jeudi 28 décembre 2017

La mutation syrienne de la puissance russe

Quelles que soient les conditions à venir en Syrie, les possibilités de l’établissement d’une véritable paix, les risques de redémarrages d’hostilités intensives, une phase s’est achevée à la mi-décembre avec un retrait partiel des forces russes suivant une campagne aéro-terrestre commencée en septembre 2015 (avec l’accent sur la dimension aérienne), avec l’installation d’une structure générale de coordination avec les autres forces alliées (syrienne, iranienne et Hezbollah), d’une structure de contrôle électronique de l’espace aérien, avec un effort considérable de formation et d’impulsion de ces mêmes forces alliées jusqu’à leur transformation radicale, et tout cela avec des effectifs très réduits mais extrêmement souples et d’un rythme d’emploi phénoménal.

 
Cette campagne se traduit par « une victoire russe en Syrie [constituant] un des grands évènements de ce siècle et, probablement, le seul exemple d’une campagne opérationnelle militaire réussie dans une si courte période de temps avec des résultats extrêmement positifs et leur prolongement politique, ouvrant la voie à un processus de négociation»
Ce jugement de l’expert militaire russe Andrei Akoulov définit une longue analyse, extrêmement détaillée du point de vue technique et opérationnel de l’engagement russe. Les matériels et leurs emplois sont examinés précisément, ainsi que les résultats obtenus, les pertes subies (extrêmement faibles), le rythme des opérations, le moral, l’allant et l’initiative des forces, etc. Akoulov met l’accent sur l’aspect le moins quantifiable et le moins spectaculaire, mais sans doute le plus important et le plus profond : une formidable expérience opérationnelle acquise par les forces russe, qui devrait transcender l’effort de modernisation et de restructuration des armées russes en général, en inscrivant en termes opérationnels intégrés les effets de cette campagne sur la cohésion et l’efficacité de l’armée russe en général.
Il est manifeste qu’Akoulov estime que l’armée russe a acquis une formidable capacité de projection de force qu’il estime in fine, en termes qualitatifs, en termes de rapidité, de capacité et de précision d’action, comme sans équivalent dans le monde. On est assez aisément convaincu par le dossier qu’il présente, notamment grâce à la minutie de la description qui correspond aux opérations comme nous les avons suivies en temps réel. Cette description pourrait être décrite comme “de la propagande”, mais le caractère étonnant de la “propagande russe” dans ce cas comme dans beaucoup d’autres présente, à cause de la narrative et du simulacre animés par une sottise sans bornes qui règnent en face, le caractère inédit d’énoncer des vérités-de-situation : la “propagande” se réalise sans douleur par l’énoncé des vérités vérifiables par ceux qui échappent au déterminisme-narrativiste, tant ces vérités sont dommageables au bloc-BAO… Ou la “propagande” par la vérité.
Avec la Syrie, suivant la démonstration préliminaire de la Crimée-2014, l’armée russe a complètement transformé et renversé les caractères de l’énorme Armée Rouge du temps de l’Union Soviétique de la guerre froide, qui se caractérisait par le nombre jusqu’à la pléthore, la lourdeur bureaucratique, le gaspillage, l’absence d’initiative et le moral très bas, la lenteur qui va avec tout cela, etc. Ces tares sont désormais réservées aux forces armées des USA, surchargées de technologies inutiles et souvent contre-productives du fait de leur complexité, soumises à des contraintes bureaucratiques sinon idéologiques et sociétales, subverties par des pratiques douteuses avec des auxiliaires tels que des mercenaires, des bandes du crime organisée, des “alliés” de type djihadistes et autres accouchées par les “coups tordues” de la CIA.

Texte d’Akoulov de Strategic-Culture.org, repris sur Russia Insider le 22 décembre 2017.
dde.org

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