Les critiques constructives de la politique étrangère russe sont exceptionnellement rares en Russie, surtout parmi les experts comme Toloraya, qui sont les plus grands spécialistes dans leur domaine.
Il a décrit la séquence comme suit : « 1. Protestations diplomatiques ; 2.
Nouvelles sanctions ; 3. Intensification des reconnaissances autour des
Kouriles ; 4. Exercices militaires japonais à Hokkaido ; 5. Exercices
conjoints américano-japonais ; 6. Renforcement de la présence navale
américaine ; 7. Déploiement de nouveaux missiles japonais à longue
portée ; 8. Déploiement temporaire de systèmes de frappe américains ;
9. Présence permanente de missiles américains. Tensions sécuritaires en Asie du
Nord-Est », son dernier point laissant
entendre une possible nucléarisation du Japon.
Ce spécialiste reconnu de la « stratégie russe en Asie » concluait que, « du point de vue de la politique russe
dans la région Asie-Pacifique dans son ensemble, l’ancien modèle “multipolaire”
– dans lequel la Russie avait la possibilité de “contrebalancer” sa dépendance
à l’égard de la Chine par des relations avec d’autres centres de puissance,
tels que le Japon et la République de Corée – est désormais définitivement
obsolète ». Toloraya prédisait ensuite que cela pourrait accélérer la formation
de blocs américano-japonais-sud-coréen et russo-chinois- nord-coréen .
Ses derniers mots furent : « Ayant gagné en poids stratégique dans la région Asie-Pacifique, la
Russie risque de perdre du terrain en matière de marge de manœuvre
diplomatique. Au stade actuel du conflit mondial, un tel compromis semblerait
justifié, mais la diplomatie asiatique a pour habitude de raisonner sur le long
terme. Il est essentiel d'éviter de donner l'impression que les options de la
Russie se réduisent et de continuer à affirmer sa réputation de partenaire
fiable et prévisible sur le long terme. »
Les critiques constructives de la politique étrangère russe sont
exceptionnellement rares en Russie, surtout parmi les experts comme Toloraya,
qui font figure de référence dans leur domaine. On peut interpréter son analyse
comme une déception quant au voyage de Poutine à Iturup, compte tenu des
conséquences stratégiques majeures qu'il entrevoit. Malgré tout le respect que
l'on lui doit, son analyse n'exclut pas la possibilité que Poutine considère
ces processus comme inévitables, ce qui est plausible au vu des projets
américains en Asie.
On peut résumer cela par l'intention de construire un réseau militaire
similaire à l'OTAN, que l'on pourrait qualifier d' AUKUS+ , dont les lecteurs trouveront
plus de détails dans l'analyse ci-dessus (lien hypertexte). Cette initiative
s'appuie sur les propos tenus début août par le sous-secrétaire à la Guerre
chargé des politiques, Elbridge Colby, avant le voyage de Poutine. Il est donc
possible que Poutine ait décidé de se rendre à Iturup dans le cadre de son
déplacement prévu en Extrême-Orient russe afin de montrer qu'il est au courant
des intentions des États-Unis et qu'il y répond de manière préventive.
6 septembre 2026
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