Cet article est un peu long, mais il est essentiel de comprendre les actions étroitement coordonnées menées par la Russie et la Chine, qui témoignent d'un engagement ferme à contrer les mesures américaines visant à punir et isoler l'Iran et Cuba. Commençons par l'Iran… Depuis la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin 2025 (qui s'est achevée par un cessez-le-feu négocié par les États-Unis le 24 juin 2025), la Russie et la Chine ont apporté à l'Iran un soutien diplomatique, économique, militaro-technique et stratégique. Ce soutien a permis à Téhéran de se remettre des frappes contre ses sites nucléaires, ses défenses aériennes et son infrastructure de missiles, tout en renforçant leur alliance au sein de l'« axe » face aux pressions occidentales. Ce soutien, pragmatique plutôt qu'inconditionnel – aucune intervention directe n'ayant été proposée pendant le conflit, ce qui a suscité une certaine frustration chez les Iraniens – s'est intensifié ces derniers mois.
L'information majeure – largement ignorée en Occident – a été la signature du Pacte stratégique trilatéral (signé le 29 janvier 2026), qui établit un cadre global de coordination diplomatique, économique et sécuritaire (mettant l'accent sur la souveraineté, la résistance aux sanctions et la multipolarité ; sans alliance de défense formelle).
La signature a eu lieu lors de cérémonies simultanées à Téhéran, Pékin et Moscou, comme l'ont confirmé les médias d'État des trois pays et comme l'ont rapporté des médias tels que Middle East Monitor, GV Wire et d'autres. Ce pacte représente un renforcement significatif de la coordination entre les trois nations, s'appuyant directement sur leurs accords bilatéraux existants.
Il formalise pour la première fois un mécanisme de coordination trilatérale, liant les trois puissances dans un cadre stratégique commun. Il s'appuie sur les accords bilatéraux que l'Iran avait précédemment signés avec la Russie et la Chine.
Le traité de partenariat stratégique global Iran-Russie de 20 ans (signé le 17 janvier 2025, entré en vigueur en octobre 2025) est axé sur les liens économiques, politiques, de défense et de contournement des sanctions.
L’ accord de coopération global Iran-Chine sur 25 ans (signé en 2021), mettant l’accent sur le commerce, les infrastructures, l’énergie et les projets de l’initiative « la Ceinture et la Route ».
Bien que le texte intégral ait été publié progressivement (des extraits étant encore disponibles début février 2026), les descriptions publiques et les déclarations officielles mettent en évidence les éléments clés suivants :
- Coordination diplomatique — Positions unifiées sur les questions internationales, notamment l’opposition aux sanctions occidentales, le soutien à la multipolarité et le soutien mutuel dans des instances comme l’ONU.
- Résilience économique et coopération — Renforcement des échanges commerciaux (par exemple, exportations d'énergie, mécanismes basés sur le yuan/rouble), contournement des sanctions et projets d'infrastructure (par exemple, développement des liens de l'initiative « Ceinture et Route », participation au corridor de transport Nord-Sud).
- Alignement stratégique et sécuritaire — Coopération militaro-technique, partage de renseignements et exercices conjoints (par exemple, en s’appuyant sur les exercices annuels de « ceinture de sécurité maritime » ; un important exercice naval conjoint impliquant les trois se déroulera dans le golfe d’Oman et le nord de l’océan Indien dans les semaines à venir).
- Souveraineté nucléaire — Accent mis sur le droit de l'Iran au développement nucléaire pacifique et à la résistance à toute ingérence extérieure.
- Pourparlers trilatéraux sur les questions nucléaires et militaires — Y compris des discussions avec l'AIEA et des exercices coordonnés.
- Absence de clause de défense mutuelle — Le texte s'arrête explicitement avant une alliance militaire formelle (contrairement à l'article 5 de l'OTAN), se concentrant plutôt sur la coordination et le soutien mutuel sans obligations de défense automatiques.
Les médias d'État de Téhéran, Pékin et Moscou l'ont décrit comme une « pierre angulaire » d'un nouvel ordre mondial multipolaire. La communication chinoise insiste sur l'opposition à toute « coercition unilatérale », tandis que les médias russo-iraniens le présentaient comme un renforcement de la souveraineté face aux menaces extérieures. Bien que je ne pense pas que la Russie et la Chine s'engageront dans le conflit si l'Iran est attaqué, elles déploient des efforts concertés et substantiels pour garantir que l'Iran puisse se défendre efficacement et contrecarrer les tentatives américaines de changement de régime.
La Russie et la Chine fournissent toutes deux une aide militaire importante à l'Iran, mais la Chine semble jouer un rôle plus prépondérant dans la fourniture d'équipements, tandis que la Russie fournit à l'Iran des renseignements cruciaux. Selon des articles de presse et des preuves photographiques, la Russie a livré des hélicoptères d'attaque Mi-28NE (livraison confirmée début 2026) et probablement des chasseurs MiG-29. La Russie a également envoyé un grand nombre d'avions de transport militaire en Iran, mais aucune information n'a filtré quant à leur contenu. L'hypothèse la plus probable est que la Russie honore ces livraisons d'armes conformément à des contrats antérieurs et en violation des sanctions sur les armes rétablies par l'ONU et l'UE via le mécanisme de réactivation automatique des sanctions prévu par l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA).
La Chine s'est concentrée sur la modernisation du système de défense aérienne iranien en fournissant des systèmes de missiles sol-air HQ-9B (des missiles sol-air à longue portée comparables aux S-300 russes ; les livraisons ont été signalées à partir de juillet 2025, les autorités iraniennes confirmant leur intégration pour compenser les pertes dues aux frappes israéliennes). Par ailleurs, la Chine a déployé des radars de surveillance à longue portée YLC-8B (pour la détection d'avions furtifs comme le F-35) et a expédié des composants de missiles (par exemple, des propergols solides et des systèmes de guidage) afin de reconstruire les chaînes de production de missiles balistiques endommagées pendant la guerre. L'Iran se trouve aujourd'hui dans une position militaire bien plus forte qu'au 13 juin 2025, date à laquelle Israël a lancé son attaque surprise.
CUBA
La Russie et la Chine apportent également un soutien politique, économique, humanitaire, énergétique et matériel important à Cuba, notamment face à la grave crise énergétique et de carburant que connaît l'île, aux pénuries alimentaires et aux difficultés économiques exacerbées par le blocus américain de longue date et les récentes actions américaines sous la présidence de Trump (par exemple, les pressions exercées sur les approvisionnements pétroliers vénézuéliens et mexicains et les menaces de droits de douane sur les pays aidant Cuba).
La Russie et la Chine coordonnent leurs déclarations (toutes deux dénoncent les tactiques « inhumaines » des États-Unis et réaffirment leur soutien lors d'entretiens et de déclarations bilatérales). Elles coordonnent également l'aide qu'elles apportent à Cuba : la Russie privilégie la fourniture directe de pétrole et de carburant, tandis que la Chine apporte à Cuba une aide financière, en énergies renouvelables et alimentaire. Il n'existe pas de mécanisme trilatéral formel comme celui signé avec l'Iran, mais les deux pays présentent leur soutien comme une réponse aux pressions américaines dans l'hémisphère occidental. Ce soutien est continu et répond aux besoins urgents de Cuba (rationnement de carburant, coupures d'électricité, pénurie alimentaire). Les livraisons et les projets se poursuivent malgré les menaces américaines, les deux pays insistant sur le caractère humanitaire et souverain de cette coopération.
Le soutien de la Russie
La Russie met l'accent sur la solidarité , le soutien politique et l'aide matérielle et énergétique concrète , la présentant comme une opposition aux mesures « étouffantes » des États-Unis. L'aide russe comprend les éléments suivants :
Aide énergétique (pétrole et carburant) : La Russie se prépare à livrer du pétrole brut et des produits pétroliers à Cuba « dans un avenir proche » au titre de l’aide humanitaire . L’ambassade de Russie à La Havane l’a confirmé à Izvestia. La Russie a effectué sa dernière importante livraison en février 2025 (100.000 tonnes de pétrole brut dans le cadre d’un prêt d’État de 60 millions de dollars approuvé par Poutine). Le Kremlin (par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov) indique être en contact permanent avec La Havane pour discuter des modalités d’assistance et qualifie la situation énergétique de Cuba de « critique ». Le vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov (13 février 2026), a confirmé que la Russie fournissait une aide matérielle, notamment des approvisionnements déjà en cours d’expédition.
Soutien politique et diplomatique : Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov (entretien téléphonique avec son homologue cubain, Bruno Rodríguez Parrilla, le 2 février 2026), a réaffirmé la position de principe de la Russie, selon laquelle toute pression économique et militaire sur Cuba est inacceptable, et a réitéré son engagement à maintenir un soutien politique, matériel et financier. La Russie condamne régulièrement le blocus américain, s’oppose à toute intervention militaire et exprime sa solidarité avec Cuba (et le Venezuela). L’ambassadeur Viktor Koronelli a déclaré que la Russie « n’abandonnera pas Cuba ».
Liens historiques/à long terme : La Russie a effacé environ 90 % de la dette cubaine de l'ère soviétique (environ 32 milliards de dollars) en 2014. La coopération en cours comprend le commerce, les échanges scientifiques/universitaires et les accords énergétiques passés.
Le soutien de la Chine
La Chine s'est positionnée comme un partenaire stratégique majeur, privilégiant l'aide humanitaire , les infrastructures énergétiques , la sécurité alimentaire et la coopération en matière de dette et d'investissement (Cuba est partenaire de l'initiative « la Ceinture et la Route »). Le récent plan d'aide d'urgence (approuvé par Xi Jinping en janvier 2026) prévoit une aide financière de 80 millions de dollars (en euros) pour l'achat de matériel électrique et la satisfaction d'autres besoins urgents, notamment pour contribuer à la résolution de la crise énergétique (des coupures de courant affectant plus de 60 % du pays). La Chine a également fait don de 60 000 tonnes de riz en urgence (une première livraison d'environ 4 800 tonnes est arrivée en janvier 2026 ; le reste suivra dans les mois suivants) afin de garantir la sécurité alimentaire.
La Chine renforce également son soutien, s'appuyant sur des engagements antérieurs. Elle avait déjà aidé Cuba dans le cadre de projets d'énergie photovoltaïque (solaire) de 200 MW et, récemment, a livré 5 000 kits de panneaux solaires pour des foyers isolés (une nouvelle société d'exécution a été créée en partenariat avec le ministère cubain du Commerce extérieur). Peu après l'enlèvement du président vénézuélien Maduro, la Chine, dans le cadre d'un programme d'urgence, a livré 30 000 tonnes de riz (premières livraisons prévues en janvier 2026). Ces dons s'ajoutent à ceux déjà effectués : lampes solaires, matériaux de toiture, matelas et groupes électrogènes.
Face aux efforts américains pour asphyxier économiquement Cuba, la Chine soutient le pays dans les négociations de restructuration de sa dette (bancaire, financière et d'entreprise). Cuba est également intégrée au système de paiement chinois CIPS et l'utilisation du yuan dans ses échanges commerciaux s'intensifie (prévue pour 2025). La Chine contribue ainsi à réduire la dépendance de Cuba au dollar américain. Elle apporte également son soutien à Cuba dans les domaines suivants : biopharmacie (par exemple, transferts de technologie pour la production d'aspirine), transformation numérique (programme Phase 4), projets de télévision haute définition, exploitation minière, exploration pétrolière, relance de l'industrie sucrière et énergies renouvelables (la Chine investit dans le solaire pour aider Cuba à atteindre 25 % d'énergies renouvelables d'ici 2030).
Le soutien apporté par la Russie et la Chine à l'Iran et à Cuba adresse un message clair à Donald Trump et aux pays du Sud : la Russie et la Chine mettent en place une nouvelle infrastructure financière et sécuritaire destinée à immuniser ces pays contre la coercition et les menaces américaines. Elles ne se contentent pas de belles paroles de solidarité ; elles les traduisent en actes concrets sur les plans économique, diplomatique et militaire. Les fondements de l'hégémonie américaine s'effritent.
Larry C. Johnson • 14 février 2026 source
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