?
 2 - Les embarras anthropologiques de la démocratie
 3 -Le passé théologique du simianthrope
 4 - Peut-on se faire une image taillée de la France ?
 5 - Les dieux en chair et en os et les dieux vaporisés
 6 - Les juifs et les idoles
 7 - De la localisation des dieux
 8 - Le réflexe de Pavlov du sacré : l'incarnation des dieux
 9 - "Le colibri et la vipère" (Chahid Slimani)
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1 - Israël se veut une ethnie juive. Qu'est-ce à dire ?

Les tournants les plus décisifs de l'histoire universelle passent le plus souvent inaperçus des classes dirigeantes. Aucune d'entre elles n'a compris en 1933 que le nazisme posait à la planète la question décisive de savoir si, un siècle et demi seulement après la prise de la Bastille, l'Europe verrait un Etat anti-démocratique aussi puissant que la Monarchie capétienne se dresser pour mille ans au cœur de l'Europe; aucune n'a compris en 1917 que le marxisme posait au globe terrestre la question de savoir si nous allions connaître une ère nouvelle au cours de laquelle un prophète de la rédemption par l'abolition du capitalisme porterait au pouvoir un prolétariat vertueux, zélé, inventif, sage, lucide et suffisamment informé des affaires de notre astéroïde pour conduire enfin l'humanité vers un paradis de la délivrance; aucune n'a compris, dès le 14 janvier 2011, qu'il fallait mettre la Révolution tunisienne en relations étroites avec l'accord conclu entre M. Benjamin Netanyahou et M. Barack Obama le 4 décembre 2010, accord qui a vu la plus grande démocratie du monde autoriser un Etat qui se proclamerait hébreu à titre chromosique à conquérir le "Grand Israël" des temps bibliques et ferait de Jérusalem la capitale légitime d'une psychogénétique triomphante au sein de la démocratie mondiale.
Quarante jours plus tard, la ruée soudaine du monde arabe vers la démocratie était déclenchée avec dix ans d'avance. Mais le moment était mal choisi pour le "peuple élu", de se placer résolument dans la postérité "scientifique" de Hitler et d'invoquer les apanages définitifs de son capital psychogénétique particulier, donc la souveraineté exclusive de ses prérogatives ethniques. Car, au même instant, le suicide socratique débarquait une fois de plus dans l'histoire de l'esprit; et le philosophe marocain Chahid Slimani saluait une immolation dont le témoignage changerait "la face du monde arabe[1], parce que le suicide est interdit par le Coran.
L'extraordinaire coïncidence entre la réapparition soudaine de l'immolation libératrice au sein de l'islam d'un côté, et le culte de la race de l'autre, suscitera-t-elle une méditation simianthropologique sur l'avenir politique et spirituel d'un astéroïde soudainement replacé sur le chemin oublié de la connaissance psychobiologique de la politique des peuples et des nations? Décidément, il s'agit bel et bien d'un événement d'une portée aussi anthropologique que la Révolution de 1917 ou la naissance du troisième Reich. Car le gouvernement de M. Benjamin Netanyahou a aussitôt tiré les conséquences politiques d'une tempête épistémoloique au sein de l'histoire biologique de l'humanité: on sait qu'il a immédiatement et fort logiquement demandé à M. Abbas, primo, de reconnaître la judéité, donc l'irréductibilité psycho génétique de l'Etat d'Israël et de légitimer aux yeux du nouveau droit international une nation qu'on proclamerait enfin identifiable à jamais en laboratoire, puisque la biologie à laquelle ressortira sa population se trouvera incessamment démontrée sous la lentille des microscopes les plus puissants; secundo, de saluer le cœur éternel et la capitale immémoriale d'un Etat déclaré juif en tant qu'ethnie immaculée. Tertio, de délégitimer en conséquence et de proclamer définitivement illégale la souillure ineffaçable que serait un retour profanateur des réfugiés dans une patrie maculée par leur trop long passage en ces lieux. Mais comment le retrancher de tous les autres, tant par son ADN que par la loi internationale?

2 - Les embarras anthropologiques de la démocratie

On sait que les Nations-Unies se sont immédiatement opposées à la capitulation de Washington face aux audacieux psycho-généticiens de Tel-Aviv et que l'Europe, y compris la France de M. Nicolas Sarkozy, a refusé, mais du bout des lèvres, d'entériner le coup d’Etat chromosomique, anthropologique et théologique mis en scène et officialisé sous les yeux ahuris des derniers restes de la civilisation évangélico-démocratique. Mais comment l'axiomatique officielle qui régit encore la politique d'aujourd'hui et qui règne en apparence sur les cinq continents légitime-t-elle une philosophie demeurée transcendantale au monde physique? Quelle est l'argumentation rationnelle dont se réclament les sciences humaines du XXIe siècle afin de légitimer la démocratie?
Certes, disait-on, le nazisme avait rédigé les clauses et promulgué les dogmes d'une orthodoxie politique fondée sur l'annonciation de la suréminence de la race arienne. Mais cette prétention avait été immédiatement réfutée sur le terrain, puisque l'élection de Hitler au suffrage universel avait exprimé un principe tout opposé, celui de la souveraineté indépassable du peuple allemand, lequel fondait à jamais le patriotisme attiédi des Germains sur l'appartenance de la masse des habitants du pays à une langue relâchée et à des mœurs exposées pour la première fois sous la plume de Tacite. Comment donner des cheveux blonds et des yeux bleus au Führer ? Comment le peuple hébreu va-t-il se définir, lui, en tant que reconnaissable à son ADN?

3 -Le passé théologique du simianthrope

Pour tenter de comprendre les fondements anthropologiques, historiques, politiques, psychologiques et religieux qui ont conduit Israël à se réclamer officiellement d'une identité psychobiologique détectable à l'aide de verres grossissants, il faut se tourner un instant vers le passé théologique du simianthrope.
Dans la péroraison de la seconde catilinaire, Cicéron promet au peuple romain de le sauver avec l'appui des Célestes: "Ces promesses, disait-il, je ne vous les fais ni au nom de mon propre jugement , ni avec le soutien de conseils humains, Quirites, mais en raison des signes nombreux et indubitables qui ont guidé mon espoir et mon esprit. Car ce n'est plus contre un ennemi éloigné et extérieur, comme ils y étaient accoutumés, que les dieux nous défendent, c'est présents dans la ville et par leur volonté clairement exprimée de défendre leurs temples et les toits de Rome. C'est pourquoi, Quirites, vous devez les implorer et les adorer afin que cette ville, qu'ils ont voulue la plus belle, la plus riche et la plus puissante, ils la défendent contre les citoyens perdus de vices et dont la scélératesse nous menace; et pour cela, les dieux veulent que nous terrassions tous nos ennemis sur terre et sur mer."
Comme nos professeurs de grec et de latin ont été formés depuis 1905 sur le principe de la séparation des droits de l'Eglise et ceux de l'Etat, on ne saurait leur reprocher d'ignorer les relations que les dieux d'hier entretenaient avec l'histoire et la politique des peuples de leur temps. Dès l'édition Hachette de 1919 des Principaux discours de Cicéron, on lisait une brève note sur le sens de cette péroraison, signée de l'auteur du recueil, G. Ramain, professeur à l'université de Montpellier, qui notait, sans autre explication: "A Rome, les dieux sont présents dans leurs temples". Mais les lycéens curieux se demandent comment ils se cachaient dans le bois, la pierre ou l'airain de leurs statues et quels étaient les signes "nombreux et indubitables" de l'intervention des Célestes qu'on faisait si éloquemment valoir dans une oratio ad populum. Des météores, des coups de tonnerre dans un ciel serein, des tremblements de terre, mais également des monstruosités de la nature - naissance de moutons à cinq pattes ou de volatiles à tête humaine.

4 - Peut-on se faire une image taillée de la France ?

Comment se fait-il que les Romains les plus instruits, à commencer par Cicéron, dont la carrière politique avait paru un instant menacée par la publication de son De natura deorum, trop philosophique aux yeux du Sénat, n'aient pas tenté d'approfondir la question, politique au premier chef, de la présence simultanée des dieux sur l'Olympe, dans leurs temples et dans les coulisses des phénomènes naturels? Nos hommes politiques interdisent à notre éducation nationale d'en faire un objet d'enseignement ou de commentaires, parce qu'une foule de statues de la Vierge Marie se trouvent encore exposées dans toutes les églises de nos villes et de nos villages, où elles sont tenues, en principe, pour de simples figurations plastiques de la déesse réelle; mais en fait les Vierges de Medjugorge, de Czestochowa, de Fatima, de Lourdes ou de la Salette sont censées se trouver corporellement présentes dans leur image. Quant à la météorologie, il y a trente ans encore, l'Eglise de France décryptait les intentions du créateur à l'écoute des catastrophes naturelles non seulement en Amérique du Sud, mais également en Europe ou en Algérie.
Pourquoi Cicéron feint-il de croire en l'existence des dieux de Rome, et cela au point de mobiliser ardemment les patriotes en leur faveur dans une contio? Parce qu'il était impossible de s'en passer sans priver la République de l'unité politique qui la définissait dans son existence propre, donc dans sa réalité physico-mentale. Pour comprendre ce phénomène, il suffit de se demander ce qui se passerait si un législateur moïsiaque de la France d'aujourd'hui promulguait une loi ainsi rédigée: "Tu ne te feras pas une image taillée de la France". Dans ce cas, il faudrait retirer les statues de Marianne de l'enceinte de toutes les mairies. Mais supposons que les municipalités anti-sarkozystes décident de retirer une photographie officielle et savamment apprêtée du Président de la République des enceintes publiques dans lesquelles elles se trouvent exposées par la volonté de la loi. La nation se sentirait confusément gênée, parce qu'un chef de l'Etat élu par le "peuple souverain" représente, par la force des choses, un signe de l'identité politique du pays, donc un moyen de rassemblement des esprits, non point autour d'une personne, mais d'un symbole.

5 - Les dieux en chair et en os et les dieux vaporisés

Le peuple juif est le seul dont le clergé a fait dire très tôt à un personnage mythique du nom de Moïse qu'il était interdit de représenter Jahvé sous les traits d'un personnage visible, donc d'un acteur physiquement reconnaissable et installé à ce titre sur la terre. Pourquoi interdire à la figure d'une idole de prendre le pouvoir et aux citoyens de se prosterner devant elle, pourquoi est-il plus stupide d'adorer un morceau de bois qu'un concept creux? On sait que Moïse est censé avoir rédigé fort longtemps après sa mort les cinq volumes de sa théologie d'un dieu invisible. Mais on se représente mal la portée politique d'une décision relativement rationnelle dans son ordre et qui, depuis trois millénaires, a fondé la mystique mondiale sur une théologie que les spécialistes louent comme "négative", parce qu'elle définit la divinité à énumérer tout ce qu'elle n'est pas; car, pour la première fois, la religion devenait un champ ouvert à la critique des idoles substantifiées. Voyez la stupéfaction proprement cérébrale d'Isaïe devant le monument de stupidité que représente maintenant le bûcheron qui rapporte du bois de la forêt, se chauffe avec la moitié de sa récolte et sculpte dans l'autre moitié de son tas une divinité qu'il adore et devant laquelle il se jette le front dans la poussière!
Quand M. Nicolas Sarkozy se croit laïc à déclarer que "plus jamais une religion n'imposera sa loi à la République", il oublie que la France a une histoire cérébrale et qu'on ne gagne rien à vider la loi de 1905 de son contenu philosophique, donc iconoclaste, parce que l'inculture théologique et anthropologique du chef de l'Etat rend aussi incohérent le contenu politique que le contenu épistémologique de l'intelligence française depuis le XVIIIè siècle. Car primo, l'Elysée ignore qu'il s'avoue incroyant, parce que s'il croyait vraiment en l'existence de Zeus, il se trouverait dans l'obligation de simple courtoisie d'expliquer aux Athéniens de quel droit il ferme la bouche à un personnage aussi considérable; secundo, il saurait que les clergés sont les troupes de choc de l'idole et que si un Etat demande à une Eglise qu'elle lui prête globalement assistance, il faut qu'il feigne de croire que le ciel de l'humanité serait habité; tertio, il saurait que l'exploitation politique de la moitié onirique de l'encéphale du singe parlant interdit aux gouvernements démocratiques actuels une gestion cyniquement pratique et toute administrative de l'Olympe des chrétiens.

6 - Les juifs et les idoles

L'intelligence occidentale est née de la fureur d'Isaïe au spectacle du bois, de la pierre ou du fer des idoles. Mais, de leur côté les Romains demandaient à tous les peuples qu'ils avaient assujettis à leurs lois de placer une effigie de l'empereur dans leurs temples, ce qui ne faisait difficulté pour personne, sauf pour les Parthes, parce qu'il ne s'agissait nullement d'une divinité supplémentaire: seuls des empereurs trépassés se trouvaient quelquefois élevés au rang des dieux à la suite d'une décision solennelle du Sénat, et cela dans les seuls cas où les "Patres conscripti" les jugeaient suffisamment méritants aux yeux de la patrie pour leur décerner à titre posthume un hommage civique aussi extraordinaire. Certes, Alexandre avait eu l'audace et l'effronterie de se faire proclamer un dieu en marche sur la terre, ce qui avait fort irrité les Athéniens et les philosophes présents dans son armée. Quinte-Curce expliquera longuement les désavantages politiques d'élever un vivant au rang d'un dieu, et surtout l'incompatibilité du régime démocratique avec une pratique qui ruine l'égalité entre les citoyens à en hisser exagérément un seul au-dessus de tous les autres.
Aussi le refus obstiné des juifs de faire figurer en bonne place dans le temple de Jérusalem une statue de l'empereur en chair et en os du moment était-il interprété comme un rejet éloquent, mais surtout inexplicable, de la légitimité d'un empire auquel le monde entier payait sans rechigner un modeste écot. Cette formalité était à peine plus dévote que l'affichage obligatoire de la photographie du Président de la République ou l'exposition facultative du buste de Marianne dans nos mairies, à cette différence près que la photographie du Maréchal Pétain, par exemple, appesantissait le poids de l'Etat au-delà d'une simple formalité démocratique , et cela, non point en raison d'une sacralité inscrite dans cette coutume, mais en raison de la durée et de la provenance d'une autorité, certes figurée, mais susceptible de faire basculer un usage banal dans une vénération sacralisée.
Afin de contraindre les juifs à valider le pouvoir terrestre de l'Etat romain à l'aide d'un signe extérieur et bénin d'allégeance à un glaive émoussé , le Sénat soumettait à un impôt spécifique les rares Etats trop fiers de leur longue histoire et de la vaillance devenue légendaire de leurs ancêtres pour exposer en bonne place l'image de bois de l'empereur du monde dans leurs temples. Mais cet impôt était bientôt devenu excessif aux yeux des juifs, donc dissuasif, de sorte que ce peuple n'avait plus d'autre choix que de rejeter la mise en évidence d'un symbole de son asservissement ou de désobéir ouvertement à l'ordre du prétendu Moïse, dont les prêtres disaient avoir tout subitement retrouvé comme il est dit plus haut, les œuvres intactes et complètes dans les souterrains du temple de Jérusalem à l'occasion des fouilles de leurs archéologues.

7 - De la localisation des dieux

Bien que leur Jahvé n'ait perdu ses bras et ses jambes que fort récemment, les juifs n'en soutenaient pas moins fermement que leur créateur mythique se trouvait effectivement "présent" dans le temple de Jérusalem, la "maison de Jahvé". Sa structure concentrique comprenait des parties accessibles à tous et des parties dites "sacrées" qui n'étaient accessibles qu'aux prêtres. Le sanctuaire du temple, appelé le "saint des saints", n'était permis qu'au Grand Prêtre. On y trouvait l'Arche d'alliance, qui contenait les pierres gravées que Jahvé était censé avoir remises en personne à Moïse sur le mont Sinaï. D'où la question tragiquement existentielle de savoir où la France, Jahvé, ou Allah sont censés (être) "présents" objectivement, quoique sous une forme indescriptible et sur quels fondements jugés à la fois indubitables et incompréhensibles leur réalité est néanmoins réputée clairement démontrée aux croyants. En vérité, depuis la mise en scène d'un Moïse bien trop rationnel pour avoir existé à l'époque d'Esdras, Israël se trouvait cruellement retranché de toute réalité divine et palpable confondues.
Quoi de plus traumatisant qu'un ciel soudainement privé de toute attache avec la terre? La destruction par les Romains exaspérés du temple dans lequel Jahvé était réputé se trouver caché, sous une forme invérifiable et soustraite au témoignage des sens, cette destruction, dis-je, renvoyait le "peuple élu" tout entier à un isolement psychique et politique dont jamais aucune nation n'avait jamais encore souffert.
Voyez les chrétiens : ils se sont redonnés en toute hâte une divinité en chair et en os, ils ont accouché du mythe d'une incarnation précipitée de leur Jahvé à eux, ce qui, depuis deux millénaires, les a contraints à substantifier sa parole en la personne du "fils" mi-réel, mi-onirique qu'un créateur fantastique de l'univers aurait eu d'une vierge à la suite d'une parturition naturelle. Faute de doter d'un corps les écrits attribués à Moïse, les juifs, eux, n'avaient plus que leur terre pour se ligoter à leur démiurge du cosmos. Aussi la sacralisation intensive du sol de la Judée servait-elle maintenant de substitut physique et mental à la déréliction native, donc à la désincarnation irrémédiable d'Israël dans l'univers.
L'avantage politique du mythe de l'incarnation est de permettre l'articulation de la divinité avec les identités nationales, tandis que le dieu privé de courroie de transmission avec la terre dont use la religion hébraïque fige la piété sur un territoire unique, étroit et totémisé par l'idole. Dans un texte antérieur,
j'ai souligné que le Dieu universalisé en apparence des chrétiens demeure fiché dans les sols que ses fidèles lui ont assigné, de sorte qu'il existe autant de dieux chrétiens censés uniques que de peuples attachés à brandir l'ubiquité de confection de leur effigie célestifiée. La nouvelle guerre sainte de la démocratie prétendument mondialisée contre l'armée non moins faussement planétarisée du dieu des évangiles se subdivisera à son tour entre les psychophysiologies diverses auxquelles renvoie le ciel d'une liberté illusoirement majusculaire. Voyez la croisade soi-disant universelle en marche pour la délivrance du tombeau christique qu'illustre le martyr de Gaza. Certes, la flottille du "salut et de la délivrance" converge vers le sépulcre symbolique de la démocratie mondiale, mais les navires diffèrent de voilures et de carènes au gré de leur provenance territoriale.
L'Irlandais ne transporte pas la même alliance de la terre et du ciel que les peuples de l'Asie, qui n'ont même pas besoin de héros du ciel, parce que leur regard nu se porte sur la potence où Gaza est clouée: simplement la religion démocratique est porteuse à son tour de l'eucharistie universelle qui a fait de l'espèce humaine un animal transfigurateur du pain et du gibet de sa mort. Mais le mythe de l'incarnation réhabilite la proximité des dieux antiques.

8 - Le réflexe de Pavlov du sacré : l'incarnation des dieux

Le précepte de "Moïse" de rejeter toute "image taillée" de la divinité rejette le simianthrope dans la biologie. Il ne restait à Israël d'autre ressource que de se précipiter frénétiquement dans une définition physiologique de son identité politique, intellectuelle et morale: on sera juif de se blottir dans un gîte qui mettra votre conque osseuse et votre charpente à l'abri d'une transcendance devenue angoissante à la suite de sa vaporisation radicale.
A leur manière, les clergés instruits ont été les premiers guerriers du savoir: leur caste combattait avec les moyens du bord sur la brèche de la raison et de l'intelligence de la classe dirigeante de leur temps. Mais ils n'ont pas la tête politique. A ce titre, ils illustrent la première séparation irrémédiable entre l'action "responsable" et la pensée rationnelle. C'est donc imprudemment que les officiants de l'autel relativement cérébralisé du judaïsme tardif ont tué les dieux tangibles et de proximité dont le singe à demi évadé de la zoologie a besoin pour se tenir sur ses pattes et pour ne pas trop tituber entre le monde et ses songes. Retirez-lui la bouée de la substance, vous en ferez un animal désespéré de ne savoir à quelles branches s'agripper.
Mais pourquoi le simianthrope a-t-il besoin, pour ne pas chanceler, de s'appuyer de tout son poids sur un subterfuge censé concrétiser des abstractions? Pourquoi le catholicisme a-t-il focalisé le sacré sur la puissance terrestre, donc tangible, des Etats et sur une coadjutrice de leur légitimation physique - une Eglise omniprésente, législatrice, puissante et hiérarchisée à titre palpable? Si le protestantisme a fétichisé le temporel d'une manière plus insidieuse que le Saint Siège, c'est que le besoin luthérien d'incarner l'absolu s'est reporté tout entier sur une bouée de sauvetage universelle - le Christ est un substitut physique de son " père " désincarné - alors que le catholicisme n'a d'autre déesse à vénérer en chair et en os que la Vierge Marie.

9 - "Le colibri et la vipère" Chahid Slimani

On voit que l'accès à l'intelligence rationnelle de la politique et de l'histoire de notre espèce passe nécessairement par une anthropologie accueillante aux spectrographies drastiques et à la critique généalogique de la spécificité cérébrale des évadés de la nuit animale. Nous sommes des animaux tout effarés de ce que l'évolution de notre conque osseuse nous ait livrés à la fois au danger mortel et à la nécessité absolue de connaître l'origine psychogénétique de notre statut cérébral d'héritiers d'un primate à fourrure.
A quelle étape de notre cheminement sommes-nous tombés en panne ? Qu'en est-il de l'animal devenu schizoïde sous un os frontal dramatiquement scindé entre des idoles ridiculement tactiles et des idoles évanouies dans le concept? C'est dire que ce sera nécessairement à l'aide de radiographies de l'infaillibilité oraculaire que s'attribue le sacré simiohumain que l'histoire de l'intelligence trans-zoologique va enraciner ses évidences; c'est dire également que la guerre de la raison et de la pensée méta-animales est née du débat sur le statut mental et physique du sacré; c'est dire, enfin, que la chute d'Israël dans la psychogénétique se révèle paradoxalement une providence politique pour l'anthropologie scientifique mondiale de demain, tellement la question de la nature de l' identité simiohumaine actuelle sera impérieusement posée à notre siècle.
De plus, cette question a d'ores et déjà débarqué dans l'Histoire événementielle à la faveur, si je puis dire, du spectacle de la décadence irrémédiable, tant intellectuelle que politique des nations européennes asservies et coincées dans l'étau de l'OTAN. Qu'est-ce qu'une civilisation domestiquée à l'école des idoles verbales qu'un roi de la démocratie mondiale sécrète aux fins d'asservir ses vassaux? Quelle est, en revanche, l'invisibilité créatrice dans laquelle l'Europe tente de ressourcer son intelligence et sa volonté? Qu'est-ce que la liberté si seule une France rendue invisible et trans-grammaticale en est le témoin et le réceptacle? Décidément, la tâche de séparer l'homme de l'animal que l'évolutionnisme de Darwin pose à notre espèce depuis un siècle et demi est devenue impérieuse. Puisse une intelligentsia musulmane porteuse de l'avenir de la pensée du monde porter le même harnais que l'Europe à venir. Alors nous nous demanderons des deux côtés de la Méditerranée ce qu'il en est de l'homme.
La semaine prochaine je résumerai l'histoire biologique et l'histoire mentale de l'Europe à la lumière du défi mondial d'Israël à l'humanité et à la démocratie. Comment échapperons-nous à la biologie sans tomber dans l'aveuglement, l'irréflexion et l'anarchie des masses, comment éduquerons-nous le suffrage universel, de quelle pédagogie serons-nous les missionnaires ?

Voir: Chahid Slimani, Jeu de pouvoir, acte II: Le colibri peut vaincre la vipère, 15 janvier 2011
Le 23 janvier 2011
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