Décidément, il ne fait pas bon être un pays du Golfe aujourd’hui, même du côté américain, voire israélo-américain. Puisque les pétromonarchies, au vu de la faible protection américaine pendant ces derniers mois, ont opté pour une couverture – discrète – israélienne.

C’est pour cela que les Iraniens les ont tapés : pas la peine d’envoyer des missiles ou des drones sur Israël, qui au départ les interceptaient à 80 % (à la fin à moins de 50 %), il suffisait de taper les intérêts israélo-américains ou israélo-israéliens (comme les deux bases militaires en Irak) juste à côté. De la sorte, les EAU se sont pris 2 800 drones et missiles sur la gueule.
La révélation récente par le Wall Street Journal que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite avaient mené séparément début avril des frappes contre des sites énergétiques en Iran a été la première indication de la tentation de riposte. Toutefois, les deux pays sont en désaccord absolu sur les alliances régionales et ont été ciblés de façon tout à fait inégale par les frappes iraniennes. Signataire des accords d’Abraham avec Israël, les Émirats ont été frappés quasi quotidiennement durant les quarante jours de guerre, par plus de 2 800 missiles et drones, soit plus que ceux dirigés contre Israël. Ils ont essuyé plusieurs attaques même depuis le cessez-le-feu, la dernière ayant ciblé la centrale nucléaire de Barakah.
Échauffé contre la République islamique, Abou Dhabi s’est engagé dans une coopération militaire avec Israël qui lui a fourni des systèmes de défense antiaérienne et du personnel chargé de les manier, selon les révélations de l’ambassadeur américain en Israël. Mike Huckabee a salué à l’occasion que « des relations extraordinaires unissent les Émirats arabes unis et Israël ».(Libération du 20 mai 2026)
Aujourd’hui, ils sont quasiment devenus une province israélienne. Quant à Dubaï, on se demande si le refuge de nos influenceurs et de nos grands dealeurs se remettra un jour du conflit. Sa richesse était basée sur la confiance en un régime accueillant, sécurisant, et une fiscalité qui attirait tous les blanchisseurs de la Terre.
« L’armée iranienne est décimée » (Donald J. Trump, le 13 mai 2026)
Depuis le cessez-le-feu théâtral du 8 avril 2026, Donald Trump menace chaque matin les Iraniens des foudres du ciel et remet chaque soir le bombardement définitif d’un pays de 90 millions d’habitants. Il a clamé au moins dix fois une victoire totale sur l’arsenal balistique iranien, ce que de hauts responsables militaires américains ont quelque peu rectifié.
Trump parle de 90 % des stocks et de sites de production de missiles détruits. En réalité, le NYT, informé (c’est le canard de la CIA comme Le Parisien est celui de l’Intérieur, qui est lui-même une annexe du CRIF) par le renseignement US, minimise les pertes, et surtout, parle de résilience industrielle. Le Monde, la version française du grand journal juif new-yorkais, écrit :
l’Iran serait parvenu à rétablir l’accès à 30 des 33 sites de missiles situés le long du détroit d’Ormuz, menaçant potentiellement les navires de guerre américains et les pétroliers positionnés dans cet étroit couloir maritime. Sans compter les quelque 27 grandes installations souterraines baptisées « villes-missiles » disséminées à travers un territoire montagneux à la superficie trois fois plus grande que celle de la France, et abritant dans des kilomètres de galeries des projectiles balistiques et des drones.
Quelque 70 % des lanceurs mobiles de l’Iran, répartis sur l’ensemble du territoire, seraient encore opérationnels, révèle encore le New York Times. Le pays aurait aussi conservé environ 70 % de son stock de missiles d’avant-guerre, incluant des missiles de croisière à courte portée mais aussi des missiles balistiques, selon le quotidien américain, sans préciser la portée exacte de cet arsenal.
Le renseignement militaire israélien se félicite malgré tout de ces frappes, car selon lui, l’Iran ne constituerait plus une menace existentielle. Comprendre que les missiles à longue portée ne sont plus opérationnels. Mais les campagnes de bombardement mutuelles ayant pris fin (les Israéliens n’arrivaient plus à panser les trous dans le dôme de fer et les Américains étant à cours de Tomahawk), le conflit s’est déplacé, comme chacun sait – surtout les automobilistes à la pompe –, sur le goulot d’étranglement du détroit d’Ormuz.
Même à capacités d’attaque réduites, les Iraniens peuvent faire sauter tout navire qui n’obéirait pas à son péage. Trump a appelé les alliés occidentaux à l’aide, mais il les a tellement humiliés, depuis deux ans, que les vassaux n’ont pas bougé. Les Anglais, quant à eux, n’ont même plus les capacités opérationnelles de la flotte d’attaque qu’on leur connaissait. La France a fait semblant de vouloir sécuriser le détroit, avec des navires puis avec le CDG, mais Macron a dealé en douce avec les Iraniens. Là aussi, il fallait faire payer à Trump des années d’humiliation, notamment avec le chantage à la Brigitte.
Trump est donc tout seul dans sa merde, si vous nous permettez l’expression, et les Chinois jouent sur du velours. Devant ce nouveau merdier, terme issu de la désastreuse aventure vietnamienne (1965-1975), l’Amérique cherche à se désengager du Golfe en laissant Israël faire régner l’ordre. Oui mais voilà, le proxy s’est lancé dans une politique de massacres délirante (100 000, 200 000 morts à Gaza ?), pour l’image d’Israël, et pour l’image de l’Amérique par rebond. Et on ne parle pas des massacres en cours au Liban, sous prétexte d’en chasser le Hezbollah...
Trump, qui se félicite de la destruction des capacités de frappes iraniennes, devrait jeter un œil dans ses propres stocks : officiellement, un quart du stock de Tomahawk (850) a été tiré en un mois sur l’Iran. Mais l’Amérique n’en produit que 600 par an, elle ne pourra donc pas se lancer dans une nouvelle aventure avant au minimum 18 mois. Yakovleff, lui, parle de quatre années de reconstitution...
« Ça ne peut pas les affaiblir, les Iraniens ? », demande la gourdasse de LCI
Vidéo
Exit liberté de navigation, et bonjour situation à la turque (au Bosphore). La seule solution, à long terme, imaginée par les pays du Golfe, désormais soumis au bon vouloir de l’Iran, ce sont les oléoducs qui contourneraient le détroit. L’opération américano-israélienne est vraiment une réussite. Le tordu qui conseille le lourdaud , ça ne finit jamais bien...
En voulant affaiblir le pouvoir iranien par un regime change démocratique, les Américains, sous la pression israélienne, ont renforcé l’Iran dans le Golfe et son image dans le monde non aligné. Désormais, on peut tenir tête aux deux puissances militaires les plus agressives, et on sait qu’elles n’ont pas de parole. C’est un changement historique, un tournant.
22 Mai 2026
E&R
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Les commentaires hors sujet, ou comportant des attaques personnelles ou des insultes seront supprimés. Les auteurs des écrits publiés en sont les seuls responsables. Leur contenu n'engage pas la responsabilité de ce blog ou de Hannibal Genséric. Les commentaires sont vérifiés avant publication, laquelle est différée de quelques heures.