samedi 26 janvier 2013

Chez les Berbères, la femme est l'égale de l'homme

« Ils (les Arabes) s’étonnent de vous voir dirigés par une femme. C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves. Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux, la plus belle fille n’est que marchandise. Il ne faut surtout pas qu’on la voie de trop près. Ils l’enveloppent, la dissimulent comme un trésor volé. Il ne faut surtout pas qu’elle parle, qu’on l’écoute. Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. Ils ne peuvent pas comprendre, aveuglés par leur religion. »
La Kahina, cheffe résistante berbère (
(566 - 693).

 Introduction

Paysan arabe et sa femme
De nos jours, si vous êtes invités chez une famille maghrébine de tradition berbère, vous constaterez que la femme est considérée comme l'équivalente de l'homme : elle mange en même temps que lui, ne porte ni tchador ni niqab. Par contre, si vous êtes dans une famille de tradition arabe, vous constaterez que la femme est nettement inférieure. Les femmes ne seront servies qu'une fois les hommes (et les garçons) auront été rassasiés. Elles mangeront entre femmes et marmailles. Chez les paysans arabes, dans les pays où les animaux sont le seul moyen de transport, on voit l'homme qui chevauche à dos d'âne ou de chameau pendant que la femme suit derrière, à pieds, avec chèvres et moutons.

Des racines matriarcales inscrites dans la mémoire d’un peuple

Nos plus anciens ancêtres, les Berbères (en berbère Imazighen, et au singulier Amazigh) occupaient, à une certaine époque, un large territoire qui allait de l’Ouest de la vallée du Nil jusqu’à l’Atlantique et l’ensemble du Sahara et y fondèrent de puissants royaumes, formés de tribus confédérées. Connus dans l’Antiquité sous les noms de Libyens, Maures, Gétules, Garamantes ou encore Numides, ils connurent ensuite la conquête romaine, la christianisation, l’invasion vandale, la conquête arabe et la conversion à l’islam. De nos jours, chez les Touareg, c’est la femme qui choisit son futur époux. Les rites de mariages sont différents pour chaque tribu. Les familles sont soit patriarcales ou matriarcales, selon la tribu.

La femme est l’égale de l’homme

La Kahina
Les femmes détiennent un pouvoir absolu à l’intérieur de la tente ou de la maison. Depuis les invasions arabes, les berbères pratiquent un islam extrêmement tolérant, mêlé d’animisme. Hérodote (484-425 av. J.-C.) dit que les Maxyes — les Berbères — prétendent descendre des Troyens. Lorsque les Arabes ont attaqué l'Africa (Tunisie) en 683, le chef de la résistance berbère Kosaïla, les a vaincus. Mais il a été tué dans une bataille trois ans plus tard, en 686. Il a été remplacé par une femme que les Arabes appelaient Kahina (sorcière, prophétesse), qui a vécu 127 années  d’après la légende. Même aujourd’hui, les peuples berbères d’Afrique du Nord attachent beaucoup d’importance aux prophéties quand à l’avenir. Il n’est pas rare que ces prophéties soient faites par une prophétesse qui est censée avoir des pouvoirs surnaturels.
Kahena,  de son vrai nom Dihya ou Damya, est une reine guerrière berbère zénète des Aurès qui combattit les Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord au VIIe siècle. 
Elle gagna de nombreuses batailles et mis en échec les musulmans pendant cinq ans. Païenne, elle ne fut jamais mariée, eut des amants et des enfants hors mariage. Dihya, Tadmayt ou encore Tadmut pourrait signifier tout simplement « La belle gazelle ».
Cette cheffe de guerre unifia les tribus berbères de l’Ifrikiya : de la Méditerranée au Sahara, de l’actuelle Tunisie jusqu’à l’actuelle Algérie. Cette unification n’a jamais eu d’équivalent jusqu’à aujourd’hui. En 697, elle écrase l’armée d’Ibn en Nu’man près de l’Oued Nini, à 16 km d’Aïn al Bayda (est de l’Algérie). Les troupes imazighen font tant de victimes que les musulmans appelèrent le lieu « Nahr Al Bala », ce qui se traduit par « la rivière des souffrances ».
 "Cinq ans pendant lesquels la Kahina règne sur toute la région. Elle administre, elle juge, elle protège. Les guerriers et les chefs de tribus reconnaissent ses qualités de stratège. Ils font allégeance à cette femme immensément belle dont le regard fascine, cette cavalière Amazigh (Amazone?) hors pair qui combat au milieu des siens, les armes à la main. " – Gisèle Halimi.
Connue pour sa grande générosité, elle a libéré tous ses prisonniers arabes, sauf un, Yésid ou Khaled. Elle adopta ce dernier en faisant le signe de l’allaitement, selon l’ancien rite matriarcal berbère. Il devient certainement son esclave, mais aussi son amant, et ils tombent amoureux l’un de l’autre. Vaincue et traquée, elle se réfugie avec ses partisans dans l’arène Romaine d’El Jem (dans l’actuelle Tunisie), et y résista durant quatre ans. Selon la légende, elle fut trahie par son jeune amant arabe qui la poignarda et envoya sa tête embaumée au chef des armées ennemies.

Les amazones du chef libyen Kadhafi

Selon l’historien Diodore de Sicile, les amazones africaines viennent de Libye. Elles avaient disparu bien avant la guerre de Troie alors que celles de Thermodon en Asie Mineure étaient en pleine expansion. Les Gorgones contre lesquelles avait combattu Persée étaient elles aussi originaires de Libye.


Africa, déesse berbère et romaine de l’Afrique

Africa est un symbole -celui de l’Afrique romanisée- et une divinité féminine. Pline, dans son Histoire Naturelle nous indique qu’« en Afrique romaine personne n’entreprend rien sans avoir, au préalable, évoqué Africa ». Dans les représentations les plus courantes, l’Afrique est représentée coiffée de la dépouille d’un éléphant, tenant une corne d’abondance, devant un modius de blé. Elle a aussi pour attributs le scorpion, l’arc et le carquois. On la trouve sur le revers de certaines monnaies, sur les pierres gravées ainsi que sur certaines mosaïques d’Afrique romaine (voir Thysdrus). À Timgad elle était la déesse principale du grand sanctuaire de l’Aqua Septimiana Felix où elle était adorée en tant que Dea Patria (déesse de la patrie).

Une déesse guerrière et solaire

Les divinités guerrières des Berbères étaient Agurzil et Ifru. Afrique dérive d’Ifru. Ifri, déesse de la guerre, très influente en Afrique du Nord, était considérée comme la protectrice des marchands et figurait à ce titre sur les pièces de monnaie berbères. Pline l’Ancien écrit qu’en Afrique, personne ne prenait de décision sans invoquer Africa (nom latin d’Ifri). Après la conquête romaine, elle figurait toujours sur les pièces. Afrique ou Africa provient de Ifren, Ifri est une divinité berbère, le pluriel est Ifren. La traduction ou l’emprunt latin nous donne Africa (Afrique) qui a été une déesse Berbère avant la conquête des Romains. Dea Africa signifie déesse Africa et représente un symbole à l’époque romaine. Et aussi Ifri désigne les populations locales des Afers. Ifru symbolise les rites dans les cavernes pour protéger les commerçants. La grotte non loin de Constantine à Guechguech et la pièce de monnaie romaine indiquent le mythe de la protection. Ifru était une déesse solaire et en même titre un dieu des cavernes et protecteur du foyer. Ifru est une sorte de Vesta Berbère.
 http://matricien.org/geo-hist-matriarcat/afrique/berbere/