mardi 9 février 2016

Syrie. Le temps des récriminations entre les "futurs vaincus"

Alors que les forces loyalistes continuent leur inexorable avancée en Syrie (ici, ici ou encore ici), que l'armée syrienne et les YPG kurdes semblent collaborer sous les auspices de Moscou pour reprendre le nord du pays et que la stratégie de Poutine est validée, le camp des futurs vaincus commence à s'entredéchirer. Les médias occidentaux perdent les pédales [1] (l'oscar de la crétinerie russophobe revenant cette fois à la BBC), les perroquets pétro-monarchiques caquettent leur désir d'intervention sans intervenir et Erdogan, furieux, pète une veinule en exigeant des États-Unis qu'ils choisissent entre la Turquie et les Kurdes.

Le temps des récriminations

Pour être honnête, il n'a en l'occurrence pas tout à fait tort. Les Américains sont pris dans un imbroglio d'alliances totalement contradictoires que la crise syrienne fait passer au révélateur. Poutine a placé Obama exactement où il le voulait : face à ses incohérences. Le roi est nu et chacun s'en rend compte.
C'est dans ce contexte qu'a eu lieu un événement très intéressant, donc passé sous silence dans les médias officiels. En marge d'une conférence sur la Syrie, Kerry a assez vertement blâmé l'opposition (= rebelles modérés et surtout immodérés) pour avoir refusé de prendre part aux négociations de Genève après en avoir reçu l'ordre des Saoudiens. Extraits :
"Ne me critiquez pas, critiquez votre opposition ! Elle ne voulait pas négocier, ne voulait pas de cessez-le-feu et est partie. Nous nous attendons maintenant à trois mois supplémentaires de bombardements qui vont décimer la rébellion. Que voulez-vous que j'y fasse ? Entrer en guerre contre la Russie ?"
On sent l'administration américaine assez désespérée devant la tournure des événements et prête à jeter l'éponge... Juste après le sabotage des négociations par Riyad, la maison des Seoud a fait son offre clownesque d'intervenir militairement en Syrie. Comme l'écrit le toujours excellent Moon of Alabama :
"Personne ne prend cette offre au sérieux. Les troupes saoudiennes qui tentent d'envahir le Yémen en prennent déjà pour leur grade. Les Saoudiens eux-mêmes avouent qu'ils ont dû fermer 500 écoles, évacuer 12 villages et 7 000 personnes car, maintenant, les Yéménites les envahissent. L'armée saoudienne possède beaucoup de beaux jouets coûteux mais ne sait clairement pas s'en servir." Tout est dit.
A noter d'ailleurs en passant qu'un missile Tochka lancé par les rebelles yéménites a vraisemblablement tué une centaine de soldats saoudiens et émiratis à Marib, projetant une lumière crue sur l'incapacité totale des pétromonarchiques à sortir du bourbier dans lequel ils se sont eux-mêmes imprudemment placés. Alors une intervention en Syrie... LOL
Turcs bloqués, Saoudiens impuissants, Américains prêts à jeter l'éponge. La victoire de Damas et de ses alliés russe, iranien et hezbollahi dans la moitié occidentale du pays, la "Syrie utile", semble désormais inévitable même si le nettoyage des poches de résistance prendra encore du temps. Restera alors l'Etat Islamique. C'est là que se jouera une partie de l'avenir du Moyen-Orient et chacun fourbit déjà ses armes...

[1] Dans le 20 heures de France 2 du 4 février, un reportage sur les frappes de la coalition en Syrie montre des images qui ne sont pas les bonnes. Le reportage montre des images de frappes russes alors que le commentaire parle de frappes américaines.
Le journal de 20 heures de France 2 débute avec un reportage sur les frappes en Syrie et à Alep. Après la diffusion d'un court reportage où les frappes russes sont vivement critiquées, un journaliste intervient en plateau pour donner plus d'informations et expliquer la situation.
Derrière celui-ci l'écran diffuse des images de frappes aériennes. Il explique alors qu'il s'agit des images de la coalition sous commandement américain. Il vante les mérites de ces frappes «chirurgicales» qui font moins de morts que les frappes russes. Ces frappes seraient plus précises, moins nombreuses et ne tueraient quasiment pas de civils. Mais le problème, c'est que les images diffusées ne sont pas celles de la coalition. Les vidéos à l'écran sont celles des frappes réalisées par la Russie et diffusées par le ministère de la défense russe.
Étrange de diffuser des images des frappes russes «imprécises» pour illustrer l'action «chirurgicale» de la coalition...
On pourrait croire qu'il s'agit d'une malencontreuse erreur, mais il semblerait que ça ne soit pas le cas. Les vidéos originales du ministère de la Défense russe ont un time-code en bas, qui, ici n’apparaît pas. A-t-il été supprimé délibérément ?

Le JT de France 2 utilise des images de frappes russes pour illustrer les succès de la coalition