vendredi 3 juillet 2020

Les crânes d'Algériens, trophées de la colonisation française, rentrent au pays


Alger va récupérer les restes de 24 combattants algériens tués au 19e siècle lors de la guerre de colonisation française, a annoncé le président Abdelmadjid Tebboune, lors d'une cérémonie militaire. Il y aurait encore des centaines de crânes de martyrs algériens stockés au Musée en France.
guerre Algérie restitution crânes
Histoire: les crânes de résistants algériens enfin restitués par ...
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Ce n'est pas uniquement le "scalp" que les "valeureux"
soldats français exhibent comme signe de victoire, mais toute la tête
des "sauvages Arabes" qui ose défendre son pays, sa famille et sa terre
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Photos souvenirs d'Algérie (Armée française)
Historique : La France restitue officiellement à l'Algérie les ...
"D'ici quelques heures, des avions militaires algériens en provenance de France vont se poser à l'aéroport international Houari Boumediène avec les dépouilles de 24 chefs de la Résistance populaire et de leurs compagnons", a indiqué le président algérien, au cours d'une cérémonie de remise de grades et de médailles à des officiers de l'Armée nationale populaire (ANP).
Cherif Boubeghla et Cheikh Bouziane, deux icônes de la résistance contre l'occupation française
Mohammed Lamjad ben Abdelmalek, dit Chérif Boubeghla, et Ahmed Bouziane dont les crânes seront rapatriés, avec 22 autres, vendredi de France, sont deux icônes de la résistance populaire contre l'occupation française. Source
Parmi ces combattants, figure notamment cheikh Bouziane, le chef de la révolte de Zaâtcha (est de l'Algérie) en 1849. Capturé par les Français, il avait été fusillé puis décapité. [1]
Sont également cités les noms de Bou Amar Ben Kedida et Si Mokhtar Ben Kouider Al Titraoui, tous considérés comme des martyrs des premiers temps de la résistance à la colonisation française.
Ces restes mortuaires -- des crânes, plusieurs dizaines au total -- étaient conservés dans les collections du Muséum national d'histoire naturelle. Lors d'une visite à Alger le 6 décembre 2017, le président français Emmanuel Macron s'était engagé à restituer ces restes humains algériens.
Déjà en 2016 une pétition (*) demandait la restitution à Alger des crânes des insurgés de Zaatcha, entreposés dans les sous-sols du musée de l’Homme, à Paris. Voilà ce qu'écrivait alors notre journaliste Rosa Moussaoui.
Ils sont numérotés, entreposés dans des boîtes, dans les armoires métalliques de quelque obscur sous-sol du musée de l’Homme, à Paris. Les crânes des résistants algériens tués, puis décapités en 1849, lors de la célèbre bataille de Zaatcha, furent longtemps exposés comme des trophées de guerre !!, avant d’être remisés dans les collections du Muséum d’histoire naturelle. L’historien et anthropologue Ali Belkadi a retrouvé la trace de ces restes mortuaires en 2011. Aussitôt, le chercheur alertait les autorités algériennes. Une première pétition était lancée pour demander la restitution de ces têtes, dont celles des chefs de l’insurrection des Zibans. Bou Amar Ben Kedida, crâne n° 5943 dans les registres du Muséum. Boubaghla, crâne n° 5940. Mokhtar Al Titraoui, crâne n° 5944. Cheikh Bouziane, crâne n° 5941. Si Moussa Al Darkaoui, crâne n° 5942. Aïssa Al Hamadi, lieutenant de Boubaghla, tête momifiée n° 5939. D’Alger, aucune réponse n’est venue. Quant à la pétition, elle n’a reçu, à l’époque, que peu d’écho. « Personne ne s’en est vraiment préoccupé. S’agissant de l’histoire coloniale, l’oubli est une caractéristique partagée, des deux côtés de la Méditerranée. Mais, depuis, cette histoire nous hante. C’est la raison pour laquelle nous avons relancé une pétition en ligne (*), qui compte aujourd’hui 1.650 signataires », relate l’écrivain et journaliste Brahim Senouci, à l’origine de l’initiative.
Des scènes d’horreur accompagnent la défaite indigène
Épisode oublié de la conquête coloniale, la bataille de Zaatcha témoigne pourtant de la résistance farouche que "les indigènes" opposèrent aux troupes françaises. Résistance à laquelle répondit une répression barbare. « Lors de la reddition d’Abd El Kader, en décembre 1847, les Français crurent que c’en était fini des combats en Algérie. Mais, alors que le danger était surtout à l’ouest, il réapparaît dès 1849 à l’est, dans le Sud constantinois, près de Biskra. Là, un moqaddem, Ahmed Bouziane, dit le cheikh Bouziane, leva des troupes et se retrancha dans l’oasis de Zaatcha. L’armée française, envoyée en hâte, subit un premier revers le 17 juillet 1849 et entama alors un siège, qui ne s’acheva que le 26 novembre, après un très violent combat. La répression qui s’ensuivit fut impitoyable », résume Alain Ruscio, historien de la colonisation. Dernier capturé, le cheikh Bouziane est fusillé, ses fidèles, sa famille sont sauvagement massacrés, comme le reste de la population.
« Un aveugle et quelques femmes furent seuls épargnés », se flatte le général Herbillon dans un rapport daté du 26 novembre 1849.
Un témoin de l’époque, Louis de Baudicour (**), décrit les scènes d’horreur qui accompagnent la défaite indigène. « Les zouaves, dans l’enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses créatures qui n’avaient pu fuir. Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée, et expirait quelques instants après dans les souffrances; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille. »
Après leur exécution, les chefs de l’insurrection sont décapités. Leurs têtes, plantées au bout de piques ou de baïonnettes, sont exhibées en signe de victoire. « Pour qu’il ne restât aucun doute aux Arabes sur le sort justement mérité des principaux fauteurs de l’insurrection, leurs têtes furent exposées dans le camp de M. le général Herbillon », rapporte le Moniteur algérien dans son édition du 30 novembre 1849.
Une volonté d’apaisement ?
Le rapatriement des crânes des combattants algériens constitue une des principales revendications de l’État algérien sur la question de la mémoire. Par ailleurs,  le Président Tebboune, a fait savoir que les restes mortuaires d’autres Résistants seront rapatriés à l’avenir. Le processus se poursuivra jusqu’à son terme; a-t-il confié.
Toutefois, mise à part la question de la restitution des crânes des résistants algériens; le dossier de la mémoire comprend aussi les archives, les disparus durant la Guerre de Libération; mais aussi l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.
 (*) Pétition publiée sur le site change.org
(**) La guerre et le gouvernement de l’Algérie, Louis de Baudicour, 1853.
NOTES
 « … Un plein baril d’oreilles… Les oreilles indigènes valurent longtemps dix francs la paire et leurs femmes, demeurèrent comme eux d’ailleurs, un gibier parfait » (1). C’est en ces termes choisis qu’un général français racontait les exploits de ses troupes pendant la guerre de conquête de l’Algérie .
 «… Tout ce qui vivait fut voué à la mort… On ne fit aucune distinction d’âge, ni de sexe… En revenant de cette funeste expédition plusieurs de nos cavaliers portaient des têtes au bout de leurs lances ».
Plus d'infos »




Colonisation de l'Algérie. "En 1830, Nous avons débordé en barbarie les Barbares qu’on venait civiliser" :
Peu de gens le savent, les Algériens avant la colonisation française étaient nettement plus instruits que les colonisateurs français qui vont venir les massacrer et occuper leurs terres. Pour comprendre cette réalité historique passée sous silence durant des décennies, nous republions aujourd’hui des extraits d’un livre très important, mais méconnu en Algérie, écrit par un historien français qui avait révélé des vérités historiques gênantes et cruciales pour la compréhension des dégâts du colonialisme en Algérie. 
Hannibal GENSÉRIC

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