dimanche 18 janvier 2026

Todd avait prédit la défaite de l’Occident : on y est

Invité à faire un tour d’horizon de l’actu internationale pendant les journées du 200e anniversaire du Figaro, l’anthropologue et historien Emmanuel Todd se dit stupéfait par la véracité de sa prédiction sur la défaite de l’Occident. Il reconnaît néanmoins avec humilité que le processus est des plus complexes.

« Avec le Groenland, on sait que l’Occident est en train de devenir fou, parce que le Groenland, son occupation formelle ne présente aucun intérêt… Le Danemark n’est pas seulement un allié, c’est un instrument de contrôle américain en Europe. La National Security Agency a son centre de surveillance des dirigeants européens à Copenhague… Et puis on voit des Européens envoyer des soldats… »

Quelle est la signification de tout ce barouf autour d’un glaçon ?

« L’OTAN est sous commandement américain, le Groenland est déjà de fait contrôlé par les États-Unis, Trump revendique une possession formelle du Groenland, les plus fidèles alliés doivent envoyer des troupes là-bas, on sait que l’Occident est en train de perdre les pédales. »

Sommé de prendre position pour Trump ou pour Leyen, Todd se dit fidèle à la France des Trente Glorieuses, soit « un capitalisme régulé par l’État social, avec un respect des libertés, des élections qui ont un sens, je suis attaché à la démocratie libérale. »

Pour Todd, cette décomposition a deux visages.

« Il y a des formes différentes de décomposition des démocraties libérales. Il y a les États-Unis, qui sont une société engagée dans un processus de régression dont on n’a même pas idée, et qui s’accentue sans cesse. Le taux d’analphabétisme des jeunes de 16-24 ans entre 2017 et maintenant est passé je crois de 17 à 25 %. La dégradation du commerce extérieur américain continue. Maintenant les États-Unis sont en déficit agricole, la réindustrialisation ne se produit pas. »

Trump en prend pour son grade, face au journaliste du Figaro qui reste sur le MAGA, Make America Great Again. Là, c’est plutôt gratte again.

« L’une des choses qui explique la virulence agressive de Trump, au Venezuela, en Iran et au Groenland, c’est qu’il a renoncé. C’est-à-dire que Trump avait le choix entre une stratégie de retour à la production, par encouragement à l’industrie, par le protectionnisme, qui n’est pas une mauvaise chose. Moi, je suis protectionniste. Simplement, pour faire un protectionnisme efficace, il faut une population active compétente. Ils n’ont pas les techniciens, ils n’ont pas les ingénieurs, ils n’arrivent pas à produire, l’excédent commercial chinois n’a jamais été aussi important. et je pense que là ils sont dans une stratégie de reflux impérial, et c’est de retardement, mais avec l’idée d’un retour ou d’une concentration sur la prédation. C’est pour ça qu’il y a cette obsession pétrolière qui sort tout le temps. L’idée, c’est de voler, ça n’est pas produire. »

« L’Amérique, c’est le vol », pouvait-on lire sur L’Organe en 2005. Finalement, les Américains, ou plutôt leurs dirigeants, n’ont pas vraiment changé : ils utilisent la violence sociale (c’est une de leurs plus fameuses productions) générée par leur système profondément injuste, avec une lutte des classes forcenée, pour l’exporter contre les pays qui leur résistent, et qui disposent soit de ressources naturelles, soit d’un marché fermé à la marchandise américaine.

Entre autres formules choc, on a bien aimé celle sur l’Europe.

« Les journalistes français sont les seuls à parler de l’Europe, l’Europe, l’Europe. L’Europe, ça existe pas. L’Europe, ça a changé de nature. Maintenant c’est un système qui est passé depuis la crise financière de 2007-2008 sous contrôle allemand, avec cette particularité que les Allemands ne savent pas où ils vont. »

Le belliciste Merz en prend plein la gueule. Mais au-delà des Trump, Macron et Merz, c’est tout le camp occidental qui s’enfonce dans la crise.

« Je pense que ce qui explique les agressions américaines contre le Venezuela, contre le Groenland, peut-être demain contre l’Iran, c’est une admission de la défaite face aux Russes et face aux Chinois, défaite militaire et défaite économique. »

Et là on entend l’intervieweur du Figaro poser une question idiote et casser le fil du raisonnement. C’est le problème de Todd quand il passe sur les grands médias : il est sans cesse obligé de justifier ses prises de position qui sont pourtant rationnelles, et d’expliquer des choses évidentes pour les esprits affranchis. Du coup on a arrêté d’écouter à 8’56, mais on reviendra dessus quand on sera moins énervés.

Par E&R      16 janvier 2026

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