mardi 14 juillet 2026

D'Ormuz à Bab al-Mandab : le Yémen menace l'Arabie Saoudite de détruire ses infrastructures énergétiques

  • Déclaration de Yahya Saree, porte-parole des forces armées yéménites, après la riposte contre l’Arabie Saoudite

  • Interviews de Mohammad al-Bukheiti, membre du Bureau d’AnsarAllah, sur l’escalade entre Riyad et Sanaa et l’unité des fronts entre l’Iran et le Yémen

Résumé : Le siège saoudien du Yémen date de plus de 11 ans, ayant été imposé avec le lancement de l’opération militaire « Tempête décisive » en mars 2015, menée par une coalition arabe sous commandement saoudien (comprenant officiellement les Émirats, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, la Jordanie, le Maroc, le Soudan, l’Égypte, et officieusement les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et Israël). Ce siège aérien, maritime et terrestre a considérablement restreint l’entrée de nourriture, de carburant et de médicaments dans le pays, provoquant l’une des pires crises humanitaires au monde. En 2023, le Yémén était sur le point de reprendre le conflit, gelé par un accord de 2022 que l’Arabie saoudite n’a pas respecté, mais le Déluge d’Al-Aqsa a poussé le Yémen à donner la priorité à la lutte contre Israël, en solidarité avec le peuple palestinien, allant jusqu’à affronter directement les Etats-Unis, défaits et humiliés. L’Iran a brisé le blocus saoudien en juillet 2026, en transportant des blessés et une délégation yéménite à l’occasion des funérailles de Sayed Ali Khamenei. Le régime Saoud a essayé d’empêcher le retour de cet avion, frappant l’aéroport de Sanaa, et le Yémen a frappé la Saoudie en retour, résolu à briser le siège une bonnes fois pour toutes, à libérer la totalité du Yémen et à vaincre les projets impérialistes et expansionnistes de Trump et Netanyahou : le détroit de Bab-al-Mandab et celui d’Ormuz seront-ils tous deux fermés ?



Déclaration de Yahya Saree, porte-parole des forces armées yéménites, après la riposte contre l’Arabie Saoudite, le 13 juillet 2026.

Source : RNN

Traduction : lecridespeuples.substack.com

Communiqué des Forces armées yéménites

Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Le Tout-Puissant dit :

« Quiconque vous a agressés, agressez-le dans la même mesure où il vous a agressés. Et craignez Dieu, et sachez que Dieu est avec ceux qui Le craignent. » [Coran, s. 2, v. 194]

Dieu le Très-Haut et le Tout-Puissant a dit la vérité.

S’obstinant à poursuivre son injuste siège contre le peuple yéménite, et exactement à 13h54 en ce lundi, l’ennemi saoudien a commis une agression ouverte par ses avions de guerre contre l’aéroport international de Sanaa, en le ciblant par un certain nombre de raids dans le but de le fermer aux vols humanitaires transportant des malades et des personnes bloquées à destination et en provenance de l’aéroport international de Sanaa. Les forces armées ont engagé le combat avec les avions de l’agression pour contrer cette attaque traîtresse et lâche.

En réponse à cette agression criminelle saoudienne, les Forces armées yéménites ont exécuté une opération militaire ayant ciblé l’aéroport international d’Abha [au sud-ouest de l'Arabie saoudite, à 100 km des frontières yéménites] par un certain nombre de missiles balistiques et de drones. L’opération a atteint ses objectifs avec succès, par la grâce de Dieu.

L’ennemi saoudien, par sa décision inconsidérée de lancer une injuste attaque contre l’aéroport international de Sanaa, porte l’entière responsabilité et les terribles conséquences de cette agression brutale qui sert l’ennemi « israélo »-américain, ainsi que des répercussions qui en découlent.

Les Forces armées yéménites affirment qu’elles sont déterminées dans leur position juste à repousser l’agression et à lever le siège injuste sur notre pays. Dans ce contexte, elles mettent en garde toutes les compagnies aériennes contre la traversée de l’espace aérien du Royaume d’Arabie saoudite, et elles doivent prendre nos avertissements au sérieux jusqu’à la levée du siège sur l’aéroport international de Sanaa.

Nous exprimons notre profonde gratitude à la République islamique d’Iran pour son aide apportée à la République du Yémen dans la levée du siège injuste sur l’aéroport international de Sanaa et pour avoir facilité les vols humanitaires à destination et en provenance de l’aéroport de Sanaa.

Salutations à notre grand peuple qui est sorti et continue de sortir en immenses marches populaires dans la capitale Sanaa, dans les gouvernorats, les districts, les villages et les sous-districts. Salutations et toutes les salutations à nos tribus loyales et fières pour leurs rassemblements massifs et leurs positions jihadistes authentiques empreintes de foi.

Notre grand peuple n’acceptera pas la continuation de l’agression et du siège, et ses forces armées, avec l’aide de Dieu le Tout-Puissant, sont en pleine préparation pour prendre les mesures et dispositions nécessaires afin de dissuader l’agression et lever le siège.

Et Dieu nous suffit, Il est le meilleur des garants, le meilleur Protecteur et le meilleur Soutien.

Vive le Yémen libre, digne et indépendant. Et la victoire au Yémen et à tous les hommes libres de la Oumma.

Sanaa, 28 Muharram 1448 de l’Hégire, correspondant au 13 juillet 2026


Entretien avec Muhammad Al-Bukhaiti, membre du Bureau politique du mouvement Ansar Allah, et le Général de brigade Bahaa Hallal, expert en affaires militaires et relations internationales, quelques heures avant la riposte yéménite.

Source : Al-Mayadeen, 13 juillet 2026

Traduction : lecridespeuples.substack.com

PRÉSENTATRICE : Bienvenue, chers téléspectateurs, en ce moment critique où le Golfe s’est embrasé sous les feux d’une agression américaine renouvelée et croissante, avec le ciblage saoudien de l’aéroport international de Sanaa. Un front qui était, jusqu’à hier encore, calme, même si les braises couvaient sous la cendre. Dans l’actualité : des frappes saoudiennes ciblant l’aéroport international de Sanaa, avec pour objectif de confirmer le siège imposé par Riyad sur le Yémen. Le moyen : empêcher tout avion d’atterrir à l’aéroport de Sanaa. L’avion iranien a donc dévié sa route vers Hodeïda, et avec lui, il semble que la trajectoire de la trêve en vigueur depuis 2022 touche à sa fin. Le porte-parole des forces armées yéménites, le Général de brigade Yahya Saree, confirme que l’agression saoudienne contre l’aéroport de Sanaa ne passera pas sans réponse ni punition : elle met fin à la phase de désescalade, et Riyad devra en assumer les conséquences. Ali Al-Qahoum, membre du Bureau politique du mouvement Ansar Allah, avertit que la riposte ne tardera pas et sera puissante et dévastatrice, le blocus sera brisé, l’étranglement et la guerre économique n’auront pas raison du Yémen, et son peuple ne s’agenouillera pas.

Dans le Golfe, le président américain annonce le renouvellement du blocus contre l’Iran, menaçant d’élargir la confrontation et affirmant sa volonté de prendre le contrôle du détroit d’Ormuz pour percevoir des droits de passage. Face à cette escalade américaine, le quartier général de Khatam Al-Anbiya [commandement central des forces armées iraniennes] affirme : « Nous ne permettrons jamais à l’Amérique de s’ingérer dans la gestion du détroit d’Ormuz », et prévient que « les flammes de la guerre toucheront tous les pays de la région si son périmètre s’étend », et que « toute coopération avec l’Amérique ou tout soutien à Israël de la part des pays de la région sera traité comme une guerre contre la souveraineté et la sécurité nationale de l’Iran ».

Il semble que la mèche de la guerre ait été rallumée, et que la porte des affrontements et de l’escalade se soit grande ouverte, par terre et par mer, ce qui pourrait affecter la navigation maritime dans toute la région. Cette situation présage une confrontation géographique majeure dépassant le Yémen et le Golfe, avec des répercussions dont les organisations économiques internationales ont depuis longtemps mis en garde, et qui pourraient porter au monde un coup fatal dans ses ressources énergétiques et ses équilibres financiers.

Bienvenue, chers téléspectateurs, à cette heure de couverture que nous consacrons à cet embrasement, qu’il concerne l’Iran ou le front yéménite. Nous recevons Muhammad Al-Bukhaiti, membre du Bureau politique du mouvement Ansar Allah, depuis Sanaa, et le Général de brigade Bahaa Hallal, expert en affaires militaires et relations internationales, depuis Beyrouth. Sayed Muhammad [Bukhaiti], je commence par vous pour évoquer tout ce qui s’est passé, à savoir les faits, leur timing et leurs implications.

AL-BUKHAITI : Que la paix soit sur vous, et sur tous les frères téléspectateurs. Il aurait appartenu à la direction saoudienne de prendre elle-même l’initiative de mettre fin à l’agression et de lever le siège sur le Yémen après l’échec de tous les objectifs de cette agression et l’effondrement de tous ses prétextes et récits. Il est désormais établi pour tous que le Yémen ne représente aucune menace sécuritaire pour quelque pays arabe ou islamique que ce soit ; bien au contraire, il en est un soutien, d’autant plus que le Yémen a mené une guerre acharnée contre l’Amérique, la Grande-Bretagne et l’entité sioniste pour défendre nos frères à Gaza, défendre leurs droits et mettre fin aux crimes de génocide à Gaza. Nous avons également affirmé à maintes reprises que le Yémen se tiendra aux côtés de tout pays arabe ou islamique exposé à une agression américano-israélienne, même si c’était l’Arabie saoudite ou les Émirats. Il n’y a donc plus aucune justification à la poursuite de l’agression contre le Yémen, surtout que cette agression a été lancée sous le prétexte de « ramener le Yémen dans le giron arabe » et qu’Ansar Allah représenterait une menace pour l’Arabie saoudite et les pays du Golfe. Ce prétexte s’est effondré.

Lire Lettre de Yahya Sinwar à Abdul-Malik al-Houthi

À cela s’ajoute le fait que la direction saoudienne, si elle ne raisonnait pas selon une logique morale, qu’elle raisonne au moins selon la logique de l’intérêt, car il est prouvé, à travers la dernière confrontation entre le Yémen et l’Amérique, l’entité sioniste et la Grande-Bretagne, que le Yémen est désormais capable d’affronter les pays les plus puissants du monde et d’en sortir victorieux. Les régimes saoudien et émirati misait sur la protection américano-britannico-israélienne ; or, si ces pays, ainsi que l’entité sioniste, sont incapables de se protéger eux-mêmes, comment protégeraient-ils le régime saoudien ? La direction saoudienne aurait dû au moins raisonner selon la logique de l’intérêt, et cela aurait suffi à mettre fin à l’agression et à lever le siège sur le Yémen.

PRÉSENTATRICE : Je me tourne vers vous, Général de brigade Bahaa Halla, pourquoi l’Arabie saoudite a-t-elle décidé de faire ce qu’elle a fait maintenant ?

HALLAL : Mes salutations à vous, à votre distingué invité et aux chers téléspectateurs. En vérité, le détroit de Bab-el-Mandeb est fondamentalement un détroit qui transcende la géographie : il constitue l’un des passages maritimes les plus importants au monde, et influence par conséquent non seulement la région, mais aussi, d’un point de vue militaire, les chaînes d’approvisionnement et les marchés.

Concrètement, quelle est l’importance de ce que fait aujourd’hui l’Arabie saoudite ? L’Arabie saoudite voulait empêcher le Yémen de rompre le siège qu’elle impose depuis plus de onze ans. L’Arabie saoudite fait pression sur ce détroit. Nous avons vu, il y a environ une semaine, qu’un avion iranien tentait d’atterrir à l’aéroport de Sanaa, l’aviation saoudienne a tenté de l’en empêcher, et il y a eu un affrontement sol-air entre la défense antiaérienne yéménite et ces avions. L’opération d’atterrissage a réussi. Cet avion transportait des malades et des Yéménites rentrant de soins en Iran. Aujourd’hui, la même chose s’est reproduite, et l’aéroport de Sanaa a également été bombardé. Le bombardement de l’aéroport de Sanaa ne peut pas être lu isolément du conflit autour de la rupture du blocus aérien. Les messages échangés indiquent que chaque partie cherche à consolider de nouvelles règles : l’Arabie saoudite tente d’empêcher l’établissement de lignes d’approvisionnement aériennes qui pourraient être interprétées comme un changement du statu quo, tandis que les Yéménites, de leur côté, proclament que la continuité du fonctionnement de l’aéroport représente une partie d’une nouvelle réalité politique et sécuritaire, et que tout ciblage de celui-ci constitue une escalade qui appelle une riposte. Lorsque le commandement militaire de Sanaa annonce la fin de la phase de désescalade, cela porte selon moi une signification opérationnelle qui va au-delà du discours politique : cela signifie que les contraintes antérieures, qui ont duré plus de onze ans, ont ouvert la voie à des options de riposte susceptibles de s’élargir et d’englober des cibles plus sensibles, notamment les infrastructures économiques, les ports, les raffineries ou les voies de navigation. Ce qu’il y a de plus dangereux dans cette évolution, ce n’est pas le raid lui-même, mais le glissement d’une politique de confinement vers une politique d’imposition des faits par la force, ce qui augmente les probabilités de dérapage vers un nouveau cycle d’escalade difficile à maîtriser.

PRÉSENTATRICE : Sur ce point précis, je reviens vers vous, Muhammad Al-Bukhaiti, l’imposition des faits par la force. Pourquoi Sanaa estime-t-elle qu’il faut briser ce siège maintenant, et que ce mouvement doit avoir lieu maintenant également ? D’autant que nous avons entendu des voix yéménites qui ont dit que Bab-el-Mandeb serait lié au détroit d’Ormuz dans un plan allant au-delà de la simple rupture du blocus ? Pourquoi ce timing est-il opportun, et pourquoi Sanaa insiste-t-elle pour prendre ces mesures et pour que ce siège prenne fin maintenant ?

AL-BUKHAITI : En 2022, un accord avait été conclu entre le Yémen et l’Arabie saoudite, stipulant le retrait saoudien du territoire yéménite, la fin de l’agression et la levée du siège, ainsi que le paiement des salaires des fonctionnaires yéménites par la Banque nationale saoudienne, les revenus du pétrole et du gaz étant versés à cette banque. Malheureusement, l’Arabie saoudite n’a pas respecté ni appliqué cet accord, et n’a cessé de temporiser pendant plus d’un an. Alors que nous nous préparions, en 2023, à briser ce siège et à mettre fin à cette agression par la force, l’Opération Déluge d’Al-Aqsa a eu lieu et les crimes de génocide à Gaza ont commencé. Nous avons donc estimé que la priorité exigeait de mettre fin aux crimes de génocide à Gaza. Nous avons donc gelé l’affrontement avec l’Arabie saoudite et les pays de l’agression pour nous consacrer à l’entité sioniste, ainsi qu’à l’Amérique et la Grande-Bretagne qui se tenaient à ses côtés.

Voir Face au Yémen, les opérations américaines sont un échec cuisant

Ensuite, nous avons tenté d’amener l’Arabie saoudite à prendre elle-même l’initiative de mettre fin à l’agression et de lever le siège, d’autant qu’il est désormais établi pour tous que le Yémen ne représente aucune menace mais est un soutien pour tout pays arabe ou islamique. À cela s’ajoute l’effondrement du récit utilisé par l’Amérique pour attiser les discordes et les conflits dans la région, selon lequel l’Axe de la Résistance représenterait les Perses contre les Arabes et les chiites contre les sunnites, car l’Axe de la Résistance se tient aujourd’hui aux côtés de la Palestine arabe et non persane, de la Palestine sunnite et non chiite. Cela signifie que l’Axe de la Résistance agit sur la base d’une conviction religieuse, d’une cause nationale islamique, d’une éthique et d’un humanisme. Ces réalités auraient dû changer le comportement de l’Arabie saoudite. De plus, le Yémen est désormais capable d’imposer un siège aux pays agresseurs, comme ceux-ci lui en imposent un.

Mais les Saoudiens n’ont pas tiré la leçon, et lorsque nous avons tenté de briser ce siège en établissant des vols vers et depuis Téhéran, l’Iran étant le seul pays à avoir manifesté cette disposition (nous accueillons d’ailleurs tout vol vers et depuis le Yémen depuis n’importe quel pays de la région) mais l’Arabie saoudite a commis une agression contre le Yémen en ciblant l’aéroport de Sanaa pour maintenir le siège. Cela ne peut rester sans réponse.

Et nous disons sans détour que le Yémen avait le droit de frapper l’Arabie saoudite avant même cette dernière agression saoudienne, car il est du droit du Yémen et du devoir du gouvernement yéménite de chercher à briser le siège et à mettre fin à l’agression par la force des armes. Mais c’est l’Arabie saoudite qui a pris l’initiative de la guerre et qui a ouvert la bataille, parachevant ainsi sa propre condamnation.

Dans un discours de 2017, Nasrallah révélait qu’Israël participait directement aux frappes contre le Yémen

Nous allons donc riposter, et la riposte sera très puissante. Nous ciblerons des objectifs importants et vitaux pour le régime saoudien, et ces frappes seront douloureuses. Et c’est l’Arabie saoudite qui a pris l’initiative de l’agression. Nos positions sont justes et logiques, nos revendications sont claires : mettre fin à l’agression, lever le siège, retirer toutes les forces étrangères du Yémen et que l’Arabie saoudite retire sa main du Yémen. Ces revendications sont justes, et elles sont aujourd’hui celles de l’ensemble du peuple yéménite, après qu’il a réalisé que l’Arabie saoudite cible tout le monde. Tout le monde sait que l’aviation saoudienne a ciblé ses propres mercenaires au début de l’agression dans la région d’Al-Abr, tuant plus de 300 soldats mercenaires. Les Émirats ont également bombardé les forces mercenaires dans la région d’Al-Alam, tuant plus de 300 officiers, commandants et soldats. Les forces saoudiennes ont également ciblé les forces du Conseil de transition [du Sud] et en ont tué des centaines, simplement parce qu’elles se trouvaient dans le Hadramaout et le Mahra. L’Arabie saoudite a considéré que leur présence dans ces régions constituait une violation de sa souveraineté et une menace pour sa sécurité intérieure. Voyez : lorsqu’ils disaient que la présence d’Ansar Allah dans n’importe quelle province yéménite, notamment Sanaa, représentait une menace pour la sécurité de l’Arabie saoudite, ils ont également considéré que la présence des forces du Conseil de transition, qui était pourtant une partie dans le conflit et combattait contre nous, dans ces régions ou provinces, constituait une menace pour la sécurité intérieure de l’Arabie saoudite. Ainsi, aujourd’hui, le peuple yéménite réalise que tous les prétextes de l’agression contre le Yémen se sont effondrés, et que les récits utilisés pour enflammer les conflits et les discordes dans la région sont des récits américains et sionistes sans aucun fondement de vérité. Les pays de l’agression ciblent tout le monde.

Documentaire de 2017 sur les ravages de la guerre au Yémen (VOSTFR)

Il faut aussi prendre conscience d’une réalité importante : le Yémen a beaucoup souffert à cause de cette agression et de ce siège, et la seule voie pour mettre fin à cette souffrance est de mettre fin à l’agression et de lever le siège. C’est pourquoi le peuple yéménite a commencé à se préparer, depuis plusieurs mois, à mener la bataille de libération du Yémen de Saada [gouvernorat du nord-ouest du Yémen, à la frontière de l’Arabie saoudite] jusqu’à Mahra [governorat de l’extrême est du Yémen, frontalier avec le sultanat d’Oman]. Mais aujourd’hui, nous ne prenons pas l’initiative du combat, c’est l’Arabie saoudite qui l’a prise, et ainsi sa condamnation se parachève, et la direction saoudienne regrettera ce qu’elle a fait.

Voir Hassan Nasrallah sur le Yémen et la ‘rivalité’ entre l’Arabie Saoudite et l’Iran au Moyen-Orient, Nasrallah : la guerre au Yémen annonce la fin de la dynastie saoudienne et Nasrallah : l’Arabie Saoudite et les Émirats seront annihilés par le Yémen

PRÉSENTATRICE : Je reviendrai vers vous pour en savoir plus, Monsieur Muhammad Al-Bukhaiti. Je passe à vous, Général de brigade Bahaa Hallal : pourquoi l’Arabie saoudite doit-elle maintenir le Yémen sous siège ? Qui fait pression sur l’Arabie saoudite ? Pourquoi est-elle déterminée à poursuivre ce siège par tous les moyens ? Comment ce siège sert-il d’autres parties qui exercent également des pressions sur l’Arabie saoudite pour le maintenir ? Comment est-il utilisé pour contenir le Yémen à ce stade ?

HALLAL : En vérité, les calculs américains entre liberté de navigation et guerre totale constituent la situation qui presse aujourd’hui l’Arabie saoudite et la pousse vers la pression, le bombardement, l’agression ou le maintien du siège sur le Yémen. Concrètement, l’Amérique sait ce qu’elle fait aujourd’hui dans le détroit d’Ormuz, c’est-à-dire qu’après le protocole d’accord, et après avoir violé ce protocole d’accord et relancé la guerre contre l’Iran, elle considère que l’unité du théâtre des opérations [doctrine de collaboration de l’Axe de la Résistance sur tous les terrains] est un fait, comme l’Iran l’a menacé à plusieurs reprises. Elle sait que Bab-el-Mandeb n’est pas seulement un couloir maritime, mais un espace de dissuasion stratégique. Dans les sciences militaires, la valeur des détroits maritimes ne se mesure pas à leur superficie géographique, mais à leur capacité à influencer les décisions stratégiques des États. De ce point de vue, Bab-el-Mandeb n’est pas un simple passage reliant la mer Rouge au golfe d’Aden : il se transforme en l’un des points d’étranglement maritimes les plus importants susceptibles d’influer sur le mouvement du commerce mondial. Cette réalité, l’Iran l’a comprise, et l’Arabie saoudite la comprend désormais. C’est pourquoi elle a tenté, selon moi, de mener une bataille préventive, conformément à la vision américaine, sachant que ce sujet devait venir à la suite de toutes ces pressions exercées par les États-Unis sur l’Iran. La nouvelle équation stratégique peut être nommée « dissuasion par les détroits » : si le détroit d’Ormuz représente la carte de pression iranienne dans le Golfe arabe, Bab-el-Mandeb constitue le prolongement méridional de cette équation, permettant à Téhéran d’élargir le périmètre de dissuasion vers la mer Rouge.

C’est ici que l’on voit le changement des règles d’engagement après le ciblage de l’aéroport de Sanaa : à la lumière des déclarations d’aujourd’hui de la direction d’AnsarAllah, on peut déduire que le concept de désescalade n’est plus considéré comme un cadre valable. Et il y a une réponse fondamentale dans ce sujet : la sécurité nationale saoudienne fait face à l’équation d’une menace composite. L’Arabie saoudite est aujourd’hui confrontée à un défi consistant en une multiplicité de sources de menaces simultanées : elle est aujourd’hui menacée par les États-Unis d’Amérique qui lui demandent d’être capable de remplir le rôle que les États-Unis lui décrètent. Les menaces ne se limitent donc plus à ses frontières méridionales, mais s’étendent aux domaines maritime et économique. Voilà ce qu’elle voulait faire. Du point de vue de la planification militaire, la direction saoudienne tente aujourd’hui d’anticiper ce qui pourrait arriver, et ce sont donc les calculs américains sont ceux qui ont poussé l’Arabie saoudite à faire ce qu’elle a fait aujourd’hui. Je crois qu’elle a donné de sa propre main, à travers une évaluation opérationnelle erronée, le prétexte au Yémen pour procéder à ses opérations militaires de riposte.

Tous ces indicateurs militaires et politiques montrent que cette dernière escalade ne doit pas, selon moi, être perçue comme un événement isolé de ce qui se passe au Moyen-Orient : c’est un maillon d’un processus de recomposition des règles d’engagement dans le sud de la péninsule Arabique et en mer Rouge. Les acteurs principaux ne cherchent pas nécessairement une guerre totale, mais à améliorer leurs positions de négociation. N’oublions pas que Marco Rubio [secrétaire d’État des États-Unis] s’est rendu dans le Golfe et a rencontré les pays arabes du Golfe, les obligeant à faire en sorte qu’Oman recule sur la question du détroit d’Ormuz dans son partenariat avec l’Iran, et les pays du Golfe ont alors déclaré qu’ils ne voulaient pas et n’acceptaient pas qu’Iran gère le détroit d’Ormuz.

Famine au Yémen : la population réduite à manger les feuilles des arbres (reportage de 2018, VOSTFR)

Tous ces signes avant-coureurs s’inscrivent dans ce cadre général : amélioration des positions de négociation et imposition de nouvelles équations de dissuasion avant tout règlement régional et avant le retour au protocole d’accord. L’Amérique, qui s’est considérée comme perdante stratégiquement dans cette équation, veut en retirer ou modifier les cartes de force auxquelles l’Iran s’est accroché, notamment le détroit d’Ormuz. Et aujourd’hui, nous y ajoutons le détroit de Bab-el-Mandeb après cette faute de l’Arabie saoudite et de l’Amérique. La phase de désescalade est donc terminée.

En retour, que fera le Royaume d’Arabie saoudite ? Tentera-t-il d’empêcher tout changement de la réalité sur le terrain tout en évitant d’être entraînée dans une grande guerre ? Il ne pourra pas le faire, car la riposte yéménite est inévitable. Je crois que cette fois, la région a été entraînée, et l’Arabie saoudite a été entraînée, dans une nouvelle bataille en mer Rouge et dans le détroit de Bab-el-Mandeb, une bataille qui s’inscrit dans le cadre de la guerre américaine.

Voir Guerre sans merci au Yémen et De la Palestine au Yémen: honneur et déchéance du monde arabe

PRÉSENTATRICE : Dans la continuité de ces propos, je reviens à vous, Sayed Muhammad Al-Bukhaiti. A partir des préparatifs yéménites au niveau élevé contre l’Arabie saoudite, lorsque Sanaa choisit aujourd’hui de briser ce siège, elle dit d’une façon ou d’une autre qu’elle est désormais prête, sachant qu’une agression saoudienne visant à empêcher ce bris de siège était prévisible. Quel Yémen allons-nous avoir face à nous maintenant, en termes de préparation et aussi en termes de coordination avec ses alliés ?

AL-BUKHAITI : Aujourd’hui, l’Arabie saoudite, et derrière elle l’Amérique, la Grande-Bretagne et l’entité sioniste, se trouveront face à un Yémen uni. Soit dit en passant, pour information des téléspectateurs arabes : tout pays étranger ou convoiteur qui souhaite imposer sa volonté au Yémen ou l’occuper sait que le Yémen, de Saada jusqu’à Mahra, est un peuple de résistance, et que cette résistance se concentre notamment dans la région des hauts plateaux et dans la région du Triangle, c’est-à-dire Yafa’, Al-Dhale’ et Radfan. C’est pourquoi l’Arabie saoudite, depuis sa fondation, a œuvré à démembrer le Yémen et à créer des conflits et des divergences entre la région des hauts plateaux et la région du Triangle. Dans l’agression contre le Yémen, l’Arabie saoudite a tenté d’attirer la région du Triangle, notamment le Conseil de transition [du Sud], vers la sécession pour qu’ils combattent contre leurs propres compatriotes au profit de l’Arabie saoudite et des Émirats. Nous les avions prévenus dès le début, en leur confirmant que les ambitions des pays de l’agression, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats, se concentrent dans les provinces méridionales, surtout celles à faible densité de population, comme Shabwa, Hadramaout et Mahra, et que la cible des pays de l’agression dans les provinces méridionales est justement la région du Triangle, car la résistance s’y concentre traditionnellement pour des raisons historiques, géographiques et de densité démographique. Mais ils n’écoutaient pas ces conseils. Pourtant, dès que les forces du Conseil de transition ont atteint le Hadramaout et Mahra, l’Arabie saoudite a considéré cette présence comme une violation de sa souveraineté. C’est ce qu’a exprimé le ministre de la Défense du gouvernement des hôtels [expression péjorative désignant le gouvernement yéménite en exil reconnu internationalement, à la botte des Saoud] lorsqu’il a affirmé qu’aucun pays n’avait le droit d’intervenir au Yémen sans autorisation saoudienne : c’est-à-dire que si un pays souhaite intervenir au Yémen, il doit obtenir l’autorisation de l’Arabie saoudite, tandis que l’Arabie saoudite, elle, a le droit d’intervenir au Yémen. Et il a dit que c’était conforme à la loi. Et quand on lui a demandé de quelle loi il parlait, le ministre de la Défense du gouvernement des hôtels a répondu que par loi, il entendait la volonté des pays de ce qu’il appelle le Quartet international : l’Amérique, la Grande-Bretagne, l’Arabie saoudite et les Émirats, qu’il a explicitement nommés. Ainsi, ce qu’ils décrètent concernant le Yémen devrait avoir force de loi pour les Yéménites. Il a ajouté que le Yémen relève de la sécurité nationale saoudienne. Voilà comment ils pensent.

Mais aujourd’hui, le peuple est parvenu à un niveau élevé de conscience, notamment après que les forces saoudiennes ont bombardé les forces du Conseil de transition dans diverses provinces yéménites. Aujourd’hui, l’image est devenue claire pour les enfants du peuple yéménite de Saada jusqu’à Mahra, et dans la région des hauts plateaux comme dans celle du Triangle. L’Arabie saoudite se trouvera donc aujourd’hui face à un peuple uni. Certes, il reste encore quelques mercenaires, qui n’appartiennent qu’à deux catégories : soit des wahhabites influencés par la pensée wahhabite, soit des mercenaires rémunérés qui dépendent des fonds saoudiens ou d’autres. Ils se trouveront donc face à un Yémen uni, un Yémen conscient, un Yémen armé de toutes sortes d’armes. Et l’arme la plus importante des Yéménites ici…

PRÉSENTATRICE : Si vous permettez, expliquez-le moi en détail. Vous avez parlé d’un Yémen armé : armé de quoi ? Nous parlons de plusieurs parties en conflit à l’intérieur du Yémen. Comment êtes-vous armés. Et je vous avais demandé quel était le rôle de la coordination avec les alliés. Aujourd’hui, ce siège a été brisé par l’arrivée d’un avion iranien à l’aéroport.

AL-BUKHAITI : Oui, le Yémen est armé de toutes sortes d’armes, et la plus importante d’entre elles est la cause juste du Yémen, l’injustice subie par le peuple yéménite, car cette agression a causé d’immenses souffrances aux enfants du peuple yéménite. Et aussi l’arrogance et l’orgueil des pays de l’agression, au premier rang desquels les Saoudiens. Cette arrogance et cet orgueil se sont manifestés lorsque l’aviation saoudienne a ciblé l’aéroport de Sanaa pour empêcher l’atterrissage d’un avion civil transportant quelque 300 citoyens yéménites, dont des femmes et des enfants, mettant leur vie en danger. Sous quel prétexte ? Sous prétexte d’empêcher la violation de la souveraineté du Yémen ! Mais dans le même temps, elle a combattu dans la même tranchée que l’Amérique et l’entité sioniste pour abattre nos missiles et nos drones qui frappaient en profondeur l’entité sioniste et ciblaient la marine américaine en mer Rouge. Et l’Arabie saoudite n’a pas considéré que l’agression israélo-américaine contre le Yémen constituait une violation de la souveraineté du Yémen. Mais un avion civil iranien, elle l’a considéré comme une violation et l’a ciblé.

Nous, Yéménites, sommes armés de notre foi, de notre confiance en Dieu le Tout-Puissant pour nous accorder la victoire, armés de notre cause juste et de l’immense injustice qui nous est faite, armés de l’arrogance et de l’orgueil de l’entité saoudienne. Et par-dessus tout, le Yémen possède aujourd’hui des capacités balistiques et aériennes : nous sommes désormais capables de frapper en profondeur le territoire saoudien et de cibler les intérêts saoudiens les plus importants, au premier rang desquels les champs pétroliers et gaziers, ainsi que les aéroports et les ports.

Mais nous disons que la balle est toujours dans le camp saoudien. Si l’Arabie saoudite annonce aujourd’hui la fin de l’agression contre le Yémen, la fin de ce qu’ils appellent « Tempête décisive » et la levée du siège sur le Yémen, voilà la seule voie pour éviter la frappe yéménite qui vient. J’avais prévenu il y a des années et conseillé le régime saoudien, je leur avais dit : soyez raisonnables, pour ne pas vous réveiller un jour dans un état dont vous ne pourrez plus sortir jusqu’au Jour du Jugement. Ils doivent donc raisonner, il leur reste une chance, peut-être quelques heures. La direction saoudienne doit se hâter, sinon, nous prendrons la bonne décision de défendre notre pays et notre peuple.

PRÉSENTATRICE : Quelques heures, dites-vous, Sayed Muhammad Al-Bukhaiti ?

AL-BUKHAITI : Quelques heures, oui, quelques heures. Mais je dis cela à titre de conseil au régime saoudien, car la riposte pourrait venir bientôt, ce soir peut-être, ou demain. La riposte est inévitable. Il ne leur reste donc que peu de temps : ils doivent se hâter et prendre l’initiative d’annoncer la fin de l’agression et la levée du siège sur le Yémen.

PRÉSENTATRICE : Restez avec nous, Sayed Muhammad Al-Bukhaiti. Les frappes saoudiennes ciblent donc l’aéroport international de Sanaa. L’État et les forces armées yéménites confirment que cette agression ne passera pas sans riposte ni punition, et tiennent le régime saoudien pour pleinement responsable des conséquences de son escalade. […] Le porte-parole du quartier général central de Khatam Al-Anbiya a averti que les ingérences américaines continues dans la gestion du détroit d’Ormuz menacent la sécurité de la région et le commerce international, confirmant que l’Iran répondra avec fermeté à tout mouvement américain en dehors des limites qu’il fixe. Il a également mis en garde les pays de la région contre les conséquences de la coopération avec Washington dans ce domaine.

DÉCLARATION DU PORTE-PAROLE DU COMMANDEMENT INTERARMEES DES FORCES IRANIENNES : Dans le prolongement des avertissements précédents, nous ne permettrons jamais à l’Amérique de s’ingérer dans la gestion du détroit d’Ormuz, et nous ne laisserons pas cela se produire. Les forces armées de la République islamique d’Iran répondront avec toute la fermeté nécessaire à tout trouble ou déstabilisation de la sécurité affectant le passage et la traversée des navires commerciaux et des pétroliers par l’armée américaine agressive et pirate, en dehors de la route déterminée par l’Iran et sans autorisation de ses forces armées. Les mesures déterminées des Gardiens de la Révolution et de l’armée de la République islamique d’Iran au cours des derniers jours témoignent de cette affirmation. Nous mettons en garde les dirigeants des pays de la région que toute coopération avec l’Amérique et tout soutien logistique à l’armée de ce pays agresseur seront considérés comme une guerre contre la souveraineté de l’Iran et sa sécurité nationale. Et en cas d’élargissement du périmètre de la guerre dans la région, les flammes de la guerre toucheront tous les pays de la région. La responsabilité de toutes les formes de déstabilisation et d’élargissement du périmètre de la guerre dans la région incombe à l’Amérique et aux pays qui coopèrent avec l’armée de ce pays criminel.

PRÉSENTATRICE : Pour en savoir plus, nous accueillons Mojtaba Heydari, analyste d’Al-Mayadeen pour les affaires iraniennes, depuis Téhéran. Mojtaba, toutes nos salutations. Encore plus d’escalade en Iran, l’annonce de Trump sur la fermeture du détroit d’Ormuz et sa volonté d’en prendre le contrôle, encore plus de positions en Iran et d’escalade en Iran, à vous.

HEYDARI : Mes salutations à vous et aux téléspectateurs. En vérité, à cette phase, l’Iran continue d’affirmer sa pleine souveraineté sur le détroit d’Ormuz ; il dit et affirme qu’il rejette toute ingérence extérieure et tout parcours parallèle dans le détroit d’Ormuz. Les États-Unis, à travers leurs dernières attaques, cherchent à ouvrir un couloir dans le détroit d’Ormuz, ce que Téhéran a rejeté dans son intégralité. La nature des attaques américaines, notamment contre l’infrastructure de surveillance liée au détroit d’Ormuz, nous montre que les États-Unis cherchent toujours à ouvrir le détroit d’Ormuz. Il y a également des tentatives de cibler l’île de Kharg. De son côté, l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, et maintenant Donald Trump annonce l’imposition d’un blocus naval.

J’anticipe, à partir des déclarations iraniennes, que nous assisterons à une escalade plus grande et plus large du côté iranien. L’Iran affirme qu’il continuera à maintenir la fermeture du détroit et qu’il en est maître. Il y a aussi une question importante : on s’attend à ce que nous assistions à des opérations plus larges du côté iranien pour briser le blocus naval américain. À cette phase, l’Iran affirme que les États-Unis ont violé les clauses du protocole d’accord.

PRÉSENTATRICE : Avez-vous plus d’informations sur ce point ?

HEYDARI : Au sujet du détroit d’Ormuz, oui : il y a plus d’un responsable, et il y a une évaluation au niveau médiatique en Iran, que les États-Unis veulent imposer un blocus naval, et l’Iran s’emploiera à le briser. Il y a également des sources confirmant que l’Iran élargira, à la prochaine phase, ses ripostes, et il n’existe pas de chose appelée concession iranienne. L’Iran a posé une équation : engagement contre engagement. Mais quand il y a une escalade de l’autre partie, l’Iran escaladera également davantage.

Tout à l’heure, il y avait une déclaration remarquable du porte-parole des Gardiens de la Révolution qui a dit : « Nous exerçons la souveraineté sur le détroit d’Ormuz avec toute la force et la détermination. » L’Iran affirme donc la souveraineté et rejette toute ingérence dans le détroit d’Ormuz. Il y a également un avertissement iranien aux pays de la région : l’Iran dit que tout pays qui traite ou coopère avec l’entité sioniste ou les États-Unis sera, du point de vue iranien, considéré comme partenaire dans les opérations militaires hostiles contre l’Iran. Avec cette déclaration et cette escalade iranienne, on peut dire que l’Iran est prêt à se défendre. Il est clair que l’Iran sait que les États-Unis veulent une escalade plus grande : cela ne signifie pas des opérations à Téhéran, ni que les États-Unis veulent cibler la capitale iranienne, ni qu’il y aura une guerre totale. Mais les États-Unis, à cette phase, veulent soumettre l’Iran et le pousser vers des concessions sur le dossier nucléaire et sur le détroit d’Ormuz. L’Iran refuse : il ne peut accepter les diktats. Et certainement, l’Iran continuera à maintenir la fermeture du détroit d’Ormuz et répondra à toute escalade des États-Unis.

PRÉSENTATRICE : Merci, Mojtaba Heydari, analyste d’Al-Mayadeen pour les affaires iraniennes, vous étiez avec nous depuis Téhéran. Je reviens à vous, Général de brigade Bahaa Hallal : qui garantit que les choses ne dérapent pas à nouveau vers une guerre totale ? Une guerre qui semble avoir un nouvel acteur : la partie yéménite, avec ses menaces dans un délai court à l’Arabie saoudite lui intimant de reculer, faute de quoi l’intérieur du territoire saoudien sera bombardé avec des capacités d’armement supérieures à ce que nous connaissions du Yémen ?

HALLAL : Il n’y a aucune garantie sur ce sujet. Le détroit d’Ormuz n’est même plus un simple couloir maritime pour le transport du pétrole : il est devenu l’un des plus importants théâtres de concurrence géopolitique entre les États-Unis et l’Iran. Si l’escalade atteint l’annonce par les États-Unis d’un véritable blocus naval, comme l’a dit votre correspondant en Iran, ou l’exercice d’un large contrôle opérationnel sur le mouvement de navigation, le conflit passera du niveau de la dissuasion politique au niveau de la compétition directe pour la maîtrise maritime.

Dans ce contexte, Washington ne considère pas le détroit d’Ormuz comme un passage iranien ; et inversement, l’Iran considère ce passage comme son passage. L’Amérique veut maintenir la liberté de navigation garantie par le droit international en raison de son importance pour l’économie mondiale. Concrètement, la position géographique de l’Iran lui confère une influence géopolitique et stratégique qui ne peut être contournée. La présence de forces étrangères imposant des règles de conduite dans ses eaux territoriales représente une menace directe pour sa sécurité nationale.

Les objectifs stratégiques de l’Amérique sont clairs :

  1. priver l’Iran de l’utilisation du détroit comme outil de dissuasion, car le détroit se trouvait au cœur du protocole d’accord et constitue la première carte de force dans ce protocole, dont le Parti démocrate se vante aujourd’hui face au Parti républicain, le considérant comme inférieur à tout accord Obama dont Trump se glorifiait de vouloir le dépasser positivement pour l’Amérique.

  2. Trump prétend vouloir protéger les flux d’exportation d’énergie mondiale, épuiser les capacités navales iraniennes, renforcer la crédibilité de la dissuasion américaine qui s’est effondrée dans la guerre des 40 jours.

Du point de vue iranien, perdre la capacité d’influence sur le détroit d’Ormuz ne signifie pas, selon moi, seulement perdre un passage maritime, mais signifie le recul de l’une des cartes de dissuasion stratégique les plus importantes que Téhéran a construites depuis des décennies. Accepter une domination américaine ou une participation américaine à la domination du détroit avec l’Iran pourrait être interprété, à l’intérieur et dans la région, comme un recul des capacités de l’Iran. Il est apparu lors des funérailles de l’imam Khamenei et avec les drapeaux de la vengeance, que les foules rassemblées ne voulaient pas de cet accord.

Concrètement, il est peu probable que l’Iran s’engage dans une bataille navale conventionnelle, car il sait que la balance des forces entre lui et l’Amérique penche en faveur de l’Amérique, je parle dans le sens des forces militaires conventionnelles. Mais concrètement, l’Iran mise sur l’asymétrie dans la guerre : il adopte un style de guerre asymétrique, comme je l’ai mentionné, à travers les bateaux rapides pour disperser les grandes unités navales, les missiles côtiers anti-navires, les drones qui assurent le ciblage, la reconnaissance et l’attaque, les mines navales pour ralentir la navigation et ainsi fermer le détroit. L’objectif de tous ces messages est d’exercer une pression et d’élever le coût des pertes du côté américain.

Et l’essentiel est la question fondamentale : le conflit va-t-il se transformer en guerre totale ? Il y a plusieurs facteurs qui pourraient pousser les deux parties, selon moi, à contenir l’escalade :

· le coût économique mondial de tout blocage prolongé du détroit, car l’Iran a toujours dit « nous avons fermé le détroit » mais cherchait en même temps à faire passer certains pétroliers qui coordonnaient avec l’autorité de gestion du détroit.

· la probabilité d’implication d’autres puissances internationales pour protéger la navigation, cela rendrait la confrontation globale.

· la volonté de chaque partie d’atteindre ses objectifs sans dérapage vers une guerre ouverte, cela ne mène pas à une opération, cela ramène les Etats-Unis à la raison et Trump à la raison pour revenir au protocole d’accord.

Je crois que dans les dernières décennies, la dissuasion dans le Golfe s’est largement basée sur la menace de fermeture du détroit. Si l’Iran parvient à démontrer sa capacité à perturber les opérations navales, je crois que, en coordination avec la fermeture de Bab-el-Mandeb, je vois une nouvelle stratégie, et ainsi de nouveaux outils de dissuasion vont changer les règles d’engagement dans le détroit.

Voir Guerre au Yémen : selon Amnesty International, des soldats saoudiens s’entraînent en France

PRÉSENTATRICE : Nous comprendrons peut-être mieux le jeu ou la carte de Bab-el-Mandeb avec vous, Sayed Muhammad Al-Bukhaiti, puisque vous avez décidé maintenant de briser ce siège. Vous m’avez dit tout à l’heure que vous avez ajourné ce sujet quand le Déluge d’Al-Aqsa a commencé, mais aujourd’hui, la planète entière est en feu, et vous avez pris cette décision d’aller briser ce siège, avec toutes ses significations et ses messages. Si cette guerre totale survient, quel sera le rôle du Yémen ? Car il ne sera pas séparé naturellement, et il y aura des alignements. Comment sera le rôle du Yémen dans cette guerre totale, et y a-t-il une coordination pour cette guerre totale ? Y a-t-il des informations reçues, ou y a-t-il quelque espoir que l’Arabie saoudite recule sur la poursuite de ce siège et sur le fait de le briser ?

AL-BUKHAITI : Nous avons des cartes contre l’Arabie saoudite encore plus douloureuses que Bab-el-Mandeb. : l’embrasement des champs pétroliers saoudiens, ainsi que la destruction de ses ports et aéroports, est une carte plus puissante entre les mains du Yémen et plus efficace. Quant à Bab-el-Mandeb, c’est également une carte entre les mains du Yémen et une carte de pression internationale, pas seulement contre l’Arabie saoudite. Il n’y a actuellement aucune entente entre nous et l’Arabie saoudite. Notre position est claire comme le soleil : l’Arabie saoudite n’a pas d’autre choix que de mettre fin à l’agression, lever le siège et retirer sa main du Yémen.

Sur la question des alignements, il faut souligner un point important : la guerre dans la région, que l’Amérique gère, soit directement soit à travers ses instruments, cette guerre est contre tous les pays de l’Axe de la Résistance. L’Amérique et la Grande-Bretagne ont offert au Yémen et à l’Iran d’abandonner la cause palestinienne. Donc ce qui pousse l’Amérique à nous faire la guerre, c’est que nous nous tenons aux côtés de la cause palestinienne et que nous avons refusé de l’abandonner. Et voilà que nous sommes aujourd’hui, en tant que pays de l’Axe de la Résistance, en guerre contre l’Amérique et ses alliés britanniques et israéliens. Les mouvements saoudiens servent donc l’Amérique et l’entité sioniste, et l’Arabie saoudite s’est transformée, hélas, en première ligne de défense de cette entité sioniste. Et cette réalité est devenue claire pour tous les peuples arabes et islamiques. C’est pourquoi, comme je l’ai dit tout à l’heure, le Yémen est aujourd’hui armé de sa cause juste, de l’injustice qui lui est faite, de l’arrogance saoudienne, de la conscience du peuple yéménite, et aussi du développement de ses capacités militaires.

À cela s’ajoute la conscience des enfants du pays des Deux Lieux Saints (Arabie Saoudite). Le régime saoudien a réussi à tromper les enfants du pays des Deux Lieux Saints en leur faisant croire qu’il menait une bataille contre les chiites pour défendre les sunnites, et contre les Perses pour défendre les Arabes. Mais il est apparu aujourd’hui, il est apparu aujourd’hui que cette entité saoudienne est la première ligne de défense de l’entité sioniste. Et ce n’est pas étonnant, car c’est la Grande-Bretagne qui a créé l’entité sioniste, et c’est elle aussi qui a créé l’entité saoudienne, comme première étape préparatoire à la création de l’entité sioniste sur la terre de Palestine. Cette réalité est donc devenue claire pour tous les peuples, y compris les enfants du pays des Deux Lieux Saints. Et j’ajoute un point important : la grande majorité des tribus d’Arabie saoudite sont des tribus yéménites : Qahtan, Yam, Shammer, Zahran. Et ceux-ci n’abandonneront pas leurs cousins au Yémen. Nous nous mouvrons tous ensemble, en Arabes de la péninsule Arabique, pour briser la corne du diable représentée par le régime saoudien.

PRÉSENTATRICE : Tous mes remerciements à Muhammad Al-Bukhaiti, membre du Bureau politique du mouvement Ansar Allah, et mes remerciements vont également au Général de brigade Bahaa Hallal, expert en affaires militaires et relations internationales. Et toujours, le plus grand remerciement vous revient, chers téléspectateurs, pour votre fidèle suivi. À bientôt.

Voir Arabie Saoudite et Iran : conflits religieux ou politiques ?

Déclaration de Muhammad Al-Bukhaiti, membre du bureau politique du mouvement AnsarAllah au Yémen, durant les funérailles de Sayed Ali Khamenei à Téhéran.

À votre avis, quel est l’héritage le plus important du Moudjahid martyr, l’Imam Sayyid Ali Khamenei, pour la Résistance et la Oumma islamique ?

En bref, Sayed Ali Khamenei a remporté la victoire par son sang. Son martyre, dans de telles circonstances, a ravivé l’esprit de la Révolution, pour l’Iran et pour tous les pays de l’Axe de la Résistance. Par son sang, il a également accompli la preuve divine pour les enfants de la Oumma islamique. Cela fait écho à la bataille de Karbala, que l’Imam Hussein a menée et remportée par son sang. Tout comme le sang de l’Imam Hussein (que la paix soit sur lui) a ravivé la Oumma, le sang de Sayed Ali Khamenei a ravivé les peuples de l’Axe de la Résistance.

Quel est le message du peuple yéménite, qui prend part à ces cérémonies aux côtés du peuple iranien et des autres nations libres ?

Sayed Ali Khamenei occupe une place très particulière dans le cœur du peuple yéménite. Tous ceux qui sont venus aux funérailles des martyrs sont reconnaissants d’être ici. Si davantage de Yéménites avaient pu être présents, que ce soit par l’existence de moyens de déplacement ou d’une moindre distance, des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers, seraient venus aux funérailles de Sayed Ali Khamenei. C’est le moins que nous puissions offrir à ce martyr.


Entretien avec Muhammad Al-Bukhaiti, membre du Bureau politique du mouvement Ansar Allah au Yémen.

Source : Al-Araby, 13 juillet 2026

Traduction : lecridespeuples.substack.com

JOURNALISTE : Je reçois Muhammad Al-Bukhaiti, membre du bureau politique du mouvement Ansar Allah, les Houthis. Mes salutations, Sayed Bukhaiti. Vous êtes avec nous depuis Sanaa.

AL-BUKHAITI : Je suis avec vous maintenant depuis Hodeïda, car l’avion a atterri à l’aéroport de Hodeïda en raison du bombardement de l’aéroport de Sanaa.

JOURNALISTE : Et vous étiez à bord ?

AL-BUKHAITI : Oui, absolument.

JOURNALISTE : Je vois. Racontez-nous ce qui s’est passé avant que nous n’entrions dans les questions de fond.

AL-BUKHAITI : Rien ne s’est passé pour nous en tant que passagers de l’avion, mais juste avant l’atterrissage, une annonce a été faite indiquant que l’atterrissage aurait lieu à l’aéroport de Hodeïda au lieu de l’aéroport international de Sanaa, qui avait été bombardé par l’Arabie saoudite. Nous sommes toujours à Hodeïda pour l’instant.

JOURNALISTE : Je vois. Sayed Muhammad Al-Bukhaiti, cette escalade, c’est-à-dire la fin de l’état de désescalade tel qu’annoncé par le mouvement Houthi et son engagement à riposter, est-ce que le Yémen entre dans une nouvelle phase ? Certains correspondants utilisent l’expression « retour à la case départ » sur le plan intérieur yéménite. Qu’en pensez-vous ?

AL-BUKHAITI : Non. La guerre sera yéménite-saoudienne. Il aurait appartenu à la direction saoudienne de prendre l’initiative elle-même de mettre fin à l’agression contre le Yémen et de lever le siège, surtout après que tous les prétextes avancés par l’Arabie saoudite pour justifier cette agression se soient effondrés. Par exemple, le prétexte du rétablissement de la légitimité : l’Arabie saoudite elle-même a mis sous tutelle forcée (Abd Rabbuh Mansour Hadi, l’ancien président yéménite reconnu internationalement) et a nommé Rachad Al-Alimi à sa place. À cela s’ajoute le fait qu’il est désormais établi pour tous que le Yémen ne constitue une menace pour aucun pays arabe ou islamique : au contraire, il est un soutien, après que le Yémen se soit tenu aux côtés de nos frères en Palestine. Il est désormais établi pour tous que le Yémen est le berceau des Arabes, le berceau de l’islam, d’autant que nous avons affirmé à maintes occasions que nous nous tiendrons aux côtés de tout pays arabe ou islamique exposé à une agression américaine ou israélienne, comme nous l’avons fait pour la Palestine, y compris si c’était l’Arabie saoudite ou les Émirats. Par conséquent, le prétexte que le Yémen représente une menace pour la sécurité de l’Arabie saoudite ou de tout pays arabe est désormais caduc.

JOURNALISTE : Sayed Muhammad Al-Bukhaiti, il y a quelques instants, un conseiller du ministère de la Défense du mouvement Ansar Allah a directement menacé l’Arabie saoudite et a déclaré que le déploiement se ferait depuis la mer Rouge, de Mokha jusqu’aux abords de Bab-el-Mandeb. Il a évoqué le port de Yanbu, il a mentionné Aramco nommément, faisant référence à une précédente attaque des Houthis contre Aramco. Est-ce là une menace ?

AL-BUKHAITI : Absolument, car il y a une agression saoudienne injustifiée. Comme je l’ai dit, il aurait appartenu à l’Arabie saoudite de prendre elle-même l’initiative de mettre fin à l’agression, de lever le siège sur le Yémen et de mettre un terme aux souffrances des Yéménites, par la voie pacifique, et non en reprenant l’agression. Au Yémen, nous disposions de tous les prétextes pour frapper en profondeur le territoire saoudien, mais nous nous en abstenions et cherchions à éviter cette confrontation, jusqu’à ce que l’Arabie saoudite prenne l’initiative d’agresser à nouveau le Yémen. À cela s’ajoute le fait que, comme je le dis, tous les prétextes de l’agression et du siège contre le Yémen se sont effondrés. Et le principal d’entre eux était le récit affirmant que l’Axe de la Résistance représenterait les Perses contre les Arabes, ou les chiites contre les sunnites, mais ce récit s’est effondré après que les pays de l’Axe de la Résistance se soient tenus aux côtés de nos frères en Palestine. Nous demeurons, en tant qu’Axe de la Résistance, en état de guerre contre l’Amérique et l’entité sioniste. Il n’y avait donc aucun prétexte justifiant que l’Arabie saoudite commette cette stupidité. Et ainsi le peuple yéménite aujourd’hui va se lancer dans la bataille pour la libération du Yémen.

JOURNALISTE : Permettez-moi de vous interrompre, Sayed Bukhaiti. A propos de l’avion : Rachad Al-Alimi, selon les médias, affirme qu’il y avait eu de nombreuses tentatives de coordination avec vous, allant jusqu’à proposer un avion pour transporter la délégation des Houthis qui devait se rendre aux funérailles de l’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei, mais que vous avez refusé et insisté pour utiliser l’avion iranien. Des rapports relayés par Rachad Al-Alimi indiqueraient que cet avion ne transportait pas seulement la délégation houthie, mais également des éléments des Gardiens de la Révolution [iraniens], avec des technologies et des équipements militaires, ce qui suscite des inquiétudes.

AL-BUKHAITI : Chère sœur, la légitimité de tout gouvernement dans n’importe quel pays doit puiser sa source à l’intérieur même de ce pays. On ne peut pas accepter la légitimité de Rachad Al-Alimi, qui a été nommé par Mohammad bin Salman. Et ni Al-Alimi ni aucune personne du gouvernement des hôtels [expression péjorative désignant le gouvernement yéménite en exil] ne peuvent prétendre parler au nom du Yémen.

JOURNALISTE : Sayed Bukhaiti, ne revenons pas au passé : si un gouvernement légitime existait, le gouvernement d’Abd Rabbuh Mansour Hadi ainsi qu’une unanimité yéménite, c’était bien le mouvement des Houthis qui s’est dressé contre l’accord intra-yéménite.

AL-BUKHAITI : Chère sœur, nous vivons toujours les séquelles de l’agression contre le Yémen qui a commencé en 2015. J’ai dit en début d’entretien qu’il aurait appartenu à la direction saoudienne, et il lui incombait, de prendre l’initiative de mettre fin à l’agression et de lever le siège, parce qu’elle a échoué à atteindre ses objectifs et que tous les prétextes de cette agression se sont également effondrés. Nous subissons les conséquences de l’agression depuis 2015. Il y a un mois, le ministre de la Défense du gouvernement des hôtels a déclaré textuellement qu’aucun pays n’avait le droit d’intervenir au Yémen sans l’autorisation d’Ibn Saoud (Mohammad bin Salman). C’est-à-dire que n’importe quel pays peut désormais intervenir au Yémen, à condition de demander l’autorisation à l’Arabie saoudite, au motif que le Yémen constitue la sécurité nationale saoudienne. Ce gouvernement des hôtels, ma sœur, ne représente plus le Yémen en quoi que ce soit. Et aussi, le Yémen a le droit de définir qui entre sur son territoire et qui en sort, quels vols arrivent au Yémen ou en partent. Il y a actuellement des vols entre l’Amérique, la Grande-Bretagne et l’entité sioniste d’une part, et certains pays du Golfe saoudien d’autre part — dont l’Arabie saoudite en tête — et nous n’avons pas protesté, bien que nous ayons le droit de protester contre toute relation saoudienne avec l’entité sioniste.

JOURNALISTE : Sayed Bukhaiti, vous vous concentrez sur l’Arabie saoudite, mais à l’inverse, il y a une pertinence dans l’idée que l’Iran se tient derrière tout cela, notamment du point de vue du calendrier. Maintenant que l’accord du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran est en crise, comme l’a déclaré le porte-parole des affaires étrangères iraniennes, alors que la pression sur le détroit d’Ormuz est sur le point de s’intensifier ou d’engendrer des frictions, d’après certaines lectures de la situation du côté iranien, le moment serait peut-être venu de jouer la carte du détroit de Bab-el-Mandeb, et donc de mobiliser le mouvement des Houthis pour soutenir l’Iran dans sa confrontation avec les États-Unis. Tout cela n’a-t-il rien à voir avec l’escalade au Yémen, mais relèverait plutôt de l’agenda iranien ?

AL-BUKHAITI : Ce que vous dites n’est qu’en partie exact, parce que le sujet est lié à la Palestine et à la cause palestinienne. Qu’est-ce qui est exigé du Yémen et de l’Iran par les Américains, les Israéliens et les Britanniques ? Ce qui est exigé, c’est que nous abandonnions la cause palestinienne et que nous permettions à l’entité sioniste d’imposer l’équation selon laquelle il leur serait permis d’agresser n’importe quel pays arabe ou islamique, tandis que les pays arabes et islamiques se verraient interdire le droit de riposter, et qu’ils commettent des crimes de génocide à Gaza, en Palestine, au Liban, et que nous nous taisions. Voilà ce qui est exigé. Certes, la question ne se limite pas au seul Yémen : ce qui est en jeu, c’est que le Yémen est solidaire des causes de la Oumma arabe et islamique. La question est : pourquoi l’Arabie saoudite se retrouve-t-elle aujourd’hui dans la même tranchée que l’Amérique et l’entité sioniste ? C’est là la vraie question. Quant à la position du Yémen et à la position de l’Iran, elles sont justes et légitimes.

JOURNALISTE : Ce débat est long, Sayed Bukhaiti, peut-être en discuterons-nous plus en détail à une prochaine occasion. Sayed Muhammad Bukhaiti…

AL-BUKHAITI : Un dernier point : les pays arabes et islamiques doivent briser le siège imposé au Yémen et permettre aux vols de se rendre au Yémen en dépit de l’Amérique, d’Israël, de l’Arabie saoudite ou de tout instrument américain dans la région. C’est ce qui aurait dû se faire. L’Iran est le seul à l’avoir fait, et c’est pourquoi nous adressons nos remerciements à la République islamique d’Iran pour son soutien au Yémen, et nous nous tiendrons à ses côtés et aux côtés de tout pays arabe ou islamique. Nous n’abandonnerons jamais la cause palestinienne.

JOURNALISTE : Merci à vous, Muhammad Al-Bukhaiti, membre du bureau politique du mouvement des Houthis.

 

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