jeudi 11 avril 2019

Pourquoi Trump a-t-il dénommé le Corps des Gardes de la Révolution iranien une organisation terroriste ?


Après l’échec de sa tentative de coup d’Etat au Venezuela, l’administration Trump a lancé un autre plan dingue :
On s'attend à ce que les États-Unis désignent l'élite du Corps des gardiens de la révolution iranien comme une organisation terroriste étrangère, ont déclaré trois responsables américains à Reuters, marquant ainsi la première fois que Washington qualifie officiellement les militaires d'un autre pays de groupe terroriste.

La Maison-Blanche vient de faire cette déclaration (pas encore de lien).
Le Corps des gardiens de la révolution islamique fait partie de l’armée iranienne. Il a été fondé après la révolution iranienne de 1979 pour protéger l’État d’un coup d’État mené par l’armée régulière iranienne qui avait servi sous le Shah.
Avec environ 125.000 hommes en temps de paix, le Corps des gardiens de la révolution islamique ne représente qu’environ un tiers de l’effectif militaire régulier de l’Iran. Il a une structure similaire, avec une force terrestre, une branche de la marine et une branche de l’aérospatiale. L’IRCG compte deux autres petites directions générales qui présentent un intérêt en matière de politique étrangère. L’une est la force de missiles qui contrôle les missiles à moyenne portée de l’Iran. L’autre est la Force de Al-Qouds, une unité de la taille d’une brigade d’environ 4.000 hommes entraînés pour des opérations spéciales à l’étranger.
En temps de guerre, la taille du Corps des gardiens de la révolution islamique est environ le triple de celle en temps de paix. Comme l’armée régulière de l’Iran, son personnel est composé de professionnels, de conscrits et de réservistes. La force volontaire Basadji, des paramilitaires locaux qui peuvent être appelés pour des questions de sécurité intérieure, est rattachée au Corps des gardiens de la révolution islamique. Il existe plusieurs fonds de dotation et fiducies de bienfaisance (bonyads) ayant des liens étroits avec les IRGC. Ils possèdent des entreprises commerciales, mais leurs profits sont distribués aux anciens combattants du Corps des gardiens de la révolution islamique, aux veuves et orphelins des soldats décédés.
En 2007, le Trésor américain avait déjà dénoncé la Force d’al-Qouds pour son « soutien au terrorisme ». Il a également sanctionné plusieurs entreprises liées à l’IRGC. Ce que la désignation de l’IRCG dans son ensemble est censé réaliser n’est pas du tout clair. Il pourrait s’agir d’un geste symbolique ou, comme certains le supposent, d’un pas vers une guerre contre l’Iran :
L'ancienne sous-secrétaire d'État et négociatrice en chef pour l'Iran, Wendy Sherman, s'est dite préoccupée par les implications pour les forces américaines.
« On pourrait même se demander, puisqu'il est difficile de voir en quoi c'est dans notre intérêt, si le président ne cherche pas un alibi pour un conflit », a déclaré Sherman, qui est directrice du Center for Public Leadership à la Harvard Kennedy School. « Le Corps des gardiens de la révolution islamique est déjà pleinement sanctionné et cette escalade met en danger nos troupes dans la région. »
Mohammad al Shabani énumère d’autres raisons :
Mohammad Ali Shabani @mashabani - 14:36 utc - 8 avr 2019
INFO. Les suspects habituels ont poussé Trump à désigner l’#IRGC comme OTE. Pourquoi ?
- Fait partie de l'instinct de négociation de Trump
- Pour coincer le prochain président américain sur l'Iran (les démocrates disent qu'ils rejoindront la JCPOA)
- Pour forcer le Liban et l'Irak à choisir entre l'Iran et les États-Unis
- Pour forcer l'Europe à réduire encore ses maigres relations avec l’Iran
- Pour provoquer l'Iran à se débarrasser de la JCPOA
- et, idéalement, pour lancer une confrontation militaire.
Le colonel Pat Lang présume également qu’il s’agit d’une tentative pour provoquer une guerre :
La loi sur le terrorisme (AUMF) a été utilisée à grande échelle comme un permis de chasse pour attaquer tout groupe armé que l'on pourrait même considérer de loin comme un ennemi terroriste. Cette loi antiterroriste rend de telles attaques légales du point de vue étasunien.
L’autorisation d’utilisation de la force militaire (AUMF) est une loi adoptée après l’attaque du 11 septembre 2001 qui autorise le président :
À employer toute « la force nécessaire et appropriée » contre ceux qu'il a déterminé comme ayant « planifié, autorisé, commis ou aidé » les attaques du 11 septembre, ou qui ont hébergé ces personnes ou groupes.
Dans un discours prononcé en octobre 2017, le président Trump a accusé l’Iran d’avoir soutenu et hébergé Al-Qaïda :
Des mandataires iraniens ont formé des agents qui ont ensuite participé à l'attentat à la bombe perpétré par Al-Qaïda contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, et deux ans plus tard, tuant 224 personnes et en blessant plus de 4.000 autres.
Le régime a hébergé des terroristes de haut niveau à la suite des attentats du 11 septembre, dont le fils d'Oussama ben Laden. En Irak et en Afghanistan, des groupes soutenus par l'Iran ont tué des centaines de militaires américains.
Les accusations de Trump contre l’Iran sont fausses.
L’Iran n’a rien à voir avec l’attentat à la bombe au Kenya. Après l’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis, des membres de la famille de dirigeants d’Al-Qaïda ont fui en Iran. Ils ont été assignés à résidence et retenus en otages pour empêcher toutes opérations d’Al-Qaïda contre l’Iran.
Mais les faits n’auront pas d’importance. La désignation de l’IRGC comme « terroriste étranger » rendra probablement l’AUMF pertinente, du moins en vertu du droit américain.
Pat Lang continue :
La désignation officielle de de l'IRGC comme « terroriste », pour une armée de 125.000 hommes dotée de sa propre marine et de sa propre force aérienne, permet aux forces armées américaines d'attaquer l'IRGC et ses hommes où qu'ils se trouvent et dans toutes les circonstances qui peuvent survenir. C'est une déclaration de guerre.
Les imbéciles néoconservateurs (Pompeo, Bolton, Hannah, etc.) peuvent penser que la réaction de l'Iran à cette déclaration de guerre sera de se soumettre à leur volonté, mais je pense que c’est très peu probable. Il est plus probable que le Corps des gardiens de la révolution islamique s’adaptera à la nouvelle réalité et se préparera à une guerre contre les États-Unis.
L’Iran et ses militaires se sont préparés depuis longtemps à une guerre contre les États-Unis. Les militaires ne changeront rien.
La première et probablement la seule mesure de représailles que l’Iran prendra est de désigner l’armée américaine comme une entité terroriste :
« Si les Gardiens de la révolution sont inscrits sur la liste des groupes terroristes aux États-Unis, nous mettrons les militaires de ce pays sur la liste noire du terrorisme à côté de Daesh (État islamique) », a déclaré Heshmatollah Falahatpisheh, le chef du Comité de sécurité nationale du Parlement, sur Twitter.
Jusqu’à présent, l’Iran a fait preuve de retenue chaque fois que les États-Unis ont tenté de l’entraîner dans un combat. Il n’a pas touché aux forces américaines en Syrie et en Irak, même si les États-Unis et Israël ont attaqué des éléments iraniens. Il ne réagira pas militairement à la dernière provocation de Trump.
La désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique et la contre-désignation de l’armée américaine pourraient avoir des conséquences juridiques délicates. Les marins d’un navire de la marine américaine qui pénètre involontairement dans les eaux iraniennes du golfe Persique et se font prendre seront-ils détenus comme terroristes ? Les anciens appelés du Corps des gardiens de la révolution islamique qui souhaitent se rendre aux États-Unis recevront-ils un visa ?
Si les États-Unis attaquent les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique à l’étranger, l’Iran répondra probablement en demandant à ses forces étrangères, comme les milices Hashd al-Shahbi en Irak, d’attaquer les forces américaines à l’étranger.
Si les États-Unis attaquent les forces de l’IRGC à l’intérieur des frontières iraniennes, tous les paris sont ouverts. Il y a beaucoup de bases et d’installations américaines au Moyen-Orient qui peuvent être atteintes par des missiles iraniens.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone.

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