samedi 5 mars 2016

SYRIE. Des technologies russes de pointe donnent l’avantage à l’armée du président Assad

Le régime syrien a perdu plus de 60 000 hommes depuis que la guerre a commencé, mais un nouvel équipement russe aide à faire basculer la donne. Vous pouvez voir la puissance de feu des nouveaux tanks T-90 russes de l’armée syrienne alignés dans leur nouvelle livrée pour le désert à peine à 100 miles de Raqqa la capitale syrienne d’ISIS.



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Un char russe T-90 fait feu
Il y a de nouveaux camions fabriqués en Russie à leurs côtés, beaucoup d’artillerie et – sûrement que les espions d’ISIS sont censés voir cela – beaucoup de soldats syriens marchant dans le périmètre de sécurité à côté des soldats russes portant des chapeaux militaires contre le soleil, du genre de ceux qu’ils ont utilisés dans le temps dans la chaleur estivale de l’Afghanistan, dans les années 1980. Il y a même un général russe présent sur la base militaire d’Isriyah, pour faire en sorte que les équipages de chars syriens reçoivent la formation la plus efficace sur les T-90.
Non, les troupes terrestres russes ne vont pas se battre contre ISIS. Cela n’a jamais été l’intention. La force aérienne russe attaque ISIS par les air; les Syriens, les Iraniens, les chiites afghans musulmans du nord-est de l’Afghanistan, les chiites irakiens et plusieurs centaines de chiites pakistanais doivent attaquer ISIS et Jabhat al-Nosra sur le terrain.
Sur la ligne de front avec les forces iraniennes luttant à l’extérieur d’Alep
Mais les Russes se doivent d’être dans le désert à l’est de l’axe Alep-Hama-Homs-Damas, à la fois pour former les équipages de chars syriens et pour maintenir à l’est une base avancées de contrôleurs aériens permettant de guider les bombardiers Sukhoi pour atteindre leurs objectifs de nuit.
Tout le monde sur les lignes de front syrien vous dira que les forces aériennes syriennes ne bombardent leurs ennemis que par temps clair. Quand les nuages ​​d’hiver descendent et que la pluie tombe sur le nord et l’est de la Syrie, les Russes prennent le relais.
«Les Syriens volent assez bas pour être vus – les Russes, quand ils viennent, vous ne les voyez jamais», comme un visiteur régulier des fronts l’indique avec une simplicité toute militaire. Pas étonnant que les officiers supérieurs russes soient maintenant aussi associés au commandement de l’armée syrienne à Alep. Vladimir Poutine ne fait pas les choses à moitié.
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Des avions de combat russes volent dans le ciel de la ville côtière méditerranéenne de Lattaquié, Syrie
Pourtant, le soutien militaire le plus important que les Russes ont donné aux Syriens ne sont pas les tanks – aussi impressionnants qu’ils en aient l’air – mais la technologie qui va avec eux.
Les officiers syriens ont vu comment le nouveau système anti-missile du T-90 force les roquettes à dévier de leur trajectoire à quelques mètres des chars quand elles foncent sur leur cible. Est-ce l’arme qui pourrait vaincre les assauts d’ISIS et d’al-Nosra et l’utilisation massive de roquettes ? Peut-être. Plus important encore pour les Syriens, cependant, ce sont les nouveaux capteurs russes de mouvement avec vision nocturne, et l’équipement de surveillance-reconnaissance électronique qui ont permis à l’armée du gouvernement de briser les défenses d’al-Nosra dans la région montagneuse extrême au nord-ouest de la Syrie, brisant les lignes d’alimentation rebelles en provenance de Turquie pour Alep.
Dans une armée qui a perdu plus de 60 000 soldats en près de cinq ans de durs combats, les officiers de la Syrie ont soudain découvert que la nouvelle technologie russe coïncide avec une forte baisse de leurs pertes. C’est peut être une raison du flot continu de déserteurs de l’Armée syrienne libre, de retour dans les rangs des forces gouvernementales, appauvrissant encore plus la solide armée de 70 000 hommes de David Cameron avec ses soldats fantômes modérés. Curieusement, depuis le début de la guerre en 2011, un pourcentage beaucoup plus élevé de policiers syriens et de personnel de la sécurité politique que de soldats de l’armée régulière ont déserté pour les ennemis de Bachar al-Assad. Il y a eu 5 000 défections parmi les agents de sécurité sur un effectif total de 28 000 policiers.
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Les Russes sont dans une position unique parmi les forces terrestres syriennes ; ils peuvent former les Syriens pour utiliser les nouveaux chars et ensuite regarder comment les T-90 se comportent sur le terrain sans avoir à souffrir de victimes eux-mêmes. A l’origine, il y avait des plans pour reconquérir Palmyre, la ville romaine déjà partiellement vandalisée par ISIS, mais les difficultés du terrain désertique plat ont persuadé les Syriens d’un plus grand intérêt pour des offensives au nord pour couper toutes les routes rebelles en provenance de Turquie.
Pas étonnant que les Turcs soient maintenant en train de bombarder massivement les forces syriennes le long de leur frontière commune. Les Russes, bien sûr, trouvent beaucoup plus facile de former des hommes pour combattre dans les villes ou les montagnes – des environnements dans lesquels ils se sont battus – que dans les déserts, où aucun personnel militaire russe n’a eu d’expérience depuis la guerre de Gamal Abdel Nasser au Yémen.
Les offensives qui ont permis de reprendre les villages chiites de Nubl et Zahra le mois dernier étaient d’un grand intérêt pour l’armée russe. Pour la première fois, l’armée des forces spéciales syriennes, les gardes révolutionnaires iraniens et les combattants du Hezbollah libanais se sont battus conjointement avec des chars et des hélicoptères syriens qui ont préparé par le feu leur chemin à travers 30 kilomètres de villages et de campagne, chemin ouvert en seulement huit jours.
Mais les statistiques des forces étrangères qui luttent pour le régime syrien semblent avoir été grossièrement exagérées dans l’Ouest. Il y a moins de 5 000 gardes révolutionnaires iraniens en Syrie – ce qui comprend des conseillers ainsi que des soldats – et 5 000 autres combattants étrangers comprenant non seulement des Afghans et le Hezbollah, mais aussi des Pakistanais musulmans chiites.
Malgré toutes les fanfaronnades de l’Arabie saoudite qui aurait formé une énorme coalition contre la terreur, au mieux sous-entraînée, il semble que les Syriens, les Iraniens et le Hezbollah ont réussi à fonctionner ensemble sur un terrain difficile par temps de pluie et à gagner leur première grande bataille commune. Les forces iraniennes sont maintenant utilisées sur les lignes de front pour la première fois, principalement autour d’Alep. Leur première avancée a commencé dans la campagne au sud d’Alep en novembre. Officiellement, eux et les Syriens ont dit avoir l’intention d’ouvrir l’ancienne route internationale d’Alep à Hama, mais le véritable plan était de briser le siège des villages chiites de Fuah et Kafraya.
Dans la campagne orientale, le colonel Suheil Hassan, le Tigre, que certains dans l’armée syrienne considèrent comme un nouveau Rommel, a mené une campagne au nord pour mettre fin au siège d’ISIS sur une base aérienne syrienne.
Mais qu’en est-il des Kurdes, dont l’avance vers le sud a également mis en danger les voies d’approvisionnement rebelles à Alep? Les Syriens sont reconnaissants pour toute l’aide kurde qu’ils peuvent obtenir. Mais quelques-uns dans l’armée n’ont pas oublié les événements glaçants de 2013, lorsque les Syriens battant en retraite ont cherché refuge auprès des forces kurdes après la bataille pour la base aérienne de Mineq. Les Kurdes ont exigé une vaste part des armes de l’armée syrienne en échange de leurs hommes, soldats contre munitions. Des millions de balles d’AK-47, des munitions pour des mitrailleuses et des milliers de roquettes ont été obtenues en échange de la libération des soldats.
Mais les Kurdes voulaient persuader al-Nosra d’échanger des prisonniers kurdes, et ont offert les officiers syriens de Mineq à al-Nosra en échange des captifs. Al-Nosra a accepté l’échange, mais une fois que les Kurdes ont remis les officiers syriens, les rebelles islamistes – qui avaient perdu environ 300 de leurs propres hommes dans la bataille de Mineq – ont tué tous les officiers syriens que les Kurdes leur avait donnés, en leur tirant une balle dans la tête.

Parmi eux se trouvait le commandant syrien à Mineq, le colonel Naji Abu Shaar de la 17e division de l’armée syrienne. Des événements comme ceux-ci n’aideront pas l’armée syrienne à aimer les Kurdes dans les années à venir.
Pendant ce temps, les Syriens continuent à perdre des officiers de haut rang dans la bataille. Au moins six généraux ont été tués au combat pendant la guerre syrienne, ce qui permet à l’armée de proclamer que ses meilleurs hommes mènent la bataille en première ligne.
Le commandant des forces spéciales de la Syrie a été tué à Idlib, et le commandant du renseignement militaire syrien dans l’est du pays a été tué à Deir al-Zour. Le major-général Mohsen Mahlouf est mort dans la bataille près de Palmyre. Le général Saleh, un ami proche et collègue du colonel Tigre Hassan, s’est chargé des kamikazes d’al-Qaïda dans la ville industrielle de Sheikh Najjar à l’extérieur d’Alep il y a un an.
Il m’a dit que les kamikazes y ont tué 23 de ses hommes dans une grande explosion. Je l’ai rencontré plus tard, et je pensais à l’époque qu’il avait adopté un mépris joyeux – presque téméraire – de la mort. Il y a un mois, il a roulé sur une bombe improvisée qui lui a arraché la moitié inférieure de la jambe droite. Ce sont des hommes durs, dont beaucoup ont été formé dans un collège militaire syrien dont la devise dit: «Bienvenue à l’école de l’héroïsme, où les dieux de la guerre sont forgés». A faire froid dans le dos.
Article original paru sur The Independent.
Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker Francophone.