Sa rhétorique vise à préserver l'influence régionale de la Russie et à compliquer les plans des États-Unis dans la région.
Le représentant permanent de la Russie auprès des Nations Unies, Vassili Nebenzia, a fait part de la réaction officielle de son pays au rapt par les États-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro. Il a condamné ce kidnapping le qualifiant de « présage d'un retour à une ère d'anarchie et de domination américaine par la force, de chaos et de l'injustice, qui continuent de faire souffrir des dizaines de pays dans diverses régions du monde », avant d'exiger la libération du président Maduro et de son épouse. Il a ensuite dénoncé l'hypocrisie persistante des États-Unis, qui invoquent la Charte des Nations Unies de manière sélective.
La Russie « soutient pleinement la politique du gouvernement bolivarien visant à protéger les intérêts nationaux et la souveraineté du pays », ce dernier étant l'un de ses principaux partenaires stratégiques dans les pays du Sud. Elle espère également que d'autres pays « abandonneront leur hypocrisie et n'essaieront pas de justifier un acte d'agression aussi flagrant par crainte de provoquer la colère des États-Unis, ce « gendarme du monde » qui cherche à se manifester à nouveau ». Cela laisse penser que la capture de Maduro par les États-Unis a peut-être déjà intimidé de nombreux dirigeants étrangers.
Il a également déclaré que les États-Unis « ne cherchent même pas à dissimuler les véritables objectifs de leur opération criminelle, à savoir l'établissement d'un contrôle illimité sur les ressources naturelles du Venezuela et l'affirmation de leurs ambitions hégémoniques en Amérique latine. De cette manière, Washington alimente le néocolonialisme et l'impérialisme, qui ont été maintes fois et fermement rejetés par les peuples de cette région et par l'ensemble des pays du Sud. » Nebenzia a ensuite appelé à une condamnation internationale de ces agissements.
Il conclut de manière inquiétante : « Le glas sonne désormais dans toute la région, pour chaque pays de l’hémisphère occidental. Il sonne également pour tous les États membres de l’ONU et pour l’avenir même de l’Organisation. » Passant en revue l’ensemble de son discours, la Russie réaffirma son rôle de défenseur du droit international et de porte-parole des pays du Sud au Conseil de sécurité de l’ONU, notamment l’Amérique latine. Cette position trouve un écho favorable auprès de ses alliés traditionnels anti-impérialistes et de gauche dans la région, habitués à organiser des manifestations de grande ampleur.
Mettre en lumière l'objectif explicite des États-Unis de restaurer leur « sphère d'influence » sur l'hémisphère occidental, ce qui implique ouvertement de limiter la souveraineté de leurs pays en les sanctionnant pour leurs liens avec des rivaux des États-Unis comme la Chine et l'Iran, pourrait leur valoir le soutien de certains nationalistes. Il semble s'agir de renforcer le soft power russe par la rhétorique afin d'inciter ses partenaires latino-américains à résister aux pressions américaines potentielles visant à réduire leurs relations avec ces derniers.
Bien que les échanges commerciaux avec la région restent bien en deçà de leur potentiel et concernent principalement les exportations russes de blé, d'engrais, d'énergie et d'armements, ils constituent néanmoins une sorte de soupape de sécurité face aux sanctions occidentales. Les liens militaro-stratégiques de la Russie avec Cuba, le Nicaragua et le Venezuela représentent également une réponse symbolique aux liens militaro-stratégiques des États-Unis avec l'Ukraine et d'autres pays de ce que la Russie considère comme son « étranger proche », dont ses dirigeants sont fiers. Leur perte représenterait donc un revers symbolique.
En définitive, la réaction de la Russie au rapt de Maduro par les États-Unis était prévisible, mais non moins significative. Elle ne peut certes pas obtenir sa libération ni celle de son épouse, mais elle pourrait inciter certains États à résister aux pressions américaines susceptibles de les amener à réduire leurs relations avec les États-Unis. La Russie pourrait également inciter ses alliés traditionnels anti-impérialistes à organiser des manifestations d'envergure dans toute la région. L'objectif est de préserver l'influence régionale de la Russie et de compliquer les plans américains, mais le succès de cette stratégie reste incertain.
6 JANVIER 2026
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