Du point de vue iranien, tous ces pays sont complices de la première frappe massive américaine, même si le rôle qu'auraient joué les infrastructures militaires américaines dans leurs pays n'aurait été qu'indirect, se limitant à la fourniture de radars ou à un simple soutien logistique ; cette perception et la réaction qu'elle suscite étant parfaitement prévisibles.
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Avant la campagne conjointe américano-israélienne contre l'Iran, les États du Golfe pensaient que la présence de forces américaines renforçait leur sécurité en dissuadant d'éventuelles attaques iraniennes. Or, cette idée a été remise en question ces derniers jours suite aux frappes iraniennes qui les ont visés. La raison invoquée était que les infrastructures militaires américaines présentes sur leurs territoires ont joué un rôle dans ces attaques. Quoi qu'on en pense, force est de constater que la présence de ces forces a en réalité fragilisé leur sécurité.
Au moment de la publication de cette analyse, aucun des États du Golfe n'a riposté contre l'Iran, mais il n'est pas exclu qu'un, plusieurs ou tous envisagent de le faire. Si plusieurs d'entre eux entraient en guerre contre l'Iran, ce qu'ils pourraient tous hésiter à faire compte tenu de la vulnérabilité de leurs infrastructures énergétiques et civiles, il est possible que l'Arabie saoudite prenne l'initiative en tant que pilier du Conseil de coopération du Golfe (CCG), leur organisation régionale d'intégration. Elle coordonnerait évidemment cette action avec son allié commun, les États-Unis.
Les Émirats arabes unis pourraient choisir de ne pas coordonner d'action militaire avec l'Arabie saoudite en raison de la récente résurgence de leur rivalité . Quoi qu'il en soit, l'Arabie saoudite cherchera toujours à réaffirmer son rôle autoproclamé de leader régional en ralliant les petits pays sous son égide. Au-delà des querelles internes au Conseil de coopération du Golfe (CCG), ces pays ont un autre point commun, outre leur allié américain et leur dépendance économique aux exportations de ressources naturelles : la perception des attaques iraniennes, qu'ils pourraient considérer comme une guerre arabo-persane.
Rivaux depuis des siècles, leur rivalité a pris une dimension sectaire après la révolution iranienne de 1979 et les efforts déployés pour exporter le nouveau modèle de gouvernement iranien dans toute la région, notamment dans les États arabes à forte population chiite. De même, l'alliance de ces mêmes États arabes avec Israël contre l'Iran a conduit certains, en République islamique, à considérer ces derniers comme des traîtres à la foi, exacerbant ainsi les tensions et les perceptions mutuelles.
Cela explique pourquoi ils ont décidé d'accueillir des forces américaines à titre dissuasif. Cependant, le dilemme sécuritaire qui s'était déjà installé entre eux et l'Iran a conduit ce dernier à percevoir cette situation comme un moyen de mieux se défendre en prévision des représailles qui suivraient une première frappe massive, encore hypothétiquement planifiée. L'Iran a alors commencé à identifier des cibles sur leurs territoires et à s'assurer de pouvoir les atteindre même après avoir survécu à une première frappe massive, ce qui a finalement eu lieu le week-end dernier.
Néanmoins, du point de vue iranien, tous ces pays sont complices des événements, même si le rôle des infrastructures militaires américaines sur leur territoire n'aurait été qu'indirect, se limitant à la fourniture de radars ou à un soutien logistique. La perception et la réaction de l'Iran étaient parfaitement prévisibles. Pourtant, les États du Golfe étaient déjà si dépendants des États-Unis qu'aucun ne souhaitait s'exposer à leur colère en demandant le retrait de leurs forces, alors que les tensions régionales s'exacerbaient à l'approche du conflit.
Ils paient donc tous le prix de leur erreur monumentale : croire que l’accueil de forces américaines renforçait leur sécurité, alors qu’en réalité, cela les exposait à être pris pour cible dès que l’Iran serait frappé par la première frappe massive que leur allié américain et son patron israélien planifiaient depuis des années. C’est une leçon que les alliés des États-Unis en Europe et en Asie devraient retenir, au cas où ils enverraient des signaux aussi clairs qu’à l’égard de l’Iran, indiquant qu’ils préparent une première frappe massive contre la Russie et/ou la Chine respectivement.

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