La Russie a joué un coup de
maître dans la crise actuelle du pétrole en prenant les devants dans la
formation d'un nouveau cartel, mais ce mouvement pourrait entraîner
un désastre géopolitique.
La rencontre entre la Russie,
le Qatar, l'Arabie Saoudite et le Venezuela le 16 Février 2016 en a été une
première étape. Au cours de la prochaine réunion à la mi-Mars, avec un plus
grand groupe de participants, si la Russie parvient à construire même un petit consensus,
elle va continuer à renforcer sa position de leader.
La crise actuelle du pétrole
est due à l'Arabie saoudite qui a cassé le prix du pétrole brut. En conséquence,
son influence s’est affaiblie à la suite de la chute massive des prix, et celle
des Etats-Unis s’est renforcée, avec son pétrole de schiste. Les petits producteurs
de l'OPEP ont appelé à une réduction de la production pour soutenir les prix,
mais la dernière réunion de l'OPEP en Décembre 2015 s’est terminée sans aucun
accord.

Maintenant que la Russie
intervient pour négocier avec les pays de l'OPEP, une nouvelle image est en
train d'émerger. Avec sa puissance militaire, la Russie peut assumer le
leadership de facto des pays producteurs de pétrole au nom de la stabilisation
des prix du pétrole.
L'Arabie saoudite a été depuis
longtemps une alliée des Etats-Unis, mais ceci est en train de changer. Charles
W. Freeman Jr., un ancien ambassadeur des Etats-Unis à Riyad, a récemment noté :
«Nous avons vu une longue détérioration de la relation États-Unis-Arabie, et
cela a commencé bien avant l'administration Obama."
Les relations
États-Unis-saoudiennes se sont encore détériorées en raison de l'accord
nucléaire avec l’Iran, qui a mis fin aux
sanctions, ce qui a provoqué la fureur des Saoudiens. Les Saoudiens ont dû
chercher un nouvel allié pour sauvegarder leurs intérêts dans le Golfe, compte
tenu des menaces auxquelles ils se disent confrontés de la part de l'Etat
islamique (ISIS) et de l'Iran. Bien que la Russie et l'Arabie Saoudite soient
sur des extrémités opposées en Syrie, avec la Russie soutenant dirigeant syrien
Bachar al-Assad et les Saoudiens soutenant les rebelles sunnites, la forte
baisse des prix du pétrole semble avoir ouvert une fenêtre d'opportunité pour
la Russie pour s’allier avec l'Arabie Saoudite.
Ce n'est pas la première fois
que la Russie et l'Arabie Saoudite ont cherché un partenariat étroit. Même en
2013, The Telegraph
avait rapporté une tentative de former un accord secret, qui n'a pas abouti.
L'Iran a été un allié de confiance de la Russie pendant une longue période, et
si la Russie peut négocier un accord entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, cela
pourrait constituer une sorte d’accord secret dans l’OPEP.
Le gel de la production à des
niveaux de janvier qui a été galvaudé le mois dernier ne porte aucune
signification en termes concrets parce que la Russie, l'Arabie saoudite et la
plupart des autres nations concernées pompent près de leurs niveaux record. Le
chef de la recherche sur les produits de Barclays, Kevin Norrish, a dit qu'il
était «essentiel de noter » qu'il n'y avait pas beaucoup de production
supplémentaire attendue de la Russie, du Qatar ou du Venezuela cette année. Ce
qui compte, c’est que va faire l’Arabie ? comme le note le magazine Forbes.
La crise actuelle du marché a
créé une occasion unique, depuis une génération, pour les investisseurs avertis
dans l’énergie.
Alors que les médias mainstream
publient des histoires sur la chute du prix du pétrole les investisseurs
intelligents avancent leurs pions pour être les prochains gagnants.
Cependant, l'Iran n'a pas
engagé à un gel de sa production, car elle veut augmenter sa production à des
niveaux d’avant les sanctions. Le ministre russe de l'Energie Aleksander Novaka noté que «l'Iran a une situation particulière et que
le pays est à son plus bas niveau de production. Donc, Je pense, l’Iran
pourrait être approché individuellement, avec une solution particulière ".
Avec l’accord des grands pays
du Golfe l'Irak, qui reste encore sans une direction politique crédible, va
aussi probablement suivre si la Russie lui assure un soutien plus fort contre
ISIS/Daech.
Si le scénario ci-dessus marche,
la Russie va émerger comme le leader de facto des grandes nations du monde
productrices de pétrole, ce qui représente près de 73 pour cent de l'offre mondiale
de pétrole.
Parallèlement à cela, la
Russie a été à l'avant-garde de plans pour se passer des pétrodollars, et
Moscou a formé des pactes avec divers pays pour le commerce du pétrole en
monnaies locales. Avec cette nouvelle entente de ROPEP (Russie et OPEP),
l'abandon du pétrodollar deviendra une réalité plus tôt que plus tard.
La Russie est intelligente.
Vladimir Poutine est un génie. Moscou détecte l’opportunité presque tangible découlant
de l’environnement des bas prix du brut et semble être prêt à en tirer profit de
manière à remodeler le paysage géopolitique de façon exponentielle.
Bien qu'une solution en Syrie
soit la bienvenue, un grand cartel des grands producteurs de pétrole avec la
Russie comme leader serait un bouleversement majeur pour l'équilibre actuel du
pouvoir mondial. Avec ce potentiel à l'esprit, la réunion de la mi-mars devrait être
très intéressante pour la reconfiguration globale du monde pétrolier, au-delà des négociations sur les réductions de
production.
Par Rakesh Upadhyay pour
Oilprice.com
Traduit par Hannibal GENSERIC
Batifolages gaziers
Le feuilleton de l’or bleu - dont on pourra se remémorer quelques épisodes (ici,
ici,
ici
ou ici)
- ne connaît pas la crise et continue de plus belle.
Déjà paniqué par un
documentaire de Canal + sur la véritable nature de la révolution néo-nazie
du Maidan, le régime clownesque de Kiev vient encore de sortir une idée de
génie. Tenez-vous bien, l’Ukraine va porter
plainte contre le Nord Stream 2 ! Défense de rire, c'est
l'inénarrable Yatseniouk qui le claironne. L’ « argument » de Kiev est que…
heu... à vrai dire, on ne le comprend pas trop. En gros, c'est l'éternelle
histoire du beurre et de l'argent du beurre : Les Russes sont des vilains
mais nous voulons que leur gaz passe par chez nous pour toucher les dividendes.
Si vous le dites…
Évidemment, le petit protégé de Victoria "fuck the UE" Nuland
n'aurait pu trouver seul cette lumineuse idée, le parrain US n'est pas loin.
Est-ce un hasard si, dix jours auparavant, le vice Biden et Tapiocashenko avaient
promis de torpiller le gazoduc russe ? On imagine déjà le lobbying américain
auprès de la grosse Bertha Angela...
Un bonheur ne venant jamais seul, la Pologne s'y met aussi et insiste
pour que les gazoducs de l'ennemi russe passent sur son territoire. Ne
craignant pas la contradiction, Varsovie demande également un renforcement de
l'OTAN sur son sol ! Vous avez dit schizo ?
Tout cela constitue-t-il une menace pour le Nord Stream 2 ? C'est
peu probable. Les intérêts allemands et ceux des compagnies énergétiques
européennes impliquées dans le projet sont trop importants. Mémère Merkel est
prête à se vendre aux Américains jusqu'à un certain point mais pas plus. Elle a
continuellement tenté de torpiller la route sud (South Stream puis Turk
Stream) mais s'est faite soudain bien moins véhémente lorsque Moscou a
proposé de doubler la route nord.
Et, last but not least, nous en revenons toujours au même problème
: les autres sources d'approvisionnement. Comme nous l'annoncions il y a
longtemps, le gaz de schiste US est une illusion et sa production a déjà commencé
à baisser. Le gaz azéri est une fumisterie et concerne des quantités
négligeables. Le gaz turkmène ne passera jamais par un pipeline
transcaspien tant que Moscou et Téhéran s'y opposeront.
Reste le gaz iranien. La levée des sanctions a rempli d'espoir les
eurocrates (notons en passant l'invraisemblable hypocrisie de ces vassaux de
l'empire : le 15 janvier à 23h59, l'Iran était encore le diable en personne ;
le 16 janvier à 0h01, l'Iran est soudain devenu, par la grâce de Washington,
tout à fait fréquentable). On a même commencé à évoquer un gazoduc vers
l'Europe via la Turquie. Mais mais mais... Premier problème : le tracé
passerait forcément par les zones kurdes en guerre et où plusieurs tubes ont
déjà sauté. Le 6 août, nous
écrivions :
Rien ne va plus en Turquie, un troisième pipeline explose
! Et pas n’importe lequel : il s’agit du BTE (Bakou-Tbilissi-Erzurum). Ce
corridor Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie est promu sans relâche par les Américains
depuis vingt ans afin de détourner l’Europe des hydrocarbures russes et
d’isoler Moscou. C’est la route du BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), ouvert en 2005
et transportant le pétrole caspien de l’Azerbaïdjan à travers la Géorgie et la
Turquie, évitant soigneusement le territoire arménien, allié de Moscou. C’est
la route que devait emprunter l’illusoire Nabucco qui, contrairement à l’opéra
de Verdi, est resté définitivement dans les cartons. C’est enfin le projet
brinquebalant du TANAP qui, tel Jésus multipliant les pains, est censé
"assurer la sécurité énergétique" de l’Europe avec ses malheureux 16
Mds de m3 de gaz annuels. Les Américains ne s’arrêtent pas à ces détails : de
gré ou de force, leurs "alliés" européens doivent tout consommer,
même du vent, plutôt que du gaz russe… Les Européens ne sont évidemment pas
dupes mais n’osent pas contredire frontalement leur maître, d’où ce petit jeu
qu’ils croient follement subtil d’un pas en avant puis en arrière, une jambe
finissant par faire un croche-pied à l’autre.
Deuxième problème : l'Iran est de toute façon loin, très loin de pouvoir
fournir de grosses quantités à l'Europe, du moins dans un avenir proche.
Plusieurs récentes analyses ont
douché les espoirs fous nés de la levée des sanctions. Le système iranien
de transport est archaïque ou inexistant et requiert des centaines de milliards
d'investissements, idem pour les gisements. Pire ! Téhéran a également d'autres
projets, comme l'IPI (Iran-Pakistan-Inde) vers ses futurs alliés au
sein de l'Organisation de Coopération de Shanghai. Conclusion : il faudra
attendre au moins jusqu'en 2025 et plutôt 2030 pour que l'Iran soit capable de
livrer du gaz à l'Europe, si tant est que le problème kurde soit réglé en
Turquie.
Et puisqu'on parle du loup... Ankara a énormément de mal à trouver
d'autres fournisseurs que russe après le quasi gel des relations. Ça tombe
particulièrement mal, la Turquie n'a jamais
autant consommé d'or bleu de son histoire. Au lendemain de la bourde du 24
novembre, Davutoglu s'est précipité en Azerbaïdjan pour humer le bon air
gazier. Le moins que l'on puisse dire est qu'il a été déçu. Répétons-le, on
parle ici de quantités insignifiantes (les importations turques de gaz russe
sont 1,4 plus importantes que la production totale de gaz azéri !). En plus,
Bakou n'a pas trop envie de se mettre Moscou à dos en ce moment, alors que les
Russes sont de plus en plus présents en Arménie et peuvent, quand ils le
veulent, soutenir plus franchement Erevan dans la dispute du haut Karabagh.
Le sultan aura beau faire des pieds et des mains, il n'y échappera pas et
continuera d'avaler du gaz russe. Que dire alors de l'Europe, dont la
consommation est dix fois supérieure...
Source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/02/batifolages-gaziers.html
Hannibal GENSERIC
Hannibal GENSERIC
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