Trump s'est ridiculisé, ainsi que les États-Unis, avec son discours de mardi à l'Assemblée générale de l'ONU. Son attitude grandiloquente et belliqueuse est à la fois lassante et puérile. Il continue de tirer profit des marchés boursiers et pétroliers en promettant vaguement une possible reprise des négociations avec l'Iran. Or, il a apparemment autorisé une augmentation considérable du nombre de ravitailleurs KC-135 stationnés sur la base aérienne d'Al-Udeid au Qatar. Ce sont des cibles de choix pour une frappe iranienne.
Grâce à la connexion internet à bord, je peux me concentrer sur
une nouvelle vidéo de Kevin Wamsley d' Inside China Business
, qui complète parfaitement mon article de lundi sur le diesel. Kevin reprend
les analyses actuelles sur les solutions à la crise des carburants de cette
année – qui se concentrent sur l'arrêt des flux de pétrole brut hors du Golfe
suite à la fermeture du détroit d'Ormuz, et sur les raffineries en feu en Russie
et au Moyen-Orient – et y ajoute un troisième facteur important, quasiment passé sous silence par la
presse occidentale :
la pénurie
mondiale de navires transportant le pétrole. Quand on ne peut pas transporter un seul baril, peu
importe la quantité
disponible. Et cette pénurie de pétroliers se répercute directement sur le prix
du diesel, du kérosène et – chose surprenante – du pétrole brut léger.
Commençons par l'analyse globale de Wamsley, car elle explique
pourquoi il avait anticipé cette situation. Son argument principal est qu'une
décennie d'investissements dans les Nouvelles Routes de la Soie – oléoducs,
terminaux, raffineries, participations portuaires – a doté la Chine d'un réseau
d'approvisionnement qui ne dépend pas du transport maritime de pétrole en haute
mer, contrairement à l'Occident. Tandis que les acheteurs occidentaux se
disputent les cargaisons et paient pour les acheminer à l'autre bout du monde,
la Chine importe du pétrole brut par oléoduc depuis la Russie et l'Asie
centrale et dispose d'excédents. Si l'on considère la pénurie de pétroliers
sous cet angle, elle cesse d'apparaître comme un simple phénomène de marché
passager. Elle apparaît plutôt comme la conséquence directe de la vulnérabilité
spécifique de l'Occident, enfin prise en compte par les marchés.
Des voyages plus longs,
et non une pénurie de navires
Voici le paradoxe : le monde n’a pas perdu beaucoup de
pétroliers. Ce qu’il a perdu, c’est la disponibilité
des pétroliers – et la différence est capitale.
Le transport de
pétrole se mesure en tonnes-milles : le volume de barils multiplié par la
distance parcourue. Les guerres n’ont pas réduit la flotte ; elles ont au
contraire allongé chaque voyage. Les pétroliers transportant du brut via le
détroit d’Ormuz passent désormais plusieurs jours à transborder leur cargaison
au large d’Oman. D’autres parcourent des milliers de kilomètres autour de
l’Afrique pour se ravitailler en Méditerranée. Les raffineries asiatiques,
privées de pétrole du Golfe, se sont tournées jusqu’aux Amériques pour
s’approvisionner – les trajets les plus longs qui soient. Et une vaste flotte
parallèle est mobilisée pour transporter du brut russe et iranien sous
sanctions vers l’Inde et la Chine, empruntant des routes lentes et détournées.
Chaque détour immobilise un navire plus longtemps en mer, le rendant
indisponible pour tous les autres. La flotte reste de la même taille. Le nombre
de navires disponibles à la location a considérablement diminué.
Le signal sur les prix est alarmant. Sur la route de référence du
secteur, les très grands pétroliers transportant deux millions de barils de
pétrole du golfe Persique vers la Chine engrangent plus de 1,2 million de
dollars par jour. La capitalisation boursière des plus grandes compagnies de
transport maritime a atteint un niveau record, avoisinant les 70 milliards de
dollars. L'économiste en chef de Trafigura l'a clairement exprimé lors d'un
forum Bloomberg : le transport du pétrole n'a jamais
été aussi coûteux. Dans certaines régions, selon les courtiers, il ne reste pratiquement
plus aucun navire disponible à l'affrètement.
Lorsque les barils lourds et acides du Golfe du Mexique ont
disparu, les raffineurs se sont tournés vers des substituts, notamment des
pétroles légers et doux : le WTI américain, le pré-salé brésilien, le
pétrole de la mer du Nord et celui d’Afrique de l’Ouest. Mais ces barils sont
situés loin des raffineries asiatiques et européennes qui en ont besoin, ce qui
signifie qu’ils ne sont compétitifs que si quelqu’un prend en charge les frais
de transport sur de très longues distances. Or, le fret, qui représentait
historiquement une part négligeable du coût de livraison d’un baril, ne l’est
plus. Comme le soulignent les analystes de Vortexa, le transport maritime
absorbe désormais une part bien plus importante de la valeur d’une cargaison
qu’auparavant, et cela se répercute directement sur les acheteurs finaux.
Deux conséquences en découlent. Premièrement, les transports
maritimes de pétrole brut léger les plus onéreux deviennent non
rentables : une raffinerie n’achètera pas de cargaison lointaine si les
frais de transport annulent sa marge sur le carburant produit, même en période
de forte demande de diesel. L’article de Bloomberg est sans équivoque : certains transports de
pétrole brut longue distance ne sont tout simplement plus rentables.
Deuxièmement, les raffineurs réagissent en surenchérissant sur le pétrole brut
léger disponible à
proximité , ce qui fait grimper les prix régionaux des qualités
accessibles. On perçoit le désespoir dans les solutions de contournement mises
en place : les raffineries asiatiques affrètent des navires Aframax plus
petits au lieu de VLCC pour importer du pétrole brut américain, et les
cargaisons transatlantiques sont désormais réparties entre deux Suezmax là où
un seul superpétrolier suffisait auparavant. Chacune de ces substitutions
consomme davantage de navires par baril, ce qui accentue la tension sur le
marché des pétroliers. Ce cercle vicieux s’auto-alimente.
Prix à la la pompe et à la vanne
De là, le chemin vers le diesel et le kérosène est court. Chaque
dollar supplémentaire de fret pour une cargaison de pétrole brut se traduit par
un dollar supplémentaire sur le coût des produits raffinés. Or, les pétroliers
transportant du diesel et du kérosène finis sont pris au piège du même système
de tarification en tonnes-milles : le transport du carburant vers les
marchés en pénurie coûte donc plus cher. Pire encore, les raffineries, acculées
à des difficultés croissantes, transforment désormais le fioul lourd qui alimente
les navires en diesel et kérosène, plus rentables. Résultat : le carburant
de soute utilisé pour faire fonctionner la flotte de pétroliers vient à
manquer, ce qui fait encore grimper les tarifs de transport. C’est un cercle
vicieux : transporter du carburant coûte plus cher.
Les chiffres sont déjà à des niveaux records.
Aux États-Unis, le prix du diesel à la pompe avoisine les 6,45 dollars le
gallon ; les contrats à terme sur le diesel en Europe frôlent les 200
dollars le baril ; le « diesel crack » américain – la prime du
diesel par rapport au pétrole brut – a atteint un sommet historique de 118,62
dollars le baril le 14 septembre. L’EIA prévoit désormais que les stocks
américains de distillats resteront inférieurs à leur plus bas niveau en cinq ans
pendant la majeure partie de 2027. Cette situation n’est pas uniquement due à
la pénurie de pétroliers. Mais cette pénurie, qui s’ajoute à la perte de
pétrole brut et à la baisse de l’activité de raffinage, aggrave
considérablement la situation et explique pourquoi un marché tendu se
transforme en un marché dysfonctionnel.
Le seul acheteur qui a
réussi à sortir du piège : la Chine
Revenons à l'analyse de Wamsley pour conclure, car elle dresse
un constat troublant. Le trafic de pétroliers à destination de la Chine via le
détroit d'Ormuz a chuté à presque zéro, et pourtant, la Chine – premier
importateur mondial de pétrole brut – n'est pas en train de paniquer. Elle
achemine une grande partie de son approvisionnement par des oléoducs
inaccessibles aux pétroliers, et en août, elle a même porté ses exportations de
carburants raffinés au-dessus des niveaux d'avant-guerre, les exportations de
kérosène atteignant un record historique. Le pays que tous
prédisaient paralysé par une fermeture des frontières du Golfe exporte au contraire
du carburant en situation de pénurie, de son propre chef et selon ses propres
conditions.
Voilà la situation. La crise énergétique
mondiale repose sur trois piliers, et non deux : le pétrole brut bloqué
dans le Golfe, les raffineries à l’arrêt et les navires incapables d’atteindre
leurs destinations à un prix abordable. L’Occident est
vulnérable sur ces trois fronts car il transporte son énergie par voie
maritime. La Chine, qui a consacré une décennie à la construction d’oléoducs
plutôt qu’à l’affrètement de navires, n’est pratiquement pas concernée. Le marché du fret ne se contente
pas de réévaluer le prix du pétrole ; il réévalue une stratégie.
Le MONDE se fiche éperdument de ce qu'il se passe ou pas aux USA ! Trump par ci par là......Ce serait LUI le MICHOU comme dans certains films américains......DANS LE MONDE RÉEL quand les "démocrates" reviendront au pouvoir ils feront pire comme à leur habitude. Et certains sinon les mêmes qui tirent sur Trump en ce moment, vont venir nous dire que finalement il a été plus mesuré dans ses guerres. Déjà TOUJOURS les mêmes encore trouvent des "qualités" à Clinton....Bush...Obama et même Biden......C' dire !
RépondreSupprimerLe marché du pétrole est RATIONNEL car subordonné aux PRIX et accessibilités........C' tout ! SAUF quand les USA décident de "punir" un producteur, dont l'Iran et accessoirement la russie. ** LA CHINE se sait ELLE... vulnérable pour ses importations de Russie par oléoducs et gazoducs, tout le monde a encore en tête la rupture "martienne" de North Stream.....Or la Sibérie est vaste.....
RépondreSupprimer