Les outils traditionnels de cette strate – l’armée américaine, le
système du dollar, le piège du crédit, les structures de Bretton Woods, la
thérapie de choc économique et les guerres monétaires – ne parviennent plus à
préserver la weltanschauung de l’élite américaine dans laquelle il était « inimaginable »
que les États-Unis, les vainqueurs de la Guerre froide, soient obligés de faire
face à un monde dans lequel ils ne peuvent plus imposer leur programme.
« Dans la lumière dorée d’un soir d’Athènes, avec l’Acropole au-dessus de son épaule », le secrétaire d’État américain Marco Rubio, le 7 octobre, a ouvertement fait l’éloge du colonialisme ; il s’est engagé dans des détournements flagrants de l’histoire et a exigé un retour à la domination occidentale sur le monde. Rubio a affirmé que l’Occident devait utiliser la force militaire pour “maintenir sa place à la tête du monde” ; l’Occident est “la plus grande civilisation du monde”, a-t-il déclaré, soulignant qu’il s’agit d’une “civilisation pour laquelle nous devons combattre pour la défendre aujourd’hui avec la même passion que nos ancêtres l’ont fait”.
Mais,
de nos jours, les outils traditionnels pour préserver sa place à la tête du
monde s’avèrent moins efficaces contre les États qui possèdent des alternatives
– la Chine, la Russie et l’Iran sont des indicateurs clairs de la tendance
selon laquelle les guerres économiques, financières et même cinétiques ne
produisent plus de résultats rapides. Les victoires rapides pour la Matrice ne
sont plus aussi facilement disponibles.
Suggérer, d’un
autre côté, que ces États civilisations pourraient tenir tête aux États-Unis
avec plus de force ignore tout de la nature profonde de ce conflit. Le « Grand Dessein du Gouvernement Mondial »
est une guerre pour éliminer ces États civilisations qui offrent une conscience
différente à travers laquelle voir et comprendre le monde.
Qu’est-ce que ça
veut dire ? C’est l’ancien Premier ministre britannique, Benjamin Disraeli, qui
avait remarqué, en 1846 : « Le monde est gouverné par des
personnages très différents de ceux imaginé par ceux qui ne sont pas dans les
coulisses ».
Disraeli avait explicitement
mis en garde à plusieurs reprises contre la « révolution mondiale » (ou les révolutions de
couleur dans la langue vernaculaire d’aujourd’hui). Disraeli avait vu et « dénoncé » à plusieurs
reprises « un dessein »
derrière la série d’éruptions révolutionnaires qui s’étaient produites dans de
nombreuses régions du monde à l’époque, au milieu du XIXème siècle.
Aujourd’hui,
c’est Emmanuel Todd, historien et anthropologue français respecté, qui fait écho à Disraeli : Todd voit aussi dans les
guerres d’aujourd’hui quelque chose de beaucoup plus profond qu’une série de
conflits territoriaux séparés et distincts.
Moscou ne fait
pas la guerre aux 20 millions d’habitants de l’Ukraine :
« Elle affronte, à travers
l’Ukraine, l’ensemble du bloc atlantiste, l’OTAN dans son ensemble, ses
services de renseignement, ses arsenaux, ses satellites, son industrie
militaire et sa machine médiatique. L’Ukraine n’est qu’un théâtre d’opérations,
un champ de bataille dans une guerre mondiale latente ».
L’Ukraine,
l’Iran, le Yémen ou la Chine – tous ne sont que de simples théâtres
d’opérations ; un champ de bataille parmi tant d’autres (se déroulant dans un
espace hybride) liés par le fait qu’ils ont été entraînés dans une guerre
mondiale latente.
Pour Todd, les guerres d’aujourd’hui sont un affrontement civilisationnel entre un Occident en
déclin et une Russie défendant une conception plus traditionnelle, plus
souveraine, de l’ordre politique et social. Wolfgang Münchau suggère que l’Ukraine et les guerres Iran-Moyen-Orient
pourraient vraisemblablement fusionner en une seule guerre – la rivalité
géopolitique entre la Chine et les États-Unis restant le conflit primordial de
notre époque.
Emmanuel Todd
souligne que l’Occident, malgré son apparente supériorité économique et
technologique, montre des signes de profonde fragilité – une démographie
vieillissante, une crise de confiance, une désindustrialisation et une perte de
repères idéologiques.
Pendant des
décennies, comme l’a écrit Mattias Forsgren :
« Le noyau occidental a vécu de la financiarisation et de la
délocalisation systématique de la production. Sa capacité industrielle a été
délocalisée vers les pays à bas salaires tandis que les économies
métropolitaines s’orientaient vers l’extraction des loyers, l’inflation des
actifs et le recyclage de l’épargne mondiale via le système du dollar. Le
quasi-effondrement de 2008 a révélé à quel point cette structure était proche
de l’abîme … Les années Covid ont répété le schéma à plus grande échelle. Ces problèmes
structurels restent non résolus. Ce qui a été construit cependant, c’est un
système plus endetté et plus fragile ».
Ce système
financier à effet de levier est désormais vulnérable à une crise financière
potentiellement paralysante.
Jusqu’en 2022, lorsque
l’Europe a choisi de se mêler de l’Ukraine, les couches dirigeantes de l’Europe
étaient parties prenantes de ce projet de « Grand Dessein » , dirigé par le bloc de
pouvoir du « gouvernement mondial« .
Les couches dirigeantes de l’Europe sont toujours sous l’emprise de « la Conception » . Mais, en
cette période trumpienne, elles ne sont plus partenaires à part entière. Aujourd’hui, la réalité est que
l’Amérique ne peut plus risquer une escalade vers une guerre totale contre ses
concurrents pour conserver sa primauté mondiale. Son armée est trop épuisée et
dysfonctionnelle.
En réaction, des
opposants tels que la Russie et l’Iran ont choisi une stratégie plus subtile,
plus lente, mais aussi beaucoup plus ambitieuse, suggère Todd. Une stratégie
qui combine la pression militaire, la guerre économique, les batailles
diplomatiques, l’influence géopolitique et la guerre de l’information.
L’objectif n’est pas seulement de gagner militairement, mais de remodeler
durablement l’ordre mondial.
Pour gérer ce
changement de paradigme guerrier, les États-Unis déchargent « l’aspect de confrontation »
sur des proxys :
« Le continent européen est en train de se transformer d’allié en
ressource : économiquement drainé, politiquement capturé et militairement
préparé comme le théâtre dans lequel les coûts de la restauration impériale
pourront être amortis » (Forsgren).
L’expression ultime de la stratégie des États-Unis est une
escalade gérée de la confrontation qui maintient la patrie américaine comme un
sanctuaire, tandis que l’Europe absorbe à la fois l’attrition conventionnelle et le
risque nucléaire.
En continuant à
agir comme un proxy volontaire – en continuant à fournir des missiles et des
drones à l’Ukraine pour qu’ils soient lancés en profondeur contre la Russie,
l’Europe doit s’attendre à des représailles russes – bien que soigneusement
ciblées contre les « actifs »
européens vulnérables. Néanmoins, l’Europe serait alors en guerre contre la
Russie – une guerre que, comme le reconnaît Wolfgang Münchau, l’Europe n’est pas en
mesure de gagner :
« Quels marchés obligataires
vont exploser en premier ? Qui va manquer de missiles intercepteurs en premier
? Grâce à la Politique agricole commune tant décriée, l’Europe ne va pas
manquer de nourriture. Mais sur tous les autres plans – militaire, énergétique,
financier – l’Europe est désavantagée ».
Étant donné que
l’Europe n’a pas les ressources militaires conventionnelles pour monter sa
propre escalade décisive, les
armes nucléaires risquent d’apparaître comme la seule « solution miracle »
disponible.
Le mantra selon
lequel les menaces nucléaires du président Poutine sont un “bluff” sert principalement à
réduire la prudence psychologique face à l’escalade européenne — une escalade qui pourrait risquer de pousser Moscou à
percevoir peu d’autre option que de recourir aux armes nucléaires tactiques
comme moyen de restaurer la crédibilité de la dissuasion nucléaire russe.
Dans un tel
contexte – et avec le potentiel d’escalade des États-Unis largement diminué –
les États-Unis ne seraient presque certainement pas prêts à mettre sur la table
le risque que des villes américaines soient atomisées à mesure que le conflit
s’intensifie.
« Les armes nucléaires tactiques
américaines étaient prévues pour être utilisées à l’intérieur de l’Europe,
contre des forces sur le sol européen, précisément pour limiter
géographiquement tout échange nucléaire »,
soutient Forsgren :
« Ainsi, les maîtres de la stratégie de « Conception » visent à coincer la Russie dans une position où ses seules
alternatives sont soi un repli stratégique soi la destruction de l’Europe proxy
— une destruction qui aura néanmoins un coût pour la Russie à cause des
dommages que les armes nucléaires européennes infligeraient au territoire et
aux forces russes tandis que la patrie américaine et de sa superstructure
financière resteront hors de portée ».
Forsgren suggère :
« Le calcul semble être
qu’en augmentant progressivement le niveau de pression – en maintenant la
Russie à l’intérieur de la zone de zugzwang sans entrer dans un échange
nucléaire stratégique ouvert – les dirigeants étasuniens espèrent forcer Moscou
à reculer plutôt que d’accepter de faire les frais d’une grande guerre ».
L’objectif n’a
pas changé depuis de nombreuses décennies — il s’agit de contraindre la Russie
à capituler. Un tel scénario représenterait un « théâtre d’opérations » supprimé dans le conflit
ultime par procuration pour subordonner la Chine à « la Conception » .
“Plus l’Europe se positionne
comme un front nucléaire jetable, plus le dilemme devient aigu. L’effet
pratique est de placer l’ensemble du continent européen – et la prise de
décision russe – sur un fil”.
Les Européens
doivent sûrement se rendre compte à quel point ils sont utilisés pour entraîner
la Russie dans une guerre que ni elle, ni les Européens ordinaires ne veulent.
Pourtant, après avoir embrassé avec tant de zèle le conflit ukrainien comme un
totem « vertueux »
autour duquel toutes les parties européennes frondeuses pourraient se
rassembler, elles pourraient bien faire face à une catastrophe économique et
politique si l’Europe continue sur sa lancée actuelle.
« Doubler la mise » , comme les
Européens semblent vouloir le faire, n’est pas une stratégie. Leur peur de
l’agression hybride russe (imaginée) peut facilement devenir un récit
auto-réalisateur conduisant précisément à une guerre chaude européenne
accidentelle naïvement conçue par certains dans l’espace de sécurité occidental
comme le moyen de coincer la Russie et de forcer sa capitulation.
Nous en sommes au point où la classe politique européenne
ne permettra tout simplement pas que le sujet de la guerre soit discuté
ouvertement. Les élites européennes s’accrochent à leur déni du fait que l’Ukraine est en
train de perdre sa guerre contre la Russie. Pourtant, les
États-Unis et l’Europe sont au bord de l’effondrement de leur marché
obligataire et font face à des preuves évidentes que leur seule arme contre la
Russie – les sanctions – ne fonctionnent pas.
La tergiversation
de Trump sur la poursuite du blocus pétrolier contre la Russie (c’est-à-dire en
achetant du diesel russe pour manipuler son prix de détail à la baisse aux
États-Unis) et l’initiative de Witkoff de redémarrer Nordstream pour
inciter Moscou à entamer des pourparlers vont-elles fracturer la façade commune
européenne ? On verra.
Alastair Crooke–
Le 17 octobre 2026 – Source Conflicts Forum
L'hégémonie Américaine est Là, et elle va s'accentuer un peu plus avec la "DOMESTICATION" en cours de la fédération de russie ! Quant aux propos de Rubio (comme ceux hier de Hegseth qui a depuis explosé en vol...) C' juste une tentative (vaine) d'exister demain pour une hypothétique candidature à la présidence US (Pas de quoi pondre un pensum!) L'EUROPE de l' OUEST,la CITY et les USA sont en train de réussir ce qu'ils convoitaient jusqu'aux délires sanglants depuis plus d'1 siècle: LA PRISE DE LA RUSSIE ! Bientôt on va assister alors à une confrontation directe entre la Chine et les USA....La Chine n'ayant pas d'oligarques prédateurs pour la ronger de l'intérieur....le combat sera féroce et "MARATHONIEN" Avantage LA CHINE qui a de nature, le sens de la gestion du temps LENT et LONG (dixit G Duby)
RépondreSupprimerCroyez vous vraiment que la City franikiste est en voie de réussite sur la prise de la Russie ?
SupprimerCe n'est pas mon opinion. Cette famille, les Rothschild pour être précis, à travers leurs avatars sont en quête de ce succès. Leurs efforts sont vains car leur empire babylonien disparaitra. C'est une loi immuable. Les empires y compris ceux du mensonge, finissent par disparaitre sous le poids de leurs excès.
Réf : Egypte, Mayas, Aztèque, and so one....
C'est pourquoi, l'Etat fantoche, fille de cette famille, disparaitra. C'est une loi naturelle (ou Divine, selon vos connaissances ou croyances).
Vous avez le droit de ne pas partager mon opinion. Et j'ai le droit de l'exprimer.
La « domestication en cours de la Russie » et « la prise de la Russie « c’est plutôt à l’époque d’Eltsine que les oligarques prédateurs la rongeaient de l’intérieur. L’attitude de la Russie vis à vis des USA a l’heure actuelle me semble être une réponse de l’attitude ambiguë de la Chine quand elle continue à fournir l’Ukraine ce qui est peut-être une réponse aux « traités inégaux » : annexion de la partie nord et la côte orientale de la Mandchourie (Mandchourie-Extérieure), Vladivostok (auparavant ville chinoise de Haishenwei).
SupprimerHannibal a surligné " à propos de la classe politique européenne."
RépondreSupprimerCelle-ci est totalement à la ramasse et aux abois. Elle ne sait plus quoi raconter et Simplicius, dans sa dernière livraison le développe. "Trahison aux toilettes : désespérée d'envenimer les choses, l'Europe recourt à des accusations absurdes contre la Russie. "......"Les tabloïds et les politiciens européens ne font plus qu'un, une hydre à plusieurs têtes déversant leur propagande à tout-va. Certaines de leurs dernières affirmations sont tellement incroyables que même des enfants auraient du mal à y croire. "
Tout lire, en VO,....https://simplicius76.substack.com/p/toilet-treachery-desperate-to-escalate
La conn...rie européenne semble ne pas avoir de limite.
Les sujets et infos SCATO semblent bien inspirer certains..... ** Laissez donc trankill Hannibal, il a d'autres chats à fouetter.... *** Pour le moment n'en déplaise à certaines"chances" l'Europe dispose hélas en ordre dispersé, de très belles/bonnes TÊTES sur les plans techniques et scientifiques. Choses que les gars de socio et psycho ne peuvent percevoir !**** Ce sont les "choix" politiques et idéologiques qui mettent à genoux UN à UN les états Européens.
RépondreSupprimerALASTAR....Quel pays Européen irait comme un grand, faire seul (ou à deux) la guerre à la RUSSIE puissance nucléaire avec un micro d'espoir de la gagner .?? Par Où passer pour atteindre les frontières russes? Quel état serait assez stupide pour le/s laisser passer ??? TOUTE l' OTAN en guerre......L'Otan n'est qu'une meute de chiens..... Dont le maitre d'équipage est AMÉRICAIN! Or l'Amérique ne veut justement pas de guerre contre la RUSSIE ! Trump négocie en CE moment les bijoux de la famille avec Poutine et ne veut absolument pas être contrarié par un quelconque chihuahua Européen: DONC GB..FR...RFA....à la NICHE !
RépondreSupprimerPensez à postuler pour un poste diplomatique
SupprimerCombien de temps à partir de maintenant, cette russie (mouture 1991) mettra t'elle, avant de trahir la chine en rase compagne ? Au petit doigt mouillé,avant 2030 !
SupprimerLa vérité — qu’il faut dire — est qu’ils ont fini par croire à leur propre rhétorique des discours belliqueux et grandiloquente à leur « guerre cognitive », alimentée par la dette et des mensonges persistants d'une propagande diffusée par ces mêmes réseaux mafieux opérant au sein du système SWIFT, qu’ils prétendent (et répètent à longueur de journée) contrôler !
RépondreSupprimerAujourd’hui, ils se retrouvent confrontés, sur tous les fronts militaires, économiques, stratégies énergétiques et au-delà « face à des armées aguerries » civilisées et guidées par des principes.
Des armées qui les écrasent comme on écrase des mouches.
Ils méritent d’être totalement anéantis sur ces champs de bataille.
Ils ressemblent à des « veuves femmes sans mari » cherchant désespérément un « prince nazi » pour venir à leur secours, tout en attendant leur défaite inévitable ; une issue qu’ils ont amplement méritée, constituant une juste rétribution pour ces escrocs corrompus
Apprenez donc à relativiser les choses dont les rapports de force: La puissance impériale US est multiforme, $, Swift, diplomatie, brevets, traçage des usages des $; embargo, extraterritorialité, et enfin mais pas que, l'énorme moyen militaire si conséquent que même la russie,pourtant le postérieur bien posé sur 3000 ogives nucléaires, évite de la confronter directement.... Même LA CHINE pourtant elle aussi puissante en ce moment préfère esquiver les coups des usa.....: Ne jamais mésestimer la puissance réelle d'un possible adversaire sinon c' la défaite assurée......Des EMPIRES s'effondrèrent en un lustre à cause de cette erreur d'évaluation :
RépondreSupprimer