jeudi 3 mars 2016

Irak. Le barrage de Mossoul pourrait faire un demi million de morts


Construit sur un sol qui s’érode, le plus grand barrage d’Irak menace de rompre. La catastrophe pourrait faire un demi-million de victimes. L'ambassade des États-Unis à Bagdad s’apprête à évacuer ses locaux en cas de rupture du barrage de Mossoul. Elle conseille aux habitants de cette ville et à ceux de Tikrit de déménager à 5 ou 6 km des rives du Tigre, et à 16 km à ceux de Samarra .
L’effondrement du barrage de Mossoul en Irak pourrait faire 500 000 morts


Une vague de plus de 50 mètres de haut pourrait inonder le fleuve Tigre et engloutir la région de Mossoul faisant un demi million de morts et un million de sans abris : le barrage de Mossoul menace de s’effondrer selon l’US Army Corps of Engineers. Nommé « Barrage Saddam » à l’origine, il est situé à 40 km de la ville.
Construit sur une terre d’argile, gypse et calcaire qui s'érode au contact de l’eau, il a commencé à suinter dès sa mise en service en 1986. Depuis 2007, il est considéré comme le plus dangereux au monde et fait l’objet de renforts quotidiens : environ 100 000 tonnes de ciment ont été injectées dans la structure afin d'éviter son effondrement.
Mais Daech en a brièvement pris le contrôle pendant l’été 2014 et pendant 6 semaines les coulées de ciment ont été interrompues. Ensuite, des querelles politiques et des ennuis financiers ont compliqué les travaux de renforcement. Le barrage a encore été fragilisé lorsque le gouvernement irakien a décidé de couper l’approvisionnement en électricité de Mossoul contrôlé par Daech, comme le rapporte Loveday Morris du Washington Post. Bloquer l’écoulement a fait monter le niveau de l’eau et a augmenté la pression.
Le barrage mesure 113 m de haut sur 3,4 km de large et retient 12 milliards de mètres cube d’eau. Un rapport de l’US Army Corps of Engineers rendu public cette semaine identifie de graves problèmes dans la structure et considère que son effondrement est presque inéluctable. Les pluies au printemps et la fonte des neiges pourraient provoquer la catastrophe. Si le barrage lâche, Mossoul serait inondée par 12 à 19 m d’eau, puis ce sera le tour de Tikrit avant que le torrent n’emporte un autre barrage à Samarra. Bagdad serait inondée à son tour dans les 48 heures par 4 m d’eau. 

Mais le gouvernement al-Abadi doit faire face à un triple défi. Économique tout d'abord, avec la réduction des budgets. Défi militaire, avec les combats récurrents contre l’État islamique qui contrôle toujours une partie de la zone. Politique, enfin, avec la ligne dure des Chiites qui sont prompts à estimer que les propositions américaines sont une conspiration pour augmenter l'influence "yankee" et occidentale en général en Irak.
Le barrage de Mossoul, qui a été achevé en 1984 par un consortium allemand et italien et qui se situe environ à 40 kilomètres en amont de la ville de Mossoul, a longtemps été un cauchemar en termes de maintenance.
L'administration Obama a exclu la possibilité d'entreprendre le projet de réparation qui serait trop coûteux, mais elle a cherché à défrayer les Irakiens d'une partie du coût en exhortant la Banque mondiale d'accepter d'octroyer à l'Irak un prêt de 1,2 milliard $, dont 200 millions $ serait investis dans les réparations du barrage de Mossoul.
Les entreprises internationales ont déjà été informées par des responsables américains qu'elles auraient besoin de négocier directement avec les Irakiens et qu'elles seraient responsables de leur propre sécurité.
Selon le magazine américain Mother Jones, il n’y aurait que 30 personnes pour assurer la maintenance du barrage, alors qu’elles étaient 300 auparavant, travaillant en trois équipes 24h sur 24.
Que se passera-t-il en avril lorsque le niveau du lac de retenue passera, avec la fonte de neiges sur les montagnes du Kurdistan, de 308 m à 330 m ? Les portes géantes qui pourraient soulager l’édifice de la pression de l’eau sont coincées, les vannes inférieures aussi. Les pièces de certaines machines ont été volées.
Aucun plan d’évacuation n’a encore été prévu.
Hannibal GENSERIC