samedi 27 avril 2024

Guerre civile islamique ?

La confrontation actuelle entre l'Iran et Israël comporte un risque implicite qui n'est guère pris en compte ces jours-ci.

Il s'agit de la ré-explosion, sous de nouvelles formes, de la Fitna, c'est-à-dire de l'ancienne guerre civile entre sunnites et chiites. Tout cela est interne à l'Islam et à son histoire tourmentée.

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Passée sous silence par les médias et, pour l'essentiel, inconnue des classes dirigeantes européennes, elle est pourtant un problème bien présent dans les pays du Moyen-Orient. Et aussi considéré avec beaucoup d'attention à Tel Aviv, Washington et Londres. Une attention, il va sans dire, très soutenue.

Le fait qu'en abattant les drones iraniens dirigés vers Israël, la Jordanie ait également collaboré ouvertement avec l'Occident, est... significatif. Une importance qui va bien au-delà de la contribution militaire sans importance du petit royaume hachémite.

Elle représente plutôt l'apogée d'un système d'alliances tissé par Washington dans les pays arabes. Un système complexe et non dépourvu de contradictions, mais qui a essentiellement deux objectifs. Isoler Téhéran. Et blinder Israël.

Dans la direction opposée, en revanche, il y a Pékin. Dont la stratégie vise à rendre le scénario moyen-oriental plus compact, et donc moins instable. C'est la doctrine de Xi Jinping : la pénétration sans conflit. En effet, dans la mesure du possible, tenter d'étouffer les conflits latents.

Une stratégie qui a trouvé son aboutissement dans la médiation entre Téhéran et le Riyad, voulue par le président chinois lui-même. Et qui va à l'inverse des accords d'Abraham. Qui tendent au contraire à souder un axe sunnite, Arabie saoudite en tête, avec Israël. Des accords dont la fonction anti-iranienne est évidente.

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La Chine est une puissance terrestre par excellence. Déterminée à contrôler fermement son espace géographique. Et poursuivant essentiellement une expansion commerciale. Une expansion qui nécessite une situation non conflictuelle. Car le commerce ne peut s'épanouir que dans une situation de paix et de liberté des échanges.

À l'inverse, les États-Unis sont une puissance thalassocratique. Tout comme la Grande-Bretagne, leur proche alliée. Et le contrôle des "mers" exige que la terre soit divisée. Toujours fragmentée.

Ce sont des stratégies antithétiques. Inévitablement destinées, tôt ou tard, à s'affronter.

Comme dans le cas du Moyen-Orient.

Où une reprise de l'ancienne querelle, vieille de plusieurs siècles, est aujourd'hui en vue. Interne à l'islam. La Fitna. C'est-à-dire l'affrontement entre le bloc chiite, dirigé par l'Iran, et le bloc sunnite. Soutenu cependant, dans ce cas, par Washington.

C'est-à-dire par un agent extérieur et étranger au monde islamique.

Et c'est précisément en cela qu'il est possible d'identifier une faille dans la stratégie américaine.

Car Téhéran, conscient du risque de reprise de la Fitna, ne se contente pas de compacter le front chiite. C'est-à-dire l'Irak, la Syrie, le Hezbollah libanais, les Houthis yéménites. Mais elle cherche, en parallèle, à se présenter comme le défenseur des Palestiniens. Et même du Hamas. [1]

C'est important, car cela pourrait créer de nombreux problèmes internes aux régimes sunnites. En soulevant les populations contre les dirigeants, perçus comme des alliés d'Israël. Et donc traîtres à la cause arabe.

D'où l'extrême prudence avec laquelle évolue l'Egyptien al-Sisi. Qui entretient par ailleurs des relations fructueuses avec Israël, et des relations étroites avec Washington.

Sans parler d'Erdogan. Qui est dans l'OTAN, mais qui a passé les années de son gouvernement à tisser des relations économiques et politiques de plus en plus étroites avec Téhéran. Ici aussi, le facteur commercial a joué et continue de jouer un rôle décisif.

La prudence n'a manifestement pas été conseillée à Abdallah de Jordanie. Ce dernier s'est ouvertement rangé du côté occidental. S'exposant ainsi au risque de répercussions considérables. La monarchie hachémite n'est pas aimée des Palestiniens. La Cisjordanie est proche. Et le souvenir de Septembre noir est encore très présent. Et brûlant.

C'est un jeu d'alchimie complexe. Il pourrait conduire à l'isolement de Téhéran, mais aussi déstabiliser les régimes sunnites. Ou encore déclencher une guerre entre chiites et sunnites.

Tout dépendra de la manière dont les différents acteurs, notamment Washington et Pékin, joueront leurs cartes.

Andrea Marcigliano

Source: http://euro-synergies.hautetfort.com/

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[1] Dans notre article Il y a plus de mille ans, des Arabes inventent le premier état socialiste et laïque , nous avions écrit :

« Avec la période du califat abbasside (750‑1258), le sunnisme a entamé, la période de son organisation définitive. Dès le IXe siècle, il déclare "closes les portes de l'ijtihâd" (effort d'interprétation et d'élaboration de la loi) et on fait "de l'imitation fidèle (taqlîd) des anciens et des docteurs la base même de la foi". Dès lors, le sunnisme tend à devenir une religion conservatrice, rigide, réactionnaire, bref salafiste (et il continue d'en être ainsi de nos jours), alors que le chiisme dans sa version ismaélienne, devient la religion des « damnés de la terre », celle de l'espoir et de la contestation, une idéologie apte à servir les intérêts des classes dominées. »
Depuis cette époque, le sunnisme est resté sclérosé, incapable d’évoluer avec le temps.
Au contraire, il a produit les pires groupements terroristes (FIS en Algérie, Ennahda en Tunisie, Frères Musulmans en Égypte, Al-Qaïda en Syrie et en Irak, en Afrique, en Asie, etc….). Il a produit les états totalitaires et rétrogrades dans toute la péninsule arabique, sans parler des Talibans en Afghanistan et ailleurs.
Depuis l’origine de l’Islam, les Chi’ites ont été « les damnés de la terre », ils le sont toujours dans les pays à majorité sunnite (états de la péninsule arabique), et ont quelques fois réussi à établir un état  relativement égalitaire et démocratique ( Qarmates à Bahreïn il y a 1120 ans, Iran, Yémen, Syrie et Irak).

Hannibal Genséric

 

7 commentaires:

  1. Le régime hachémite marionnette de Londres , avait été installé par Londres en remplacement a son père le Roi Hussein qui d'après un Ex officier de Cia qui avait affirmé que Langley lui avait octroyé un faramineux salaire durant toute sa vie comme étant un Employé a la. Cia .
    Pour les services rendus durant cette période ,et que la Jordanie abritait et protégeait toujours le flanc Ouest d'Israel.contre tout danger émanent de côté ...
    Donc ,la confirmation de cet ex Officier est totalement crédible après tant d'années le masque est tombé un autre Émirat est né aux frontières de l'état Hébreu
    .

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    1. Ce n'est pas un état hébreu, quant à la mère du roitelet, elle est juive.

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  2. Analyse trop simpliste. Elle ignore beaucoup de fait historiques et ethniques de la région.
    Rappel par exemple de la guerre en Syrie. Les analystes Occidentaux se plaisaient à prétendre qu’il s’agissait d’un problème sunnites/chiites ignorant que l’armée qui a combattu et combat encore avec Assad est en grande majorité sunnites.
    L’analyste n’est pas très informée sur les divergences sunnites/sunnites. Les wahabites ne sont pas considérés comme sunnites mais souvent comme kharigites. Et c’est l’une des erreurs qui ont fait foirer la guerre contre la Syrie

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    1. Et que l'armée de l'air syrienne est à majorité arabe chrétienne ....

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    2. Il y a trop peu de chrétiens en Syrie pour faire une majorité de soldats. 80 % de la population est sunnite.

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    3. Renseignez-vous!

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    4. En effet, la majorité des officiers de l'armée de L ' AIR sont arabes chrétiens.

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