jeudi 17 décembre 2020

Normalisation avec Israël: Crise politique et dangers régionaux

La fragilité de la situation politique interne et la dangerosité des récents événements géopolitiques aux frontières de l'Algérie ne laissent plus le temps aux condamnations et aux dénonciations mais obligent à des prises de décisions rapides sur la base d’alternatives politiques et militaires structurées.
Les événements géopolitiques dans la région se bousculent et s’entremêlent pour préciser, d’une manière criante, les contours d’un plan préparé dans les laboratoires américano-israéliens et basé sur des visions géostratégiques évidentes de domination d’un monde qualifié de «tiers» ou de «sous-développé».

Listés par les puissants du monde moderne sous le vocable hypocrite d’« émergents », les pays programmés par ce machiavélisme ont été identifiés, depuis de longues années. Ils sont donc connus. Abdelaziz Medjahed, directeur général de l’INESG, en a rappelé récemment l’historique. Contrairement à son affirmation que « l’impérialisme ne fait que s’affaiblir (…) », en évoquant « ses échecs présents en Irak, en Afghanistan, en Syrie…», aujourd’hui il n’est plus question de parler de victoire des peuples mais de celles destructrices de ce même impérialisme qui, une fois qu’il a semé le chaos dans des pays connus pour leur grande civilisation, comme la Syrie et l’Irak, il redéfinit la configuration de l’espace qu’il a conquise comme bon lui semble. Le partage du monde arabe en États « croupions » de surcroît en dispersant ses peuples selon des critères confessionnels, n’aura jamais la force de se relever de ce désastre ni d’oser (re) constituer un quelconque « Front du refus » contre les ingérences étrangères et le non droit. Le constat de cet effondrement programmé est patent. Comme l’a souligné Medjahed, certes l’émiettement du monde arabe et musulman a commencé depuis la création de l’entité sioniste en 1917. Année où Lord Balfour, le ministre britannique des Affaires étrangères a informé Lionel Walter Rothschild, haute personnalité de la communauté juive, en Angleterre et premier d’une dynastie de leaders de la finance mondiale, que son pays est prêt à œuvrer pour l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. Mais les dés étaient alors jetés pour démanteler tous les pays de la région et plus loin encore pour les régenter à vie, « sauf miracle divin » nous lance un théologien.

Un sionisme tentaculaire

D’un « foyer », les juifs se sont organisés non seulement en un État martial fort d’essence théocratique pure et dure mais ont occupé ou infiltrer l’ensemble des domaines stratégiques voire névralgiques pour le fonctionnement du monde dans son ensemble. L’entité sioniste a pris la forme d’une pieuvre qui jette ses tentacules sur tous les cercles décisionnels internationaux. Il est curieux qu’aujourd’hui, des penseurs, des intellectuels, des politiques et tout être humain qui réfléchit puissent se contenter de dénoncer des évidences que l’histoire n’a ni caché ni travesti. La dislocation du monde arabe et musulman en est une, programmée tout au long du siècle dernier et continue de l’être à ce jour. Son implosion a été provoquée par des machinations et des complots conspirés ailleurs mais exécutés grâce à la traîtrise de nombreux de ses gouvernants. Ils sont les éternels candidats à la servilité devant les puissants occidentaux. A l’instar d’autres pays du Moyen-Orient et d’ailleurs, les monarchies du Golfe dont les sous-sols débordent pourtant de ressources énergétiques quasiment inépuisables ont choisi d’être en position d’à-plat-ventrisme constant -et même payent pour le demeurer- face à des gouvernants étrangers voyous. L’indignité de certaines d’entre elles s’est transformée, ces dernières années, en une force de frappe pour faire agenouiller les peuples les plus rebelles devant la mise en œuvre de plans d’accaparement ou de recolonisation de leurs territoires. Exécutant en chef des « printemps arabes », le Qatar a financé tout mouvement de révolte qui pointe dans un pays arabe. Mouvement dont la mécanique a été bien huilée par des BHL (Bernard Henri Lévy), des députés européens en mal de vengeance sur l’histoire des indépendances, et autres, des opposants ou des « ONG » internationales et locales, formatées par des offices du renseignement, le Mossad en tête de liste.

Les Émirats arabes unis ont payé les responsables au Soudan pour accepter de normaliser leurs relations avec Israël. Le pays de la confluence du Nil bleu et du Nil blanc a accepté cet effroyable chantage pour qu’il ne soit plus blacklisté par les États-Unis. Divisé en deux par la volonté des États forts qui convoitent son sud en raison de ses importantes réserves d’hydrocarbures, le Soudan n’est plus cet immense pays africain que la nature a gratifié d’un paysage somptueux où trônent les pyramides noires qui concurrencent -au moins par l’âge- celles de  Gizeh l’égyptienne.

Ces maître-chanteurs des temps modernes

« Si la scission du Soudan devient effective, elle fera très mal à tout le continent africain, en tête l’Algérie parce qu’elle restera le plus grand pays africain en terme de superficie qu’ils chercheront à diviser selon la logique qui l’a fait au pays de Khartoum et de Oum Dorman », s’était inquiété Abdelkader Messahel. Les EAU n’ont jamais caché, non plus, leur implication directe dans la crise libyenne après que les forces atlantistes aient semé le chaos sous le prétexte fallacieux de protection des populations civiles invoqué par la France sarkozienne. Les crises en Syrie, en Irak, au Yémen, en Palestine occupée, au Sahara occidental et d’autres qui couvent ont toutes été provoquées par les services d’États composant "la Communauté internationale" et entretenues avec la bénédiction des pays arabes. Le bouleversement de la bande sahélo-sahélienne et la déstabilisation du Mali n’échappent pas à cette logique infernale. De prestataires de services au profit des lobbies américano-israéliens, des gouvernants arabes se sont transformés en maître-chanteurs pour forcer la destinée de peuples « damnés ». L’argent du pétrole est glissé un peu partout pour acheter les consciences. Les analystes internationaux parlent de « coup de pousse » de l’Arabie Saoudite pour convaincre le Maroc d’officialiser ses relations avec l’entité sioniste. Des dessous de table ont été donnés, ici et là, pour faire taire toute voix discordante au cas où elle aurait existé au niveau du Makhzen, ce qui aurait été étonnant tant le rapprochement israélo-marocain est une réalité de tous les temps. Le Royaume s’est suffi d’un décret du président américain sortant reconnaissant la marocanité du Sahara Occidental pour l’assumer publiquement.

Au début des années 2000, l’ambassadeur des États-Unis à Alger a été catégorique au sujet de l’indépendance du Sahara Occidental. Réputé pour ses frasques déstabilisatrices en Irak et en Syrie notamment, Robert Ford qui a passé de longues années à Alger avait répondu à cet effet qu’«il est impossible que les Sahraouis créent leur État parce que les États-Unis ne sont pas prêts à le prendre en charge et lui assurer la sécurité dans une région mouvementée » Quand Condoleeza Rice alors conseillère à la Sécurité américaine (2001-2005) puis secrétaire d’État (2005-2009) sous le président George W. Bush, avait rendu public le projet du « Grand Moyen-Orient (GMO) », elle avait synthétisé l’ambition des États-Unis de régenter le monde arabe et musulman de «Tanger à Kaboul ».

Normalisation ou requalification de la transaction du siècle ?

Donald Trump n’a fait qu’accélérer la mise en œuvre de cette feuille de route que ses prédécesseurs présidents américains ont essayé de dérouler avec tact. Que ses décisions soient illégales, le monde entier semble s’y plier puisque tous les dirigeants étrangers n’ont pas jugé utile de s’en démarquer. Le mal est en les institutions internationales qui sont mises au pas par les plus forts de ce monde. Dirigée par des vétos malfaiteurs, l’ONU n’a jamais pu agir au nom du droit et de la légalité pour juger caduques et sans effet sur le terrain des décisions à la Trump. Elle n’a jamais eu la force politique de faire respecter ses propres résolutions. Devant cet état de délabrement du monde, les institutions internationales ou régionales comme la Ligue arabe n’ont plus de raison d’être. Le relais doit être tout de suite repris par de véritables leaders qui projetteront les peuples bannis vers l’action et les révoltes, les vraies, contre un ordre mondial sans foi ni loi. Ceci doit dépasser les prières et les souhaits.

En attendant, la liste des pays arabes et musulmans devant être soumis à l’allégeance à l’entité sioniste est encore longue. A ceux d’entre eux qui vivent des guerres, elle leur sera imposée comme monnaie d’échange pour un retour à la stabilité. Le tout se profile sous l’angle adjacent d’une guerre contre l’Iran et la liquidation du Hezbollah libanais et autres mouvements de libération de la Palestine occupée, auxquelles Israël a toujours appelé. Des médias moyen-orientaux ont déjà qualifié les Houthis de terroristes et de criminels, dans la région, écartant ainsi l’armée sioniste de sa place d’entité colonisatrice de la Palestine et bourreau des Palestiniens. Gaza a été transformée depuis longtemps en une question humanitaire sans que la Ligue des États arabes ne s’en offusque. En fin de compte, la fameuse transaction du siècle semble avoir été requalifiée pour un début en une «normalisation » à portée de main entre les dirigeants arabes et l’entité sioniste.

Donald Trump et Benjamin Netanyahou ont certainement vu qu’il était plus facile de faire lâcher la Palestine par les monarques arabes contre une promesse de leur maintien à leur trône que de faire subir d’autres sacrifices et privations au peuple palestinien dont les enfants continuent de lancer des pierres contre des chars israéliens de dernière génération.

*Source : Maghreb Online / Le Quotidien d’Oran

 par Ghania Oukazi 

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