Les États-Unis pourraient reconnaître l'État de facto des Houthis dans le cadre d'un vaste accord régional avec l'Iran et pour contribuer à la relance du marché mondial de l'énergie, ce qui conduirait probablement l'UE à faire de même et laisserait alors à l'Arabie saoudite peu d'autre choix que d'en faire autant pour mettre fin à la guerre.
L'offensive éclair des Houthis le long de la côte yéménite de la mer Rouge et dans les îles voisines leur a permis d'exercer une influence prépondérante sur le détroit de Bab el-Mandeb. Elle a également mis en lumière les faiblesses de l'alliance islamique, le Pakistan et la Turquie n'ayant pas porté secours à leur allié saoudien en matière de défense mutuelle après la série d'attaques menées par le groupe contre les infrastructures énergétiques du royaume, parallèlement à leur offensive. En conséquence, l'Arabie saoudite a annulé certaines livraisons de pétrole à l'UE après la suspension de son oléoduc Est-Ouest.
Les conséquences énergétiques des
attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite pourraient être exploitées par
Riyad pour inciter les Européens à rejoindre sa coalition contre le groupe.
Cependant, leur réticence à se joindre à la coalition que les États-Unis
avaient précédemment proposée contre l'Iran laisse penser qu'ils refuseront.
L'Arabie saoudite ne peut déloger les Houthis seule, comme l'ont démontré les
onze dernières années d'efforts et sa récente demande de soutien aérien
américain, que Trump aurait rejetée. Elle pourrait donc être contrainte de
conclure un accord avec eux pour mettre fin au conflit.
L’Arabie saoudite a jusqu’à présent
refusé de reconnaître la défaite cuisante de son pays, le prince héritier
Mohammed ben Salmane (MBS) ne souhaitant pas l’accepter pour des raisons
d’héritage et mal à l’aise avec un État hostile, allié à l’Iran, à ses
frontières. Or, en l’état actuel des choses, personne ne peut affirmer avec
certitude que l’Arabie saoudite est en train de gagner cette guerre. L’ État de facto des Houthis existe
d’ailleurs déjà depuis plus de dix ans. L’Arabie saoudite étant impuissante à
changer cette situation, l’accepter serait finalement une décision judicieuse.
Malgré cela, MBS pourrait toujours
refuser pour les raisons liées à son héritage, mais la pression occidentale
pourrait le contraindre à reconsidérer sa position. Le refus de Trump de
fournir un soutien aérien fait écho aux informations selon lesquelles les
États-Unis envisageraient une réduction drastique de
leur présence militaire régionale, voire un retrait total , ce qui pourrait faire
partie d'un accord avec l'Iran, même secret et non officiel. La reconnaissance
par les États-Unis de l'État de facto des Houthis pourrait également en faire
partie s'ils acceptent de cesser leur expansion.
Après tout, Trump a récemment déclaré que les Houthis et
les États-Unis n'avaient aucun problème l'un avec l'autre, malgré les
bombardements américains menés contre eux au début de l'année dernière. Il
semble donc accepter la perpétuation de leur État de facto et pourrait même
envisager un futur partenariat minier dans le cadre d'un vaste accord régional.
De même, l'UE a des raisons énergétiques d'agir de même afin de garantir le
passage sécurisé des pétroliers par le détroit de Bab el-Mandeb ; elle
pourrait donc elle aussi reconnaître l'État de facto des Houthis.
La reconnaissance de ce conflit par
les Occidentaux exercerait une pression énorme sur l'Arabie saoudite pour
qu'elle y mette fin. Les États-Unis pourraient souhaiter un tel accord dans le
cadre d'un vaste accord régional avec l'Iran et pour contribuer à la relance du
marché mondial de l'énergie, ce qui correspond aux intérêts de l'UE. Si ce
retrait s'inscrit dans le cadre d'un retrait militaire américain formel de la
région, voire d'un retrait total, l'Arabie saoudite pourrait n'avoir d'autre
choix. Être laissée seule face aux Houthis, tandis que les États-Unis ferment
les yeux sur sa situation, équivaudrait à une condamnation géopolitique à mort.
Cette guerre a révélé que l'Arabie saoudite
est un tigre de papier, contrairement à ses alliés pakistanais et turcs qui
l'ont abandonnée au moment critique. Elle n'est qu'une puissance régionale, à
l'instar de ces pays, et non la grande puissance que MBS croyait voir son
royaume devenir. C'est un brutal retour à la réalité pour lui, et plus tôt il
l'acceptera, plus tôt l'Arabie saoudite pourra se sortir de ce bourbier qui
engendre des coûts économiques croissants et des risques de conséquences
imprévues pour son royaume.
17 septembre 2026
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