jeudi 17 septembre 2026

L'Arabie saoudite pourrait être contrainte par l'Occident de reconnaître la division du Yémen en deux États.

Les États-Unis pourraient reconnaître l'État de facto des Houthis dans le cadre d'un vaste accord régional avec l'Iran et pour contribuer à la relance du marché mondial de l'énergie, ce qui conduirait probablement l'UE à faire de même et laisserait alors à l'Arabie saoudite peu d'autre choix que d'en faire autant pour mettre fin à la guerre.


L'offensive éclair des Houthis le long de la côte yéménite de la mer Rouge et dans les îles voisines leur a permis d'exercer une influence prépondérante sur le détroit de Bab el-Mandeb. Elle a également mis en lumière les faiblesses de l'alliance islamique, le Pakistan et la Turquie n'ayant pas porté secours à leur allié saoudien en matière de défense mutuelle après la série d'attaques menées par le groupe contre les infrastructures énergétiques du royaume, parallèlement à leur offensive. En conséquence, l'Arabie saoudite a annulé certaines livraisons de pétrole à l'UE après la suspension de son oléoduc Est-Ouest.

Les conséquences énergétiques des attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite pourraient être exploitées par Riyad pour inciter les Européens à rejoindre sa coalition contre le groupe. Cependant, leur réticence à se joindre à la coalition que les États-Unis avaient précédemment proposée contre l'Iran laisse penser qu'ils refuseront. L'Arabie saoudite ne peut déloger les Houthis seule, comme l'ont démontré les onze dernières années d'efforts et sa récente demande de soutien aérien américain, que Trump aurait rejetée. Elle pourrait donc être contrainte de conclure un accord avec eux pour mettre fin au conflit.

L’Arabie saoudite a jusqu’à présent refusé de reconnaître la défaite cuisante de son pays, le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) ne souhaitant pas l’accepter pour des raisons d’héritage et mal à l’aise avec un État hostile, allié à l’Iran, à ses frontières. Or, en l’état actuel des choses, personne ne peut affirmer avec certitude que l’Arabie saoudite est en train de gagner cette guerre. L’ État de facto des Houthis existe d’ailleurs déjà depuis plus de dix ans. L’Arabie saoudite étant impuissante à changer cette situation, l’accepter serait finalement une décision judicieuse.

Malgré cela, MBS pourrait toujours refuser pour les raisons liées à son héritage, mais la pression occidentale pourrait le contraindre à reconsidérer sa position. Le refus de Trump de fournir un soutien aérien fait écho aux informations selon lesquelles les États-Unis envisageraient une réduction drastique de leur présence militaire régionale, voire un retrait total , ce qui pourrait faire partie d'un accord avec l'Iran, même secret et non officiel. La reconnaissance par les États-Unis de l'État de facto des Houthis pourrait également en faire partie s'ils acceptent de cesser leur expansion.

Après tout, Trump a récemment déclaré que les Houthis et les États-Unis n'avaient aucun problème l'un avec l'autre, malgré les bombardements américains menés contre eux au début de l'année dernière. Il semble donc accepter la perpétuation de leur État de facto et pourrait même envisager un futur partenariat minier dans le cadre d'un vaste accord régional. De même, l'UE a des raisons énergétiques d'agir de même afin de garantir le passage sécurisé des pétroliers par le détroit de Bab el-Mandeb ; elle pourrait donc elle aussi reconnaître l'État de facto des Houthis.

La reconnaissance de ce conflit par les Occidentaux exercerait une pression énorme sur l'Arabie saoudite pour qu'elle y mette fin. Les États-Unis pourraient souhaiter un tel accord dans le cadre d'un vaste accord régional avec l'Iran et pour contribuer à la relance du marché mondial de l'énergie, ce qui correspond aux intérêts de l'UE. Si ce retrait s'inscrit dans le cadre d'un retrait militaire américain formel de la région, voire d'un retrait total, l'Arabie saoudite pourrait n'avoir d'autre choix. Être laissée seule face aux Houthis, tandis que les États-Unis ferment les yeux sur sa situation, équivaudrait à une condamnation géopolitique à mort.

Cette guerre a révélé que l'Arabie saoudite est un tigre de papier, contrairement à ses alliés pakistanais et turcs qui l'ont abandonnée au moment critique. Elle n'est qu'une puissance régionale, à l'instar de ces pays, et non la grande puissance que MBS croyait voir son royaume devenir. C'est un brutal retour à la réalité pour lui, et plus tôt il l'acceptera, plus tôt l'Arabie saoudite pourra se sortir de ce bourbier qui engendre des coûts économiques croissants et des risques de conséquences imprévues pour son royaume.

André Korybko

17 septembre 2026

 

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