lundi 14 janvier 2013

Sept clés pour comprendre l'intégrisme islamiste


"Savants" arabo-islamistes
Avant-propos.
Dans ce qui suit, nous relatons l'expérience algérienne du terrorisme islamiste. Le grand patron de terrorisme était Abassi Madani, l'un des "meilleurs élèves" d'un certain Rached Ghannouchi. Vous remplacez FIS par Ennahdha, Algérie par Tunisie, et vous aurez la situation tunisienne dans les prochains mois, si d'aventure le peuple, l'armée et la police continuent de faire l'autruche. Un homme prévenu en vaut deux, dit-on. H. Genséric
C’est à un moment où la société et ses politiciens tergiversaient sur la nature de la mouvance religieuse qui s’abattit sur l’Algérie, après l’ouverture du champ politique (1988), que des plumes se sont élevées pour dénoncer ce qui était un fascisme théocratique. Des intellectuels francophones et arabophones se sont mis au travail pour comprendre la vague qui portait le Front Islamique du Salut (FIS), à la tête duquel trônaient les sinistres Belhadj et Madani. La réplique intégriste contre ce travail ne s’est pas faite attendre : les intellectuels étaient traqués et assassinés un à un, ils tombaient dans des attentats individuels à l’arme blanche ou à l’arme à feu. Un climat de terreur s’est instauré chez les gens de la plume : ils rasaient les murs, sortaient « comme des voleurs », se déguisaient pour aller en ville et s’autocensuraient. Les plus chanceux ont gagné les capitales européennes, dépeuplant ainsi les universités algériennes et les livrant à la toute puissance de l’islamisme. C’est contre ce climat de terreur que s’est révolté un Tahar Djaout en écrivant : « tu dis, tu meurs. Tu te tais, tu meurs. Alors dis et meurs ! ». Il a été en effet tué le 26 mai 1993, ouvrant une longue liste de ce qui se révéla être un véritable carnage des penseurs algériens entre 1993 et 1997 approximativement.
En pleine terreur, dans un moment de détresse collective, un penseur qui n’appartenait pas à la caste des hommes hyper protégés du sérail ou à celle des dignitaires privilégiés, un homme qui vivait dans un bâtiment d’une cité populaire (équivalent d’un HLM) a osé braver la peur. Il fait paraître en Algérie un livre retentissant au titre on ne peut plus clair : De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier (1992). C’est ce qu’on appelle, au sens fort, risquer sa vie. En effet, les islamistes intégristes se sont immédiatement acharnés sur l’écrivain pour l’éliminer et plusieurs attentats n’ont pas eu raison de lui. Il mourra finalement d’une maladie dans un hôpital parisien, après avoir été contraint à l’exil.

Cet homme s’appelle Rachid Mimouni. Ses idées survécurent. Les voici :

Première clé pour comprendre l’islamisme : Le FIS n’est pas un parti politique mais une résurgence du Moyen Age maghrébin.

Loin d’être organisé comme un parti politique contemporain, avec des instances locales, provinciales puis nationales, élues par les adhérents et renouvelées à échéance déterminées, le FIS est une nébuleuse instable. Il n’a jamais tenu de congrès ordinaire, n’a ni statuts, ni règlement intérieur. Il s’est présenté aux élections de 1991 avec pour seul programme le Coran. Ses réunions sont souvent secrètes et tenues à huis clos. Son seul organe reste un Conseil Consultatif (Madjlis al-choura) dont on ne connaît ni le nombre de sièges, ni les noms exacts des membres, ni la durée de leur mandat. Il n’a ni président, ni secrétaire général mais seulement deux leaders autoproclamés et quelques personnalités qui gravitent autour d’eux.
« Ce sont des prédicateurs et ils s’inscrivent en cela dans la pure tradition historique maghrébine » (p. 17). Les leaders du FIS entretiennent donc une « obscurité délibérée » (p. 17) sur leur mouvement. Nul besoin d’un programme, il suffit de prêcher « la voie droite ». « Comme leurs modèles du Moyen Age, ils ne songent qu’à ramener le peuple vers l’orthodoxie religieuse » (p. 18). Ils ressemblent en cela aux Maïssara (à l’origine de Tahert), Obeïd Allah (au service des Fatimides), Ibn Tumart (Almohade), etc.

Deuxième clé : l’idéologie intégriste est un archaïsme

Le crédo par excellence de l’islamisme est « un retour à la pureté originelle de l’islam » (p. 21). Ce retour se fait concrètement par l’adoption d’un mode de vie censé avoir cours au temps du Prophète. Barbe, tenue vestimentaire, khôl, sommeil à même le sol, interdiction de la musique, etc. « Toute évolution au niveau des mœurs ou des pratiques devient suspecte d’hérésie » (p. 22). Refus du calcul astronomique pour fixer d’avance le premier jour de Ramadan, refus du calendrier solaire et du week-end universel, interdiction du maquillage et de la cigarette (inconnue du Prophète) pendant le jeûne, attachement à une interprétation littéraliste sans tenir compte des changements du monde (moyens de transport bouleversant la notion de voyage par exemple). Les crimes ne sont pas loin : couper la main au voleur, couper la langue du menteur, crever l’œil du faux témoin, lapider la femme adultère, etc. « Chaque fois que les croyants interrogeaient leurs guides pour savoir si l’usage de telle ou telle commodité était licite, un « La Yadjouz » (ce n’est pas permis) tombait comme un couperet » (p. 25). On s’accroche à l’état archaïque du monde du VIIème siècle et on refuse tout changement ultérieur au nom d’un islam pur et littéral.

Troisième clé : la femme chez les islamistes est comme le Juif chez Hitler

« Il reste que, chez les islamistes, la femme est l’objet d’une fixation obsessionnelle, comme le juif pour Hitler » (p. 29). « Elle est la source de tous les tourments. L’inadmissible est qu’elle ait un corps, objet des désirs et fantasmes masculins. Sa beauté devient une circonstance aggravante. Tout apprêt ou parure devient une incitation intolérable » (p. 29).
« La question sexuelle reste l’un des fondements du projet islamiste. Contraints au réalisme, les intégristes accepteraient d’accommoder nombre de leurs principes (…) mais certainement pas le sort promis à la femme » (pp. 43-44)
Le hijjab (le voile et non le foulard) n’est d’ailleurs pour eux qu’une façon d’occulter la sexualité, incarnée par le corps de la femme. Cachez-moi ce corps désirant que je ne saurais voir…

Quatrième clé : Hijjab (voile) et Qamis (robe blanche) constituent l’uniforme intégriste

Le voile dans les pays où les masses sont fanatisées, loin d’être une question de liberté de culte ou de liberté tout court, est un signe de ralliement et d’embrigadement. C’est une uniformisation des masses par le vêtement qui précède une uniformisation de la pensée. Arborer un hijab dans ces sociétés, c’est se rallier à une certaine éthique du couple indissociable du projet politique intégriste. C’est adopter « la voie droite » et situer de facto les autres (moutabaridjât) dans la dépravation et l’immoralité.
 « Le hijab est une invention géniale car il illustre la conception qu’ont les intégristes de la relation de couple. Ses larges plis, qui occultent les formes de la femme, découragent toute entreprise de séduction. Il procure surtout une formidable sérénité aux disgracieuses, grosses ou difformes, puisque l’ample tunique cèle les défauts de l’une et les attraits de sa rivale. Le voile est destiné à inhiber le désir masculin. Leur corps occulté, les femmes se retrouvent interchangeables, réduites à leur organe génital. On parvient ainsi à refréner l’émergence de tout sentiment amoureux et à rabaisser l’acte sexuel au niveau d’un besoin trivial. On fait l’amour comme on va aux toilettes » (p. 48)
Mimouni relève que le même souci de distinction vestimentaire caractérise les mouvements fascistes italien, nazi allemand et islamiste algérien. «  Au chemises noires ou brunes correspondent le kamis et la barbe. Leurs militants aiment se coudoyer dans d’immenses meetings afin de se compter et d’éprouver cet enivrant sentiment de puissance de se voir ainsi par milliers regroupés. Ils vibrent de conserve aux discours enflammés de leurs tribuns. Cela donne lieu à des orgasmes collectifs. Les mots d’ordre qu’ils clament finissent par avoir un contenu magique. Fascisme, national-socialisme ou république islamique se retrouvent dotés d’un sens nouveau, radical ou utopique. Une réelle solidarité et d’obscurs désirs de revanche les rapprochent. » (p. 153)
Il faut ajouter à ce tableau la volonté délibérée des trois mouvements de recourir à la violence et la constitution à leur périphérie d’obscurs groupuscules faits d’illuminés, de fanatiques, de nervis terroristes, de « désaxés de tout genre » prêts à agir le moment venu.

Cinquième clé : L’intégrisme est l’ennemi des intellectuels



« Comme tous les mouvements populistes, l’intégrisme est ennemi des intellectuels et de la culture. Son discours fait appel à la passion plutôt qu’à la raison, à l’instinct plutôt qu’à l’intelligence. Toute activité intellectuelle doit se consacrer à l’approfondissement de la connaissance du message divin. Toute forme de création est taxée d’hérétique parce qu’elle est perçue comme faisant une coupable concurrence à Dieu. Le projet islamiste se propose donc d’étouffer toutes les formes d’expression artistique : littérature, théâtre, musique et bien entendu peinture » (p. 51)
Après juin 1991, les islamistes fermèrent la cinémathèque d’Alger, prétextèrent des problèmes d’hygiène ou des travaux de rénovation pour faire cesser l’activité des centres culturels, asphyxièrent financièrement nombre d’institutions de culture ou de loisir, interdirent par la violence des galas, des expositions, etc. …avant de passer purement et simplement au meurtre des producteurs culturels après 1993 : écrivains (Djaout), hommes de théâtre (Alloula), chanteurs (Hasni), etc.
 « Les sciences humaines restent globalement suspectes à leurs yeux. A l’université, elles se sont transformées en cours de propagande. » (p. 54)

Sixième clé : L’intégrisme récupère la pauvreté

Les intégristes reçoivent de l’argent par le biais de diverses banques islamiques, ligues et associations religieuses. La manne provient essentiellement de l’Arabie Saoudite, des pays du Golfe, du Soudan et de l’Iran et des collectes naguère organisées en Occident. Ils fructifient ensuite cet argent dans le trabendo (marché noir parallèle au marché), en enrôlant un nombre de chômeurs algériens. Au final, les caisses sont pleines, ce qui leur permet de porter secours aux pauvres, aux sinistrés, aux victimes des inondations et des séismes, aux mal logés et aux sans-abri, tout en récupérant ce beau monde dans le cadre de l’idéologie islamiste. Contrairement à l’absence et à la corruption de l’état, l’intégrisme gagne à lui les masses et progresse socialement et électoralement. Les terrains où se fait sentir une misère matérielle, un mécontentement populaire, une frustration larvée, un ressentiment, sont les terrains de recrutement par excellence de l’islamisme.

Septième clé : L’intégrisme est promu par l’enseignement et les média

« La politique d’éducation épaissit d’une nouvelle strate le terreau intégriste. Les pas de clercs et les incohérences des programmes d’enseignement constituent sans doute une des causes du retour de la barbarie » (p. 121)
Aux lendemains de l’indépendance, pour combler son manque de personnel de l’éducation, l’Algérie a importé des enseignants d’Egypte, qui répandirent l’idéologie panarabiste parmi les élèves. L’arabisation politique, destinée à récupérer l’héritage linguistique arabe spolié par la colonisation, se transforma en apologie de l’islamisme et en mépris des langues locales et populaires. Menée à la hâte, cette arabisation était dépourvue de moyens pour incarner une ouverture vers la modernité. Elle se rabattît sur les dogmes islamiques du Moyen Age et sur la sacralisation de l’idiome coranique, à un moment où le reste des secteurs économiques sensibles fonctionnait encore en français. La bi-partition des compétences et des élites crée des frustrés, une partie de la population semi-lettrée se trouvant exclue du jeu économique. C’est cette partie qui, privée des moyens matériels et intellectuels modernes, s’identifia aux modes de vie rétrogrades. Elle vint par la suite grossir les rangs de l’intégrisme et stigmatiser les « francisants » privilégiés (moufanassoun).
Par ailleurs, des millions d’élèves écoutent chaque jour un catéchisme inspiré par les prédicateurs du Moyen Age comme Ibn Taymiyya. La télévision et les radios nationales retransmettent ces discours tandis que l’école se chargeait de les enseigner dés le jeune âge.
Résultat d’un système éducatif désaxé, incapable d’amarrer les écoliers sur les acquis de la culture universelle tant spirituels que matériels, l’intégrisme sait d’où il vient. Aussi, ses promoteurs sont-ils farouchement opposés à la réforme de l’école qui leur permet de se reproduire. Ils pensent que celle-ci doit enseigner, à côté des matières techniques supposées « neutres » (sciences dites dures), les dogmes coraniques, les certitudes divines et les principes de la foi. Aussi tendent-ils à expurger de l’éducation le doute, la raison, l’esprit critique, la relativisation historique ou la discussion herméneutique qui caractérisent les sciences humaines.
Sources    - Rachid Mimouni, 1992, De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier, éditions Belfond-Le Pré aux clercs.
Source de l’article http://anglesdevue.canalblog.com/archives/2008/01/10/7518463.html

Que faire des islamistes ?

Dans sa rubrique « Ce que je crois » à paraître dans  Jeune Afrique*, Béchir Ben Yahmed répond à la question « Que faire des Islamistes ? » Analysant la situation dans les trois pays du printemps arabe, la Tunisie, l’Egypte et la Libye, il en déduit que les islamistes hissés au pouvoir « n’ont rien appris et rien oublié ». Il écrit notamment :
« Les "Frères musulmans" d’Égypte et les "Nahdhaoui" de Tunisie sont encore, pour la plupart d’entre eux, à un niveau d’évolution politique infra-moderne et infra-démocratique.
Ils se disent démocrates et modérés par simple habileté tactique, pour se faire admettre des modernistes et des démocrates de leurs pays et de l’extérieur.
En fait, ils n’ont guère évolué : islamistes ils étaient, islamistes ils demeurent : tournés vers le passé et plus fidèles à leurs formations respectives qu’à leur pays ; la discipline de parti prévaut chez eux sur l’intérêt national comme sur les accords avec d’éventuels partenaires.
Leur proximité avec les salafistes leur importe davantage que leurs liens avec les modernistes ; islamiser la société dans laquelle ils vivent est pour eux plus important que de procéder à une lecture éclairée de l’islam.
Leurs soutiens moyen-orientaux – auxquels ils sont inféodés – sont les intégristes wahhabites du Qatar et d’Arabie saoudite ».
Et d’ajouter : « Les partenaires extérieurs de la Tunisie, de l’Égypte, le camp des démocrates euro-américains devraient, de leur côté, se souvenir de l’erreur qu’ils ont faite en soutenant trop longtemps, sans leur faire de remontrances, les dictatures africaines et arabes. Nous les voyons aujourd’hui prodiguer un soutien presque inconditionnel aux islamistes : ils devraient garder leurs distances, éviter toute connivence avec eux, n’accepter ni leur double langage, ni, a fortiori, les libertés qu’ils prennent avec les règles de la démocratie.
Les islamistes tunisiens et égyptiens ne sont pas de bonne compagnie ! »

 

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