Voici un nouveau reportage de Peter Korotaev traduit en français par Thierry Marignac pour Médias Presse Info. Âmes sensibles s’abstenir ! Cet article décrit les sévices que l’armée ukrainienne inflige à certaines de ses propres recrues. L’armée ukrainienne a de plus en plus de mal à renouveler ses rangs. Elle n’hésite donc pas à constituer des unités combattantes à « usage unique », à partir de toxicomanes et d’handicapés mentaux auxquels on a enfilé un uniforme. Ce récit glaçant doit nous rappeler que de telles horreurs ne sont possibles que parce que l’Union européenne continue à financer le régime ukrainien corrompu.
Pierre-Alain Depauw
Mobiliser et battre à mort les toxicomanes, les handicapés mentaux et les objecteurs de conscience
L’armée ukrainienne a développé une
technique ingénieuse pour endiguer la vague de désertions qui a déferlé
en 2025. Les hommes mobilisés qui tentent de s’enfuir sont tués.
Des toxicomanes mobilisés pendant leur traitement à la méthadone. Des
malades atteints de troubles psychiatriques mobilisés et battus pour
maintenir la discipline. Des hommes ordinaires recrutés soumis aux lois
du système carcéral post-soviétique. Des toxicomanes traversant un
sevrage torturant et hallucinant dans les mêmes culs-de-basse-fosse que
des objecteurs de conscience.
Toutes les troupes vont aux toilettes sous la menace d’une arme.
Souvent, ils ne disposent que d’une bouteille dans leur tente. Ligotés
au chatterton et jetés sur un sol de béton après une tentative de fuite,
chiant sur le sol sous leur corps immobilisé.
Pour prévenir les évasions, les bases d’entraînement sont entourées de
champs de mines. Les hommes essaient encore de s’enfuir, ou peut-être
qu’ils préfèrent sauter sur une mine que d’endurer quotidiennement les
coups et la torture pour les briser.
Un homme a assisté à neuf suicides en quatre jours au camp
d’entraînement. Les officiers jouent avec leurs recrues, les forçant à
se taper dessus entre eux dans de pseudo combats de gladiateurs. Un
homme frappé si violemment que son visage est bleu, les chefs rient
parce qu’il ne peut plus que ramper et l’appellent « bleuet ».
Cette année des dizaines d’hommes sont morts de « pneumonie ». Un
objecteur de conscience baptiste de 50 ans, nourri par perfusion quand
il a commencé une grève de la faim, battu quotidiennement par un
infirmier surnommé « Satan ». Sa femme dit que son corps brisé portait
une « bosse » inexplicable dans le dos. Problèmes cardiaques ont conclu
les médecins. Aucune trace de mort violente.
Un soldat souffrant du sevrage de méthadone traîné sur la base par
dragster. Lui et d’autres photographiés, la peau arrachée sur de grandes
parties du corps. Il s’est plaint qu’il avait été battu si sévèrement
qu’il se chiait dessus. Il s’évade vers un hôpital et raconte ses
épreuves aux médecins. Mort quelques jours plus tard.
Les chiens s’attaquent à ceux qui essaient de fuir les camps. Les camps
d’entraînement. Les chiens sont lâchés sur quiconque manque à la
discipline. Si on dérange la paperasse dans les réunions, on vous casse
les côtes.
« Usages uniques »
Les officiers les appellent « usages
uniques ». Voilà à quoi un soldat est bon — une opération d’assaut. Au
moins dans le Maryland ou à Londres quelqu’un aura le grand frisson en
entendant parler des contre-offensives menées par les audacieux
Ukrainiens démocratiques.
L’Occident finance une armée camp de concentration. Selon les paroles de
soldats ukrainiens, cités par les plus libéraux des médias ukrainiens
financés par l’Ouest. Bien sûr, cette dernière enquête sur la brutalité
obscène régnant dans l’armée ne sera pas traduite en anglais de sitôt.
Heureusement, nous allons l’examiner ensemble.
Mais commençons par une affaire moins nauséabonde, quoique tout aussi désolante.
Vague de « pneumonie »

Voilà, c’était Denchik.
Son véritable nom était Denis Opara. On m’a dit un jour que naître en
Ukraine était châtiment du karma pour des péchés antérieurs, et la vie
antérieure d’Opara a dû être particulièrement vicieuse — il est né noir
en Ukraine avec des troubles mentaux. Cruellement brimé à l’école, il a
été condamné à trois ans de prison pour avoir volé une paire de baskets.
Constamment battu en prison, il a perdu toutes ses dents. En sortant, il s’est promis de ne plus dévier du droit chemin.
Alors c’est devenu « Denchik » un bateleur de rue parmi les gitans et
les singes traînant des chariots sur l’avenue Khreshatik au centre de
Kiev. Plus d’un million de personnes se sont inscrites sur son Tik Tok.
Il était ravi de faire rire ou sourire quelqu’un.
Malgré sa popularité la vie de Denchik est restée brutale. Il continuait
à subir tabassages et humiliations. En 2021, il a été tabassé par des
nationalistes pour avoir chanté des chansons populaires en Russie.
Il a sombré dans l’alcool et les drogues. Il composait des tik tok sur
n’importe quoi. Ceux qui l’appelaient un blogueur trash n’avaient
probablement pas tort. Il a passé une partie de l’année 2025 en
institution psychiatrique.
Au début 2026, Denchik a été mobilisé dans les forces armées d’Ukraine
en allant à une boîte de nuit. Il a sorti des vidéos en uniforme,
déclarant avoir fait le serment de défendre le peuple d’Ukraine. Il a
aussi publié un « grand merci à Volodymir Zelenski ! ». Bizarrement ces
déclarations étaient faites d’une voix au bord des larmes.
Le 21 juin, Denchik est mort. Il n’a jamais rejoint le front. La cause officielle de sa mort : une pneumonie.
La pneumonie fait des ravages dans l’armée ukrainienne. Surtout ces derniers temps.
Mais Denchik, comme beaucoup d’autres morts de la même façon, était un
jeune homme en bonne forme physique. Il est aussi mort pendant un mois
de juin étouffant, en principe peu favorable à la pneumonie.
Et il a sorti une vidéo 6 jours avant sa mort.

Il est peu étonnant que beaucoup de commentaires émettent des doutes sur le fait que Denchik soit mort de pneumonie.
En fait, en se fondant sur de très nombreux reportages sur des morts
telles que celles de Denchik, on peut faire des hypothèses sur ce qui
s’est vraiment passé.
Admettons que Denchik soit réellement mort de pneumonie. Ça peut arriver pour tout un tas de raisons.
Tout d’abord, on parque les récemment mobilisés tous ensemble dans des
casemates humides et mal ventilées. Pour les empêcher de s’enfuir et
pour que le pouvoir total de leurs nouveaux suzerains militaires leur
rentre dans le crâne. Bien que Denchik ait été mobilisé il y a plusieurs
mois, il a pu être infecté par de nouvelles recrues.
Il est aussi assez probable que Denchik n’ait pas été très apprécié par
ses nouveaux chefs. Comme on le verra plus loin, les toxicomanes sont
battus régulièrement ou empêchés d’avoir accès au traitement méthadone
prescrit par l’État. Les chefs de Denchik n’étaient sans doute pas ravis
d’avoir hérité d’un tiktoker mentalement instable et il n’est pas
inconcevable qu’il n’ait pu satisfaire leurs exigences, en termes de
discipline et de capacités physiques. Peut-être ont-ils trouvé des
drogues sur lui, ce que certains officiers estiment digne de la peine de
mort.
Peut-être que Denchik ne voulait pas tuer, tout simplement. Il n’a pas
vraiment l’air d’un tueur. Malheureusement pour lui, dans l’armée
ukrainienne, il faut tuer ou être tué. Après tout, l’Europe ne se défend
pas elle-même.
Alors peut-être que Denchik a été puni. Battu, pas pour la première fois
de sa vie. Peut-être qu’on l’a jeté dans un trou le temps qu’il
décroche. Être allongé dans une fosse humide pendant des jours est une
façon d’attraper la pneumonie, en particulier si l’on souffre en plus de
fractures.
D’un autre côté, il est aussi possible que Denchik ait été battu à mort. Comme on le verra, coller un certificat de décès par pneumonie sur un sac d’os brisés est très commun dans les forces armées ukrainiennes.

De nombreux Denchik
Les unités d’assaut ukrainiennes, la
partie de l’armée croissant au rythme le plus rapide et la favorite des
politiciens, semble avoir fait de la mobilisation de toxicomanes comme
Denchik sa spécialité. Ou plutôt, leur approche des toxico-dépendants
est devenue très connue.
Le 23 juin, un nouvel article remarquable est paru sur les pratiques
régnant dans le 425e régiment d’assaut. Il a été publié par Babel, l’une
des plate-forme ukrainienne principales de journalisme d’investigation,
financée par l’Occident.
Le 425e est le plus gros régiment d’Ukraine, dont l’effectif a augmenté
de plus de dix fois au cours de l’année passée, comptant à présent plus
de 13000 soldats. Il jouit d’une priorité absolue dans l’envoi de
nouvelles recrues, recevant 20 fois plus de troupes que les autres
brigades. Les dirigeants politiques et militaires ont besoin du 425e
pour leurs opérations de communication du front, et celui-ci a besoin
d’une chair à canon totalement soumise pour ces opérations.
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| PHOTO : L’insigne du 425e régiment d’assaut. |
Pour commencer, les drogues. D’après
Olga Reshetilova, porte-parole de l’armée ukrainienne le 425e compte
2000 soldats dépendants de la méthadone. L’Ukraine, j’en ai parlé
récemment, a des cliniques de traitement à la méthadone financées par
l’État pour sevrer les toxicomanes des amphétamines de rue.
Maintenant, le problème est que les chefs du 425e semblent croire qu’ils connaissent la meilleure manière de traiter la toxicomanie.
D’après Babel, la démarche du 425e est la suivante :
Tout d’abord, des officiers du 425e se pointent dans les cliniques étatiques de distribution de méthadone avec les bandes de recruteurs. 26000 personnes sont inscrites à ce programme à travers le pays, des hommes pour la plupart, une excellente ressource pour la mobilisation. Les médecins de la clinique méthadone de Kropivnitski ont dit à Babel qu’il y avait 160 patients mobilisés ces derniers mois. Les officiers du 425e se sont contentés de rentrer et de les emmener.
Puis, les mobilisés sont emmenés au dépôt du 425e. Il porte le nom évocateur de « poulailler ». Ce long bâtiment, situé aux environs d’un village, ressemble apparemment à un site agricole abandonné. Le 425e s’en sert comme une sorte de caserne, les six sections divisées par des panneaux en fibre de verre. Dans la grande tradition des fermes industrielles, il n’y a pas de fenêtres.
Des témoins oculaires ont dit à Babel que le poulailler retient 1000 à 1200 hommes à n’importe quel moment. Beaucoup souffrent du manque. Leurs téléphones sont confisqués bien avant qu’ils n’atteignent le poulailler.
Oleksandr Zhykine, un homme envoyé au 425e malgré sa dépendance à la méthadone, a raconté à Babel les conditions pénitentiaires régnant au poulailler :
« Ils nous ont emmené là-bas, nous ont sortis comme d’un transport de prisonniers — nous ont déshabillés, fouillés, obligés à enlever nos sous-vêtements et à nous accroupir. »
Zhykine avait en réalité rejoint l’armée volontairement en 2023. Étant donné sa dépendance à la méthadone, il ne pouvait servir sur le front, et a dit qu’il était assez content de travailler comme infirmier et employé administratif dans son ancienne unité non-combattante. Tout a changé en février 2026 quand un nouveau commandant est entré en fonction.

PHOTO : Zhykine en 2023
Le nouveau commandant a confisqué la
méthadone de Zhykine. Celui-ci a porté plainte parce qu’il ne pouvait
vivre sans drogue. Plainte rejetée, on l’a envoyé dans un bataillon de
réserve. Il a eu le même problème. Quand il a quitté l’unité pour
récupérer sa méthadone, on l’a officiellement déclaré manquant.
Comme châtiment pour sa désertion, on l’a envoyé au 425e. Il a
finalement été affecté au 3e bataillon d’infanterie du 425e, bien qu’une
commission médicale militaire ait conclu qu’il n’était pas valide pour
mener un assaut.
Zhykine se souvient que les nouvelles recrues passaient apparemment
plusieurs jours au poulailler. Ils sont pris par des officiers en
visite, venus des nombreux bataillons du 425e. Leurs nouveaux
propriétaires portent le nom évocateur, « d’acheteurs internes ».
« Je suis resté là-bas deux jours. Mais il y avait des gens qui y
étaient depuis deux mois. J’en ai même vu qui y restait pour y
travailler. »
Une fois qu’elle a été sélectionnée par les « acheteurs internes », la
chair à canon est expédiée sur les bases d’entraînement du 425e. Ce sont
des endroits beaucoup plus dangereux que le poulailler.
Le régiment est imbibé de l’argot et des pratiques des prisons
post-soviétiques. Des groupes spéciaux d’hommes armés accompagnent les
mobilisés de fraîche date aux bases d’entraînement. Ces hommes armés
sont appelés « vertoukhaï », qui signifie « geôliers » dans l’argot de
taulard. Ci-dessous une description artistique d’un vertoukhai.

Zhykine s’est souvenu pour Babel de la cérémonie de bienvenue donnée par les geôliers :
« Une première expérience inestimable pour aller aux toilettes : en groupes, sous le canon de fusils d’assaut, accompagné par des insultes « raffinées » et coups de pieds pour ne pas être en rangs comme il faut ou jeter un regard de travers. D’interminables flexions sur les jambes, et la position un et demi. »
« Un et demi » selon le soldat, ressemble à la position assise contre un mur : les cuisses parallèles au sol, les bras tendus en avant.
« De façon à ce qu’on pige où on est arrivé, qu’on ne perde pas son temps, et qu’on soit prêt à la future « mission ». Aux toilettes, au réfectoire, on va partout sous escorte armée. Comme des prisonniers de guerre. »
D’après un autre soldat interrogé, les nouvelles recrues sont triées à l’arrivée, façon Auschwitz :
« Les toxicomanes vont dans un sens parce qu’ils ont une conduite incohérente, certains d’entre eux sont déjà malades. S’ils se comportent mal, ils sont sévèrement battus. Les plus calmes attendent leur tour. »
Naturellement, les crises de manque
commencent au poulailler. Insomnie, douleur omniprésente, nausée,
diarrhée, fantasme de suicide. On isole ceux qui ont des hallucinations.
Un soldat mobilisé qui a parlé à Babel, sous couvert d’anonymat, se
souvient d’avoir été au cachot avec quatre personnes qui voyaient des
éléphants roses. Pire, il ne pouvait pas se joindre à eux. Il n’était
pas en manque, il était juste puni pour avoir refusé les flexions de
jambes — deux jours dans un cachot recouvert d’un double matelas. À un
moment, celui-ci était occupé par six ou sept personnes, quatre d’entre
elles en manque de méthadone.
« Chacun d’entre eux était perdu dans son monde fantasmé et parlait à des absents. Les toxicomanes ont tenté de forcer la porte. Les gardiens les ont calmés avec du gaz lacrymogène que nous avons tous dû respirer. »
Le soldat se souvient aussi qu’on lui a refusé l’autorisation d’aller aux toilettes. Il n’y avait qu’une bouteille pour pisser dans la cellule. À un moment ses compagnons de cellule en pleine hallucination se sont déshabillés et se sont mis à sauter en l’air en s’arrosant d’eau. Quand l’eau a été épuisée, ils se sont tournés vers l’urine. La minorité de prisonniers non dépendants des drogues ont réussi à les maîtriser.
« L’un d’entre eux a commencé à geler plus tard, mais il refusait de se rhabiller et de manger. Je me souviens qu’il a rampé sous une couverture, et, en-dessous, il déféquait sur lui-même. »
Après cette épreuve, on a rassemblé ces soldats et d’autres pour l’entraînement. Pendant le transport, plusieurs soldats dans un minibus à proximité ont brisé une vitre et tenté de s’évader. Ils ont été ensuite battus par leurs chefs devant toutes les autres recrues.
Babel a pu identifier au moins quatre bases distinctes utilisées par le 425e. On en construit de nouvelles. Les soldats qui les ont traversées se souviennent que les règles et les conditions sont à peu près semblables partout, sinon qu’il y en a où les recrues vivent sous la tente et d’autres dans des abris creusés.
Babel parle d’une base dans une forêt de
pins. Les tentes sont situées à plusieurs kilomètres du polygone
d’entraînement. Dans chaque tente, 30 à 40 hommes dorment dans des lits
de camp.
Une des premières règles qu’ils apprennent, c’est que les nouvelles
recrues ne sont pas autorisées à se déplacer dans la base sans
permission. Une recrue qui avait réussi à s’échapper de ce camp de
concentration a raconté à Babel les choses suivantes :
« Même pour aller aux toilettes, on n’y est autorisé que lorsque suffisamment de gens se sont rassemblés — au moins cinq — et seulement escortés par un gardien avec un fusil d’assaut. »
J’ajouterai que ces affaires ne viennent pas de sortir — j’ai rapporté des histoires semblables il y a quelques mois.
Babel poursuit, écrivant que deux gardes
sont affectés à chaque tente. Un gardien accompagne les troupes qui
vont aux toilettes, l’autre reste.
Lorsque les recrues quittent la tente, ils doivent marcher en rangs.
Tout manquement à cette règle provoque une rafale à balles réelles au
sol ou en l’air. Un soldat anonyme qui s’est échappé a confié à Babel :
« Comme ils le soulignent constamment, leurs armes sont chargées de balles réelles. Ils peuvent facilement tirer dans la jambe d’un mobilisé sans qu’il ne leur arrive rien. Après avoir vu ça, certains ont même oublié qu’ils voulaient aller aux toilettes — ou bien se sont soulagés avant d’y parvenir. »
Déflagrations dans la nuit
Le 425e dispose de beaucoup de méthodes ingénieuses pour réduire le nombre de désertions. Par exemple, les mines.
De nombreux mobilisés ont dit à Babel que tous les camps d’entraînement
du 425e sont entourés de champs de mines. C’est constamment rappelé aux
recrues par de grande pancartes d’avertissement sur les barrières autour
du camp.
Les avertissements n’arrêtent pas tout le monde. Un mobilisé a dit à
Babel qu’il y avait des explosions toutes les nuits. Ce sont parfois des
animaux sauvages, mais pas toujours.
Une recrue de 40 ans semblait particulièrement insatisfaite de son sort,
restant en retrait des autres recrues. Un témoin se souvient d’une
forte explosion dans la nuit du 26 février, quand tout le monde dormait.
Un cri a suivi, puis une nouvelle explosion. Les gardiens sont entrés
dans la tente et ont ordonné à tous de sortir pour l’appel. C’est là
qu’ils ont découvert qu’il manquait un homme.
Le chef de la sécurité est arrivé environ dix minutes plus tard pour
restaurer la discipline. Son nom de guerre était « Finn ». Il conduisait
un dragster.
L’homme manquant de Kharkov était assis derrière lui. Il s’était sans
doute échappé de la tente en rampant sous une ouverture. L’un de ses
yeux était bandé. Sous son pantalon déchiré, on distinguait une chair
criblée d’éclats. Un gardien a soulevé sa chemise et dévoilé un hématome
à l’abdomen.
Finn s’est servi de l’occasion pour éduquer les nouvelles recrues, montrant qu’une tentative d’évasion pouvait coûter un œil.
Puis il a ordonné à l’évadé de s’agenouiller par terre. Celui-ci n’a pas
réagi. Puis il s’est effondré quand Finn l’a frappé. Finn a sorti son
pistolet et tiré dans la direction de l’homme à genoux.
Ceux du premier rang ont vu la balle pénétrer le sol. Ceux des deuxièmes
et troisièmes rangs en étaient moins sûrs. Un témoin s’est souvenu
qu’en voyant ça, ses jambes se dérobaient sous lui. Les chefs ont dit à
la troupe qu’il était inutile de chercher à s’évader, puis on a autorisé
les hommes à retourner dormir.
On n’a plus jamais revu l’évadé malchanceux, nommé Oleksandr Issaev
selon Babel. D’après les documents officiels, il est mort le 15 mars de
« Défaillance cardiaque et pulmonaire ».
Voici le compte-rendu officiel du 425e concernant l’explosion d’Issaev sur une mine :
« Pendant l’entraînement le 26-02, il a dévié de la route prévue et sauté sur un engin indéterminé. »
Babel a trouvé un autre soldat du 425e
blessé par une mine. Un de ses parents en a parlé à Babel sous couvert
d’anonymat et en fournissant des documents. Apparemment, il avait
séjourné au camp moins d’un mois. Un jour il a appelé sa famille en lui
disant : « Je me suis fait sauter ». Il avait été libéré de ses
obligations militaires et on lui avait dit de joindre sa famille pour
être ramené chez lui.
Ses parents pensent qu’il s’agissait d’une tentative de suicide.
« Je ne crois pas qu’il voulait s’évader. Tout le monde sait qu’il y a
des mines. Et s’ils distinguent des mouvements rapides, les gardiens
tirent dans le dos. »
Quand sa famille est venue le chercher quelques jours après l’incident,
il saignait encore. Comme d’habitude au 425e, il n’avait pas été
autorisé à aller à l’hôpital pour se faire soigner. Ses parents ont
compté 50 éclats autour de la partie inférieure de son corps, ce qu’a
confirmé Babel après avoir consulté les documents médicaux. Ses parties
génitales étaient les plus touchées, et des opérations semblent n’avoir
rien amélioré. Il est maintenant en pleine dépression.
Le 425e a tout de même décidé qu’il était temps de récupérer sa
propriété et a débarqué chez lui pour le réintégrer dans une unité
« médicale ». À présent, cet homme se cache.
Questionné sur les champs de mine, le porte-parole du 425e Andriy Suray a répondu :
« Quand on voit ‘mines’ inscrit sur des pancartes, ça ne vaut pas le coup de vérifier avec ses jambes. »
Évasion et chatterton
Oleksandr Zhykine, mentionné plus haut a
tenté de s’échapper, à son premier jour dans la forêt. Heureusement, il
était dans un camp dont les alentours n’avaient pas été minés. Il a
détalé avec un autre soldat, chacun partant dans une direction
différente, pendant un instant de distraction du gardien. Celui-ci leur a
tiré dans les jambes à balles réelles, mais ils ont été sauvés par un
rideau d’arbres. Ils étaient aussi suivis par des drones.
Cependant, ils ont été pris. On a cassé les dents, les côtes de Zhykine.
« C’était l’enfer. Et le gardien à qui on avait faussé compagnie, m’a dit ‘petite salope, tu veux que j’aille au front à ta place ?’ »
Comme d’habitude en Ukraine, que ce soit
dans les unités d’assaut ou de recruteurs, la discipline est maintenue
par la menace constante d’être envoyé au front. Si on ne remplit pas son
quota de mobilisation ou qu’on égare sa chair à canon, on devient
soi-même celle-ci.
Le 425e a officiellement nié avoir tabassé Zhykine.
Après son passage à tabac, Zhykine dit que lui et son compagnon
d’évasion ont été recouvert de chatterton et jetés sur un sol en béton.
Ils ont passé une semaine dans la « grange », ou des gardiens leur
rendaient parfois visite pour les dérouiller à nouveau, parfois à coups
de crosse, parfois à coups de pieds. Zhykine ne mangeait ni ne buvait
beaucoup parce qu’il avait peur d’aller aux toilettes.
Trois jours après avoir quitté la grange, Zhykine s’est à nouveau enfui.
Avec deux autres soldats, un seul d’entre eux parvenant à s’échapper.
Zhykine et l’autre ont été rattrapés, battus, jetés dans la grange et
sortis de là un jour plus tard. Menottés l’un à l’autre, ils ont été
transportés sur le champ de manœuvres. Ils y ont passés une semaine,
menottés comme ça.
Une semaine plus tard, on leur a donné des pelles et ordonné de creuser
des toilettes et des trous en restant menottés. Zhykine a finalement
réussi à être transféré dans une autre unité après avoir rédigé une
plainte officielle.
Crucifié sur une croix de bois dans une tranchée
Babel écrit que tous les hommes
interviewés se souviennent avoir été ligotés au chatterton. Il y avait
aussi un secteur distinct dans les tranchées de chaque centre
d’entraînement destinés à ceux qui refusaient de servir pour des raisons
religieuses. Les toxicomanes en manque y étaient aussi envoyés.
Trois témoins se souviennent que les éléments indisciplinés étaient
aussi passés au chatterton. Ils se souviennent aussi avoir été
« attachés à un poteau dans la tranchée qui nous était affectée ». Le
poteau était en bois comme les contreforts de la tranchée. Ce n’est
sûrement pas une pratique inventée par le 425e. Fin 2024 les médias
ukrainiens ont publié l’image d’un homme torturé et crucifié sur une
croix de bois dans une tranchée.
La famille de Zhykine l’a recherché pendant qu’il était au 425e. Lorsqu’on a fini par lui accorder un téléphone portable, il a écrit un message à sa famille avant de l’effacer : « Appelez la ligne d’urgence tous les jours. Au moins ils cesseront de me tabasser. Je suis en enfer. »
Il s’est passé un long moment avant qu’on ne l’autorise à passer un coup de fil, et alors, sous surveillance. Heureusement, son gardien troglodyte n’a pas soupçonné que Zhykine, sur la couchette supérieure, pouvait mettre la vidéo. Il a dit à sa famille « Je suis vivant, en bonne santé, tout va bien », tout en exhibant son visage ensanglanté, tuméfié.
Le père de Zhykine a écrit une plainte
officielle à la justice militaire. Évidemment, le 425e en a eu vent très
vite. L’officier de sa compagnie a rendu visite à Zhykine sous la tente
: « Qu’est-ce que tu fous, tu veux tous nous… ? Tu as passé un coup de
fil en vidéo ? » Zhykine s’est dit qu’on allait le tuer et il a nié la
vidéo. L’officier de la compagnie a dit qu’ils avaient une photo le
prouvant. Les tabassages ont ensuite cessé, bien qu’on l’oblige à
enregistrer un message prouvant qu’il allait bien.
Zhykine n’a réussi à s’échapper du 425e que pendant un transfert vers un
autre endroit, aidé par la proximité de sa ville natale.
Peter Korotaev Source : Médias Presse Info


https://www.youtube.com/watch?v=FwqWX8wUdDo
RépondreSupprimerGuerre nucléaire en Europe.
Ou sont les cris, lametations, et indignations des médias europeens et occidentaux en général et le tabassage médiatique sur le monde entier concernant les goulags et le système pré et post guerre froide? Ce qui se passe actuellement en Ukraine c'est exactement ce que décrivait Alexandre Soljenitsyne dans l'archipel du goulag. Pourquoi ce mutisme?
RépondreSupprimerIl semblerait qu'il n'y ai pas assez de juifs dans les rangs de l'armée ukrainienne pour qu'on tienne compte de leur condition.
Veut on envoyer à l'abattoir les ukrainiens et leur faire payer leur collaboration au nazisme durant la seconde guerre mondiale?
Pourquoi les ukrainiens ne réalisent pas le piège dans lequel le sionisme international les dirige?