samedi 5 mars 2016

La Tunisie se mobilise contre la classification du Hezbollah comme terroriste

Le classement du Hezbollah comme organisation terroriste par les pays du Golfe et le conseil des ministres arabes de l’Intérieur réunis en Tunisie a fait l’objet de critiques acerbes sur les réseaux sociaux tunisiens et de la part des politiciens tunisiens, un pays très sensible à la défense de la cause palestinienne.

Hezbollah-Tunis-Théatre

Le président tunisien mécontent

Dans ce contexte, le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a exprimé son mécontentement de ce classement, lors d’un entretien avec le ministre des Affaires Étrangères, Khemaïes Jhinaoui, a rapporté le site echoroukonline.
Le président tunisien a appelé le chef de la diplomatie à rectifier l’erreur commise par la Tunisie et d’adosser la responsabilité de cet acte à celui qui a pris cette décision, a-t-on ajouté de même source.
Tenu à Tunis mercredi 2 mars 2016, le Conseil des ministres arabes de l’Intérieur a décidé de déclarer le Hezbollah libanais organisation terroriste, y compris tous les membres de sa direction, ses unités et les organisations qui lui sont affiliées. Il semblerait que la Tunisie ait voté pour cette résolution.

Le chef de la diplomatie tunisienne: ce classement ne reflète pas la position de la Tunisie

Pour sa part, M. Jhinaoui a affirmé jeudi que le fait de considérer le Hezbollah comme étant une organisation terroriste ne reflète pas la position de la Tunisie.
Lors de son intervention sur la chaîne de télévision El Hiwar Ettounsi, Jhinaoui a fait savoir qu’une telle position doit être prise par le président de la République en coordination avec le chef du Gouvernement, précisant qu’une fois la position de la Tunisie envers une organisation étrangère a été prise, elle devra être publiée par le ministère des Affaires étrangères.
Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères a indiqué que le Hezbollah n’a pas été considéré comme étant une véritable organisation terroriste, estimant que la question a tout simplement été amplifiée.
M. Jhinaoui a par ailleurs précisé que la Tunisie n’est pas en conflit avec le secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah. Et d’ajouter : les relations de la Tunisie avec le Liban et l’Iran sont excellentes, a rapporté le site tunisien Jawhara.

L’ordre des avocats et l’UGTT

De son côté, le président de l’Ordre des avocats Mohamed al-Fadel Mahfouz a souligné dans un communiqué son refus de voir le gouvernement tunisien prendre une telle direction dangereuse et a appelé toutes les forces vives en Tunisie et dans le monde arabe à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils reviennent sur leur décision.
Pour le principal syndicat tunisien UGTT, il s’agit d’une décision « étrange », le Hezbollah symbolisant la lutte nationale libanaise contre Israël. « Cette décision a été prise dans le cadre d’une offensive dirigée par des forces étrangères et régionales pour diviser la nation arabe et détruire ses forces au profit des forces (…) sionistes et rétrogrades », a estimé l’UGTT dans son communiqué.
Le syndicat a exhorté le gouvernement tunisien à se désolidariser de la mesure, « qui ne sert ni l’intérêt du pays, ni celui de la nation arabe » et demandé à toutes les forces nationales et démocratiques de faire face à cette décision.

Internautes et personnalités politiques

La décision du conseil des ministres arabes de l’intérieur sur le Hezbollah a également provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ayant affiché leur soutien au Hezbollah et ont condamné l’alignement de la Tunisie sur les positions des pays du Golfe.
Des personnalités du paysage politique, associatif ou intellectuel se sont également élevées contre cette annonce.
La magistrate et ancienne candidate à l’élection présidentielle, Kalthoum Kennou a appelé partis politiques, organisations de la société civile et citoyens à manifester afin d’exprimer le refus d’une telle décision, rapporte le site tunisien businessnews.
De son côté, le député du bloc Al Horra (ancien Nidaa) Sahbi Ben Fredj a considéré le vote de la Tunisie en faveur de la classification du Hezbollah en tant qu’organisation terroriste, comme une insulte au peuple tunisien et une atteinte à la résistance libanaise, représentée par le Hezbollah.
Pour ce faire, le député annonce qu’il demandera une audition du ministre de l’Intérieur sur les circonstances de son vote et qu’il examinera avec les autres députés les dispositions nécessaires afin d’annuler ce vote au sein de l’Assemblée.
L’intellectuelle et universitaire Olfa Youssef a lui aussi déclaré : « Si le Hezbollah est terroriste, alors je porterais l’étendard du terrorisme avec fierté ! ».

Communiqué des partis tunisiens

Des partis politiques et des associations tunisiennes ont en outre émis un communiqué pour critiquer cette décision.
Dans ce communiqué on lit que la diplomatie tunisienne a posé un acte aux effets incalculables en cautionnant cette mesure qui sert l’agenda du sionisme. Pour les signataires de ce communiqué, le fait qu’ Israël  ait exulté à l’annonce de cette décision démontre que cette affaire va dans le sens des intérêts du sionisme.
Les signataires de ce communiqué sont : Le parti Al Ghad, le Comité national de soutien de la résistance arabe contre la normalisation avec le sionisme, la Ligue tunisienne de tolérance, le Forum international des jeunes contre le sionisme, le racisme et l’impérialisme, le Rassemblement arabe islamique de soutien de la résistance et le Forum Est-Ouest.
La mesure prise contre le Hezbollah par le CCG intervient dans un contexte de forte tension entre Ryad et le Hezbollah qui a ouvertement critiqué les crimes saoudiens dans plusieurs pays arabes, dont à leur tête le massacre du peuple yéménite.(Agences).

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