J'ai écrit un essai intitulé « Le
mythe de l'Inde devenant la prochaine Chine » en novembre dernier afin de
déconstruire un récit occidental répandu mais fallacieux. https://huabinoliver.substack.com/p/the-myth-of-india-becoming-the-next
L'essai
continue de susciter des réactions. Un lecteur a recommandé l'ouvrage de 2005 ,
*The
Argumentative Indian* , de l'auteur indien Amartya Sen,
pour comprendre les racines culturelles de la situation dans l'empire
autoproclamé de Bharat.
J'en
ai pris un exemplaire et je l'ai parcouru rapidement. Si le titre de Sen semble
suggérer une faiblesse culturelle, son argument principal est tout autre.
Selon
Sen, l'Inde possède une tradition millénaire de débat public, de scepticisme et
de pluralisme. Cet héritage argumentatif, loin d'être une faiblesse, est la
véritable source de la résilience de la démocratie indienne.
C’est
pourquoi des famines ont été évitées, pourquoi la laïcité perdure et pourquoi
la voix – aussi bruyante soit-elle – compte plus que le silence.
En
apparence, le livre propose habilement une thèse séduisante : le chaos
apparent recèle en réalité sa force intérieure. C’est on ne peut plus clair.
Il n'y
a qu'un seul problème : la réalité matérielle de l'Inde contemporaine
contredit Sen à chaque étape.
L'Inde
demeure l'une des sociétés les plus inégalitaires et les plus arriérées au
monde. La malnutrition, les violences liées aux castes et l'effondrement des
infrastructures y sont endémiques.
La «
tradition argumentative » a produit des paroles sans action, des débats sans
décision et des récits sans responsabilité.
Le
propre livre de Sen ne devient pas une preuve en faveur de sa thèse, mais une
preuve contre elle – un argument sophistiqué de plus qui ne change rien sur le
terrain.
Pire
encore, cette pathologie n’est plus l’apanage de l’Inde. La politique
occidentale, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, subit rapidement un
processus d’« indianisation ».