C’est une équation aussi complexe qu’intéressante, qui nous concerne tous – le fameux prix à la pompe –, et qui agite aujourd’hui la planète géopolitique. On sait tous qu’avant toute chose, Trump pense à l’argent, au business, au dollar.
Son mantra Make America Great Again peut être lu comme un Make Dollar Great Again, la monnaie universelle étant contestée par l’euro et par les BRICS. On sait tous aussi que les bouleversements dans le Golfe – la guerre éclair de 48 heures qui dure depuis le 28 février 2026, soit 200 jours – ont précipité la redistribution des cartes : de l’Amérique gardienne des pétromonarchies et de leurs trésors fossiles, avec son proxy israélien sur place, il ne reste plus grand-chose. Les bases ont toutes sauté... après avoir été vidées de leurs occupants. Les pétromonarchies sont à poil, avec un armement américain chèrement acquis qui ne suffira pas, les victoires de Houthis sous-équipés au Yémen le prouvant amplement.
Le parapluie américain a disparu. Et le parapluie israélien ne vaut que pour Israël. L’Iran a pris une nouvelle dimension, au prix de milliers de morts sous les bombes israélo-américaines et d’une destruction de ses infrastructures (ponts, centrales électriques). Un recul qui coûtera cher économiquement et socialement à la nouvelle direction, la précédente ayant été décapitée par les armées les plus morales du monde.
Même si l’armada US mouille encore dans la région, la fameuse cinquième flotte basée à Manama, au Bahreïn, qui surveille le golfe Persique, la mer Rouge et la mer d’Arabie, les missiles iraniens la maintiennent à distance respectable. Le porte-avions USS Abraham Lincoln a dû quitter le golfe Persique dans un état second, à cause de ses interminables 286 jours en mer pour des missions de bombardement. Il est allé mouiller en Thaïlande, à Pataya, pour une « escale récréative ». On ne vous fera pas un dessin. Officiellement, le navire amiral avait des problèmes d’intendance à bord (moral des troupes, journées de 12 à 16 heures, nourriture infecte, hygiène générale) ; officieusement, il était à court de munitions.
Voici pour le contexte. Maintenant, passons aux choses sérieuses : le pétrole. Le 16 septembre 2026 s’achevait une réunion spéciale du G20 au Texas consacrée à l’énergie, avec les ministres spécialisés de tous les « grands » pays. Pour une fois, le vilain Venezuela était invité, ce qui laisse penser à un remplacement du pétrole saoudien par le pétrole vénézuélien, côté américain.
On dirait que l’abandon militaire se double d’un abandon énergétique. Rappelons que le pétrole saoudien, qui ne peut plus passer par Ormuz, ne peut plus désormais passer par Bab-el-Mandeb. En outre, son pipe-line principal d’exportation a été visé par une attaque de drones houthie, d’une précision redoutable. Il est naturel que dans ces conditions, l’Arabie saoudite se tourne vers Israël pour sa défense.
Le pétrole à 100 dollars est bon pour Trump !
Maintenant, toute la presse (française) fait ses gorges chaudes du pari perdu de Trump, à savoir la promesse d’un pouvoir d’achat élevé pour le consommateur américain. Or, si les salaires ont augmenté, l’essence n’a jamais été aussi chère à la pompe, ce qui contrebalance la hausse réelle du pouvoir d’achat pour la moitié des ménages. Avec, bien sûr, un big bémol : les pauvres sont devenus plus pauvres encore, 38 millions d’Américains vivant sous le seuil de pauvreté.
Mais Trump ne pense pas seulement consommateurs, il pense aussi producteurs, et l’Amérique est le premier pays producteur de gaz de schistes, ce « pétrole » profond de mauvaise qualité, qui demande de larges investissements en termes d’extraction et de raffinage.
On voit donc que la perte saoudienne peut, à terme, être compensée par le pétrole vénézuélien volé. Mais il n’y a pas que ça, et là, on se tourne vers notre assistant, l’aperçu IA de Google (un bon serviteur, et un mauvais maître) :
Le seuil de rentabilité (breakeven) global pour l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste américain se situe en moyenne autour de 60 à 70 dollars le baril de WTI. (Source : Le Figaro)
À 60 dollars le baril, les petits entrepreneurs US couvrent juste leurs coûts. À 70 dollars, ils font du bénéfice et peuvent ouvrir de nouveaux puits (plus profondément). Inutile de dire qu’à 100 dollars, la production et les profits explosent. Les Américains ont trois dénominations pour ces paliers : en deçà de 55 le baril, on est en zone de crise, les producteurs ferment boutique. Entre 60 et 65, c’est la zone de compression, ne peuvent survivre que les puits à forte productivité. Au-delà de 75, c’est l’Eldorado, dite zone de profit.
Sur le dos du consommateur américain pauvre, mais en garantissant une production à la fois intérieure et vénézuélienne importante, Trump assure l’indépendance énergétique du pays. Quand l’industrie pétrolière de Maduro sera remise en route (merci au blocus US), le prix à la pompe pour l’automobiliste américain baissera probablement. Et Trump n’aura pas à dépenser des milliards de dollars pour sécuriser son approvisionnement au Proche-Orient. Parallèlement, il met et l’Europe et l’Asie en PLS, énergétiquement parlant. Il laisse l’Iran et Israël face à face, se partageant la région, avec un interdit sur une guerre directe, pour l’instant.
Un calcul gagnant, si le plan fonctionne. Tout est alors une question de tempo, comme aux échecs. Parfois, un tempo décide de la victoire ou de la défaite.
Publié le : vendredi 18 septembre 2026

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