Interview de Mohammed Marandi, professeur à l’Université de Téhéran et ancien conseiller de l’équipe iranienne de négociation sur le nucléaire, le 16 juillet 2026.
Quels étaient les objectifs du protocole d’accord, et pourquoi est-il caduc ?
Le Yémen et la mer Rouge : un nouveau front ?
Pénuries de pétrole et pression économique : l’état réel du marché mondial
La diplomatie est-elle morte ? Faucons, factions et fenêtre de négociation
La question d’une invasion terrestre
L’effondrement potentiel des pétromonarchies du Golfe
Une guerre sans issue pour complaire au lobby sioniste
Glenn Diesen : Nous recevons à nouveau Sayed Mohammad Marandi, professeur à l’Université de Téhéran et ancien conseiller de l’équipe iranienne de négociation sur le nucléaire. Merci d’être avec nous dans l’émission.
Mohammed Marandi : Merci de m’avoir invité, Glenn. C’est toujours un grand honneur d’être avec vous et votre public.
Quels étaient les objectifs du protocole d’accord, et pourquoi est-il caduc ?
Glenn Diesen : Eh bien, nous voyons désormais que les États-Unis sont bel et bien repartis dans leur guerre renouvelée contre l’Iran. Il semble que la guerre va probablement s’intensifier au-delà des cibles que nous avions vues lors du précédent round. Nous voyons également la guerre s’élargir potentiellement, avec le Yémen qui rejoint le combat, ce qui signifie que la mer Rouge pourrait être fermée. L’Arabie saoudite devient beaucoup plus vulnérable. L’Iran a concentré, semble-t-il, une grande partie de ses attaques ces derniers jours sur Bahreïn et le Koweït. Je me demandais comment on peut comprendre la guerre maintenant, à quoi peut-on s’attendre de la part de l’Iran ? Comment va-t-il répondre aux États-Unis ? Et quel est l’objectif des États-Unis cette fois-ci ?
Mohammed Marandi : Eh bien, les Iraniens, comme vous le savez, et nous en avons déjà discuté, après la signature du protocole d’accord, ils n’ont jamais cru que les États-Unis rempliraient leurs obligations. Ça n’a jamais été quelque chose sur lequel qui que ce soit ici comptait. Donc, ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont pensé qu’ils allaient utiliser la brève période pendant laquelle le protocole d’accord devait rester partiellement crédible pour exporter beaucoup de pétrole. L’Iran avait accumulé beaucoup de pétrole sur des pétroliers dans le golfe Persique. Ils ne pouvaient pas partir à cause du siège américain. Et puis dès que le protocole d’accord a été signé, des dizaines de millions de barils ont été envoyés vers les marchés asiatiques. Et après ça, les Iraniens étaient juste en train de vider tout ce qu’ils avaient à terre et de l’envoyer, et de faire venir des navires avec des fournitures, parce que les ports de l’Iran étaient bloqués depuis 2 mois. Donc, des fournitures critiques dont on avait besoin ont été importées, et le pétrole et d’autres exportations liées à l’énergie ont été exportées. C’était probablement la chose la plus importante qui soit ressortie du protocole d’accord pour l’Iran. Bien sûr, les États-Unis poussaient pour que le pétrole quitte le détroit et la crise énergétique a été, dans une certaine mesure, atténuée en conséquence. Mais quand même, la pénurie mondiale d’énergie est toujours bien présente pour nous tous parce que pendant des mois, il y avait littéralement une pénurie quotidienne qui s’accumulait. Et ce n’était pas seulement le pétrole et le GNL, mais tout. Et en fait, la pénurie de pétrole a été gérée d’une meilleure manière que tout le reste, parce que de façon disproportionnée, d’abord les pétroliers quittaient le golfe Persique, mais les autres produits, et les autres biens nécessaires à l’économie mondiale, ils traînaient. Ils traînaient loin derrière. Maintenant, bien sûr, le détroit est fermé.
Donc, les Américains ont commencé à violer l’accord, comme prévu. Ils ont refusé de restituer les avoirs iraniens volés. Ils ont refusé de forcer les Israéliens à quitter le Liban. C’était pourtant des engagements de leur part. Ils ont refusé d’arrêter de menacer l’Iran. Ça fait partie de l’accord. Ils ont élargi les sanctions, encore une violation. Ils sont revenus sur la levée des sanctions sur les exportations de pétrole iranien, encore une autre violation de l’accord. Et donc, en général, la seule chose qu’il leur restait à faire, c’était le siège. Il n’y avait pas de siège. ils voulaient pouvoir prendre le pétrole, mais empêcher l’Iran de pouvoir bénéficier du protocole d’accord.
Et puis, bien sûr, ils ont ouvert ce corridor (au large d’Oman), qui était en violation de l’Article 5, parce qu’ils voulaient saper l’autorité de l’Iran sur le détroit, qui était reconnue à l’Article 5 du protocole d’accord. Donc pendant quelques semaines, les Iraniens ont continué à avertir les Américains. Ils ont averti les pétroliers de ne pas utiliser le corridor américain, mais les pays qui ont assisté les États-Unis dans la guerre, les Saoudiens, les Qataris, les Émiratis, ils envoyaient leurs pétroliers à travers ce corridor. En d’autres termes, ils essayaient de saper l’Iran aux côtés des États-Unis.
Donc finalement, après avoir averti les pétroliers à plusieurs reprises, l’Iran a frappé un certain nombre de pétroliers, et les Américains ont bombardé l’Iran, ce qui est bien sûr, encore une autre violation. Donc l’Article 5 a été violé parce que les Américains ont ouvert leur propre corridor en violation de l’accord, et puis bien sûr ils ont bombardé l’Iran, et maintenant ils ont fermé le, détroit par un siège. Donc chaque élément du protocole d’accord a été sapé par les Américains.
L’objectif des Américains, bien sûr, était que, puisqu’ils avaient perdu la guerre de 40 jours, la guerre du Ramadan, ils avaient perdu la guerre de siège, ils avaient perdu à la table des négociations. Ce que Trump essayait de faire, c’était d’essayer de saper le protocole d’accord et de gagner la guerre en trichant, en trompant les Iraniens. Ils voulaient s’abstenir de remplir leurs obligations, prendre le contrôle du détroit d’Ormuz et, dans leurs rêves, saper l’Iran, alors que ce n’était pas possible auparavant.
Donc, les Iraniens ont de nouveau résisté. Ils ont dit qu’ils n’allaient pas permettre aux Américains de contrôler le détroit. Et la bataille que nous voyons maintenant, la guerre que nous voyons ces jours-ci, c’est une guerre pour le détroit d’Ormuz. Les Américains planifient une invasion. Je ne dis pas que ça va nécessairement arriver. Je ne dis pas que ça va nécessairement arriver dans les prochains jours, mais ils ont des plans pour une invasion. S’ils les mettent à exécution ou pas, on verra. Mais, les Iraniens, comme vous l’avez souligné, l’essentiel des frappes iraniennes se concentre sur Bahreïn et le Koweït, et c’est parce que c’est là que se trouvent la plupart des moyens américains ont été placés pour une invasion terrestre.
Mais, bien sûr, l’Iran frappe aussi des cibles américaines en Jordanie, au Qatar, en Irak, partout où ils sentent que c’est nécessaire de frapper, ils frapperont. Cette fois-ci, bien sûr, l’Iran a aussi frappé des cibles américaines à Oman, parce qu’Oman était utilisé contre l’Iran. Voilà où nous en sommes maintenant.
Les Américains ont, bien sûr, beaucoup plus de difficulté à détruire les cibles iraniennes parce que, comme vous le savez, les cibles iraniennes sont profondément enterrées. Les moyens clés, quand l’Iran veut tirer des missiles ou des drones, ils ne les mettent pas dans, à l’intérieur de bâtiments ou en tas quelque part. Ils sortent ce dont ils ont besoin, ils les tirent, et puis ils retournent à leurs bases (souterraines). Ou ils sortent différents missiles et drones, ils les dispersent dans, différentes zones, ils les espacent les uns des autres pour que les Américains ne puissent pas les bombarder en grand nombre. Tout a été dispersé en Iran et placé sous terre. Donc, les Américains, quand ils frappent, ils ne sont pas capables de faire grand-chose.
D’un autre côté, les moyens américains sont tous en surface. Ils ne sont pas sous terre. Et c’est presque impossible de construire des bases souterraines de toute façon. Même s’ils décidaient de construire des bases souterraines, ça leur prendrait des années. Et dans certains de ces pays, ce n’est tout simplement pas possible. La raison pour laquelle l’Iran a été capable de construire efficacement autant de ces bases souterraines sans que les Américains ne puissent les détruire, c’est que l’Iran est très montagneux. Et, dans les zones montagneuses, ces bases souterraines deviennent beaucoup plus solides. Mais, dans les terrains plats et les îles, le sol n’est pas de la même nature, on ne peut pas protéger facilement ses moyens sous terre. Donc, des pays comme le Qatar, Bahreïn, le Koweït, les côtes de l’Arabie saoudite, et la plupart des Émirats, ce n’est tout simplement pas faisable. Mais, de toute façon, s’ils le veulent, ça leur prendra des années.
Donc c’est facile pour les Iraniens de détruire les moyens américains. Ce qu’ils doivent faire, c’est détruire les systèmes radar, les, systèmes de guerre électronique, et ensuite ils démolissent les bâtiments, les hangars, et tout ce qu’ils ciblent. Donc, l’Iran a cet avantage. Et bien sûr, l’Iran a accumule des missiles et des drones depuis des décennies maintenant. Et je crois que la nuit dernière, ils ont introduit un nouveau missile dans la guerre.
Et rappelez-vous, les Américains disaient, Trump en particulier, qu’ils avaient anéanti tous les missiles et drones de l’Iran. Les frappes iraniennes sur les cibles américaines ces derniers jours ont été très lourdes. Ils sont en train de tirer des missiles et des drones sans arrêt à travers toute la région sur des cibles américaines.
Donc, nous en sommes là où nous en sommes, et on ne sait pas clairement où les choses vont. Les Iraniens sont déterminés à s’assurer que les restrictions au détroit ne soient pas levées tant que les États-Unis n’auront pas rempli leurs obligations dans le protocole d’accord. Bon, qu’on l’appelle protocole d’accord ou pas, ça n’a pas d’importance. L’Iran veut, exige que les États-Unis forcent les Israéliens à quitter le Liban et à mettre fin aux attaques génocidaires, qu’ils restituent les avoirs volés, et ainsi de suite. Sinon, je suis tout à fait certain que le commerce à travers le détroit d’Ormuz ne se normalisera pas, même si les Américains cessent les hostilités militaires.
Le Yémen et la mer Rouge : un nouveau front ?
Glenn Diesen : Quelle est à vos yeux la pertinence de l’implication du Yémen ? Parce que encore une fois, on voit beaucoup de pays impliqués dans tout ça, mais le Yémen est très crucial, semble-t-il, étant donné sa position géographique. Il faut regarder la géographie ainsi que ses capacités, ce qu’il peut réellement faire. Dans quelle mesure le Yémen est-il prêt à s’impliquer ? Si on devait l’évaluer, quelles seraient à la fois les intentions et les capacités du Yémen à contribuer à cette guerre ?
Mohammed Marandi : Je pense que le Yémen et l’Irak sont tous deux très importants. En Irak, nous avons vu, aux funérailles de l’Ayatollah Khamenei, dans les villes saintes de Najaf et Kerbala, plusieurs millions de personnes, des foules sans précédent. Et pour la première fois pendant ces funérailles, comme vous le savez, l’Occident n’a pas été capable de minimiser leur importance. Par le passé, chaque fois qu’il y avait d’immenses rassemblements en Iran, ils disaient que des milliers de personnes s’étaient rassemblées, parfois peut-être des dizaines de milliers de personnes. Je ne me souviens pas avoir souvent entendu le mot « centaines de milliers ». Mais cette fois-ci, ils ont admis que plusieurs millions ont participé. Et à Téhéran, je crois que c’était 15 ou 16 millions, des millions de personnes à Machhad et Qom en Iran également. Au total, une quarantaine de millions ont participé. Il y a eu 3 jours de rassemblements. En Irak, il y avait plusieurs millions de personnes. Et ça, je pense, ça montre où se situent les sentiments du peuple iranien, et où se situent ceux du peuple irakien.
Et si la guerre s’intensifie, ça signifie fondamentalement que la résistance irakienne a un mandat (pour intervenir). Jusqu’à présent, la résistance irakienne n’a pas été aussi active qu’elle l’était il y a 4 mois. Donc, il est clair que la résistance, l’Axe de la Résistance, les Iraniens et leurs alliés n’ont pas encore gravi les échelons de l’escalade aussi loin que ça. C’est la même chose pour le Yémen. Le Yémen, en fait, c’est une situation étrange parce que si j’étais les Saoudiens, je n’aurais pas fait ça (frapper l’aéroport de Sanaa). Mais les Iraniens ont brisé le siège contre le peuple du Yémen.
Je me souviens d’un ancien responsable militaire américain, disant qu’il était sur un navire au Yémen, un navire de guerre américain qui imposait le blocus, et ils ont capturé un petit bateau qui faisait passer en contrebande des médicaments pour le Yémen. Ils ont juste pris les médicaments et les ont jetés à la mer. Voilà comment les États-Unis et l’Occident et les régimes arabes de notre région ont tous traité le Yémen. Ils ont essayé d’affamer la population, ils ont essayé de la faire souffrir autant que possible. Ce n’est pas sans évoquer Gaza. La guerre contre le Yémen, qui a été menée pendant des années par les Saoudiens et les Émiratis avec le soutien de tous ces autres pays, était une guerre génocidaire, comme Gaza. Mais elle a échoué.
Et l’Iran a brisé le siège. Il a envoyé un avion de passagers au Yémen, afin de faciliter le déplacement de responsables yéménites pour prendre part aux funérailles iraniennes. Et quand l’avion revenait, les Saoudiens ont bombardé l’aéroport international de Sanaa, la capitale. Et ça a mis en danger l’avion iranien, et aussi les citoyens yéménites. Et le Yémen a riposté. Donc les tensions entre l’Arabie saoudite et le Yémen se sont intensifiées. Et c’est une mauvaise nouvelle pour l’Arabie saoudite, et c’est une mauvaise nouvelle pour les États-Unis. On a dit que les Américains ont fait pression sur les Saoudiens pour mener cette attaque. Je ne le sais pas avec certitude ou non. Je n’ai aucune information, je l’ai entendu de la part de deux ou trois personnes, généralement parlant, crédibles, mais je n’ai aucune preuve de ça.
Donc, la situation en mer Rouge est beaucoup plus, dangereuse qu’elle ne l’était avant, à cause de la montée des tensions entre le Yémen et l’Arabie saoudite. Que peut faire le Yémen ? Eh bien, ils peuvent arrêter le flux de pétrole de la mer Rouge, vers les marchés asiatiques très facilement s’ils frappent l’un des super-pétroliers. S’ils touchent même un seul super-pétrolier, ça va affecter énormément le commerce, à cause des compagnies d’assurance et les compagnies de pétroliers vont repenser à envoyer leurs navires en mer Rouge. S’ils frappent les installations saoudiennes pétrolières et énergétiques, ça sera catastrophique aussi. Vous vous souvenez de ce qui a mis fin à la sale guerre contre le Yémen, c’était vers la fin des 7 années, les forces armées yéménites ont commencé à riposter. Elles avaient acquis des capacités de drones et de missiles, donc elles ont détruit les capacités d’exportation saoudiennes. Et les Saoudiens ont rapidement accepté un cessez-le-feu. Donc on peut supposer que ces capacités qui existaient à l’époque n’ont pas disparu.
S’ils frappent les capacités pétrolières saoudiennes, les capacités d’exportation de pétrole, ce serait catastrophique pour les Saoudiens, mais aussi pour les États-Unis. C’est pourquoi je pense que la pression américaine sur l’Arabie saoudite pour mener cette attaque était insensée, parce que maintenant que le détroit d’Ormuz est fermé, si quoi que ce soit arrive aux exportations saoudiennes, qui sont à peu près, entre trois et quatre millions de barils et demi par jour selon différentes estimations, ça amènerait une très forte hausse du prix du pétrole. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas vu le Yémen faire ça. Nous n’avons pas vu la résistance en Irak s’impliquer, et nous n’avons pas vu la résistance au Yémen s’impliquer. Ça signifie, à mon avis, que les Iraniens veulent gérer cette escalade plutôt que de mener une guerre totale.
Pénuries de pétrole et pression économique : l'état réel du marché mondial
Glenn Diesen : On a dit un jour que la guerre de plusieurs années contre le Yémen avait pris fin quand le Yémen a été capable de cibler les intérêts économiques de l’Arabie saoudite. Et quand Trump, je suppose à contrecœur, a signé le protocole d’accord, il a aussi évoqué le besoin de faire passer l’énergie par le détroit d’Ormuz, puisque les États-Unis n’avaient plus que quelques semaines de pétrole devant eux. Donc, évidemment, les pressions économiques sont assez importantes ici, surtout quand on combat un pays immense, une grande puissance comme les États-Unis. Mais encore une fois, la guerre n’est pas terminée depuis si longtemps que ça. Comment est l’état de l’économie maintenant ? Combien de pétrole les Américains ont-ils été capables de faire passer, et peuvent-ils essentiellement continuer pendant des mois maintenant ? Je me demande juste quelle est la situation de l’économie mondiale maintenant, parce que je, vous savez, je ne voudrais pas essayer d’évaluer comment cette guerre va évoluer. Oui, on peut regarder les capacités que les Américains ont pu accumuler face aux Iraniens, quel genre d’armes ils ont pu développer. Mais aussi, la résilience économique. Comme vous l’avez dit, les Iraniens ont pu faire passer beaucoup de leurs navires. Mais quel est l’état général de l’économie mondiale ici ? Parce que ça ne semble pas avoir été assez de temps pour ce que J.D. Vance a dit, « On a besoin de gagner du temps pour que le pétrole recommence à circuler. » Mais ça n’a pas été beaucoup de temps.
Mohammed Marandi : Eh bien, l’ironie, c’est que si les États-Unis avaient juste laissé le protocole d’accord avancer, à l’heure qu’il est, le flux de pétrole se serait normalisé. Mais ils ont essayé de prendre le contrôle, et ils ont essayé de saper l’Iran, et maintenant nous en sommes là. Mais, pendant une, une période de temps, selon les propres chiffres de Vance dans son interview, acceptons ses chiffres, 20 millions de barils de pétrole ont quitté le golfe Persique chaque jour. Je ne sais pas si ça inclut la mer Rouge ou pas. Si ça ne l’inclut pas, alors pendant cette période, la quantité de pétrole qui a quitté le golfe persique pour les marchés internationaux est supérieure à la normale. C’est possible parce que ces pétroliers étaient déjà dans le golfe Persique et pleins de pétrole. Donc, ils attendaient juste de partir. Mais une nouvelle production n’a pas nécessairement lieu. Donc, pendant quelques jours ou quelques semaines, tous ces pétroliers pourraient rapidement partir, mais après il faudra voir si de nouveaux pétroliers vont entrer dans le golfe Persique en nombre suffisant, et si la production dans les pays du golfe Persique peut se normaliser. Donc, vous pouvez avoir une hausse soudaine de la quantité de pétrole qui existe et qui vient du détroit d’Ormuz, mais ce n’est pas nécessairement soutenable. Et d’après ce que je comprends, et d’après ce que j’ai entendu d’experts, ce n’est pas soutenable.
Mais si c’est, disons, 20 millions de barils par jour, et c’est même plus que la normale, ça ne fera quand même pas une grande différence, parce que les pénuries sont énormes et la consommation quotidienne n’a pas radicalement changé. Donc au maximum, disons que 3 ou 4 millions de barils supplémentaires de pétrole arrivaient sur le marché chaque jour pendant 3 semaines. Ça, pendant cette période où le détroit d’Ormuz a de nouveau été fermé, je pense que c’est égal à ça. La quantité excédentaire qui est allée vers les marchés a maintenant été annulée par le fait que pendant les derniers jours le détroit a été fermé. Et donc à partir de maintenant, chaque jour où le détroit est fermé va créer une situation de plus en plus dangereuse. Parce que, comme vous l’avez souligné à juste titre, quand Trump était attaqué par littéralement tout le monde à propos du protocole d’accord et pour avoir cédé à toutes les exigences de l’Iran, il a dit que les Etats-Unis n’avaient plus que 4 semaines d’approvisionnement en pétrole. Et il a aussi donné l’exemple de Herbert Hoover et de la Grande Dépression. Donc il ne voulait pas présider à ça.
Donc si on regarde le fait qu’il y avait un peu de pétrole supplémentaire qui quittait le golfe Persique, parce qu’il était déjà prêt dans les pétroliers. Et le fait que rien ne sort maintenant, je dirais qu’à partir de maintenant, on revient à où on en était quand Trump a fait cette déclaration en fait de pénuries, disons qu’il lui reste quatre semaines d’approvisionnement. Encore une fois, ce n’est qu’une estimation générale, mais je ne pense pas que cette situation soit soutenable longtemps. Ça peut être plus de quatre semaines. Je veux dire, Trump n’est pas connu pour être honnête. Il a peut-être juste dit quatre semaines pour créer de la peur pour que les gens arrêtent de critiquer le protocole d’accord. Ça pourrait être six semaines. Ça pourrait être huit semaines. Mais la crise empire de jour en jour.
Et ensuite, Glenn, il y a aussi le fait que pendant ces trois semaines où le pétrole quittait le détroit, d’abord, il n’y avait certainement pas autant de pétroliers qui entraient dans le détroit. C’est vraiment important pour l’avenir. Et deuxièmement, donc les pétroliers partaient surtout, et moins de pétroliers entraient dans le détroit. Donc à l’avenir, si le détroit, s’il y a un accord, si le détroit est rouvert, ça prendra plus de temps de faire sortir le pétrole. Et en plus de ça, le fait que ces pays ont recommencé à exporter et maintenant ils doivent de nouveau tout fermer, ça va augmenter les dommages sur les puits de pétrole. Donc les conséquences de la relance de cette situation vont être significatives. Et je pense que les conséquences à long terme se feront sentir même si la situation est résolue, mais cette fois-ci, je ne vois pas les Iraniens normaliser le détroit d’Ormuz de sitôt, à moins que les États-Unis ne remplissent leurs obligations du protocole d’accord. Que ce soit dans le cadre du protocole d’accord ou pas, cette fois-ci les Iraniens ne vont pas l’ouvrir sans obtenir des concessions majeures.
La diplomatie est-elle morte ? Faucons, factions et fenêtre de négociation
Glenn Diesen : Je suis content que vous ayez mentionné ça, parce que c’était une de mes questions. C’est-à-dire la possibilité de la diplomatie maintenant. D’après ce que je comprends, en Iran, appelons-les les faucons ont averti que les États-Unis n’appliqueraient pas le protocole d’accord, mais c’était essentiellement l’argument pour continuer les combats. Il apparaît que leur argument l’a emporté. C’est-à-dire qu’ils avaient raison. Les États-Unis n’allaient pas s’y tenir. Donc, vous supposeriez que les points de vue plus radicaux au sein de Téhéran gagneraient maintenant un certain élan. Donc, quelle est la possibilité maintenant de la diplomatie, parce que encore une fois, si vous voulez le remettre dans le contexte plus large, c’est-à-dire le JCPOA (accord nucléaire de 2015), qui n’a jamais été mis en œuvre par les États-Unis, et puis ils s’en sont retirés, puis il y a eu deux attaques contre l’Iran alors qu’on prétendait qu’on était proche d’un accord… On a juste l’impression que la diplomatie n’est qu’un instrument pour se regrouper, et façonner le champ de bataille de manière plus favorable. Donc, étant donné que la diplomatie a maintenant été, détruite ou diminuée à un tel point, quelle est l’approche de l’Iran maintenant pour de nouvelles discussions avec les États-Unis ? Parce que, d’un côté, oui, je ne ferais pas confiance aux États-Unis, non plus si j’étais assis à Téhéran. D’un autre côté, à un moment donné, il faut parler pour mettre fin à tout ça.
Mohammed Marandi : Vous savez, c’est intéressant. Et vous avez tout à fait raison. Il y a eu des divisions, et nous en avons déjà discuté ensemble auparavant, en Iran, sur la voie à suivre. Et après le protocole d’accord, il y a eu un clivage sur comment gérer les États-Unis. Certains disaient que le protocole d’accord était assez décent., que nous devions exporter notre pétrole et importer des biens critiques, et si les Américains ne respectent pas le protocole d’accord, nous nous abstiendrons simplement d’assouplir le détroit d’Ormuz. D’autres disaient qu’on aurait dû juste continuer la guerre, et qu’on n’aurait pas dû, signer le protocole d’accord.
Maintenant, qui avait raison et qui avait tort ? Je pense qu’il y avait un consensus sur le fait que le protocole d’accord ne durerait pas. Mais il y avait des différences sur le fait que le protocole d’accord ait été signé malgré tout, que les Iraniens soient parvenus à cet accord. Donc, cet écart s’est réduit parce que maintenant nous sommes de retour en guerre. La politique iranienne est plus unie. Maintenant, Vance a dit quelque chose, hier soir sur l’émission de Joe Rogan qui n’avait aucun sens. Il disait qu’en Iran il y a deux factions, certains sont raisonnables, certains sont fous. Et les raisonnables disent qu’on n’aurait pas dû frapper les navires. Ça, ça n’a aucun sens. Je veux dire, rien ne se passe en Iran sans un mandat du Conseil suprême de sécurité nationale. Les Gardiens de la Révolution, l’armée, personne n’a la capacité de simplement aller tirer des missiles ou tirer des drones ou quoi que ce soit comme ça. Ça, ça ne va tout simplement pas se produire.
Et en Iran, comme je l’ai dit, la, la seule raison pour laquelle l’Iran, a frappé ces navires, c’est parce que les Américains violaient le protocole d’accord. Et les gouvernements qui contrôlaient ces navires assistaient les Américains dans la violation. Et les Iraniens n’allaient pas accepter ça, parce que si vous laissez les Américains saper l’accord, alors ils vous saperont. Donc, la politique iranienne est unie aujourd’hui, plus unie qu’elle ne l’était il y a une semaine.
D’un autre côté, si vous avez écouté ce que J.D. Vance disait dans l’émission, il est clair que la politique à la Maison-Blanche n’est pas si unie que ça. J.D. Vance semble parler un langage très différent de celui de Trump et d’autres personnes autour de Trump. Mais aussi, en plus de ça, vous voyez la tentative de Trump d’obtenir un budget supplémentaire pour la guerre, pour le Pentagone, pour le Secrétaire à la Guerre. Les tentatives d’augmenter le budget ont rencontré une forte résistance de la part des Démocrates, parce qu’ils voient que la population américaine est opposée à la guerre, et les Démocrates sont presque unanimement opposés à la guerre. Donc, vous voyez de la résistance à ça. Si cette résistance continue, ça va rendre difficile pour Trump de continuer à mener la guerre, parce qu’il a besoin de cet argent supplémentaire.
Donc, Vance ne semble pas être en pleine coordination avec Trump. Le Sénat et la Chambre pourraient créer des problèmes pour Trump dans la poursuite de la guerre. Donc, alors que la scène politique à Téhéran est plus unie aujourd’hui avec le début de la guerre, aux États-Unis, elle semble être beaucoup plus divisée. Et ça, je pense, ça signifie qu’il pourrait y avoir une opportunité à l’avenir de forcer les États-Unis à changer de politique. Mais les Iraniens ne sont pas intéressés pour l’instant. Donc, je ne pense pas que nous allons avoir un cessez-le-feu de sitôt. Je pense que ça va continuer pendant un moment. Et ensuite, ce que les Iraniens vont vouloir, c’est que les États-Unis appliquent réellement l’accord ou appliquent certaines exigences. Les Iraniens ne vont accepter aucun nouveau bout de papier. Ils vont dire « Vous mettez ça en œuvre, et ensuite, le détroit pourra être normalisé ».
Maintenant, Trump pourra peut-être dire qu’il a parlé à certains de ses amis iraniens imaginaires et de ses dirigeants iraniens imaginaires, et qu’ils lui ont donné tout ce qu’il voulait, et qu’ils lui ont fait d’énormes, énormes cadeaux, et ce genre de chose, et ensuite justifier une nouvelle retraite, et ça pourrait être le cas, mais je ne vois pas les Iraniens retourner à la table des négociations du tout tant que des mesures n’auront pas été prises. Donc ce que disent les Américains n’a pas d’importance pour les Iraniens. Les Iraniens, comme je l’ai dit, ne leur faisaient pas confiance à l’époque. Les Iraniens pensaient que le protocole d’accord fournissait une opportunité pour rapidement faire entrer des fournitures et exporter du pétrole. Donc, je serais très surpris si les États-Unis arrêtaient les opérations dans les prochains jours, mais même si les États-Unis le faisaient, je pense que l’Iran continuera à garder le détroit d’Ormuz fermé jusqu’à ce que les États-Unis appliquent ce qu’ils ont promis de faire. Qu’on l’appelle le protocole d’accord ou autre chose, les Iraniens veulent que ces exigences soient satisfaites. Sinon, il n’y aura pas de libre circulation du pétrole ni de quoi que ce soit d’autre à travers le détroit.
La question d'une invasion terrestre
Glenn Diesen : Je veux juste revenir sur quelque chose que vous avez dit plus tôt, à savoir que la situation en Irak a aussi beaucoup changé à cause de cette guerre. Et en effet, j’ai vu des rapports selon lesquels il y a eu des combats près de la frontière irakienne avec le Koweït, et je me demandais juste quelle est la pertinence globale de l’Irak, parce que encore une fois, pour les États-Unis, idéalement, et je ne dis pas que ce soit encore une possibilité, mais ils voudraient utiliser des troupes au sol. Donc, vous savez, généralement ils combattent par procuration. Ils utilisent les Ukrainiens contre la Russie, les Philippins contre les Chinois par exemple, mais les Irakiens auraient idéalement été un instrument pour que les États-Unis les utilisent de nouveau contre l’Iran. Vous, en tant que vétéran de la guerre Irak-Iran, je n’ai pas besoin de vous le dire, bien sûr, mais quelle est la pertinence maintenant de l’Irak ? Je veux dire, peuvent-ils jouer un rôle significatif dans cette guerre du côté de l’Iran ?
Mohammed Marandi : Oui, sans aucun doute. Les Américains utilisent bien des supplétifs contre l’Iran. Les terroristes kurdes dans le nord de l’Irak, et d’autres groupes terroristes qui existent là-bas. Ils s’entraînent là-bas, et ils sont financés. Et le gouvernement local irakien, le gouvernement kurde, les tolère. Donc ils ont des bases, et les Iraniens les bombardent littéralement tous les jours. Aussi, vous avez ces éléments wahhabites salafistes takfiris au Baloutchistan pakistanais, où le Pakistan n’a pas beaucoup de contrôle. Ils sont entraînés, ils mènent des opérations en Iran, et nous avons vu plus d’activité qu’auparavant dans ces deux zones.
Mais ces groupes ne seront pas capables de faire quelque chose d’important. Ils n’ont pas cette capacité. Leurs effectifs sont, sont réduits. Donc si les Américains veulent mener une opération terrestre, ils devront le faire eux-mêmes. Et les endroits où les Américains sont en train de se préparer, ou ont essayé de se préparer, pour une éventuelle opération terrestre, c’est le Koweït, et l’autre c’est Bahreïn. C’est pourquoi ces pays sont attaqués de manière disproportionnée. Tout ce qui pourrait être lié à une opération terrestre contre l’Iran est bombardé dans ces deux pays.
Ce plan est important. D’après ce que j’entends de la part d’Iraniens, de gens qui s’y connaissent un peu en matière militaire, le bombardement américain de l’Iran est mené d’une manière qui serait appropriée pour une invasion terrestre. Le ciblage, les endroits qui sont bombardés sont plus appropriés pour une offensive terrestre. Or, le problème, la raison pour laquelle ça me surprend un peu, et ça surprend l’armée iranienne, c’est que ce n’est pas le moment pour une opération terrestre parce que la chaleur et l’humidité dans la péninsule Arabique et dans le golfe Persique sont très élevées. Il fait plus de 40 degrés et jusqu’à 50 degrés, plus de 50 degrés, et l’humidité est à 100%. Surtout de l’autre côté et autour du détroit d’Ormuz. Je veux dire, autour du golfe Persique, les environs immédiats du golfe Persique. Donc, si les Américains veulent prendre des îles, ce sera l’enfer sur terre. Rien que d’être en uniforme et de courir, pendant la journée, ce serait très dangereux à faire. Les troupes pourraient mourir de la chaleur très facilement. Donc ce n’est pas le meilleur moment pour mener une invasion terrestre.
Les Iraniens, comme je l’ai dit, ne croyaient pas que les Américains respecteraient le protocole d’accord. Les Iraniens pensaient que si les Américains menaient une invasion terrestre, ils le feraient fin septembre, ou après fin septembre, quand les températures commencent à se refroidir. Il ferait encore chaud, mais ce ne serait pas aussi horrible et difficile que maintenant, ce qui serait terrible pour le moral. Et je suis sûr que le moral des soldats américains dans la région est très bas, parce que les soldats iraniens, eux, ils rentrent chez eux, même dans les zones les plus difficiles, près de la région du golfe Persique, avec la chaleur et tout ça. Mais pour les Américains, ils sont juste basés dans des circonstances terribles. Et leur équipement n’est pas bien protégé, vous savez, les tempêtes de sable, l’humidité, la chaleur, ce n’est certainement pas bon pour n’importe lequel de l’équipement, pour des milliards de dollars d’équipement qui a été amené dans la région.
Mais le schéma est celui d’une force armée qui veut mener une opération terrestre. Donc, qu’ils le fassent ou pas, je ne sais pas. Les Iraniens frappent très fort et ils sont préparés pour une guerre terrestre. Ils s’y préparent depuis des décennies. Nous en avons discuté pendant la guerre de 40 jours, dans votre émission, quand j’avais dit que les Iraniens voulaient en fait que les Américains mènent une invasion terrestre. Et c’est la même chose maintenant, parce qu’ils sentaient que s’il y avait une invasion terrestre, ils gagneraient. Les Iraniens gagneraient. Les Iraniens laisseraient les Américains prendre certaines îles. Ils les laisseraient prendre des parties du territoire continental, où qu’ils veuillent aller. Et ensuite ils commenceraient à les frapper. Et les soldats américains seraient très vulnérables. Et soutenir ces soldats serait très difficile, parce que de l’autre côté, le Koweït est loin. Bahreïn est loin. La logistique d’une opération serait très difficile, et très difficile à soutenir. Donc, les Iraniens pensent que si les Américains menaient une opération terrestre, ça mettrait en fait fin à la guerre plus tôt, parce que ce serait la défaite finale. Mais ça ne s’est pas produit à l’époque, et les Iraniens s’y préparent maintenant. Mais ils sont juste surpris que les Américains se comportent en ce moment d’une manière qui serait appropriée pour une invasion terrestre quelque peu imminente, ou une invasion terrestre qui serait menée avant fin septembre.
L’effondrement potentiel des pétromonarchies du Golfe
Glenn Diesen : Eh bien, si les États-Unis faisaient une invasion terrestre, et j’ai encore vu des rapports selon lesquels chaque jour le Koweït et Bahreïn en particulier sont frappés très durement. Mais ma dernière question porte juste sur l’Arabie saoudite, cependant. Dans quelle mesure pensez-vous qu’ils pourraient s’impliquer dans une telle opération ? Parce que si vous voulez saisir des îles iraniennes par exemple, ou si vous essayez même d’envahir le territoire continental iranien, on penserait qu’ils auraient besoin des Saoudiens.
Mohammed Marandi : Vous savez, le vrai problème, je pense, ça vient juste d’être annoncé il y a quelques heures, encore une fois, par l’armée, à savoir que si les infrastructures critiques de l’Iran sont ciblées, ils détruiront tout. Et ils l’ont dit pendant la guerre de 40 jours aussi. Mais une invasion terrestre signifierait par nature détruire des infrastructures critiques. Vous allez prendre du territoire. Vous allez le détruire.
Donc, je pense que tous ces pays sont en danger. Et l’Arabie saoudite en particulier est en danger, du côté de la mer Rouge et du Yémen aussi. Le problème, Glenn, c’est que ces pays reconnaissent que leurs intérêts ne sont pas de se battre contre l’Iran. Mais dans le cas du Koweït et du régime à Bahreïn, peut-être que le régime à Bahreïn est très, très dépendant du soutien américain pour exister. Mais le Koweït et Bahreïn ont montré une hostilité particulière envers l’Iran pendant ces dernières semaines. Mais s’il y a une guerre terrestre, les Iraniens ne vont pas continuer à se concentrer uniquement sur ces deux pays. Si les infrastructures critiques de l’Iran sur ces îles sont détruites, ou que les États-Unis les occupent, alors l’Iran ripostera. Et leurs forces armées ont dit que toutes les infrastructures critiques de la région seront détruites. Si ça arrive, ça met fin à ces pays. L’Arabie saoudite, les Émirats, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, et Oman aussi, maintenant qu’ils ont aidé les Américains. Ils ne peuvent pas survivre si l’Iran frappe leurs infrastructures critiques. Parce que ces pays sont des pays désertiques. L’Iran est un pays qui a des forêts, des rivières, des montagnes. L’Iran a des déserts, mais il a tout le reste aussi. L’Iran est presque autosuffisant en agriculture, malgré les sanctions. S’il n’y avait pas les sanctions, l’Iran serait plus qu’autosuffisant. Et cette année, nous avons eu une assez bonne pluviométrie, meilleure que la moyenne, alors qu’on a eu une sécheresse pendant les 3, 4 dernières années.
Donc, s’il y a une guerre totale, et s’ils essaient de prendre le territoire de l’Iran, s’ils commencent à essayer de frapper les infrastructures critiques de l’Iran, comme Trump a menacé de le faire, l’Iran ne veut pas aller dans cette direction. Mais ça signifierait une guerre totale. Et je suis sûr que vous avez vu les images des frappes de missiles et de drones iraniens ces derniers jours. Très précises. Meilleures qu’avant. Il est clair que les capacités de missiles de l’Iran sont améliorées, à la fois en qualité et en quantité. Et l’Iran peut facilement détruire les principaux moyens de production de pétrole, les principaux moyens de production de gaz, les principales centrales électriques, et il n’y en a pas tant que ça dans ces pays. Ils sont grands et proches des frontières iraniennes. L’Iran n’a même pas besoin d’utiliser ses missiles à longue portée. En fait, ces derniers jours, l’Iran n’a pas utilisé plus d’une poignée de ses missiles à longue portée. Il a utilisé des missiles et drones à courte et moyenne portée qui ont frappé. Ce n’est que dans quelques occasions, probablement juste pour s’entraîner, qu’ils ont utilisé des missiles à longue portée.
L’Arabie saoudite est dans une situation particulièrement dangereuse. Parce que c’est le seul pays qui peut continuer à exporter du pétrole à travers la mer Rouge, car à travers le détroit d’Ormuz, ce n’est plus possible. Mais elle s’est mis à dos le Yémen, et les Yéménites ne vont pas reculer. D’un autre côté, si les États-Unis mènent une invasion terrestre, ça signifie par nature cibler les infrastructures critiques iraniennes, parce que vous prendriez ce territoire. Et si Trump met à exécution la menace de frapper les ponts iraniens et les centrales électriques, alors je dirais que ces pays cesseraient probablement d’exister. Et rappelez-vous, dans ces températures, les gens devraient partir immédiatement. Ils devraient aller en Irak ou au Yémen, ou en Syrie, mais ils ne pourront très certainement pas rester près de la région du golfe Persique.
Une guerre sans issue pour complaire au lobby sioniste
Glenn Diesen : C’est incroyable. Je pense que l’une des leçons clés de la guerre contre l’Iran a été, à mon avis, que l’illusion du contrôle de l’escalade est assez dangereuse, et je pense que les États-Unis n’ont toujours pas vraiment intégré cette leçon, comme on le voit maintenant. Je pense que cette guerre peut s’approfondir et s’élargir très, très vite, et c’est une situation intéressante. Je ne vois tout simplement pas d’option militaire pour les États-Unis. Évidemment, ils n’en voyaient pas non plus avant, et c’est pourquoi ils ont signé le protocole d’accord, et aussi maintenant la fenêtre diplomatique se referme, donc c’est une situation incroyable. Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Mohammed Marandi : Oui, juste un dernier point. Je pense que les Américains savent que c’était insensé, et que la géographie de la région ne profite pas aux États-Unis. Et encore une fois, si ces pays s’effondrent, ça signifie qu’on entre dans une dépression économique mondiale bien pire que celle des années 1930. L’Irak serait beaucoup plus sûr, le Yémen serait beaucoup plus sûr, et bien sûr l’Iran serait beaucoup plus sûr que de rester dans la péninsule Arabique dans ces circonstances. Donc, cet effondrement serait irréversible. Mais pourquoi est-ce que tout ça se passe ? Pourquoi les États-Unis font-ils ça ? Et je pense que ça remonte à ce que Joe Kent a dit tout au début, quand il a remis sa lettre de démission au début de la guerre. C’était un nommé de Trump. Il était aussi haut placé dans l’échelle du renseignement qu’on peut possiblement l’être. Il a dit que c’est le lobby sioniste et la machine israélienne. Ils veulent cette guerre. Et si on ajoute à ça l’hubris et l’arrogance de Trump et l’exceptionnalisme américain, c’est la seule raison pour laquelle tout ça se passe. Essentiellement ce que Trump semble faire, c’est qu’il mise toute la maison dans l’espoir que d’une manière ou d’une autre, miraculeusement, il s’en sortira vainqueur. Mais ce n’est pas ce qui va se passer.
Et c’est pourquoi Vance a dit dans l’interview, malgré les absurdités qu’il a dites sur le fait que l’Iran serait divisé entre un groupe de fanatiques et l’autre groupe de gens sensés. Il doit dire ça pour ne pas être vu comme se retournant contre Trump. Il répète ce récit. Mais je pense que Vance reconnaît que ce navire va couler et qu’il doit descendre du navire. Et peut-être qu’il se voit lui-même comme la personne qui peut sauver le navire. Mais ça n’a pas de sens. Et je pense que les déclarations de Vance indiquent en quelque sorte que la résistance des Démocrates à la Chambre et au Sénat, leur, leur résistance à l’argent qu’on veut fournir au département de la Guerre, je pense que c’est révélateur de ça aussi. Parce qu’ils savent évidemment des choses que les médias ne diront pas au peuple américain.
Glenn Diesen : Eh bien, merci encore d’avoir pris le temps aujourd’hui. J’espère que vous pourrez revenir très bientôt.
Mohammed Marandi : Merci de m’avoir invité. J’espère que quand je reviendrai, ce sera pour discuter de scénarios plus optimistes.
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