vendredi 20 juillet 2012

Syrie : le dessous des cartes

Le vaste complot impérialiste contre le monde arabe ou musulman est sur le point de triompher : tous les pays arabes sont maintenant normalisés, c’est à dire qu’ils obéissent au schéma tracé par les Américains depuis 67 ans (Le pacte américano-saoudien du Quincy date du 14 février 1945) : élimination des régimes nationalistes et anti-impérialistes, implantation de régimes islamistes amis, condominium américano-israélien sur toute la région. Trois pays continuent cependant de résister : la Syrie, l’Algérie et l’Iran ; les seuls qui, aujourd’hui, sauvent l’honneur des arabes et des musulmans. En cas de chute de ces trois pays, la seconde étape de ce plan, dit plan américano-israélien, sera mis en route.


Carte ci-dessous : bases militaires US encerclant l'Iran et la Syrie.

  

La prophétie d'Henry Kissinger. 

Dans une interview accordée au journal satyrique anglais « The Daily Squib », parue dans la livraison du 27/11/2011 et qui vient seulement d’atteindre la surface de l’Océan de l’information, M. Kissinger (89 ans) fait des déclarations étonnantes, mais réalistes. « Les Etats-Unis sont en train de donner des coups à la Chine et à la Russie, mais le « dernier coup d’ongle » sera pour l’Iran qui est le principal objectif d’Israël. D’ailleurs l’Europe a compris que l’épreuve de force arrive et se dépêche de se constituer en un seul Etat cohérent. Oh, combien j’ai rêvé de ce délicieux moment ! ...La prochaine guerre sera si sévère que seule une superpuissance peut gagner et ce sera nous. Et si vous êtes un homme ordinaire, il faut vous préparer à cela en vous repliant dans une ferme à l’intérieur des terres, mais n’oubliez pas d’emporter des armes avec vous pour vous défendre des hordes affamées. Quant aux élites, elles seront à l’abri dans des paradis protégés....  Quant à nos militaires, nous leur avons demandé de mettre la main sur sept pays du Moyen-Orient pour leurs ressources naturelles et ils ont accompli le travail. Reste cependant l’Iran. Mais c’est quand l’Ours russe et la Faucille chinoise se réveilleront, qu’Israël doit se battre avec toutes ses armes et tuer autant d’arabes qu’il pourra. Si tout se passe bien, la moitié du Moyen-Orient sera israélien ».
M. Kissinger conclut cette interview sinistre en prédisant : 
« De ces cendres nous construirons une nouvelle société et il ne restera qu’une seule superpuissance et ce sera l’avènement du gouvernement mondial. N’oubliez pas, les Etats-Unis ont les meilleurs armes et du matériel qu’aucune autre nation n’a et nous montrerons ces armes au monde quand le moment sera venu ».
Même si ces « prophéties » peuvent prêter à sourire vu l’état actuel de la puissance américaine, elles sont à méditer car, à 89 ans, Henry Kissinger reste, à l’instar de son  collègue Zbigniew Brzezinski, un inspirateur actif de toutes les stratégies de domination mondiale développées depuis la Seconde guerre, par les Etats-Unis et par les centres de pouvoirs occultes qui écument la géopolitique mondiale. 

D’ailleurs, l’évolution de la situation géopolitique du Moyen-Orient et autour de l’Iran, commencent à corroborer les prédictions de M. Kissinger. La désarticulation de l’Irak, la mise sous contrôle militaire des pays du Golfe et de leurs réserves de pétrole, la mainmise sur la Libye et son pétrole, la tentative d’iraquisation de la Syrie, l'encerclement de l'Algérie par des régimes islamistes, et la récupération des « printemps arabes » par ces agents islamistes, sont autant de coups sur l’échiquier qui s’inscrivent parfaitement dans cette vision. 
  

Le montage : une  guerre des sunnites contre les chiites. 

Depuis un an et demi, les puissances occidentales et leurs alliés arabes félons conduisent une entreprise de déstabilisation de la Syrie. Plusieurs milliers de mercenaires se sont infiltrés dans le pays. Recrutés par des officines de l’Arabie saoudite et du Qatar au sein des milieux extrémistes sunnites, ils sont venus renverser « l’usurpateur alaouite », Bachar el-Assad, et imposer une dictature d’inspiration wahhabite. Ils disposent du matériel militaire le plus sophistiqué, incluant des systèmes de vision nocturne, des centraux de communication, et des robots de combat urbain. Soutenus en sous main par les puissances de l’OTAN, ils ont en outre accès aux renseignements militaires indispensables, notamment des images satellites (fournies par l’Otan, la CIA et le Mossad) des déplacements des troupes syriennes, et des interceptions téléphoniques.

Plusieurs médias occidentaux, dont le Canard Enchaîné, ont révélé que leurs pays ont envoyé des agents (CIA, MI6 britannique, DGSE française, BND allemand, agents qataris, MOSSAD,…) pour soutenir et former les terroristes islamistes déguisés en “révolutionnaires” ou en “déserteurs”. Il aura suffi que ces services secrets occidentaux mettent en scène un fantoche « Conseil national syrien », avec pour président un professeur de la Sorbonne et pour porte-parole la maîtresse de l’ancien patron de la DGSE (l’équivalent français de la CIA)  pour que des « terroristes » deviennent des « démocrates ». En un tour de main, le mensonge est devenu vérité médiatique. Les personnes enlevées, mutilées et assassinées par la Légion wahhabite sont devenues, dans la presse, des victimes du tyran. Les conscrits de l’armée arabe syrienne, de toutes confessions confondues (sunnites, alaouites, chrétiens, druzes, etc.), qui défendent leur pays face à l’agression sectaire sunnite sont devenus des soldats alaouites opprimant leur peuple. La déstabilisation de la Syrie par des étrangers est devenue un épisode du « Printemps arabe ». L’émir de Qatar et le roi d’Arabie saoudite, deux monarques absolus qui n’ont jamais organisé d’élections nationales dans leurs pays et embastillent les contestataires, qui écrasent dans le sang et le silence complice la révolte populaire à Bahreïn, qui mettent dans le même sac d’infamie femmes et esclaves, sont devenus des chantres de la révolution et de la démocratie, telle qu’elle est conçue par leurs amis et vassaux islamistes tunisiens.

Le veto sino russe

Cependant cette mascarade a été mise en échec, pour le moment, avec le double veto russe et chinois du 4 février 2012. Comprenant les réticences US à intervenir directement, les membres du Conseil national syrien sont partis en quête de nouveaux sponsors. Selon la chaîne satellitaire israélienne Canal 10, un membre du Conseil national syrien en Turquie, a adressé une lettre au Premier ministre Benjamin Netanyahu, appelant Tel-Aviv à intervenir militairement en Syrie afin de renverser le régime de Bachar al Assad.  Il a, en effet, déclaré sur Canal 10, où il est apparu avec un visage camouflé, que « l'intérêt d’Israël est de renverser le régime syrien, qui travaille pour le compte de l'Iran, du Hezbollah et de Hamas » ! Il a souligné que « ne pas renverser le régime syrien mènera à la victoire de l'Iran et mettra en exécution sa menace d’éradiquer Israël et d’exterminer le peuple juif ».  Par ailleurs, selon les déclarations d’un membre de la Knesset, Yitzhak Herzog, il existe de nombreux contacts entre les représentants du Conseil national syrien d'Istanbul et les responsables israéliens.
 

Israël :  le Mossad ne voit que des "craquements" au sein du pouvoir


Confidence d’un diplomate israélien (30/6/2012) : « nos services de renseignements ne voient que des craquements dans la hiérarchie du pouvoir à Damas. Bachar el-Assad ne devrait pas tomber dans les prochains mois. Les premiers cercles du pouvoir sont unis autour de Bachar. Mais plus l’agonie durera, plus le chaos qui suivra la chute d'Assad sera sanglant », s’inquiète ce responsable de passage à Paris.
Ce dernier ajoute : « Nous voyons également des signes que l’économie connaît de sérieuses difficultés, mais le régime a encore les moyens d’y faire face grâce à l’Irak et à l’Iran, même si Téhéran est lui-même confronté à de gros problèmes avec les sanctions » imposées par la communauté internationale en raison des soupçons qui pèsent sur la finalité de son programme nucléaire.
Et ce responsable de reconnaître que « jusqu’à il y a quelques mois, Israël ne souhaitait pas la chute de Bachar ». Mais apparemment les choses ont changé.
L'analyse du Mossad est partagée par les renseignements américains pour lesquels les défections d'officiers restent limitées, et la cohésion encore forte dans l'entourage immédiat du président syrien. D'après :

Conclusion

 L’opération de déstabilisation contre le régime syrien a échoué jusqu’à ce jour, 20/7/2012. La large coalition OTAN-Israël-Qatar-Arabie, soutenue par les gouvernements islamistes (Maroc, Tunisie, Libye, Egypte), ne va pas s’avouer vaincue et va continuer à attaquer ce régime par tous les moyens de la guerre psychologique et ceux de la guerre asymétrique. Les projets d’intervention militaire à la libyenne  ayant échoué, une vaste guerre psychologique a été développée par les services spécialisés occidentaux et israéliens, relayée par les médias crypto-islamistes du monde arabe. 

Un certain nombre d’indices attestent cependant de la résistance acharnée syrienne, dont :
  1.  La contre-offensive du régime syrien contre l’Arabie saoudite et le Qatar a déjà commencé. Ainsi par exemple, un document extrait des archives du musée national d’Istanbul  datant de 1870, a été mis en circulation et où il est question de l’origine juive des Emirs du Qatar.
  2. Des soulèvements populaires prennent de l’ampleur dans les régions à fortes populations chiites et pétrolifères de l’Arabie saoudite.
  3. Le principal dépôt d’armes installé par les services secrets occidentaux au nord Liban sur la frontière avec la Syrie pour alimenter les révoltés syriens en armes, en hommes et en argent, vient d’être anéanti. 
  4. Les derniers attentats terroristes/kamikazes d’Alep et de Damas témoignent de l’échec de la dimension populaire qui était supposée servir de couverture à la déstabilisation du régime syrien.
  5. DEBKAfiles, site électronique proche du Renseignement militaire israélien, vient de rapporter dans son édition du samedi 11 février 2012 que les services de renseignements occidentaux étaient arrivés à la conclusion que les troupes fidèles à Bachar El-Assad sont en passe de maîtriser la rébellion contre le régime.
Ceci dit, la région ne va connaître aucune paix, car Israël estime qu’elle ne peut pas cohabiter avec l’Iran dans un seul espace géopolitique, ce qui l’obligerait à partager avec l’Iran les ambitions impériales qu’il poursuit depuis sa création en 1948. 

Après le Syrie, à qui le tour ? l'Iran ou l'Algérie ? Mais dans un cas comme dans l'autre, ce sera une autre paire de manches.
Hannibal Genséric