jeudi 29 novembre 2012

Confessions de l'espion britannique à l'origine du wahhabisme



Au 18ème siècle, les Anglais ont envoyé un espion dénommé Hempfer en mission en Arabie, afin de manipuler  Mohamed Ben Abdel Wahhab (1680-1787) le fondateur de la secte des Wahhabites. L’espion Hempfer a écrit un livre : "Confessions d’un espion anglais " publié en 1998 à Istamboul par Waqf Ikhlas Publications N°14 (7ème édition) Éd. HAKÎKAT KITABEVI.

Notre précédent article, intitulé "origines de la connivence entre le wahhabisme et le sionisme"  faisait référence au rôle prépondérant de la Grande Bretagne dans la création et la diffusion du Wahhabisme. Dans le présent article, nous publions des extraits des mémoires de l'espion anglais qui a été à l'origine du Wahhabisme et d'autres sectes dégénérées de l'islam, toutes destinées à le briser de l'intérieur : salafisme takfirisme, jihadisme, etc. que l'on peut toutes réunir sous le terme générique d'Islamisme.

 Dans ce livre, l’espion Hempfer écrit ce qui suit.

" L’Empire britannique est très vaste. Le soleil se lève et se couche au-delà de ses mers. […] Les pays (arabes) n’étaient pas sous notre entière souveraineté. […] Par conséquent, nous avons conçu un plan à long terme pour répandre la discorde, l’ignorance, la pauvreté et même des maladies dans ces pays. Nous imitons les coutumes et les traditions de ces pays en dissimulant ainsi nos intentions. Ce qui énervait le plus, c’étaient les pays islamiques.
Nous avions déjà conclu avec l’Empire ottoman quelques accords qui étaient tous à notre avantage. Des membres expérimentés du Ministère des Colonies avaient prédit que dans moins d’un an, l’Empire ottoman serait en décadence. De plus, nous avions conclu quelques accords secrets avec le gouvernement iranien et placé dans ces deux pays des hommes d’État que nous avions convertis à la franc-maçonnerie. […].

J'ai établi une amitié très intime avec Mohamed Ben Abdel-Wahhab de Najd. J'ai lancé partout une campagne élogieuse sur sa personne. Un jour je lui ai dit : " Tu es meilleur que  les califes Omar et Ali. Si le Prophète était vivant, il t'aurait nommé pour être son successeur (calife) au lieu de ces derniers. Je m'attends à ce que l'Islam soit renouvelé et amélioré par tes mains. Tu es le seul savant qui répandra l'Islam à travers le monde."

Mohamed Ben Abdel-Wahhab de Nejd et moi avons décidé de faire une nouvelle interprétation du Coran ; cette nouvelle interprétation consistait à refléter seulement nos points de vue et serait entièrement contraire aux explications faites par les Compagnons du Prohète (Sahhàbeh), par les Imams et par les Exégètes du Coran (Mufassirinesمفسرين ). Nous lisions le Coran et parlions de certains versets. Mon but, dans cette action, était d'induire en erreur Mohamed de Najd. Après tout, il essayait de se présenter comme un révolutionnaire et acceptait par conséquent mes points de vue et mes idées avec plaisir pour que je puisse lui faire confiance. […]

Je pressentais que Mohamed de Najd désirait une femme à ce moment. Il était célibataire. Je lui ai dit : " Allez, prenons chacun une femme grâce au « mariage mutaa زواج متعة » (*). Nous passerons un bon moment avec elles." Il accepta par un signe de la tête affirmatif. Cela fut une bonne opportunité pour moi, donc je lui ai promis de lui trouver une femme pour le divertir. Mon but était de vaincre la timidité qu'il avait envers les gens. Mais il avait posé comme condition que cette affaire devait rester secrète entre nous et que la femme ne devait pas connaître son nom. 
Je suis parti précipitamment chez des chrétiennes qui ont été envoyées par le ministère des colonies avec pour mission de séduire les jeunes musulmans d'ici. J'ai expliqué l'affaire à l'une d'elle qui accepta de m'aider, et je lui ai donné le prénom de Safia. J'ai emmené Mohamed de Najd chez elle. Nous lui avons fait un mariage d'une semaine avec Mohamed de Najd, qui donna à la femme un peu d'or en guise de « dot ». Ensuite, nous commencions à manipuler Mohamed de Najd, Safia de l'intérieur et moi de l'extérieur. Dès lors, Mohamed de Najd était complètement entre nos mains (Safia et moi-même). De plus, nous l’avons convaincu que, sous le prétexte de la liberté d’interprétation (ijtihàd), il pouvait, à son gré, désobéir aux commandements de la Charia. […].

C'est lorsque Mohamed de Najd et moi étions devenus des amis très intimes que je reçu un message venant de Londres qui m'ordonnait de quitter l'endroit où je me trouvais et de me rendre dans les villes de Karbalà et Najaf, les deux plus grands centres de la spiritualité chiîte. Donc, je devais me séparer de Mohamed de Najd et quitter Bassora. Mais j'étais content parce que j'étais sûr que cet homme ignorant et moralement dépravé allait établir une nouvelle secte qui aura pour conséquence de démolir l'Islam de l'intérieur, et surtout parce que j'étais l'auteur des dogmes hérétiques de cette nouvelle secte.
Après un séjour d’un mois à Londres, je reçus l’ordre de me rendre en Irak et de rencontrer une nouvelle fois Mohamed de Najd. Lorsque j’étais sur le point de partir pour accomplir ma mission, le secrétaire me dit : " Ne soyez pas négligent envers Mohamed de Najd ! Comme on le comprend dans les rapports envoyés par nos espions, Mohamed de Najd est jusqu’à maintenant un parfait idiot très approprié à la réalisation de nos projets ".[…] 
Je questionnai le Ministre sur ce que j’allais pouvoir faire, sa réponse fut : " Le Ministère a conçu un plan subtil ; et c’est Mohamed de Najd qui en personne l’exécutera, et qui est : 
1. Il déclarera tous les Musulmans comme étant des mécréants et annoncera qu’il est licite (halàl) de les tuer, de s’emparer de leurs propriétés, de violer leur chasteté, de faire des hommes des esclaves, et des femmes des concubines , de les vendre au marché aux esclaves.
2. Il déclarera que la Kaaba est une idole, donc elle devra être démolie. Dans le but d’éviter le Pèlerinage, il provoquera les tribus et effectuera des rafles parmi les groupes de pèlerins, pillera leurs biens et les tuera
3. Il s’efforcera de dissuader les Musulmans d’obéir au Calife ottoman. Il exploitera toutes les opportunités pour répandre la conviction qu’il est nécessaire de lutter contre les notables du Hijàz (La Mecque, Médine et Taef) et de leur porter le déshonneur. 
4. Il prétendra que les mausolées, les dômes et les places sacrées sont de l’idolâtrie et du polythéisme, donc ils doivent être détruits. Il devra faire de son mieux pour trouver des occasions pour insulter le Prophète Mohamed, les Califes et tous les Savants les plus prestigieux des Écoles de Jurisprudence. 
5. Il devra faire de son mieux pour encourager les insurrections, les oppressions et l’anarchie dans les pays musulmans. 
6. Il devra publier une copie ré-interprétée du Coran avec des ajouts et des réductions dans les Textes et pour les paroles prophétiques. "

Après m’avoir expliqué ce plan en six étapes, le secrétaire ajouta : "Ne sois pas paniqué par cet immense programme, car notre devoir est de semer les graines pour détruire l’Islam. Des générations viendront pour compléter ce travail. Le gouvernement britannique a pour habitude d’être patient et d’avancer pas à pas. Le Prophète Mohamed, l’artiste de cette grande révolution qu’est l’Islam, n’est-il pas après tout qu’un être humain ? Et notre Mohamed de Najd nous a promis d’accomplir notre révolution comme le fit le Prophète. " […]

Je suis resté deux ans avec Mohamed de Najd. Nous avons préparé un programme pour annoncer son appel.[…] Mohamed de Najd me promit qu’il exécuterait tous les six articles du plan et ajouta : " Pour l’instant, je ne peux en accomplir qu’une partie. " […]

Deux jours plus tard, le Ministre du Commonwealth réussit à s’occuper de Mohamed Ben Saoud, l’Émir de Dariyia, qui rejoignit nos positions. Ils envoyèrent un messager qui m’informa de cela. Ensuite, nous avons établi une coopération mutuelle et une relation intime entre les deux Mohamed. En ayant gagné le cœur et la confiance des Musulmans, nous exploitons notre Mohamed de Najd religieusement et Mohamed Ben Saoud politiquement.  […] Ainsi, nous sommes devenus de plus en plus puissants. Nous fîmes de la ville de Dariyia notre capitale et nommâmes notre nouvelle religion "le Wahhabisme". 

[…] » Fin des extraits de citation du livre de Hempfer


Environ un siècle plus tard : Laurence d'Arabie et "Abdallah" Philby

Le mythe créé autour de "Laurence d'Arabie" et les malheurs du chérif Hussein manipulé par les services secrets anglais ont fait passer à l’arrière-plan le rôle du gouvernement des Indes britanniques et de l'agent St John « Abdallah » Philby dans l’arrivée des wahhabites au pouvoir.

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En Occident, à la fin du 19e siècle, tout ce qui se tramait en Arabie et dans le Golfe était disséqué par les services secrets du Raj, le gouvernement des Indes britanniques. La construction de la ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad, par exemple, était perçue comme une menace pour les intérêts anglais dans la région. Une expédition militaire germano-turque pour chasser les Britanniques d’Inde était un scénario pris très au sérieux. Afin de parer à la menace, Londres estima urgent de renforcer sa présence au Koweït et dans la péninsule arabique. L’Intelligence Service (IS) et l’India Office (le Bureau de l’Inde) y auront bientôt trois fers au feu : Moubarak al-Sabah, émir du Koweït, le chérif Hussein de La Mecque, et Abdulaziz ibn Saoud (ou Abdelaziz ben Saoud), descendant direct de Mohammad ibn Saoud, fondateur du royaume wahhabite du Nejd.

Armes et logistique anglaises

En 1896, de retour de Bombay où ses amis de l’India Office lui avaient promis un grand avenir, Moubarak al-Sabah s’était emparé du pouvoir après avoir étranglé dans son sommeil Muhammad, son demi-frère, qui dirigeait l’émirat. Pour se dégager de l’emprise ottomane – le Koweït dépendait de la wilaya de Bassora –, il lui fallait obtenir la protection du gouvernement des Indes et surtout neutraliser Ibn Rachid, puissant émir de Haïl, qui n’attendait qu’une occasion pour l’attaquer. Il y parvint en signant un traité de protection secret avec le Raj et en aidant Abdelaziz ibn Saoud – avec qui il s’était lié d’amitié et qu’il avait introduit dans les cercles impérialistes anglais – à reprendre le pouvoir à Riyad.
La meilleure défense étant l’attaque, fin 1900, Moubarak s’estima assez fort pour monter une expédition militaire contre Haïl. Les armes et la logistique étaient anglaises. Abdulaziz devait au passage appeler les habitants de Riyad à se libérer des Al-Rachid. Échec sur toute la ligne : les Britanniques durent envoyer trois navires de guerre défendre Koweït menacé par la contre-attaque d’Ibn Rachid…
Ibn Saoud, qui ne manquait pas de courage, tenta alors le tout pour le tout. Il s’enfonça dans le désert avec une quarantaine de membres de son clan. Le 15 janvier 1902, il s’introduit secrètement dans Riyad et en prit le contrôle. Il rétablit aussitôt l’alliance qu’avaient les wahhabites avec sa famille, tandis que son père Abdulrahmane – sur les conseils du prudent Moubarak – demandait discrètement au Raj de protéger Riyad et assurait la Sublime Porte de sa loyauté !
En avril 1906, après avoir tué Ibn Rachid, Abdulaziz se sentit en mesure de conquérir le Hedjaz, occupé par ses ancêtres un siècle plus tôt. Pas évident car, là-bas, Londres lui préférait Hussein ibn Ali, chérif de La Mecque. En 1910, l’India Office, qui avait une perception plus fine de la situation en Arabie, expédia le capitaine William Shakespear pour sonder le maître du Nejd. L’agent britannique, du même âge qu’Ibn Saoud, parlait le dialecte local. Il en résulta une sincère amitié entre les deux hommes et l’octroi d’une aide en armes et en livres sterling pour le faire patienter. Shakespear confirma à ses supérieurs qu’Abdulaziz était un ami de la Couronne britannique, ajoutant qu’il était d’envergure à diriger une « Arabie indépendante ».

Perfide Albion !

La politique britannique en Arabie se fit plus agressive avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Shakespear transmit en Inde une demande d’assistance au roi du Nejd, mais fut tué en juillet 1915 lors d’une bataille entre les ikhwans (frérots) wahhabites et la tribu Al-Rachid à laquelle il assistait de loin en uniforme anglais. Finalement, en décembre 1915, le Raj s’engagea par traité à protéger Ibn Saoud contre toute agression et reconnut son autorité et celle de ses successeurs sur le Nejd, le Hassa, Qatif et Jubaïl. Un millier de fusils lui furent immédiatement livrés, avec 200.000 cartouches et 20.000 livres sterling. Pratiquement à la même date, Sir Mark Sykes créait l’Arab Bureau où Lawrence était chargé d’aider le chérif de La Mecque à constituer un « grand royaume arabe »… quatre mois avant la signature de l’accord Sykes-Picot qui partageait ledit royaume entre les grandes puissances du moment… Perfide Albion !
Après la mort de Shakespear, le Raj délégua auprès d’Ibn Saoud un de ses meilleurs agents : St John Philby, qui arriva à Riyad avec 10.000 livres, le double de la rente octroyée annuellement au roi par Londres. Philby, républicain dans l’âme, qui détestait l’establishment britannique, allait jouer en Arabie son va-tout. Bien que n’en ayant pas été mandaté par ses supérieurs, il promit à Ibn Saoud d’en faire le chef de l’Arabie. Il finançait ses expéditions contre Haïl et tentait de convaincre Londres qu’il valait mieux soutenir le roi du Nejd qu’Hussein. Peine perdue… Lawrence et l’Arab Bureau du Caire avait l’oreille des dirigeants londoniens. Le Foreign Office ne prit les opinions de Philby au sérieux qu’en 1919, lorsque les ikhwans attaquèrent l’oasis de Khurma, obligeant Abdallah, fils du chérif de La Mecque, à s’enfuir en chemise de nuit !
On connaît la fin de l’histoire. Hussein, qui avait eu le tort d’annoncer vouloir être calife, fut relégué au rayon des accessoires. Il passa pour un agent anglais alors qu’Abdelaziz ibn Saoud, candidat de l’India Office, échappa à la qualification. Débarrassé définitivement des Al-Rachid par la prise de Haïl en 1921, le roi du Nejd prit La Mecque en 1924 grâce aux armes livrées par Philby, se proclama roi du Hedjaz en 1926, puis roi d’Arabie. Mis sur la touche, St John Philby se convertit à l’islam sous le nom d’Abdallah et entra au Conseil privé du roi. Volant de ses propres ailes, il régla ses comptes avec l’establishment britannique – qui l’avait fait incarcérer en 1940 en raison de supposées sympathies nazies – en introduisant en Arabie la première compagnie pétrolière américaine et l’OSS, ancêtre de la CIA.
 Hannibal Genseric