dimanche 20 septembre 2026

Le corridor bio-océanique Chançay-Ilhéus, une alternative au pillage par les USA des Amériques

Le corridor bio-océanique qui reliera Chancay à Ilhéus n’est pas seulement un projet d’ingénierie : il est l’épine dorsale d’une nouvelle ère pour l’Ibéro-Amérique qui redéfinit sa souveraineté face à la doctrine Monroe et forge une nouvelle architecture de paix.


La table ronde “Une alternative à la guerre et au pillage dans les Amériques”, organisée par Executive Intelligence Review (EIR) le 4 septembre 2026, a réuni d’éminents analystes tels que Helga Zepp-LaRouche (fondatrice de l’Institut Schiller), Roberto Amaral (ancien ministre brésilien des Sciences et des Technologies), le général péruvien à la retraite et universitaire Edwin Patterson Monsalve, l’ancien directeur général du FMI et cofondateur de la Nouvelle Banque de développement des BRICS, Paulo Nogueira Batista Jr., le professeur Zhang Weiwei (Université Fudan) et le colonel espagnol et analyste géopolitique Pedro Baños. Tous ont partagé un constat alarmant : le monde est au bord d’une catastrophe civilisationnelle, alimentée par une cabale belliciste qui, depuis Londres et Washington, milite pour une guerre nucléaire contre la Russie et la Chine, tout en soumettant l’Amérique latine à un pillage renouvelé sous couvert d’une doctrine Monroe remaniée et radicalisée.

L’épicentre de cette menace réside dans la Stratégie de sécurité nationale (SSN) publiée par l’administration Trump en décembre 2025, dont le principal auteur, le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby, préconise ouvertement le recours à l’arme nucléaire tactique et l’expulsion de tous les projets de développement économique chinois des Amériques. L’objectif affiché est de polariser l’Amérique latine et les Caraïbes selon un clivage droite-gauche. Or, comme je l’ai maintes fois souligné, la véritable cible de cette offensive n’est pas une idéologie particulière, mais tout mouvement se réclamant de la souveraineté et susceptible d’entraver le contrôle absolu de Wall Street sur la région – 33 nations souveraines et 673 millions d’habitants – avec la possibilité d’une intervention militaire directe si nécessaire. Cette politique, que le colonel Baños a qualifiée de “pure folie” et qui conduirait à une guerre “dévastatrice” contre une puissance nucléaire, n’est rien d’autre que la version la plus grossière du vieil impérialisme britannique que Henry Carey, conseiller d’Abraham Lincoln, dénonçait déjà au XIXe siècle comme un système de dépopulation et de barbarie.

Cette offensive ne se limite pas aux documents stratégiques, mais se manifeste par des provocations ouvertes touchant à la géographie même, et notamment à la dimension symbolique, de la région. Récemment, le président Trump a publié sur ses réseaux sociaux une image où le Mexique, le Canada, le Groenland et plusieurs îles des Caraïbes semblent absorbés par les couleurs du drapeau américain, allant même jusqu’à rebaptiser le golfe du Mexique “golfe d’Amérique”. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a réagi par une déclaration qui fait écho au sentiment de souveraineté qui anime tout le continent :

“Le Mexique n’est pas et ne sera jamais une colonie ou un protectorat d’un pays étranger”.

Cet épisode démontre que la doctrine Monroe renouvelée vise non seulement le contrôle des ressources, mais aussi la redéfinition de l’identité territoriale des nations latino-américaines.



Face à cette trajectoire suicidaire, les intervenants de la table ronde ont proposé une alternative concrète et ambitieuse : le Corridor ferroviaire bio-océanique, qui relierait le port péruvien de Chancay, sur la côte Pacifique, au port brésilien d’Ilhéus, sur la côte Atlantique. Ce projet, initialement conçu par l’homme d’État américain Lyndon LaRouche comme l’épine dorsale d’un réseau ferroviaire continental à grande vitesse, n’est pas un simple lien logistique. Comme l’a souligné le géostratège Dennis Small, directeur d’EIR pour l’Amérique latine, il s’agit d’un “corridor de développement”, large de 50 à 100 kilomètres de part et d’autre de la voie, doté de la fibre optique, d’une industrie de pointe, de l’énergie nucléaire et de programmes agricoles avancés, capable de créer un million d’emplois directs et de transformer le paysage économique de l’Amérique du Sud. LaRouche l’envisageait comme le point de départ d’un pont terrestre mondial qui, s’étendant à travers l’Amérique centrale, le Mexique, les États-Unis et le Canada jusqu’au détroit de Béring, se connecterait à l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie en Asie, donnant naissance à des centaines de nouvelles villes et à une révolution dans la production alimentaire grâce à l’intégration des systèmes fluviaux de l’Orénoque, de l’Amazone et du Rio de la Plata.

L’importance géopolitique de Chancay n’est pas passée inaperçue. Comme l’a expliqué le général Patterson, ce port, construit par la société d’État chinoise Cosco Shipping Ports en partenariat avec l’entreprise péruvienne Volcán, réduit de dix jours la durée du voyage maritime vers Shanghai et modifie les routes traditionnelles qui transitaient par l’Amérique du Nord. Pour les États-Unis, il s’agit d’un affront inacceptable : le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré :

“Nous ne permettrons pas que l’hémisphère occidental devienne une base d’opérations pour nos adversaires”.

Mais, comme l’a souligné Sara Madueño de Vásquez, correspondante de l’EIR à Lima, le paradoxe est que Washington ne s’est jamais intéressé au développement de la région. Ce n’est que lorsque la Chine commence à construire des infrastructures productives qu’elle devient une “menace pour la sécurité”. À l’inverse, la politique chinoise récemment publiée à l’égard de l’Amérique latine propose d’explorer activement la coopération dans des domaines de pointe tels que l’intelligence artificielle, l’aéronautique, les énergies nouvelles et la biomédecine, et des accords sont déjà en cours avec des universités péruviennes pour former des ingénieurs ferroviaires et des spécialistes en IA.

Ce soutien chinois à la souveraineté des pays d’Amérique latine dépasse le cadre économique et s’est affirmé clairement sur la scène diplomatique. Récemment, le ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine a réaffirmé au gouvernement mexicain son soutien à l’indépendance et à l’autonomie du Mexique, soulignant que les relations bilatérales

“ne sont pas dirigées contre des tiers et ne doivent pas être affectées par des tiers”

– une allusion directe à la tentative américaine d’exclure la Chine de l’hémisphère. Ce geste diplomatique, qui inscrit la coopération dans le cadre des cinq principes de la coexistence pacifique, confirme que la vision de Pékin n’est pas de remplacer une puissance par une autre, mais plutôt de forger une alliance entre nations souveraines qui rejettent toute ingérence extérieure, comme l’ont analysé Nogueira Batista Jr. et Donald Ramotar.

Ce rapprochement diplomatique a trouvé un écho immédiat dans les faits. Trois jours seulement après la table ronde de l’EIR, le 7 septembre 2026, le ministre mexicain des Affaires étrangères, Roberto Velasco Álvarez, a rencontré à Pékin son homologue chinois, Wang Yi. Au cours de cette rencontre, M. Velasco a réaffirmé l’engagement du Mexique en faveur d’une relation constructive et a passé en revue les possibilités de développer la coopération dans les domaines de la santé, de l’éducation, des sciences, de l’innovation, de l’environnement et du développement rural, dans le but d’établir une feuille de route commune pour les années à venir. Parallèlement, le ministre mexicain des Affaires étrangères a participé à la cérémonie d’ouverture du consulat mexicain à Chongqing – la première nouvelle mission diplomatique ouverte en Chine depuis vingt ans – et a souligné que cette ville

“incarne de manière exceptionnelle l’énergie, la capacité de transformation, l’innovation et la vision d’avenir de la Chine contemporaine”.

Bien que la réunion n’ait pas abouti à l’annonce de projets précis, le message politique était sans équivoque : le gouvernement de Claudia Sheinbaum, loin de céder aux pressions américaines visant à expulser la Chine de l’hémisphère, est déterminé à diversifier ses relations internationales et à maintenir ouvertes toutes ses options économiques, une décision d’autant plus pertinente que la tempête financière déclenchée par la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis pourrait précipiter une crise du remboursement de la dette au Mexique.

Ce contraste n’est pas fortuit. Comme le rappelait Helga Zepp-LaRouche, la paix s’appelle désormais développement. Le corridor bio-océanique, en créant des emplois et de la richesse sur le continent même, s’attaque aux causes profondes des migrations forcées et incarne cette vision du développement qui est, en soi, la voie de la paix.

Mais les enjeux dépassent le simple cadre économique. Comme l’a souligné Paulo Nogueira Batista Jr., la nouvelle doctrine Monroe n’est pas un projet d’hégémonie, mais d’“hégémonie illimitée”, qui englobe le Canada et le Groenland et s’est déjà traduite par des actions concrètes : l’enlèvement du président vénézuélien, le renforcement du blocus contre Cuba, les pressions économiques exercées sur le Canada et l’ingérence manifeste dans les élections régionales. En réponse, Batista Jr. a mis en garde contre toute illusion : ni la Chine ni la Russie n’interviendront militairement pour défendre les pays d’Amérique latine s’ils sont attaqués par les États-Unis. Par conséquent, la souveraineté ne peut être garantie que par la coopération régionale et la capacité de dissuasion, une voie qui implique nécessairement l’intégration physique et productive du continent.

Le président guyanien Donald Ramotar a apporté un éclairage essentiel : le système international actuel, fondé sur la maximisation des profits et l’utilisation de la dette comme instrument de domination, est obsolète et incapable de résoudre les problèmes existentiels auxquels l’humanité est confrontée. Chaque année, les pays du Sud transfèrent plus de mille milliards de dollars aux pays du Nord sous forme d’intérêts et de flux financiers illicites. La Chine, quant à elle, a démontré, par son propre développement et des projets tels que le chemin de fer Tanzanie-Zambie, qu’une autre philosophie existe : celle du “gagnant-gagnant”, qui valorise ses partenaires au lieu de les exploiter. M. Ramotar a appelé les peuples d’Amérique latine à s’organiser pour empêcher les États-Unis d’expulser la Chine du continent, car notre capacité même à décider de notre avenir en dépend.

Sur le front européen, le colonel Pedro Baños a apporté un éclairage crucial : l’Espagne, restée neutre lors des deux guerres mondiales, est entraînée par l’OTAN dans un conflit contre la Russie où elle n’a rien à gagner et tout à perdre. Avec l’essentiel de ses forces militaires déployées en Slovaquie, à la frontière russe, et ses territoires d’Afrique du Nord exclus de la protection de l’OTAN, l’Espagne prend un risque existentiel pour des intérêts qui ne sont pas les siens. Baños a exhorté les citoyens à exiger de leurs dirigeants qu’ils abandonnent cette “course suicidaire” et reviennent à la diplomatie comme outil de résolution des conflits.

Depuis la Chine, le professeur Zhang Weiwei a souligné que le corridor bio-océanique est un exemple de “véritable coopération multilatérale et de solidarité avec les pays du Sud”, contrairement aux initiatives géopolitiques qui servent les intérêts exclusifs de certains blocs. Il a noté que la Chine a éradiqué l’extrême pauvreté sur son vaste territoire de 1,4 milliard d’habitants et a créé la plus grande classe moyenne du monde grâce à un engagement résolu en faveur des infrastructures, de l’éducation et de l’innovation technologique. Ce modèle, fondé sur les cinq principes de la coexistence pacifique et sur la conviction que “le progrès d’une nation profite à tous”, offre une véritable solution à la crise civilisationnelle.

L’optimisme n’est toutefois pas naïf. Comme l’a souligné Dennis Small, la possibilité du changement réside dans l’esprit humain et sa capacité créative à concevoir un avenir différent. Le corridor bio-océanique n’est pas une solution miracle, mais un instrument pour libérer cette créativité. Sa construction, qui nécessitera une décennie et quelque 80 milliards de dollars, devra relever des défis d’ingénierie colossaux – la traversée des Andes et de l’Amazonie – mais surtout le défi politique de l’intégration, que Lyndon LaRouche a qualifié de “tâche la plus importante et la plus ardue de l’art de gouverner”. C’est précisément cette difficulté qui en fait un projet paradigmatique : si l’Amérique latine parvient à unir des gouvernements de différentes orientations politiques autour d’un plan de développement commun, elle montrera au monde qu’il est possible de surmonter les divisions imposées par le colonialisme et de bâtir une nouvelle architecture de sécurité et de développement fondée sur le respect mutuel et la coopération.

Comme l’a conclu Helga Zepp-LaRouche, l’ancien ordre colonial, fondé sur la domination et l’oppression, est en train de s’effondrer. Les pays du Sud, avec l’Amérique latine en tête, ont une occasion historique de prendre les rênes et de démontrer que le mantra de Kissinger – “l’histoire ne s’écrit pas dans le Sud” – est totalement erroné. Le corridor bio-océanique Chancay-Ilhéus, avec son potentiel de création d’emplois, d’industrie et d’espoir, symbolise ce nouveau paradigme. Il s’agit d’un projet d’envergure : il incarne l’idée que développement est synonyme de paix, et que la paix, pour être durable, doit être le fruit de la justice et de la coopération entre nations libres et souveraines.

Par José Luis Preciado, le 15 septembre 2026

Traduit par Spirit of Free Speech

 

1 commentaire:

  1. De tous ces experts.......SEUL LE chinois représente une vraie puissance; LA 1ére ! De tous ces projets AUCUN ne sera réalisé car les USA s'y opposeront et la Chine a déjà TROP INVESTI à PERTE dans ces Amériques: Par ailleurs le SOFT POWER US y est aussi présent que très performant......AU BESOIN un petit coup d'état BRUTAL (à la Pinochet) ou plus soft à la vénézuélienne contre Maduro: L'ensemble des ZOLIS projets présentés en maquettes, pourrait exiger un budget de l'ordre de 200 à 300 milliards de $ à la charge de la "mule" chinoise.....Avec ce qui se trame déjà à SES DÉPENS au PÉROU ,la Chine se contentera de faire du BUSINESS. Quant au MEXIQUE c' une colonie US depuis tojor ,devenu aussi un réservoir de main d’œuvre travailleuse et docile.....En sus d'être AUSSI un réel état narcotrafiquant.... Après les discours........C' du vent ! En BONUS: BEAUCOUP de PÉTROLE depuis CENT ANS: Et TOUJOURS RIEN pour la POPULATION.....

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