vendredi 28 décembre 2018

Syrie. Le retrait des troupes de Trump n'est pas la paix, c’est une reconfiguration impérialiste


L’appel soudain du président Trump au retrait des troupes américaines de Syrie et d’Afghanistan a laissé de nombreux observateurs en  train de se gratter la tête. Cependant, Trump se présentant comme le « candidat de la paix » est un peu difficile à avaler, même pour les Trumpistes.

En général, il faut se féliciter que les forces américaines quittent la Syrie. Elles y sont illégalement, en violation de la souveraineté de la Syrie, depuis quatre ans. Les troupes américaines quittant ce pays pourraient permettre la conclusion d'un règlement politique après huit ans de guerre.
En ce qui concerne l’Afghanistan, les troupes américaines sont sur le terrain depuis près de 18 ans pour une mission douteuse de «lutte contre le terrorisme». Encore une fois, le retrait de soldats américains de ce pays d'Asie centrale pourrait potentiellement conduire à moins de guerre et à plus de stabilité politique.
La Russie a salué en principe la décision de Trump de retirer ses forces de la Syrie. Cependant, comme l'a noté le ministère russe des Affaires étrangères cette semaine, il n'est pas clair «en quoi consiste la stratégie américaine». La méfiance de Moscou est bien placée.
Il semble y avoir beaucoup de politisation américaine derrière la prise de décision abrupte de Trump. Son appel à «nos garçons à rentrer à la maison» a surpris le Pentagone et de nombreux faucons (et vrais) républicains et démocrates. Ils ont été pris de court par l'ordre de Trump. Cette décision pourrait être motivée, en partie, par le fait que Trump envisage l’élection présidentielle de 2020 et se présente comme le «candidat de la paix» qui tient, superficiellement, sa promesse électorale passée de mettre fin aux guerres américaines à l’étranger.
Cependant, Trump se présentant comme le « candidat de la paix » est un peu difficile à accepter [1]. Quelques jours après son ordre de rappel des troupes de Syrie et d'Afghanistan, il s'est rendu cette semaine de manière inattendue en Irak, où il a rencontré les troupes américaines stationnées sur place ; près de 16 ans après l'invasion illégale par son prédécesseur GW Bush, plongeant ce  pays dans le chaos durant cette occupation illégale et criminelle.
Pour les troupes américaines en Irak, Trump avait fait preuve d’un chauvinisme guerrier, affirmant avoir vaincu les terroristes. «Nous aimons gagner, c’est bien», a-t-il déclaré, comme s'il soulevait, à la mi-temps, une foule de supporters lors d'un match de football.
Trump a annoncé qu'il n'avait aucune intention de retirer les quelque 6.000 soldats américains d'Irak. En fait, il a déclaré que ce pays servirait désormais de base à partir de laquelle de futures attaques pourraient être lancées contre la Syrie et vraisemblablement contre d'autres pays du Moyen-Orient. Apparemment, le gouvernement irakien n’a même pas été consulté sur ce nouveau plan de projection de forces, autrement dit, d’agressions.
Donc, Trump ne fait pas baisser le militarisme américain à l’étranger, comme le pensent, manière craintive ou plutôt effrayante, certains experts. Il ne fait que rationaliser l'impérialisme américain comme une force plus ramassée et plus méchante.
Le mensonge sur les supposées ouvertures de paix de Trump est évident aussi lorsqu’il se vante en disant que la Turquie a pour tâche d’achever «l’État islamique et d’autres groupes terroristes en Syrie». Des groupes terroristes que Washington a secrètement armés pendant huit ans.
Ce qui est attrayant pour cet homme d’affaires devenu président, c’est que l’impérialisme américain est sous-traité à des régimes clients du Moyen-Orient, ce qui évite à Washington d’avoir à déployer des forces américaines dans la région.
Trump ne retire pas ses forces de la Syrie ou de l’Afghanistan pour des raisons de droit international ou de souveraineté. Son retrait est simplement dû à une analyse coûts-avantages, superficielle et sordide, pour l'impérialisme américain.
Un tel calcul grossier est forcément aussi déstabilisant que dans le cas d'une intervention militaire américaine directe. Les troupes turques se préparent déjà à une nouvelle invasion de la Syrie. La décision turque a peu à voir avec l'éradication présumée des groupes terroristes islamistes. Elle a pour but d'écraser les séparatistes kurdes dans le nord-est de la Syrie, parrainés jusqu'à présent par Washington. Les Kurdes sont abandonnés par Trump dans son calcul basé sur le dollar, ce qui pourrait entraîner un conflit plus intense entre la Turquie et les forces gouvernementales syriennes.
Malheureusement, quelques jours après le retrait déclaré des troupes par Trump de la Syrie, Israël a lancé des frappes aériennes à Damas cette semaine [2]. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait prévenu que son pays "comblerait le vide" laissé par le départ des forces américaines en Syrie. Criminellement, les dernières frappes aériennes israéliennes ont apparemment mis deux avions civils en danger en les utilisant comme couverture pour leur attaque sournoise, selon la surveillance militaire russe. Cette violation flagrante rappelle la façon dont le subterfuge israélien a entraîné la destruction d'un avion de reconnaissance russe en septembre au large de la côte syrienne avec la perte de 15 aviateurs.
Les forces américaines n'auraient jamais dû être présentes en Syrie. La prétendue mission de «lutte contre le terrorisme» a toujours été un simulacre, une couverture cynique de l’objectif réel de Washington consistant à déstabiliser la Syrie et à changer son régime, comme cela a été fait, plus ou moins violemment, en Tunisie, en Égypte, en Irak et en Libye. Seuls le Yémen et la Syrie résistent, à des conditions absolument inimaginables.
Il devient évident que Trump rappelle les troupes américaines sans aucune raison de principe liée au rétablissement de la paix, mais davantage à la rationalisation de la projection de la puissance impérialiste de son pays au Moyen-Orient. Le corollaire de ce calcul sordide est la manière dont la Syrie et la région sont et seront encore déstabilisées par les manœuvres américaines.
Trump n’annonce pas la paix. Au contraire, il annonce de nouveaux moyens de l'action criminelle impérialiste américaine qui a saccagé le Moyen-Orient éclairé pendant des décennies. Il n'a pas touché et ne touchera pas aux dictatures les plus sinistres sur terre : Arabie, EAU, Oman,...mais qui rapportent gros à l'ogre insatiable américain. C'est comme cela que Trump et l'Occident aiment l'Arabe, le bon Arabe, avec ses chamelles et ses esclaves, ses Mercedes et ses Rolls-Royce dans le désert.
Le capitalisme américain est « physiquement » câblé pour la guerre. Cela a toujours été ainsi, cela restera  toujours. Aucun président d’un pays aussi dérangé, surtout pas un ancien magnat de l’hôtellerie, ne pourrait se divertir autrement que par la guerre, jusqu'à ce que la guerre détruise les États-Unis..
Hannibal GENSERIC

1 commentaire:

  1. Effectivement la guerre finira par détruire l'ogre. Qui vit par l'épée périt par l'épée. L'ogre ne serait pas vaincu par les armes , mais par sa propre qui deviendrait une monnaie de singe , plus tôt qu'on ne le pense. Lui qui prend l'habitude de dénoncer les accords conclus par ses prédécesseurs, il serait bien gêné quand le accord de "Bretten Woods" seraient dénoncés. Trump annonce à se soldats en Irak qu'il visitait:" j'ai laissé le soin à Israël de faire du bon travail". Le lendemain même les voyous sionistes attaquent la Syrie , perdant 14 missiles sur les 16 lancés. Une bonne leçon qui annonce d'autres plus coriaces quand seront utilisés les S300...

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