vendredi 12 mars 2021

USA. Ces évangéliques derrière Trump

Hégémonie, démonologie et fin du monde
L’auteur livre une puissante réflexion sur ce raz-de-marée idéologique évangélique qui irrigue les moindres terres du Nouveau Continent, au nord comme au sud, et qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

L’annonce de la victoire de Joe Biden face à Donald Trump à la dernière élection présidentielle a renforcé l’idée de deux Amériques. Mais loin de la catastrophe annoncée, Trump a renforcé en quatre ans toutes les franges conservatrices, radicales, mystiques et messianiques de la société américaine en un joyeux chaos politique, social et cultuel.

La victoire de Biden pourrait pourtant nous faire croire à la caducité du contenu du livre d’André Gagné, professeur à l’Université Concordia à Montréal. Il n’en est rien : l’auteur livre une puissante réflexion sur ce raz-de-marée idéologique évangélique qui irrigue les moindres terres du Nouveau Continent, au nord comme au sud, et qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Si l’auteur explique que « pour la frange charismatique proche du pouvoir politique, le président Trump représente le seul espoir pour l’Amérique », c’est bien que le « trumpisme » a quelque chose en lui d’évangélique.

Domination nécessaire des chrétiens dans le monde mais aussi dans toutes les couches nationales de la société, vision binaire du monde, le Bien contre le Mal, qui passe par la lutte contre le diable, instinct de survie contre les autres, désignation des ennemis ultimes de l’Amérique, lien à Israël, Iran comme bouc-émissaire de tous nos maux et menace de l’apocalypse : des millions d’Américains y croient de plus en plus et restent persuadés que Dieu les a choisis pour sauver le monde. Biden, le catholique, devra bien compter aussi avec ce courant qui pèse un peu plus dans chaque élection américaine, et qui a infiltré à cet effet bon nombre des sphères politiques depuis des années. Il pourrait, par une pratique plus sincère de la religion, en séduire de plus en plus. Car l’évangélisme, ce n’est pas qu’une religion, dit André Gagné, c’est un agenda très politique.

Lance Wallnau, l’un des grands entrepreneurs et prédicateurs évangéliques du moment, surnommait Trump le « candidat divin du chaos ». Faut-il rappeler que les chrétiens blancs évangéliques avaient joué un rôle considérable dans l’élection de 2016 en votant à 81 % en faveur de Trump ? Ce dernier, malgré les scandales, sa personnalité, ses erreurs, est resté leur candidat. Et il n’avait pas manqué de leur donner des gages : un vice-président évangélique, Mike Pence, et la télé-évangélique Paula White, conseillère spirituelle, dont on se souvient des prières à répétition pour que son candidat l’emporte – en vain. Une fois encore, à l’issue des élections du 4 novembre dernier, huit évangéliques blancs sur dix, selon les chiffres disponibles, ont voté pour Trump.

Pourtant, tout concourait à élire un président qui leur rappelle le fameux roi perse Cyrus le Grand, « qui fut choisi par Dieu pour l’affranchissement du peuple juif au vie siècle avant notre ère ». Un comble pour un président qui menait une guerre contre l’Iran, mais qui avait donné aux évangéliques suffisamment de preuves de son soutien indéfectible à Israël : rupture du traité sur le nucléaire avec l’Iran signé en 2015, déplacement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem en 2018, signature d’accords dits « de paix » avec plusieurs pays arabes. Et les courants évangéliques sont les premiers soutiens du sionisme et de l’État hébreu, car de là viendra de nouveau le Messie. Pour les évangéliques, seul Trump, garant de la domination américaine, permettait à la nation de mener ce combat spirituel.

Pour ces évangéliques, l’heure est grave et tout est devenu éminemment politique. Certes, l’assassinat du général iranien Quassem Soleimani, en janvier dernier, s’apparente bien à un des signes de la fin du monde, comme le rappelle l’auteur du livre, mais au-delà de ce symbole, face à la montée des périls culturels et religieux, les chrétiens de tous ordres doivent rester les seuls appelés par Dieu à dominer le monde et, en particulier, l’ensemble des institutions politiques et culturelles des États-Unis. La théologie évangélique va même plus loin : la pandémie de la Covid-19 nous propulse à grande vitesse vers la fin du monde.

Aujourd’hui, la force de Trump au-delà de Trump, c’est, au plus profond de la société américaine, avant tout ce raz-de-marée évangélique. Trump a, une fois encore, pu compter sur le soutien agressif et violent dans cette Amérique profonde de la Bible Belt sous influence évangélique et néoconservatrice, traumatisée par l’affaiblissement de son pays. Si l’on en croit André Gagné, 2024 sera une nouvelle occasion pour les évangéliques d’avancer leurs pions et de faire revenir un des leurs à la Maison Blanche.

Par Sébastien Boussois (revue de presse : Esprit – mars 2021)

NOTES de H. Genséric
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Hannibal GENSÉRIC

 

1 commentaire:

  1. Trump a mis fin à la Corporation des Etats-Unis, selon l'année de 1871. L'armée des USA sous peine de trahison doit rétablir l'ancienne Constitution. Attendons un peu la suite des événements certainement avant 2024.

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