lundi 5 janvier 2026

« Coup de Caracas » : enlever Maduro pour voler le pétrole ? Pas sûr que ça marche

Je me suis d’abord posé la question de savoir si l’intervention des États-Unis au Venezuela était une invasion. Au lendemain de l’opération de kidnapping du président Maduro, force est de constater que ce n’est manifestement pas une invasion.


Invasion militaire ou simple opération ?

Il n’y a donc eu qu’un raid d’hélicoptères, avec quelques bombardements par missiles qui n’ont pas fait de dégâts importants. Pas de shock & awe pour détruire les capacités militaires adverses et paralyser le commandement.

Curieusement, aucune riposte militaire de l’armée vénézuélienne, aucune défense antiaérienne, aucun tir significatif, aucun hélicoptère abattu. Rappelons que l’armée de ce pays est un des piliers du chavisme et qu’elle n’a pu en aucun cas être prise par surprise compte tenu de la pression que les États-Unis lui faisaient subir.

En dehors de l’enlèvement de Maduro, il n’y a eu aucune opération militaire au sol avec déploiement des troupes de combat. Concernant ce kidnapping, le mystère de ses circonstances reste entier. La facilité avec laquelle il s’est déroulé pose clairement la question de la trahison. Difficile de trancher aujourd’hui sans informations complémentaires et précises.

Andrei Martyanov écrivait ce matin : « Je sais, ça va en blesser plus d’un, mais ce n’est pas pour rien qu’on appelle ces pays des républiques bananières : « république bananière » est un euphémisme pour désigner des régimes corrompus et des armées fantoches. Quelques nouvelles (de là-bas) : le chef de la sécurité de Maduro, ainsi que plusieurs autres personnes, ont été achetés par les États-Unis. En fait, un groupe militaire russe s’est précipité vers la résidence de Maduro, mais il a été repoussé par les tirs… oui, des gardes du corps de Maduro. Quand les Russes ont enfin neutralisé ces traîtres, Maduro avait déjà disparu. Le chef de la sécurité a été arrêté et exécuté. Voilà les dernières nouvelles ».

Aucun élément disponible pour documenter cette présentation lapidaire. Si ce n’est la mort de huit militaires vénézuéliens appartenant au Bataillon de sécurité présidentiel N°6, annoncés comme tués au combat. Sans qu’on sache dans quelles conditions. Auxquels viennent s’ajouter sept tués appartenant à d’autres unités. Quoi qu’il en soit, le déroulement de cette opération, la rapidité, de l’extraction de Maduro ne peuvent qu’interroger sur la réalité de ce qui s’est réellement passé. Mais d’ores et déjà, on peut en conclure qu’il ne s’agissait pas d’une véritable intervention, mais d’un raid militaire ponctuel poursuivant un objectif unique : l’enlèvement du président du Venezuela

Les médias occidentaux ont complaisamment relayé des vidéos de gens se réjouissant de la « chute » de Maduro. Et quelques manifestations de soutien au régime sont apparues dans les rues de Caracas qui sont restées très calmes. Donald Trump a mis en scène de façon assez grotesque son suivi de l’opération. Entouré de ses collaborateurs, il a voulu singer celle de Barak Obama au moment de l’exécution d’Oussama Ben Laden. Fidèle à son habitude il a dit à peu près tout et n’importe quoi, par exemple en insultant spectaculairement le président colombien. Cependant, on peut noter qu’il a tout aussi grossièrement renvoyé à ses certitudes Corina Machado prix Nobel de la paix bidon, intronisée par les larbins norvégiens du comité Nobel. Il a bien sûr affirmé qu’il allait diriger le Venezuela mais assez curieusement en insérant dans le processus, Delcy Rodríguez la vice-présidente constitutionnelle.

Le système chaviste reste en place

Parce qu’il ne faut pas se tromper, pour l’instant, le système institutionnel chaviste est en place et continue avec la vice-présidente soutenue par l’ensemble des institutions. Et par une large partie de la population qui, non seulement hait les gringos, mais est assez massivement armée (fusils d’assaut, manpads, drones etc.) sur l’ensemble du pays.

Les chefs de l’armée du Venezuela, principal soutien du régime ont annoncé leur exigence de respect du processus constitutionnel. Tous les gouverneurs de région ont fait de même, tout comme les autorités judiciaires. Et tous ont dénoncé l’enlèvement de Maduro en confirmant que celui-ci était toujours le président légitime du pays.

Le « Conseil de défense de la Nation » qui rassemble les principales institutions du Venezuela s’est réuni dès le 3 janvier pour entendre le discours de la vice-présidente qui a notamment déclaré :

« Depuis cette instance, nous exigeons la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le seul président du Venezuela est le président Nicolás Maduro. Sont ici réunis les plus hauts responsables de l’État vénézuélien : le haut commandement militaire, les plus hautes autorités de l’État et la direction du Conseil des vice-présidents. Tous les acteurs politiques du pouvoir national au Venezuela sont aujourd’hui réunis. Mais dans les rues du pays, le peuple s’est également mobilisé en réponse à l’appel lancé auparavant par le président de la République. »

Ensuite, il y a les réactions russes et chinoises dont la fermeté m’a surpris. Concernant les Chinois, il faut prendre connaissance de la couverture de l’événement par le « Global Times », organe de presse dont on peut considérer qu’il est la voix du pouvoir chinois. Le choix des thèmes et celui des mots utilisés dans les articles est en général pesé au trébuchet. Il faut lire en particulier la déclaration du ministre des Affaires étrangères de la Chine, qui exige entre autres la libération immédiate « du président Nicolas Maduro », qui demeure aux yeux des Chinois le seul président légitime. Les Russes quant à eux ont à nouveau mis en place leur polyphonie politico-diplomatique avec les quatre vedettes désormais connues du monde entier : Sergueï Lavrov devenu une légende, Dimitri Medvedev le mauvais garçon qui dit tout haut ce que l’opinion pense tout bas, Dimitri Peskov le faux mou porte-parole de Poutine, et la majestueuse Maria Zakharova. Chacun d’entre eux a durci le ton, ce qui concernant Medvedev emmène très loin…

Ce nouvel épisode latino-américain venant après le raid des drones contre la résidence de Poutine a aggravé l’exaspération de l’opinion publique russe qui supporte de plus en plus mal, la prudence et la mesure de son président. Depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, avec ses foucades et ses rodomontades, les Chinois ont clairement montré qu’ils n’entendent pas (plus ?) se laisser faire. Ce qui a provoqué plusieurs reculades du président américain.

Que dire des réactions dans le reste du monde hormis en Europe le noyau des larves politiques de la coalition des chihuahuas et de leurs domestiques. Avec bien sûr la plus bête et la plus veule, celle d’Emmanuel Macron. Le Sud global est vent debout, démontrant l’évolution des BRICS se transformant en pôle géostratégique.

Opérer « à l’ancienne », une si bonne idée ?

Finalement, les États-Unis ont fait exactement la même chose que pour la Grenade en octobre 1983. Un raid militaire pour renverser le gouvernement légal et arrêter les dirigeants. Bis repetita en décembre 1989 au Panama pour déposer le président du pays et prendre le contrôle du canal. À l’époque, les deux événements sont passés comme des lettres à la poste. Les Russes étaient empêtrés dans leur perestroïka et la dislocation de leur empire, les Chinois occupés à autre chose. Et à l’époque le reste du monde ne comptait pas.

On dirait bien que cette fois-ci les Américains se sont trompés d’époque. Ils disent officiellement avoir renoncé à jouer les gendarmes du monde dans un monde unipolaire et s’être rallié à la multi polarité. Mais ils la voient semble-t-il comme un partage du monde et veulent manifestement opérer à l’ancienne dans la partie qu’ils se réservent. En mettant en œuvre leurs vieilles habitudes du « gros bâton » pour convaincre que « non seulement tout ce qui est à nous est à nous, mais en fait ce qui est à vous , est également à nous. » Comme le démontre la phrase sidérante de Donald Trump appelant « notre pétrole » celui situé dans les sous-sols du Venezuela ! Le problème c’est que le monde a changé, beaucoup changé. La multi polarité est un processus dont force est de constater qu’il est irréversible.

Alors, certes les Américains ont attrapé Maduro, et l’ont mis en prison. La belle affaire, et alors ? Comment vont-ils récupérer le pétrole (qui est leur seul objectif) ? Envoyer les troupes au sol ? Les statisticiens russes ont calculé que si invasion militaire il y avait, le bilan dans les 15 premiers jours serait de 20.000 tués pour les Vénézuéliens et 5000 pour les Américains. Sans que rien de politique ne soit réglé. Situation débouchant sur de la guérilla dans une région qui s’y prête. Qui serait insupportable pour le futur prix Nobel de la paix 2026. Et qui garantirait un massacre électoral aux midterms. Donald Trump a dit, parlant du Venezuela, qu’il « dirigerait le pays », ah bon ? Comment ? Avec qui ?

Delcy Rodríguez et les autorités légitimes du Venezuela ont été très claires : Nicolas Maduro est toujours le président du pays, il est simplement « empêché ». La vice-présidente exerce temporairement ses prérogatives jusqu’à la réinstallation du président dans son fauteuil. La Constitution prévoit de nouvelles élections présidentielles si le président est « absent », ce qui n’est pas le cas.

Alors bien sûr, il y aura beaucoup d’intérêts qui souhaiteront la mise en place d’une solution pacifique négociée, à commencer par la Russie qui est liée par plusieurs traités avec les Venezuela et qui a bien confirmé qu’elle les appliquerait tous. Mais également la Chine cliente majeure du pétrole vénézuélien et qui, elle aussi, fait savoir qu’elle respecterait tous ses contrats.

Mais on peut penser que toute sortie négociée de cette crise aura probablement un coût assez douloureux pour les États-Unis.

Dans ces conditions, est-il vraiment sûr finalement que le « coup de Caracas », s’il a satisfait ponctuellement l’égo démesuré du Donald, ait été une si bonne idée.

Et en tout cas, là où il est, Hugo Chavez doit penser qu’il n’avait pas tort quand il disait :

« Au-delà et au-dessus de tout cela, je pense que nous avons des raisons d’être optimistes. Un poète aurait dit désespérément optimistes, parce qu’au-dessus et au-delà des guerres et des bombes, de la guerre agressive et préventive, et la destruction de peuples entiers, on peut voir qu’une nouvelle ère se dessine. »

Regis de Castelnau

janv. 4   Source

 

5 commentaires:

  1. L’ami Berhnard de Moon Of Alabama publie aujourd’hui : Trump a enlevé Maduro, mais n'a rien obtenu. (Les commentaires, eux aussi, ne manquent pas d’intérêt).

    Un extrait :
    …... «Quel était donc l'intérêt de toute cette opération, pourrait-on se demander ? Eh bien, peut-être n'en avait-il aucun :
    De nombreuses questions restent sans réponse concernant « Absolute Resolve », le nom donné par le Pentagone à l'opération. Quelle était la nature exacte de l'accord conclu entre les Vénézuéliens et Trump ? Existe-t-il une coopération entre Rodriguez et les États-Unis ? Les promesses de Trump concernant la mainmise des États-Unis sur l'industrie pétrolière et des « milliards » de dollars d'investissements au Venezuela étaient-elles fondées ? Si cet événement est aussi virtuel qu'il y paraît d'après les informations dont nous disposons actuellement, ces questions resteront peut-être à jamais sans réponse. Il s'estompera alors progressivement, demeurant impénétrable, insondable et impossible à décrypter, jusqu'à tomber dans l'oubli.
    Ou peut-être que le but était simplement de montrer ce que l'administration Trump pourrait faire à d'autres :
    En 1992, l'écrivain conservateur américain Michael Ledeen aurait déclaré : « Tous les dix ans environ, les États-Unis doivent prendre un petit pays minable et le jeter contre un mur, juste pour montrer au monde que nous sommes sérieux. »
    En réalité, de telles démonstrations gratuites pourraient trahir la crainte d'un déclin de la puissance mondiale américaine. S'en prendre à un adversaire plus faible pour prouver sa force est l'acte d'un tyran complexé. »…..
    Article complet, en VO ‘pensez aux logiciels ad hoc https://www.moonofalabama.org/2026/01/trump-abducted-maduro-but-gained-not-a-thing.html

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  2. Enkor un BOBARD....." Enlever Maduro pour voler le PÉTROLE" C' doublement faux ! Les 2 principaux clients de ce pétrole trop lourd sont les USA et la CHINE. Les raffineries du Texas sont conçues pour ce brut. LA CHINE avait obtenu l' ASSURANCE des USA que ces investissements et ses enlèvements de brut seront respectés.....( Contrairement au Kremlin, PÉKIN a les moyens de FORCER dans ce sens les USA....)
    Ce qui va changer c' la levée de l'embargo et donc BEAUCOUP de $ dans les caisses de l'état et dans les poches de certains.....COMME d' HABITUDE !
    Maduro encore putatif président avait annoncé qu'il avait acquiescé à TOUTES les DEMANDES et EXIGENCES des USA, et disposé à discuter et accorder le RESTE s'il y avait lieu......( Il voulait sans doute la "jouer" et gagner du TEMPS à la Zelensky...... Tout MARRANE qu'il est, cela n'a pas marché!) Les USA voulaient SON DÉPART ! Il pouvait organiser lui-même cette transition MAIS comme les gens comme lui de part le monde, il avait collé ses fesses sur L' APHRODISIAQUE fauteuil présidentiel......
    NORMALEMENT géré......( Rêvons un peu....) Ce pays pétrolier avec de LA TERRE de l' EAU, et ses habitants de 25/30 millions d'habitants, POUVAIT se SUFFIRE avec les 35 milliards de $/an de revenus de cette dernière décennie...Et AMORCER ENFIN un début, d'un véritable et durable développement AGRICOLE......Les DISCOURS.... C' BIEN mais ils ne remplissent pas les ventres de ceux qui ont FAIM ! La KESTION serait quelle classe sociale, aussi prédatrice que les autres va accéder ou s'emparer du POUVOIR....; Quant à la "morale" et autres moralines.... Droit de l'Homme...Loi internationale, Souveraineté et autres fadaises.....QUE les "INDIGNÉS" aillent donc vivre dans ces Zétats.....( beaucoup y allaient.....MAIS étaient les premiers à se tirer ailleurs......dès que la situation politique et économique commencait à sentir le roussis d'un régime autoritaire en marche....) LA SEULE KESTION qui VAILLE......Est ce que la MASSE de la POPULATION va trouver un avantage à ce changement de personne OU PAS ?

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  3. Bien optimiste le Regis, mais comme la trompette fait remarquer... il n' aime pas la guerre donc si Delcy & co ne se soumettent pas, il les fera tous assassiner avec leur famille façon mossad en somme. Les Chinois et Russes ne peuvent rien faire d' autre que de resister pour l' instant, l' empire est encore trop puissant pour eux.

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    1. https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20251124-pentagone-enquete-mark-kelly-democrate-armee-desobeir-ordres-illegaux
      Appel à l'armée US à désobéir Trump et sa clique.

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  4. https://histoireetsociete.com/le-venezuela-veut-la-paix-trump-veut-un-acces-total-a-son-petrole/
    Comme le violeur qui veut un accès total à la personne de la victime!

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