L'élément déclencheur :
le 20 septembre
Le tournant a été la campagne de drones menée par l'Ukraine le
jour des élections. Poutine a affirmé que plus de 1 600 drones avaient
pénétré dans la région de Moscou cette nuit-là, menant des frappes contre des
bureaux de vote, notamment une école qu'il a qualifiée de quasi-détruite. La
présidente d'une commission électorale territoriale a été tuée lorsque son
domicile a été touché. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a qualifié ce
raid d'inédit. Selon RT, deux civils ont été tués en banlieue et une raffinerie
de pétrole a été endommagée. Quoi que l'on pense des récits russes des dégâts,
l'impact politique à Moscou était évident.
Poutine : de « prêt après
les élections » à « nous y réfléchirons à deux fois »
Lors de sa conférence de presse à Saint-Pétersbourg le 25
septembre, Poutine a radicalement modifié la stratégie de négociation. Il a
énuméré une série d'escalades ukrainiennes : l'attaque du port de
Saint-Pétersbourg pendant le forum économique de juin, une campagne contre les
raffineries russes, une tentative de blocus des côtes russes de la mer Noire
qui, selon lui, a endommagé plus de 100 navires, et des attaques contre des
entrepôts commerciaux. Il a affirmé que la Russie avait riposté à chacune de
ces attaques, avec une telle efficacité que Kiev cherche désormais à obtenir
des cessez-le-feu partiels dans les secteurs de l'énergie et de l'aviation.
Poutine n'a pas perçu ces demandes comme une opportunité, mais
comme la preuve que la pression russe porte ses fruits. Son message à Kiev
était clair : aucune provocation, aucune escalade ne permettra
à Kiev d'obtenir
ce qu'elle souhaite, et elle ne fait qu'aggraver sa situation.
Puis vint le passage clé. Les propositions, dit-il, restent sur la table, mais
compte tenu de tout ce que l'Ukraine a fait, la Russie « y
réfléchira à deux fois » avant de réagir. Toute décision, y
compris celle de reprendre les négociations, sera fondée sur les intérêts de la
Russie.
Cela représente un changement notable par rapport à il y a dix
jours. Poutine n'a pas fermé la porte aux négociations, mais il a supprimé tout
engagement implicite de les reprendre après les élections et a subordonné toute
reprise à l'évaluation que la Russie fait elle-même de ce qu'elle a à y gagner.
Lavrov au Conseil de
sécurité : pas de pause « sous quelque forme que ce soit »
Lavrov a clairement exprimé sa position à New York le 23
septembre. S'exprimant lors d'une réunion du Conseil de sécurité sur l'Ukraine,
il a déclaré : « Forts de nos dures
expériences, nous ne suspendrons pas l'opération militaire spéciale pendant la
durée des négociations, quel que soit leur format. »
Il a ajouté que les pays européens souhaitaient une pause pour gagner du temps
et reconstituer les arsenaux ukrainiens, fortement réduits. Il a rejeté tout
cessez-le-feu préalable à un accord, le jugeant non sérieux, et a insisté sur
le fait que l'objectif était un règlement durable.
Le moment choisi constituait un refus catégorique. Le même jour,
l'Ukraine et 51 pays signataires publiaient une déclaration exigeant de la
Russie un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel afin que des négociations
puissent débuter. Parmi eux figuraient l'UE et ses États membres, le
Royaume-Uni, le Canada et l'Australie. Le ministre ukrainien des Affaires
étrangères, Andrii Sybiha, soulignait que 14 des 15 membres du Conseil de
sécurité avaient soutenu, sous une forme ou une autre, les propositions de
cessez-le-feu, laissant la Russie seule.
Lavrov est allé plus loin que les simples modalités du
cessez-le-feu. Il a affirmé que l'Ukraine aurait conservé ses frontières de
1991 si les Européens ne s'étaient pas « livrés à leurs manœuvres douteuses ». Ce discours présente la perte de
territoire ukrainien comme irréversible et rejette la faute sur l'Europe.
Ce n'est pas le discours d'un gouvernement qui se prépare à négocier sur les
lignes de contrôle.
Lavrov à l'Assemblée
générale : l'Europe comme ennemie
Dans son discours à l'Assemblée générale du 26 septembre, Lavrov
a désigné l'Europe comme la principale menace. Il a affirmé que l'UE se
militarisait en vue d'une guerre contre la Russie et qu'un renforcement
militaire de cette ampleur pourrait à terme mener à un conflit. Il a suggéré
que la quête de suprématie militaire de l'Allemagne pouvait être perçue comme
une tentative de créer un « Quatrième Reich
». Lors de sa conférence de presse ultérieure, il a soutenu qu'un renforcement
militaire européen devait nécessairement être utilisé à terme, « car nous
n'avons pas l'intention » d'attaquer. Il a qualifié les préparatifs de guerre
européens de possible « prophétie autoréalisatrice ». [NdT. Une prophétie autoréalisatrice est une prédiction
qui se réalise elle-même simplement parce qu'elle a été formulée, car elle
modifie le comportement des personnes pour la rendre vraie].
L'effet est d'exclure l'Europe de toute négociation.
Lavrov a déclaré aux Européens que ce sont eux qui préparent la
guerre, que leurs appels au cessez-le-feu servent à réarmer l'Ukraine et qu'ils
ont anéanti toute possibilité de règlement sur les frontières ukrainiennes de
1991. Moscou ne considère
désormais que les États-Unis comme un interlocuteur légitime.
Même le canal américain n'a rien produit
Après sa rencontre avec Lavrov à New York, le secrétaire d'État
Marco Rubio a déclaré que la Russie et l'Ukraine avaient manifesté leur intérêt
pour un cessez-le-feu limité concernant les infrastructures énergétiques et le
transport de céréales, tout en reconnaissant qu'un accord serait difficile à
conclure. Le ministère russe des Affaires étrangères n'a confirmé aucun accord,
et le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué qu'aucune condition
n'était actuellement réunie pour s'engager sur la voie de la paix, même si la
Russie restait ouverte au dialogue.
L'évaluation que Poutine faisait des relations avec les
États-Unis était glaciale. Il s'est félicité des entretiens entre Trump et Xi à
Washington, mais a déclaré que les relations de la Russie avec les États-Unis
étaient quasiment inexistantes, contrastant avec les 240 milliards de dollars
d'échanges commerciaux annuels avec la Chine.
Pression en mer, dans
l'air et sur le sol
Ce durcissement diplomatique s'accompagne d'une pression
militaire accrue sur trois fronts simultanément. Moscou n'attend pas de négociations.
Elle profite de cette période pour faire payer à l'Ukraine le prix d'un refus
de ses conditions.
En mer, la Russie a rétabli un blocus de facto des ports
ukrainiens de la mer Noire. Contrairement à 2022, elle n'a pas déployé de
navires de guerre au large des côtes ukrainiennes et a préféré recourir à des
missiles et des drones contre les ports et les navires marchands. Après les
frappes de la mi-juillet, notamment le naufrage du vraquier Golden Leo, les
armateurs et les assureurs ont renoncé à leurs opérations, et le trafic
maritime à Odessa, Chornomorsk et Pivdennyi s'est effondré. Le 12 septembre, la
Russie a bombardé la région d'Odessa avec des missiles de croisière, des
missiles balistiques et 129 drones, et a affirmé avoir touché deux cargos à
Chornomorsk, les accusant de transporter des armes. Le ministre ukrainien des
Affaires étrangères par intérim a accusé Moscou de vouloir transformer la mer
Noire en un « second détroit d'Ormuz ». À Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a
inscrit la levée du blocus parmi les concessions exigées par Kiev et a
clairement indiqué qu'il n'était pas pressé de l'accorder.
Dans les airs, la Russie a intensifié ses frappes sur Kiev et
d'autres grandes villes, ciblant les transports, la
production, l'énergie, l'eau et les communications.
Le 23 septembre, jour de l'intervention de Lavrov au Conseil de sécurité, des
heures d'attaques de drones sur Kiev ont touché les infrastructures
ferroviaires, des entrepôts et des stations-service, faisant au moins deux
morts et plus de 30 blessés. Zelensky a déclaré que la Russie avait utilisé un
grand nombre de drones, y compris des modèles à réaction plus rapides. Les
frappes ont également touché les réseaux d'électricité, d'eau et d'internet,
interrompant partiellement la distribution d'eau sur la rive gauche de Kiev.
Plus tôt en septembre, la Russie a mené six nuits consécutives de frappes sur
Kiev et le sud et l'est de l'Ukraine. À l'approche de l'hiver, le réseau
électrique devient un enjeu majeur. Zelensky a proposé une trêve sur les
infrastructures énergétiques à Trump à l'ONU ; Moscou ne l'a pas acceptée.
Sur le terrain, les forces russes attaquent tout le long de la
ligne de contact et progressent tandis que l'Ukraine recule. L'état-major
ukrainien a recensé 277 engagements le 24 septembre, des secteurs de Sloviansk
et Kramatorsk, au nord de Donetsk, jusqu'à Huliaipole, au sud, les assauts les
plus intenses ayant eu lieu autour de Kostiantynivka et Pokrovsk. Les forces
russes ont pris Shirokoe et Shevchenkovo, dans la région de Kharkiv, ainsi que
Novoandreevka, dans la région de Zaporijia, le 14 septembre, et Olkhovatka,
également dans la région de Kharkiv, le lendemain, encerclée par l'Ukraine.
Chaque jour d'impasse diplomatique accroît la pression.
En résumé
Prises dans leur ensemble, les déclarations des dix derniers
jours dressent le portrait d'une position russe plus dure :
- Les pourparlers ne
reprendront que selon le calendrier de Moscou et en fonction de son propre
jugement quant à ses intérêts, et non comme suite aux promesses des élections.
- Aucun cessez-le-feu
d'aucune sorte pendant les négociations, y compris le cessez-le-feu
inconditionnel soutenu par plus de 50 pays.
- Les demandes de trêve
partielle formulées par l'Ukraine sont perçues comme la preuve que la
pression russe porte ses fruits, et non comme des opportunités.
- L'Europe est présentée
comme l'agresseur, exclue du partenariat et tenue responsable de la perte
du territoire ukrainien.
- La pression militaire
s'accroît sur tous les axes : blocus de facto des ports ukrainiens,
intensification des frappes sur les infrastructures de Kiev et assauts sur
l'ensemble du front.
La direction est claire. Mi-septembre, Moscou évoquait la date
de reprise des négociations. Le 26 septembre, la question était de savoir si
ces négociations étaient encore souhaitables et, le cas échéant, à quelles
conditions.
Pour négocier il faut être au moins DEUX.......! Or Zelensky DONC la CITY n'en veut pas d'une quelconque négociation avec la russie dans la situation du rapport actuel de force l .Ce n'est pas dit ainsi MAIS dans les faits, c'est le cas ! Même Trump n'arrive pas à infléchir la position jusqu’au-boutiste de cette CITY....: Cette guerre va se poursuivre, ce que Poutine ou Lavrov pensent ou disent ne pèsent plus dans la balance. En résumé sommaire: L'Ukraine ne veut pas lâcher le Donbass et la Crimée, tandis que Moscou ne veut pas non plus lâcher, SANS le Donbass et la Crimée!
RépondreSupprimerPoint de vue partagé.
SupprimerOn doit aussi nommer clairement QUI est "la City" de Londres.
SupprimerLa clique des Rothschild, Rockefeller, et autres banquiers de la finance dite internationale, faux juifs, vrais esclavagistes.
Le Donbass élargi, la Crimée bien sûr, et peut-être d'autres territoires j'espère pour la Russie.
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