samedi 28 août 2021

AUJOURD'HUI, samedi 28 août 2021, cela fait 1591 ans que Saint Augustin d'Hippone est mort

L’homme occidental est sans aucun doute un « augustinien » sans le savoir. En en effet, le rayonnement secret d’Augustin dans la pensée contemporaine est manifeste pour qui veut bien le voir. Il n’est pas de domaine du savoir qui ne porte son empreinte. Plus encore : Augustin ne peut-il pas aider chacun de nous à devenir plus humain et à favoriser le dialogue des cultures dont nous avons besoin ?
L’empreinte qu’a léguée Augustin d’Hippone à l’humanité est traduite de par le monde. Mieux que ça ! L’œuvre est d’actualité et est sujette à des recherches au niveau d’institutions d’enseignement scientifique et religieuses des 5 continents. À ce titre, on en inventorie bon an, mal an, la publication de plus de 500 ouvrages et articles dans les principales langues en usage de par le monde autour de saint Augustin.  De la sorte, le mieux est de feuilleter la trajectoire de saint Augustin pour évaluer la dimension de
cet enfant de la Numidie .
 

Saint Augustin est le seul Père de l'Église dont les œuvres et la doctrine aient donné naissance à un système de pensée : l'augustinisme. Son influence est marquée à travers les âges, depuis Paul Orose jusqu'à Paul Ricoeur, en passant par Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin, Luther, Calvin, Pascal, Adolf von Harnack, Hannah Arendt... Elle fut immense sur toute l'histoire de l'Église en Occident : l'augustinisme imprégna en effet toute la réflexion philosophique et théologique médiévale, puis alimenta les débats lors de la Réforme protestante, puis encore le jansénisme. Les débats suscités par l'interprétation de l'augustinisme ont largement contribué aux conceptions modernes de la liberté et de la nature humaine.

Carte de la Numidie unifiée | Histoire des Berbères 

Saint Augustin
par Serge Lancel
Né à Thagaste le 13 novembre 354 – Mort à Hippone, le 28 août 430
Aurelius Augustinus naît le 13 novembre 354 à Thagaste (Aujourd’hui Souk-Ahras Algérie), au cœur de cette Numidie qui avait d’abord prospéré sous des rois – Syphax, Massinissa – avant de s’épanouir dans le cadre d’une romanisation réussie. Le phare en avait été, deux siècles auparavant, un voisin, Apulée de Madaure . D’une famille de bourgeoisie modeste, où le père est encore païen alors que la mère, Monique, est une pieuse chrétienne, le jeune Augustin est remarqué par un mécène local, qui finance ses études supérieures à Carthage : des études littéraires brillantes, avec mieux qu’un soupçon de philosophie, un cursus fait pour mener un jeune homme bien doué à la carrière de professeur de rhétorique, en un temps où la parfaite maîtrise du bien parler permettait encore de hautes espérances. De fait, Augustin est à vingt ans titulaire d’une chaire à Carthage, avant d’aller chercher fortune à Rome, puis à Milan, alors la capitale de l’Empire d’Occident. Au -printemps 386, dans sa trente-deuxième année, il est au seuil d’une réussite à laquelle il aspire encore : un beau mariage, bientôt sans doute un poste dans la haute administration impériale. Mais l’écoute d’Ambroise, l’évêque de la ville, la lecture de saint Paul, la contagion aussi de quelques exemples inclinent cette destinée en un tout autre sens. Au mois d’août 386, dans un jardin de Milan, une voix divine prend les accents de celle d’un enfant pour inciter Augustin à trouver dans un verset de saint Paul le chemin de la « vie parfaite ».
La renonciation à toute ambition temporelle et l’engagement dans une vie de continence concrétisent cette conversion avant même le baptême, reçu des mains d’Ambroise au printemps suivant. L’intellectuel chrétien qu’est devenu Augustin solde son passé dans ses premiers Dialogues et dans les Soliloques. Désireux de vivre désormais une existence de type cénobitique, il retourne en Afrique, chez lui, à Thagaste, où il commence à jeter les bases à la fois d’une anthropologie et d’une doctrine du christianisme, avec des livres comme le Traité du libre arbitre et le texte Sur la vraie religion.
Mais le cours de cette destinée s’infléchit encore une fois. Le fils tant aimé meurt à 18 ans. Augustin se rend à Hippone (Aujourd’hui Annaba) pour y fonder un monastère. Mais dans l’église de la ville, reconnu, entouré, il est ordonné prêtre séance tenante, à son corps défendant. Quatre ans plus tard, en 395, il sera nommé évêque-coadjuteur, bientôt titulaire du siège. Une autre vie commence, où l’on ne s’appartient plus. L’admirable est que les contraintes du service pastoral – les offices, bien souvent la prédication –, de l’assistance juridique et sociale aux fidèles, de la présence aux conciles, celles aussi, constamment présentes durant les vingt premières années de l’épiscopat, des luttes menées contre les manichéens puis contre les donatistes, n’aient pas fait obstacle à l’élaboration d’une œuvre immense, le plus souvent dictée par l’évêque entouré de ses secrétaires dans le silence de la nuit. Les Confessions, livre immortel, seront ainsi élaborées en l’espace de deux ou trois ans ; la rédaction de la Cité de Dieu s’échelonnera sur une quinzaine d’années, du lendemain de la prise de Rome par Alaric à l’année 425 ; celle du Traité sur la Trinité l’occupera plus longtemps encore. Outre ces œuvres mûrement méditées – il faut y ajouter le Commentaire sur la Genèse, les livres Sur la nature et l’origine de l’âme –, les ouvrages de circonstances, écrits à la faveur des débats menés contre les donatistes, contre les ariens, contre les pélagiens, amèneront Augustin à aborder tous les problèmes – sur le temps de l’Histoire, sur l’âme humaine, sur Dieu, sur la liberté de l’homme et sur la grâce – que l’Antiquité finissante se posait, et à leur donner des réponses qui seront son legs au Moyen-Âge occidental.
« Nul dans l’Occident chrétien, disait Henri-Irénée Marrou, n’a plus qu’Augustin mis d’idées en circulation ». Mais il traduisait déjà ce sentiment, celui qui sans nommer le modèle identifiait ainsi le portrait peint à fresque au VIe siècle au Palais du Latran, à Rome : « Les Pères de l’Église ont dit les uns ceci, d’autres cela ; mais celui-ci a tout dit dans le langage des Romains, dévoilant de sa grande voix les sens mystiques de l’Écriture ». Miraculeusement transférée des murs de l’Hippone vandale dans ceux de la bibliothèque apostolique, l’œuvre augustinienne allait traverser les siècles, résister à l’épreuve des filtres et des tamis de la scolastique médiévale, inspirer des esprits aussi divers que ceux de Thomas d’Aquin, saint Bonaventure, Duns Scot, Luther et Érasme, et nourrir en notre temps la réflexion de philosophes comme Hanna Arendt et Paul Ricœur. Mais c’est l’Âge classique français, notre XVIIe siècle, de Descartes à Pascal, et à travers la grande et douloureuse querelle du Jansénisme, qui est tout particulièrement redevable au génie de saint Augustin. Cette dette justifie à elle seule que le 1650e [texte écrit en 2004] anniversaire de la naissance de l’enfant de Thagaste, de l’évêque d’Hippone, soit commémoré dans nos célébrations nationales.
Par Serge Lancel
Membre de l'Institut
Source : Recueil des commémorations 2004

Saint Augustin, un authentique numide
De son périple qui le mena de Thagaste à l’antique M’daourouche (Madaure), puis à Carthage, Augustin téta au jour de sa nativité l’élocution latine, cette clef de savoir ou la grâce qui l’a élevé à la culture gréco-romaine de son époque.
D’où le contraste de l’époque, où les villageois aux alentours de Thagaste et au diocèse d’Hippone ne s’exprimaient qu’en punique. Si Augustin s’était davantage intéressé au punique ou au libyque, peut-être qu’il aurait pu faire comme les Slaves, Cyrille et Méthode, et donner ainsi à l’Afrique du Nord une bible ou une prière en punique ou en libyque.
Élève de Maxime à Madaure qui lui enseigna le latin, il retrouve son vieux maître après sa conversion de Milan. 

Madauros - Wikipedia

A Madaure, ville d'Apulée, les symboles sont éloquents: la forteresse byzantine a été construite sur le forum et le théâtre, après l'arrivée des Vandales et quand surgirent les Arabes. C'est là que l'héroïne berbère, la Kahena livra le dernier combat de résistance contre cette invasion en 698.

Né vers 125 ap. J.-C. à Madaure, Apulée se dit « demi-Numide et demi-Gétule ». Philosophe medio-platonicien, il étudie l’éloquence et utilise la fortune laissée par son père qui exerçait la fonction de duumvir (magistrat) pour voyager et s’instruire, de Carthage à Athènes en passant par Rome, Samos et Oea.

Son œuvre la plus célèbre demeure les Métamorphoses, aussi connue sous le nom de L’âne d’or. Récit de onze livres, il s’agit d’un des précurseurs du roman picaresque et le seul roman latin qui subsiste dans son intégralité.

Je vais, dans cette prose milésienne te conter toute une série d’histoires variées et flatter ton oreille bienveillante d’un murmure caressant – pourvu que tu daignes jeter les yeux sur ce papyrus égyptien, que la pointe du roseau du Nil a couvert d’écriture – et tu t’émerveilleras en voyant des êtres humains changer de nature et de condition pour prendre une autre forme, puis par un mouvement inverse se transformer à nouveau en eux-mêmes.

L’œuvre d’Apulée présente la particularité d’offrir un tableau des relations complexes entre les cultures à travers la figure d’un personnage voyageant de la Grèce à Rome et achevant son aventure en tant que prêtre d’une divinité égyptienne.

Le parcours d’Apulée est aussi marqué par la construction d’une identité plurielle. Rhéteur s’exprimant aussi bien en latin qu’en grec, Saint Augustin dit de lui : « Chez nous, Africains, Apulée, en sa qualité d’Africain, est le plus populaire ».
 
VOIR AUSSI :
Hannibal GENSERIC

10 commentaires:

  1. Beau rappel pour ce maître Hannibal. Un lien sur son meilleur livre :
    https://resources.warburg.sas.ac.uk/pdf/bch5895b3258438.pdf

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  2. Les confessions ici : https://psychaanalyse.com/pdf/philosophe_saint_Augustin_les%20confessions.pdf

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  3. Malheureusement pour l'Afrique lybique, l'Islam et les Turcs l'a rendue ignarde, servile et sans mémoire.

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    1. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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    2. Zebulon si tu semble vouloir avoir la "connaissance" modele tes propos

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  4. Saint Augustin contre les spectacles (extrait de mon livre sur Cassien et la sagesse chrétienne); On a cité ici Chrysostome, mais on se répètera :

    « Et il reprend la même argumentation de l'amollissement par le spectacle dans une autre homélie :
    " Ne voyez-vous pas que ceux qui reviennent du théâtre sont amollis? Cela vient de ce qu'ils font une grande attention à ce qui s'y passe: ils sortent delà après avoir gravé dans leur âme ces tournements d'yeux, ces mouvements de mains, ces ronds de jambes, les images enfin de toutes ces poses qu'ils ont vues produites par les contorsions d'un corps assoupli. S'ils se montrent si préoccupés de perdre leur âme, et s'ils conservent ensuite le souvenir bien net de ces spectacles, ne serait-il pas insensé que nous, qui, en imitant ce que nous voyons ici; nous rendrons semblables aux anges, nous n'apportions pas autant de zèle à en conserver les bienfaits que les spectateurs en apportent aux représentations théâtrales ? "

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  5. Soyons précis et rigoureux. Saint-Augustin est peut-être d'origine berbère mais c'est un pur romain de langue et de culture. Et donc loin de l'Amazighité. Il n'a jamais écrit une seule ligne dans la langue amazigh ...

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    1. D’où le contraste de l’époque, où les villageois aux alentours de Thagaste et au diocèse d’Hippone ne s’exprimaient qu’en punique. Si Augustin s’était davantage intéressé au punique ou au libyque, peut-être qu’il aurait pu faire comme les Slaves, Cyrille et Méthode, et donner ainsi à l’Afrique du Nord une bible ou une prière en punique ou en libyque.

      Comme aujourd'hui, la majorité des Berbères du Maghreb sont arabisés, à l'époque de st Augustin, les seules langues de culture sont le punique carthaginois et le latin. Le grec viendra plus tard avec l'occupation byzantine.

      Voir sur ce blog : les faux arabes d'Afrique du Nord

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  6. La lumière du Monde Amazigh (Berbère) que certains immigres imbéciles veulent éteindre pour le transformer en Bédouins du désert arabe, sans histoire, culture ou civilisation. Gare à la France ou l'Europe de suivre le même chemin: Vive la Laïcité

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    1. la laïcité , revendiquée par Vincent peillon n a pas fini ce que la révolution avait commencé, alors elle est entrain de le faire en ce moment comme il le revendique lui même et on sait a quelle communauté appartient cet ancien ministre de l éducation nationale

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