jeudi 4 février 2016

Syrie. Moscou n’arrêtera pas ses bombardements avant d’avoir éliminé les terroristes

La Russie a annoncé mercredi 3/2/2016 qu'elle ne cesserait pas son intervention militaire en Syrie avant d'y avoir «réellement vaincu» les groupes «terroristes», rejetant implicitement les demandes d'un arrêt des bombardements au moment où des fragiles pourparlers de paix se déroulent à Genève.

«Les frappes aériennes russes ne s'arrêteront pas tant que nous n'aurons pas réellement vaincu les organisations État islamique et le Front al-Nosra», la branche syrienne d'«al-Qaïda», a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov en visite à Mascate.
«Je ne vois pas pourquoi ces frappes devraient s'arrêter», a-t-il ajouté, cité par l'agence Interfax.
«Espérer que des conditions formulées sous la forme d'ultimatums aident à régler les problèmes constitue une politique à courte vue et sans avenir», a poursuivi M. Lavrov.
Le Haut comité des négociations (HCN), vaste coalition d'opposants politiques syriens et de groupes armés, réclament l'arrêt des bombardements les visant depuis l'ouverture lundi à Genève de négociations de paix sous l'égide de l'ONU.
«Des gens capricieux sont apparus (au sein de l'opposition syrienne, ndlr), qui commencent à avoir des exigences qui n'ont rien à voir avec les principes» devant régir les pourparlers de paix, a martelé mercredi le chef de la diplomatie russe.
M. Lavrov a par ailleurs estimé qu'un cessez-le-feu en Syrie passait d'abord par un «arrêt de la contrebande à travers la frontière turco-syrienne», qui «ravitaille les combattants».
L'accord conclu sous les auspices des Nations unies prévoit qu'une trêve dans les combats soit instaurée au moment où commence un dialogue politique sur l'avenir du pays entre le régime de Damas et l'opposition.
Le chef de la diplomatie russe s'est en outre interrogé sur les «buts réels» de la coalition internationale menée par les États-Unis en Syrie.
«Nos partenaires continuent de fuir le dialogue pragmatique que nous proposons depuis le tout début. C'est suspect et suscite des questions sur les buts réels de la coalition», a-t-il déclaré sans plus de précisions.

Sur le terrain,  la route qui permet à la Turquie d’alimenter les terroristes en armes et en mercenaires dans et autour d'Alep a été coupée par les frappes aériennes russes et les forces pro-gouvernementales syriennes, affaiblissant les groupes rebelles.
Ces frappes aériennes russes au  nord de la Syrie ont déplacé l'épicentre de la guerre vers le nord d'Alep à la suite de la destruction par la Turquie de l’avion de guerre russe l'année dernière. Dans le même temps, les forces pro-gouvernementales ont rompu un siège rebelle de deux villages dans le nord, coupant la ligne d'approvisionnement de la Turquie aux groupes terroriste
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La province de Lattaquié et les bases russes qui s’y trouvent sont maintenant sécurisées. Les routes d’approvisionnement de l’opposition depuis la Turquie sont quasiment coupées. Les troupes du gouvernement ont clairement l’avantage.
Au sud, l’armée syrienne continue à nettoyer Cheikh Miskin près de la frontière jordanienne. Si la ville est libérée, les lignes de ravitaillement des insurgés du sud, en provenance de Jordanie, seront menacées. Le ravitaillement est déjà affecté par le fait que la Jordanie arrête les militants qui tentent de franchir sa frontière.
Au nord, comme au sud, les différents groupes rebelles ont commencé à se battre entre eux. Des affrontements entre les différents groupes ont été signalés à Daraa dans le sud et à Idlib entre les groupes Ahrar al-Sham et Jabhat al-Nusra. Jabhat al-Nusra, la section d’al-Qaïda en Syrie, est maintenant sous forte pression sur plusieurs fronts et a lancé un appel pour que davantage de combattants étrangers les rejoignent. Il y a déjà des discussions stratégiques au sein de Nusra pour mettre fin à la guerre ouverte et revenir à une guérilla clandestine pour prendre à revers le gouvernement syrien et d’autres entités. Mais le poisson de la guérilla a besoin de l’eau de la population pour nager et on peut douter qu’al-Nusra ait le soutien d’assez de citoyens syriens.
L’armée syrienne a également libéré Qatar (vidéo) des partisans wahhabites d’État islamique. Malheureusement, ce Qatar-là n’est pas le fameux pays du golfe Persique, mais un gros village situé au nord-est d’Alep.
Dans la région kurde, au nord-est de la Syrie, les experts russes travaillent à établir une autre base aérienne. Le président turc Erdogan a déclaré qu’une telle base ne serait pas tolérée. Mais que peut-il faire d’autre que de se lancer dans une guerre ouverte avec la Russie, guerre que la Turquie perdrait comme les 17 autres guerres qu’elle a menée contre la Russie? Les États-Unis installent leur propre base à proximité pour approvisionner les forces kurdes. La base russe fera en sorte que la base américaine ne puisse pas perdurer.
Un rapport publié dans le New York Times explique comment les États-Unis ont organisé la guerre contre la Syrie, pendant que les Saoudiens assuraient son financement au rythme de plusieurs milliards de dollars par an. Le rapport est trompeur car il ne remonte pas avant 2013. Or on sait qu’à la fin 2011 et au début 2012, la CIA a fourni des armes et que des combattants venus de Libye sont arrivés en Syrie.
Mais les États-Unis, à l’instar du camp du gouvernement syrien, veulent désormais la fin du conflit. Ils mettent beaucoup d’espoir dans les prochaines négociations de Genève entre certains groupes de l’opposition et le gouvernement. Ces groupes d’opposition ont été sélectionnés par l’Arabie saoudite et la Russie a rejeté cette ingérence de l’Armée salafiste de l’Islam et exigé une meilleure représentation des groupes kurdes. On peut trouver un compromis en faisant venir à Genève les Kurdes et d’autres groupes d’opposition non islamistes en tant que troisième délégation.
Mais ce ne sont pas les discours qui décideront de l’issue de la guerre. Les véritables négociations ont lieu sur le champ de bataille. Le gouvernement syrien et ses partisans vont continuer à attaquer et ils tireront parti de leurs récentes avancées. Il est fort probable qu’ils enregistrent des succès militaires qui décident de l’issue de la guerre avant même que les pourparlers de Genève n’en arrivent aux choses sérieuses.

situation au 3/9/2015

Défense russe : il y a de bonnes raisons de croire que la Turquie prépare une invasion de la Syrie

Ce qui se passe à la frontière turco-syrienne laisse entrevoir d’intenses préparations à une incursion turque en Syrie, a annoncé jeudi le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.
«Nous avons de bonnes raisons de soupçonner d’intenses préparations de la Turquie à une incursion militaire sur le territoire d’un Etat souverain, la République syrienne arabe… Nous remarquons de plus en plus de signes de préparation des militaires turcs pour agir activement sur le territoire syrien», a annoncé Igor Konachenkov aux journalistes.

Plus tôt, le ministère russe de la Défense avait présenté à la communauté internationale les preuves vidéo montrant que l’artillerie turque bombardait des villes syriennes au nord de Lattaquié. En outre, selon les preuves de Moscou, la Turquie ravitaille les combattants à Alep et Idlib pendant la nuit.
A Moscou, tout le monde s'étonne de voir que le Pentagone et l’OTAN n’aient pas réagi à ces éléments, a fait savoir le ministère de la Défense. Et en ce qui concerne la Turquie, «de sa part, ce n’est pas professionnel de penser qu’elle réussira à couvrir ce qui se passe dans la région», estime Igor Konachenkov.

Pour lui, la Turquie essaie de dissimuler ses activités illégales sur la frontière avec la Syrie et c'est pour cela qu'elle a annulé le vol de reconnaissance qu’un avion russe devait effectuer au-dessus de cette portion de territoire.
«De tels pas effectués par un pays-membre de l’OTAN ne contribuent pas au renforcement de la confiance et de la sécurité en Europe», a-t-il ajouté.
Les forces turques avaient déclaré à plusieurs reprises qu’elles bombardaient la région frontalière syrienne en affirmant qu’il s’agissait de territoires contrôlé par Daesh. Il s’agissait de représailles après la mort de deux personnes, tuées par des obus près d'une école turque à la frontière syrienne. Cependant, selon les informations du ministère russe de la Défense, les tirs d'Ankara ne touchent pas seulement les terroristes, mais aussi des localités et leur population.