Les observateurs, notamment les responsables occidentaux, devraient prendre en compte leurs points de vue, car l'un des leurs pourrait un jour remplacer Poutine.
RT a diffusé une récente interview accordée à Russia 24 par Sergueï Karaganov, expert russe de renom, tristement célèbre pour avoir fait pression sur Poutine en faveur d'une campagne nucléaire en Europe . Comme expliqué ici plus tôt dans l'année, Poutine préfère suivre les conseils de Timofeï Bordachev, rival idéologique de facto de Karaganov, qui prône un accord avec l'Occident plutôt que sa destruction au risque d'une Troisième Guerre mondiale. Néanmoins, l'analyse sans détour de Karaganov sur l'Europe révèle au monde la pensée des conservateurs russes, ce qui est instructif.
Comme prévu, il a réitéré son appel à la Russie pour qu'elle frappe l'Europe avec l'arme nucléaire afin d'éviter ce qu'il considère comme l'inévitable conflit armé entre les deux entités, un conflit qui risque de dégénérer en guerre nucléaire majeure si rien n'est fait pour l'empêcher. À cette fin, il a exhorté Poutine à nommer un commandant en chef pour les opérations contre l'Europe, chargé d'attaquer d'abord le continent avec des armes conventionnelles, puis d'intensifier les hostilités par une guerre nucléaire limitée si l'Europe ne capitule pas. Selon lui : « Oubliez ces inepties selon lesquelles une guerre nucléaire est impossible à gagner, elle peut être gagnée. »
Selon Karaganov, « Nous avons oublié que l'Europe incarne les plus grands maux de l'humanité : le colonialisme, le racisme, les idéologies les plus abjectes et les génocides de masse à travers le monde. Non seulement le génocide des Juifs, des Russes et des Soviétiques, mais aussi en Afrique, en Inde et partout dans le monde, des peuples et des continents entiers ont été anéantis. Nous devons donc comprendre qu'il s'agit d'un fléau dont nous devons nous isoler autant que possible. Et si nous ne pouvons nous en isoler, il faut l'éradiquer. »
Il a précisé que « les Européens sont en train de se transformer en fascistes allemands. C’est pourquoi nous devons les arrêter avant qu’ils ne sombrent dans la folie, déclenchant une guerre majeure, une guerre véritablement dévastatrice. Ils nous font la guerre… Leurs élites se déshumanisent. Nous devons donc les traiter en conséquence. » À ce sujet, Karaganov a également suggéré de sévir contre certains de ses compatriotes russes, notamment ceux qu’il soupçonne d’agir sous influence européenne.
« Dans les circonstances actuelles, le sentiment pro-européen est un signe de faiblesse mentale, de corruption morale et de trahison. C'est du "vlassovisme". Nous devons traiter de la même manière ceux qui tentent de négocier à nouveau avec l'Europe. Il faut les exclure de nos esprits et de nos rangs, par des moyens pacifiques si possible. Et si ces moyens pacifiques échouent, des mesures sévères devront être appliquées. » Ces propos semblent viser Kirill Dmitriev, qui négocie avec les États-Unis, mais avec l'aval de Poutine.
Quoi qu'il en soit, il serait erroné de qualifier Karaganov d'« anti-Poutine », puisqu'ils sont amis et qu'il a même animé avec lui la séance de questions-réponses du Forum économique international de Saint-Pétersbourg de 2024. Une description bien plus juste serait donc de le qualifier de critique constructif, mais de quelqu'un qui, par patriotisme et à juste titre, craint que ses critiques ne soient instrumentalisées par des forces adverses et s'abstienne de toute critique directe de Poutine. C'est pourquoi il ne formule que des critiques indirectes, comme sa pique à peine voilée contre l'envoyé spécial de Poutine, Dmitriev.
Karaganov est le chef de la faction conservatrice russe ; ses opinions doivent donc être considérées comme le reflet de cette faction. Les observateurs, notamment les responsables occidentaux, devraient en être conscients, car l’un des leurs pourrait un jour remplacer Poutine. Dans ce cas, il serait évidemment beaucoup plus difficile de parvenir à un accord avec la Russie concernant l’Ukraine si l’opération spéciale n’est pas terminée d’ici là. Il est donc préférable de faire des compromis avec la Russie dès maintenant, tant que Poutine est encore au pouvoir, plutôt que de risquer un scénario sans accord si un conservateur remplace Poutine.
6 MAI 2026
---------------------------------
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Les commentaires hors sujet, ou comportant des attaques personnelles ou des insultes seront supprimés. Les auteurs des écrits publiés en sont les seuls responsables. Leur contenu n'engage pas la responsabilité de ce blog ou de Hannibal Genséric. Les commentaires sont vérifiés avant publication, laquelle est différée de quelques heures.