Une histoire si longue. Elle commence avec les captivités
égyptienne et babylonienne des XVe et VIe siècles avant J.-C., respectivement.
Elle se poursuit avec la conquête, en 720 avant J.-C., de la Galilée et de la
Samarie (les parties nord et centrale de l'actuel Israël) par les Assyriens. De
ce fait, les Juifs les plus méridionaux, restés en sécurité en Judée,
développent et entretiennent une profonde réticence à s'assimiler au reste du
monde.
Pour mieux comprendre ce phénomène, il est important de se
rappeler que l'invasion assyrienne a entraîné la dispersion définitive de dix
des douze tribus d'Israël. De ce fait, la volonté des Juifs restants de vivre
isolés est devenue une conviction globale, et pas seulement théologique. Elle
s'est également profondément ancrée dans leur culture. Ceci a
engendré un ethnocentrisme persistant, dont l'endogamie n'est qu'une
manifestation.
L'Église catholique romaine étant souvent accusée d'avoir très
tôt développé une théologie biaisée tenant les Juifs responsables de la
crucifixion de Jésus, il est tentant de lui imputer l'antisémitisme occidental.
Bien que cette accusation portée contre l'Église contienne une part de
vérité¹, le problème de cette perspective est que les
anti-Gentils auraient dû attendre mille ans pour que l'Église atteigne son
plein développement et que, par conséquent, un tel antisémitisme à fondement
théologique se propage à travers l'Europe.
Pour cette raison, une explication socio-psychologique plus
fondamentale et intemporelle de ce culte de la persécution répandu est
nécessaire, peut-être une explication qui, au moins en partie, « blâme la
victime ». Bien que ne faisant pas du tout référence à la dynamique
juif/gentil, Jordan Peterson soulève ce point à un niveau théorique plus
général avec les mots suivants : « Au fil des millénaires, les
animaux qui doivent cohabiter avec d’autres sur le même territoire ont… appris
de nombreuses astuces pour établir leur dominance tout en risquant le moins de dommages possible .
» .
À cet égard, les membres de la diaspora se sont indubitablement
retrouvés au bas de l'échelle sociale dans la société qui les a accueillis.
C'est en partie pour cette raison que, selon Benzion Netanyahu (père du Premier
ministre israélien Benjamin Netanyahu), à l'époque de l'Inquisition espagnole,
on comptait déjà un millier de pogroms perpétrés contre les Juifs ashkénazes
marginalisés par les populations établies d'Europe.
Le présent article se propose de démontrer que cette soif de
domination, et (à leurs yeux) de la sécurité qui en découle, persiste encore
aujourd'hui chez les Juifs.