lundi 19 janvier 2026

L’Occident en mode « Empire romain devenu fou »

En février 2022, quelques jours après l’intervention militaire russe en Ukraine, j’avais publié un article intitulé : « Le spectacle de la fin du monde ancien ». Qui comportait ces mots dans la conclusion : « Tout cela constitue autant de symptômes permettant de penser que l’ère de la domination occidentale mondiale est en train de s’achever. » En ajoutant que l’intervention russe était un événement qui acté le déclin de la civilisation occidentale sous hégémonie américaine et que nous allions vers des temps difficiles. Relisant ma production au cours des mois suivants, si je n’ai pas à en rougir, j’avais sous-estimé deux choses. Nous avons d’abord assisté à l’accélération de l’Histoire qui a vu le monde se transformer sous nos yeux au travers de multiples bouleversements, qui dévoilent des rapports de force en évolution rapide. Ce qui a donné une nouvelle prospérité à la citation apocryphe de Lénine : « il y a des décennies où il ne se passe rien et des semaines qui sont des décennies ».

 

Multiplication des crises, émergence d’un puissant « reste du monde » multipolaire, affirmation de la puissance de l’axe Chine/Russie, défaites successives et spectaculaires d’un Occident empêtré. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à une crise géante ou l’Empire donne à voir, la dimension pathologique de son déclin. Qui commence à ressembler à une dislocation, à base de comportements erratiques. Absurdes comme en témoigne l’acharnement économique et politique suicidaire de l’Union Européenne, meurtriers comme le génocide israélien en Palestine soutenu, armé, voire organisé par cet Occident criminel, ou carrément loufoques avec les présidents successifs portés à la tête de l’hégémon américain. En 2020, une fraude électorale massive avait permis d’installer à la Maison-Blanche un vieillard complètement sénile, marionnette de la secte belliciste néocon. Remplacé en 2024 par un improbable et imprévisible bateleur, sur la santé mentale duquel commencent à surgir de lourdes interrogations aux États-Unis même.

L’Empire romain devenu fou

Dans une interview toute récente donnée à l’occasion du 200e anniversaires du Figaro, un Emmanuel Todd rigolard et jubilant confirme que la « Défaite de l’Occident » étant consommée, celui-ci est en train de perdre les pédales. Diagnostic aussi pertinent que ceux dont il a l’habitude, y compris certains qui lui ont permis de se livrer à quelques prédictions, par la suite réalisées.

De Commode à Caracalla, en passant évidemment par Néron et Caligula, l’Empire romain nous a fourni quelques jolis exemples d’empereurs cinglés, mais il faut être honnête, ils n’ont pas été les responsables de la « chute ». D’ailleurs, la réalité de cette chute qui n’a concerné que l’empire romain d’Occident, a été largement discutée parmi les historiens. Essentiellement par les historiens d’origine allemande, qui acceptaient mal que l’on puisse l’imputer aux invasions germaniques. La science historique a ce mérite de devoir être révisée en permanence, mais cependant la réalité de cette chute est difficilement contestable. Pour ma part je me réfère toujours à l’œuvre d’Edward Gibbon, « Le déclin et la chute de l’Empire romain » publié au 18e siècle et traduit pour la première fois en français à la demande de Louis XVI. Phénoménale érudition et plaisir de lecture garanti, pimenté en particulier, avec l’astuce pour décrire un empire dépravé. La rédaction en latin les passages relatifs à la vie privée des acteurs, et en grec lorsqu’il fallait aborder les parties sexuelles parfois débridées de leurs activités. On peut aussi se plonger dans le travail d’Aldo Sciavone historien et juriste marxisant italien et intitulé « l’Histoire brisée », qui impute la chute à l’impossibilité de la société romaine de dépasser le mode de production esclavagiste. Avant de renouer avec l’Histoire au moment de la Renaissance européenne.

Alors évidemment, il ne s’agit pas de comparer, d’une façon qui ne pourrait être qu’anachronique, des événements aussi éloignés que cet effondrement de « l’Empire greco-romain » et la dislocation d’une civilisation occidentale arrivée semble-t-il au bout de sa route. Mais plutôt d’essayer d’identifier les correspondances. Au-delà de la stupéfiante accélération de l’Histoire, force est de constater l’existence de ce trait commun, d’un système devenu chaotique, ployant sous des contradictions insurmontables, et plongeant ses dirigeants dans la folie. Au mois de novembre dernier, en forme de petit bilan de l’année 2025 nous avions publié un texte interloqué, devant le spectacle de la galopade vers le mur. Et depuis, il a fallu assister à la multiplication des initiatives, des foucades, et des tentatives d’un système aux abois qui va d’échecs en échecs. Toutes les « efforts » pour essayer de régler le conflit ukrainien, autrement qu’en passant par les conditions russes, n’ont abouti à rien. Les rodomontades de Donald Trump, les niaiseries de la grotesque « coalition des volontaires » dont chacun sait bien qu’il ne s’agit que de chihuahuas suicidaires, économiquement à terre, politiquement rejetés par leurs peuples, qui ne comprennent rien à ce qui se passe. Incapables de se départir d’une soumission parfois abjecte vis-à-vis de leur maître américain, ils sont paniqués par ses comportements, et refusent mordicus d’affronter un réel, dont la signification leur échappe complètement.

Caramba, encore raté !

Le grand patron quant à lui, donne l’image d’un pays divisé, polarisé et violent dont on peut craindre qu’il puisse basculer dans une violence intérieure difficile à maîtriser. Avec cette particularité étrange, celle de veiller soigneusement à démontrer l’affaiblissement de sa puissance. C’est le raid mafieux sur le Venezuela, qui non seulement n’a rien réglé, au contraire, mais a démontré l’incapacité des États-Unis à réaliser des interventions qui dans le passé, ne leur posaient aucun problème. Bis répétita avec la tentative de renversement du régime iranien, et le recul devant la perspective d’une nouvelle agression contre lui, comme celle du mois de juin 2025. Le pire, c’est que ces deux pulsions américaines guerrières ont eu pour conséquence d’étaler la faiblesse américaine à la face du monde. Parce qu’il apparaît que les États-Unis ont été « forcés » de se livrer à ces deux tentatives, d’abord pour se débarrasser de l’aventure vénézuélienne dans laquelle Trump s’était imprudemment lancé avec ses rodomontades, et qui commençait à ressembler à un boulet. Alors on a monté une opération bidon, comme d’habitude déclaré la victoire, avant de passer à autre chose. C’est-à-dire tenter de faire un petit cadeau à Netanyahu, pour le débarrasser du principal obstacle à son projet génocidaire de « grand Israël ». Le « régime des mollahs » comme le qualifie stupidement la propagande occidentale a fait la démonstration qu’il était solide et que le primat nationaliste iranien l’emportait. Caramba, encore raté !

Ensuite, histoire de déchirer le voile qui pour certains continuait à masquer ce qu’il est difficile de qualifier autrement que de la faiblesse, Donald Trump d’abord, Marco Rubio ensuite, et enfin Stephen Miller, un de ses principaux conseillers, ont tranquillement « craché le morceau ». Ce que l’on peut traduire de cette façon : « ne venez pas vous embêter avec le droit international, ça n’existe pas de droit international ! On s’assoit dessus et on fait ce qu’on veut parce qu’on est les plus forts. Et croyez bien, que l’on va continuer » ! Incroyable revendication d’un gangstérisme international pur et simple. Pour ceux qui croyaient, ou faisaient semblant de croire aux « merveilleuses valeurs occidentales » qui légitimaient les massacres accomplis par l’Empire aux quatre coins de la planète, il va falloir changer d’arguments pour les justifier. En tout cas à court terme, les larbins européens vont avoir un peu de mal à les reprendre, et ce d’autant que les États-Unis viennent de leur adresser un invraisemblable bras d’honneur avec l’affaire du Groenland. Tout le monde sait que si Donald Trump veut conduire son projet jusqu’au bout, ils finiront par se coucher. D’ailleurs, les Allemands ont déjà commencé, soucieux qu’ils sont d’obtenir en contrepartie un leadership sur une Europe politiquement croupion. Cette affaire du Groenland apporte quand même quelques petits plaisirs avec un peu de shadenfreude devant l’avanie faite au Danemark, laquais d’entre les laquais qui acceptent depuis longtemps d’effectuer toutes les sales besognes pour les agences américaines. Tellement bien fait pour eux et leur inepte première ministre, que cette humiliation.

Finalement, ce début d’année 2026 vient de faire une nouvelle démonstration non seulement du déclin de l’Empire, mais de son sévère affaiblissement. Avec cette particularité que désormais « tout est sur la table ». La crise financière qui vient, le dollar perdant progressivement son statut de monnaie de réserve, l’affaiblissement militaire commençant sérieusement ressembler à de l’impuissance, l’abandon en rase campagne de tout magistère moral pour justifier sa brutalité et sa violence, l’Occident ne fait plus peur au reste du monde. Sauf peut-être se méfie-t-on des réactions erratiques d’animal blessé dont il est probablement capable. À quoi s’ajoutent l’énorme défaite morale du génocide de Gaza dont il s’est rendu complice, la réussite de ceux qui, Russie et Chine lui contestent et combattent sa puissance. Et maintenant le spectacle de sa décrépitude mentale.

Pour le reste du monde, l’Empire est devenu un repoussoir. Dont on attend sans impatience l'effondrement.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires hors sujet, ou comportant des attaques personnelles ou des insultes seront supprimés. Les auteurs des écrits publiés en sont les seuls responsables. Leur contenu n'engage pas la responsabilité de ce blog ou de Hannibal Genséric. Les commentaires sont vérifiés avant publication, laquelle est différée de quelques heures.