mardi 9 février 2016

Libye. Scénario de la nouvelle guerre "contre le terrorisme"

Le Président français Nicolas Sarkozy, à gauche, le chef du CNT libyen
Mustafa Abdul-Jalil, au centre, et le Premier ministre britannique
David Cameron, à droite, posant lors de leur visite
à Benghazi, en Libye, le 15 septembre 2011.
Les défenseurs de la guerre tels que Anne-Marie Slaughter et Nicholas Kristof écrivaient des éditoriaux glorifiant leur prescience et se moquant des opposants à la guerre, discrédités selon eux, et le New York Times a publié un article en première page déclarant : « La tactique américaine en Libye pourrait être un modèle pour d’autres opérations. » De l’avis général, Hillary Clinton, l’une des grands défenseurs et architectes de la campagne de bombardements, serait alors vue comme une visionnaire en matière de politique étrangère pour ce grand succès libyen : « Nous sommes venus, nous avons vu, il mourut, » se vanta une Clinton aux allures de sociopathe à propos du viol et du meurtre collectifs de Kadhafi en s’esclaffant lors de l’émission 60 Minutes.
Pourquoi les sceptiques sur la question libyenne avaient tort sur toute la ligne
Depuis, la Libye – c’était tellement prévisible – s’est à peu près complètement effondrée, se noyant depuis des années dans l’instabilité, l’anarchie, le règne des milices fragmentées, les conflits sectaires et l’extrémisme violent. L’exécution de Saddam Hussein ne pouvait pas justifier cette guerre et n’était pas non plus le signe d’une amélioration de la vie des Irakiens, et il en est de même pour le meurtre collectif de Kadhafi. Ainsi que je l’ai écrit le lendemain de la fuite de Kadhafi de Tripoli et alors que les fidèles du parti Démocrate célébraient leur victoire en dansant : « Je suis sincèrement abasourdi de l’empressement à regarder ce qui a eu lieu en Libye comme une sorte de grand triomphe, même si virtuellement aucune information nécessaire à cette évaluation ne soit encore connue, y compris combien de civils sont morts, combien de flots de sang y seront encore versés, quels seront les moyens nécessaires pour stabiliser ce pays, et, par-dessus tout, quel  type de régime remplacera Kadhafi ? [...] Quand des pouvoirs étrangers utilisent la force militaire pour déposer un régime dictatorial qui a régné pendant des décennies, toutes sortes de chaos, de violence, d’instabilité et de souffrance – et une multitude de conséquences imprévisibles – sont inévitables. »
Mais la question la plus importante était de savoir quand (non pas si, mais quand) l’instabilité et l’extrémisme qui, de manière tout à fait prévisible, avaient suivi les bombardements de l’OTAN, seraient utilisés pour justifier une nouvelle guerre menée par les États-Unis – exactement comme cela s’est produit en Irak. En 2012, je posais la question de cette manière :
Combien de temps avant que l’on entende qu’une intervention militaire en Libye est (de nouveau) nécessaire, ce coup-ci pour reprendre la main sur les extrémistes anti-américains qui sont maintenant armés et renforcés par la première intervention ? Les interventions militaires américaines sont particulièrement utiles pour s’assurer que d’autres interventions américaines seront toujours nécessaires.
Nous avons maintenant la réponse, elle vient du New York Times :
Inquiets de la menace grandissante de l’ÉI en Libye, les États-Unis et leurs alliés y ont augmenté les vols de reconnaissance et la collecte de renseignements et se préparent pour d’éventuels frappes aériennes et raids de commandos, ont déclaré cette semaine de hauts décisionnaires politiques et des hauts représentants des services de renseignement. [...] « On peut dire que nous envisageons des actions militaires contre l’ÉI en conjonction avec le processus politique » en Libye, [Commandant en chef de l'état-major interarmées, général Joseph] Dunford. « Le président a été formel : nous avons l’autorité pour utiliser la force militaire. »
Tout comme il n’y avait pas d’al-Qaïda ou d’ÉI pour attaquer l’Irak avant que les États-Unis bombardent son gouvernement, il n’y avait pas d’ÉI en Libye avant que l’OTAN la bombarde. Maintenant les États-Unis vont utiliser les conséquences de leurs propres bombardements pour justifier une toute nouvelle campagne de bombardements dans le même pays. 
La page de l’éditorial du New York Times, qui avait affiché son soutien aux bombardements initiaux de la Libye, qualifiait hier ce projet de nouvelle campagne de bombardements de “profondément inquiétant” donnant comme explication : “Une nouvelle intervention militaire en Libye impliquerait la progression conséquente d’une guerre qui pourrait aisément se propager à d’autres pays du continent.” En particulier, « cette escalade conséquente est actuellement en préparation sans aucun débat digne de ce nom devant le Congrès ni sur les mérites ni sur les risques d’une campagne militaire dont on attend qu’elle comprenne des frappes aériennes et des raids effectués par des troupes d’élite américaines » (le premier bombardement de la Libye a eu lieu non seulement sans l’approbation du Congrès mais a été ordonné par Obama après le rejet par le Congrès d’une telle autorisation).
Les États-Unis et leurs alliés évaluent l’opportunité d’une action "humanitaire" en Libye
Ce devait être le modèle suprême de l’intervention humanitaire. Cela n’aura rapporté que d’infimes bénéfices sur le plan humanitaire tout en causant une immense souffrance humaine parce que – comme d’habitudeceux qui exécutaient la guerre “humanitaire” (et la plupart de ceux qui l’applaudissaient) n’étaient intéressés que par la prolifération des glorieux bombardements et tueries mais se moquaient pas mal du véritable humanitarisme (comme l’a démontré leur quasi totale indifférence aux conséquences de leurs bombardements). Il en ressort qu’un des rares gains du bombardement de la Libye par l’OTAN va bénéficier aux perpétuels gagnants au sein de l’axe public-privé constituant la machine du militarisme sans fin : et ce sera d’avoir fourni un prétexte pour une nouvelle guerre.
par Glenn Greenwald,  The Intercept_
Le scénario de l'invasion

Le président Barack Obama aurait donc décidé au début du mois de février 2016, à la grande surprise des initiés de Washington, d’ouvrir un troisième front anti-terroriste en Libye afin de dératiser la Libye de la peste islamiste-terroriste.  Obama a pris ses proches collaborateurs par surprise par une autre décision , celle de mener à nouveau une campagne militaire en Libye, en collaboration avec  les alliés européens concernés.
La première étape de cette campagne a eu lieu ce week-end: un groupe de forces spéciales d’Américains, de Français et d'Italiens a déjà atterri en un point situé au sud de Tobrouk près de la frontière égypto-libyenne. Là, les attendaient quelque 1.000 soldats britanniques des fameux SAS.
La zone d'atterrissage est située à quelque 144 kilomètres de Derna, le bastion principal des groupes islamiques terroristes libyens liés à Al-Qaïda ou à ISIS, dont Ansar al-charia constitue le groupe le plus puissant et le plus violent.
Ces préparatifs de la campagne militaire ont été assignés à deux commandements opérationnels spéciaux mis en place au Pentagone et à l'US Central Command, CENTCOM, à Tampa, en Floride.
Des grandes unités terrestres, aériennes et navales  américaines seraient le fer de lance de l'assaut combiné de la coalition sur les principaux repaires libyens d'ISIS, d’Al-Qaïda, d’Ansar al-charia et d'autres organisations islamistes. Des missiles de croisière les frapperont à partir des navires de guerre US, britanniques, français et italiens en Méditerranée.
Au plus fort de l'assaut, des « Marines » US, britanniques et français débarqueront sur les côtes libyennes. Cette première opération est présentée comme le plus grand débarquement de guerre allié depuis la guerre de Corée 1952. 
Selon ce scénario, un groupe débarquera dans le golfe de Sidra (voir carte ci-dessus) pour « libérer » la ville de Syrte, une ville de 50.000 habitants, dans laquelle ISIS a implanté son centre de commandement militaire central en Libye.
Ce groupe sera ensuite divisé en deux groupes d’attaque.
-         Le premier ira vers le sud pour reprendre Tripoli et ses champs de pétrole, situés  à 370 kilomètres. Il rétablira à Tripoli l'administration centrale libyenne, qui avait été exilée à Tobrouk. Sur son chemin vers Tripoli, la force prendra le contrôle de trois villes rebelles: Misrata, Zliten et Khoms.
-         Le deuxième groupe ira vers le nord pour « libérer » la capitale libyenne de l’est, Benghazi, saisissant au passage Ras Lanouf, à 200 kilomètres à l'est de Syrte. Entre temps, une autre force « Marine » sera débarquée dans l'est de la Libye pour capturer le bastion islamiste radical de Derna, ville portuaire avec 150.000 habitants.

L'administration Obama ira donc en Libye pour la deuxième fois en quatre ans - mais cette fois en première ligne et sur le terrain - pour trois objectifs:
1. Contrôler les champs de pétrole et de gaz de la Libye.
2. Dératiser la Libye de sa peste islamiste-terroriste, qui, à partir de la Libye, terrorise l'Europe, le Maghreb, l’Égypte, et l’Afrique sahélienne.
3. Protéger la Tunisie, l'Algérie et le Maroc  de l'étau d’ISIS et d’Al-Qaïda qui les enserre. Ce scénario serait crédible si la Tunisie n’était pas déjà aux mains des alliés et des sponsors d’ISIS et d’Al-Qaïda, que sont les Frères Musulmans (Ennahdha) et le Qatar. 

Les Algériens et les Tunisiens s'y préparent

D'après algeriepatriotique.com, les autorités algériennes et tunisiennes ont convenu d’organiser des manœuvres militaires communes dans les prochains jours. Le journal, citant une source sécuritaire, précise que ces manœuvres verraient la participation des forces militaires aériennes des deux pays voisins. Ces exercices devraient notamment mettre à l’épreuve la coordination entre les armées des deux pays pour faire face à une éventuelle menace des groupes terroristes de Daech installés en force en Libye. Si ces manœuvres s’inscrivent dans le cadre de la coopération militaire entre l’Algérie et la Tunisie, la décision intervient dans un contexte régional très précis, marqué notamment par des appels persistants pour une intervention militaire imminente en Libye. Car les deux pays, partageant de vastes frontières avec la Libye, devraient s’attendre, en cas d’attaques militaires, à un flux de terroristes vers leurs territoires. C’est pourquoi, d’ailleurs, les manœuvres mixtes devraient s’effectuer au confluent des trois pays, au sud-est du pays, d’après la même source.
Le gouvernement algérien ayant toujours préconisé l’unité et la réconciliation entre Libyens comme les garantes de la paix et de la stabilité dans ce pays livré au chaos depuis le renversement de la Jamahiriya et l’assassinat de Mouammar Kadhafi par les troupes de l’OTAN en 2012.
De son côté, la Tunisie a intensifié les mesures de prévention, ces derniers à mois, avec la construction notamment d’un «système d’obstacles» qui s’étend sur près de 200 km à la frontière avec la Libye.


Le gouvernement tunisien s’est à maintes fois plein de l’infiltration de terroristes à partir du territoire libyen pour perpétrer des attentats en Tunisie. N’empêche que Tunis n’a pas acquiescé aux pressions françaises pour mener des frappes en Libye, et refuse d’y prendre part.

Hannibal GENSERIC