vendredi 9 janvier 2026

Somaliland et le projet du « Grand Israël »

Bien plus qu’une simple reconnaissance du Somaliland, « Israël » ourdit, de concert avec ses alliés émiratis, un plan d’expansion régionale. Pour que la vision du « Grand Israël » se concrétise, il est nécessaire d’asseoir sa domination non seulement sur l’Asie occidentale et l’Afrique du Nord, mais aussi sur toute la Corne de l’Afrique.

Tel Aviv's plan to repeat Somaliland Project in southern Yemen - Pars Today

La récente décision de l’entité occupante de « Tel Aviv » de reconnaître le Somaliland comme un État a suscité l’indignation en Afrique et dans une grande partie du monde islamique, et a été condamnée par la plupart des capitales arabes, à l’exception notable d’Abou Dhabi.

La plupart des analystes attribuent cette décision principalement à la volonté d’« Israël » d’utiliser le Somaliland comme base arrière pour une agression contre le Yémen. Certains ont également noté que des responsables du régime sioniste ont exprimé leur intérêt pour un nettoyage ethnique de la population de Gaza et son transfert forcé vers le Somaliland. Bien que ces facteurs influencent manifestement la prise de décision israélienne, ils n’épuisent pas ses calculs stratégiques ; la conspiration est bien plus profonde.

Le 24 novembre 2025, l’influent think tank israélien Institut d’études de sécurité nationale (INSS) a publié un rapport détaillant les avantages et les inconvénients de la reconnaissance du Somaliland. Si le rapport reconnaissait de multiples motivations stratégiques à une telle démarche, il déconseillait finalement d’agir avant que les États-Unis ne l’aient fait.

L’INSS s’était opposé à cette initiative, arguant qu’une telle déclaration isolerait davantage « Israël » dans le cadre des prétendus « Accords d’Abraham », et provoquerait ainsi une vive réaction sur la scène internationale concernant la question de l’État palestinien.

Qu’est-ce qui a donc changé depuis le rapport du think tank israélien ?

Pour comprendre la position israélienne, une telle initiative n’aurait pas été prise si elle avait été perçue comme globalement négative. Au contraire, cette reconnaissance a été accordée de manière publique et provocante. Il est donc nécessaire d’adopter une perspective plus large.

Tout d’abord, le processus de normalisation (les « Accords d’Abraham ») est clairement au point mort, du moins en ce qui concerne les avancées majeures. Le dernier pays à avoir rejoint le mouvement de normalisation mené par l’administration Trump est le Kazakhstan. Pour rappel, Astana avait déjà normalisé ses relations avec le régime sioniste en 1992.

Bien que le président américain Donald Trump ait présenté la déclaration du Kazakhstan comme un événement majeur, cette initiative a été clairement perçue comme une tentative timide de maintenir le projet de normalisation en vie, en l’absence notable de l’Arabie saoudite.

Parallèlement, une entité israélienne de plus en plus désespérée a lancé ce qu’elle appelle les « Accords d’Isaac », un projet de normalisation distinct avec des pays d’Amérique latine qui sont des régimes clients des États-Unis. Autrement dit, les Israéliens n’étaient pas nécessairement en mesure de considérer la reconnaissance du Somaliland comme un obstacle à leur processus de normalisation. En réalité, en affirmant leur influence dans la Corne de l’Afrique, ils peuvent même y voir un progrès, d’autant plus que quelque six millions de personnes se réclamant ethniquement du Somaliland sont musulmanes.

Cette démarche cherche également à affirmer leur domination et à réagir vivement, sur la scène internationale, à la vague de reconnaissances, en septembre dernier, de l’État de Palestine.

Par ailleurs, il est essentiel de souligner que les Israéliens poursuivent actuellement un agenda commun avec les Émirats arabes unis, notamment dans la Corne de l’Afrique et en Afrique du Nord. Le but de cette alliance est de à co-opter les mouvements sectaires et les groupes séparatistes, et à renforcer le pouvoir des seigneurs de guerre afin de remodeler l’ensemble du continent.

Les agendas émiratis et israéliens ne font qu’un à cet égard. Ils sont inséparables et liés à presque tous les niveaux imaginables, à tel point que le véritable chef des opérations de renseignement des Émirats arabes unis est depuis longtemps un certain Mohammed Dahlan, bien connu pour ses liens présumés avec le Mossad et la CIA, notamment en Afrique.

Le Conseil de transition du Sud (CTS), mandataire des Émirats arabes unis au Yémen, s’est emparé des provinces d’Hadramaout et d’al-Mahra, contrôlées par les forces soutenues par l’Arabie saoudite, début décembre, plaçant ainsi sous son contrôle environ 80 % des ressources pétrolières du Yémen. Les militants du CTS ont même été entraînés par Israël. Cette intervention des Émirats arabes unis, qui n’aurait pas pu avoir lieu sans le soutien sioniste, menace désormais la stabilité de la péninsule arabique et a provoqué une vive réaction de Riyad. Alors qu’Israël chercherait, selon certaines sources, à renforcer sa présence militaire près du port stratégique de Berbera, dans la province somalienne du Somaliland, les Émirats arabes unis ont entamé la construction de la base aérienne de Berbera dès 2017, s’assurant ainsi un accès à celle-ci pour une durée de 25 ans. De même, l’alliance israélo-émirienne s’est étendue à l’établissement d’une présence militaire conjointe sur l’île yéménite de Socotra, également stratégique.

On spécule que le Conseil de transition du Sud (STC), soutenu par les Émirats arabes unis et basé au Yémen du Sud, pourrait lancer une offensive visant à s’emparer de la ville portuaire d’Hodeïda, contrôlée par Ansar Allah, probablement avec l’appui aérien israélien. La côte du Somaliland se situe à seulement 300 à 500 kilomètres des territoires contrôlés par Ansar Allah, ce qui rendrait une telle campagne aérienne bien plus facile à gérer que des frappes lancées depuis la Palestine occupée.

Par ailleurs, concernant les intentions d’Israël en Somalie même, il est clair qu’il s’agit d’une manœuvre calculée visant la Turquie. Ankara exerce une influence considérable en Somalie et demeure un fervent défenseur du projet d’une « Somalie unie ». Par conséquent, dans un contexte de fortes tensions régionales, notamment en Syrie, où les forces turques et israéliennes cherchent à étendre leurs zones d’influence et à établir des lignes rouges, la démarche de Tel-Aviv apparaît comme une nouvelle tentative de porter un coup stratégique à Ankara. Ensemble, les Émiratis et les Israéliens sont déterminés à combattre les Frères musulmans et tout gouvernement ou groupe islamique exprimant des préoccupations pour les Palestiniens. C’est pourquoi ils exercent un lobbying intense auprès des gouvernements occidentaux sur ces questions et mènent des campagnes de propagande incessantes contre ce qu’ils appellent « l’islam radical ».

En réalité, les milices soutenues par Israël et les Émirats arabes unis au Yémen sont infiltrées par des combattants liés à Al-Qaïda et des salafistes takfiris extrémistes. La force de combat la plus redoutable du Conseil de transition du Sud (STC), connue sous le nom de Brigades des Géants du Sud, serait dirigée par un noyau de militants expérimentés, d’anciens combattants d’Al-Qaïda. À Gaza, par ailleurs, les Émirats arabes unis et l’Entité sioniste soutiennent également cinq milices supplétives distinctes, soupçonnées d’être liées à l’État islamique.

Les Émiratis et les Israéliens sont de fervents partisans de ces militants salafistes, qui leur obéissent aveuglément et adoptent une doctrine takfir de masse qu’ils utilisent pour justifier les massacres de musulmans. Il s’agit de la même stratégie employée en Syrie par les sionistes, qui ont instrumentalisé des extrémistes wahhabites pour servir leurs intérêts, tout en divisant le monde musulman et en préparant le terrain à leur expansionnisme.

Si l’entité sioniste vise à créer un « Grand Israël », l’idée fausse la plus répandue est qu’elle souhaite occuper directement toute la région située entre le Nil et l’Euphrate. Or, selon sa vision, elle gouvernerait plutôt comme un empire, en nouant des alliances formelles avec des pays morcelés en régimes ethniques et en États croupions confessionnels. Diviser pour mieux régner.

Ainsi, la division de la Somalie, afin d’aider les milices supplétives émiraties à sécuriser un État au Yémen du Sud, s’inscrit parfaitement dans le plan sioniste. Ils tenteront de gouverner ces territoires par le biais de groupes interposés, utilisant leurs marionnettes pour anéantir la cause palestinienne. Dans le cas du Somaliland, s’ils parviennent à leurs fins, ils tenteront certainement aussi de procéder à un nettoyage ethnique de la population de Gaza. Autrement dit, la reconnaissance du Somaliland n’est pas un acte isolé et mineur ; c’est une pièce stratégiquement positionnée sur leur échiquier plus vaste.

Par Robert Inlakesh
7 janvier 2026       Al Mayadeen / Traduction MR

Via : ISM-France

-------------------------------------------------

"Guerre d’usure " menée par l’Arabie saoudite contre les Émirats arabes unis : Aden est la prochaine cible

L’erreur d’appréciation des Émirats arabes unis, qui ont choisi de s’étendre vers l’est au Yémen, a relancé la lutte d’influence, l’Arabie saoudite passant de la gestion des conflits à une réorganisation décisive et rapide du paysage politique.

La question de savoir pourquoi les Émirats arabes unis ont pris le risque d'étendre leur influence dans les régions orientales, que l'Arabie saoudite considère comme vitales pour sa sécurité, sans tenir compte de la réaction de Riyad, continue de préoccuper observateurs et analystes, sans qu'une réponse satisfaisante n'ait encore émergé. Cependant, les premières analyses suggèrent qu'Abou Dhabi a commis une erreur stratégique, misant sur le repli politique relatif du Royaume et sur les multiples pressions régionales auxquelles il est confronté, ce qui pourrait limiter sa capacité à réagir rapidement et fermement à toute action menée contre lui. Il semble également que les Émirats arabes unis aient compté sur la réticence de l'Arabie saoudite à rompre leur partenariat, malgré la multiplication des actions hostiles de leur part, ce partenariat se maintenant grâce au réseau complexe d'accords d'influence qui se sont consolidés au cours de la dernière décennie au Yémen du Sud. Certains observateurs vont même plus loin, considérant que la démarche émiratie s'inscrivait dans une tentative d'imposer un fait accompli sur le terrain avant tout règlement régional ou international lié au projet d'ingénierie au Moyen-Orient promis par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, afin de garantir à Abou Dhabi un levier supplémentaire dans le projet américain plus vaste, que ce soit dans le dossier yéménite ou dans des dossiers régionaux tels que le Soudan, le Somaliland, la Libye et la Syrie.

Toutefois, ces paris n'ont pas résisté au changement d'approche du Royaume, qui est passé d'une politique de gestion des différends à une redéfinition du partenariat et de ses limites, dépassant ainsi les calculs tactiques à court terme. Dans ce contexte, l'Institut royal des affaires internationales (RIIA) souligne que ce qui a poussé le Royaume à agir avec détermination, c'est que les récents événements « ont constitué un tournant humiliant, notamment après l'implication de l'Arabie saoudite dans une guerre dévastatrice au Yémen, durant laquelle elle a été accusée d'avoir supervisé la pire catastrophe humanitaire au monde ». Mais l'institut ajoute que « minimiser l'humiliation saoudienne n'était pas la seule préoccupation de Riyad, car l'émergence d'une autorité séparatiste le long de sa frontière sud, s'étendant sur près de 700 kilomètres, en particulier dans le Hadramaout, qui entretient des liens tribaux, économiques et sécuritaires étroits avec le Royaume, a constitué un véritable choc stratégique pour les décideurs de Riyad ».

Hadramaout : rivalités saoudo-émiraties sur fond de pétrole et de tribalisme Yémen

Ce choc a peut-être incité le Royaume à mettre fin à la présence émiratie dans le sud et à redéfinir sans équivoque les frontières de ses alliés locaux. Dès lors, quiconque refusait de se soumettre à la voie de la « domestication politique » était écarté, voire accusé de trahison, démis de ses fonctions au sein du « Conseil présidentiel » et qualifié de fugitif. Ce fut le cas d'Aidarus al-Zubaidi, chef du « Conseil de transition du Sud », dont le fief dans le gouvernorat d'Al-Dhali fut bombardé. Ce fut un message clair : le Royaume était résolu à enrayer toute velléité séparatiste menaçant son unité sécuritaire et ses frontières méridionales.

Le dialogue anticipé avec le Sud n'est pas tant une mesure de conciliation qu'un outil de pression politique.

Toutefois, la situation ne devrait pas en rester là. L'Arabie saoudite devrait poursuivre son plan, structuré autour de deux axes parallèles et complémentaires : le premier, militaire, voit le déploiement des forces du « Bouclier national » dans les gouvernorats de l'est, avec des signes évidents de leur volonté de se déployer vers les gouvernorats du sud-ouest (Aden, Abyan, Lahj et Al-Dhale'a). Cette stratégie vise à instaurer un nouvel équilibre des forces reflétant les priorités et l'influence directe du Royaume. 

La seconde voie est politique, incarnée par l'invitation lancée par l'Arabie saoudite aux dirigeants du Sud à participer à une conférence de « dialogue global du Sud », dont la date n'a pas encore été fixée. Cette initiative est perçue moins comme une mesure de conciliation que comme un instrument de pression politique visant à redéfinir l'équilibre des allégeances et des influences dans le Sud. De ce fait, le Conseil de transition du Sud (CTS) se trouve aujourd'hui face à un dilemme : soit se soumettre de force aux exigences saoudiennes, notamment après que ses alliés traditionnels, et même des figures importantes du CTS lui-même, se sont empressés de déclarer leur allégeance à Riyad et de manifester clairement leur obéissance politique afin de s'assurer une place dans le nouvel ordre établi ; soit opter pour une confrontation militaire, qui requiert un soutien politique, financier et militaire direct des Émirats arabes unis, lequel ne semble pas, pour l'instant, envisageable sous cette forme.

L'hésitation du Conseil de transition du Sud entre ces deux options témoigne de la désintégration interne rapide qui a affecté sa structure et des graves répercussions de l'effondrement accéléré de ses forces dans le Hadramaout et l'Al-Mahra sur ses bastions occidentaux, où une situation de vulnérabilité militaire accrue s'est rapidement installée. Alors que circulent des informations faisant état de l'intention des forces du « Bouclier de la patrie » de poursuivre leur avancée vers l'ouest après avoir pris le contrôle du gouvernorat de Shabwa, une progression vers le gouvernorat d'Abyan est devenue une possibilité probable, d'autant plus que les dirigeants locaux ont annoncé leur soutien à ce nouvel équilibre.

À Aden, des médias affiliés au Conseil de transition du Sud (CTS) ont diffusé des informations faisant état de possibles frappes aériennes saoudiennes contre des positions stratégiques du CTS. Parallèlement, des rumeurs de frappes saoudiennes visant la région de Gold Mohur ont semé la panique parmi les dirigeants du CTS, poussant le service de sécurité chargé de la protection d'Aidarus al-Zubaidi à abandonner ses postes. Cette situation est survenue après que la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a annoncé avoir chargé Abou Zara'a al-Mahrami, vice-président du Conseil présidentiel et commandant des Brigades salafistes des Géants, d'assurer la sécurité dans la ville. Al-Mahrami était un commandant de terrain important qui avait participé, aux côtés d'al-Zubaidi, à l'expansion militaire et à la prise de contrôle du Hadramaout et d'al-Mahra, avant de quitter les forces soutenues par les Émirats arabes unis.

Par Lokman Abdullah

8 janvier 2026

Source

 

1 commentaire:

  1. Rajouter rabat Caracas et bientôt Bogotá. Paris Washington Londres et Berlin c est déjà acté

    RépondreSupprimer

Les commentaires hors sujet, ou comportant des attaques personnelles ou des insultes seront supprimés. Les auteurs des écrits publiés en sont les seuls responsables. Leur contenu n'engage pas la responsabilité de ce blog ou de Hannibal Genséric. Les commentaires sont vérifiés avant publication, laquelle est différée de quelques heures.