mercredi 25 février 2026

Les États-Unis, c’est le camp du bien…de la barbarie à la décadence, sans civilisation.!

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation. » (Oscar Wilde).


Chaque fois que je critique les États-Unis, ce qui m’arrive souvent, j’ai droit à une volée de bois vert de gens qui considèrent que c’est une offense au « petit gars de Géorgie… venu mourir en Normandie » chanté jadis par Michel Sardou. C’est une ineptie ; j’ai un respect total pour les morts de toutes les guerres. Mais le passionné d’histoire contemporaine que je suis en a assez des leçons de morale émanant du « camp du bien » : ceux qui n’ont à la bouche que « la barbarie nazie » et qui nient le Goulag et les 100 millions de morts au communisme ; ceux qui agonisent Franco et Pinochet mais jamais Staline, Mao-Zédong, Pol-Pot, ou Castro (!!!) ; ceux qui fustigent Poutine mais seraient prêts à canoniser le mafieux Zelensky ; ceux qui, enfin, voient dans les États-Unis les défenseurs du monde libre.

Pour ma part, je pense des Américains ce qu’en disait Oscar Wilde : c’est un peuple barbare et décadent. Un peuple auquel je ne pardonne pas, entre autres monstruosités, Hiroshima, Nagasaki, et préalablement, les bombardements massifs sur les populations civiles de Tokyo.
Rappelons les faits, pour (tenter de) comprendre pourquoi, pour les bien-pensants, certains crimes seraient moins graves que d’autres. Personnellement, je n’ai toujours pas compris !

Le 6 août 1945, un bombardier « B-29 » piloté par Paul Tibbets, baptisé « Enola Gay » (1) décolle, avec une bombe atomique de 15 kilotonnes. À 8 h 16, la bombe explose sur Hiroshima, à 587 mètres, au dessus de l’hôpital Shima, au cœur de la cité. L’explosion, équivalant à… 15.000 tonnes de TNT, rase la ville ; 75.000 personnes sont tuées sur le coup. Il s’agit de civils : hommes, femmes, enfants, vieillards et des malades de l’hôpital Shima. Trois jours plus tard, le 9 août, le « B-29 » « Bockscar », largue une autre bombe atomique sur Nagasaki. Cette bombe était au plutonium, de 21 kilotonnes, différente de celle d’Hiroshima. Elle sera moins meurtrière ; 35.000 habitants seront tués. Là encore, il s’agissait d’une population civile et non d’objectifs militaires (2).

Préalablement, il y eut une très longue série de raids meurtriers sur la population de Tokyo :
Les planificateurs militaires estimaient que des bombardements incendiaires sur les six plus grandes villes du Japon pourraient causer la perte de 7,6 millions de « mois-homme » de travail. Ils estimaient aussi que ces attaques tueraient plus de 500.000 personnes, feraient environ 7,75 millions de sans-abris et entraîneraient plus de 3,5 millions d’évacuations. Fort de ces données, le général Curtis Lemay, commandant le « XXI Bomber Command », décidait d’abandonner les bombardements de précision pour passer aux bombardements de zone ; et tant pis pour les civils !

Les préparatifs des raids incendiaires contre le Japon ont commencé bien avant mars 1945. En 1943, les USA testent l’efficacité de leurs bombes incendiaires sur des « villes-types » allemandes et japonaises. Ces essais démontrent que les bombes incendiaires « M-69 » sont très efficaces pour déclencher des incendies incontrôlables. Ces armes utilisent du napalm. Une fois la bombe au sol, un détonateur allume une charge qui pulvérise d’abord le napalm contenu dans l’arme, puis l’enflamme.

Le 25 février 1945, une armada de 172 « B-29 » arrive au-dessus de Tokyo. L’attaque détruit 28.000 bâtiments. C’est le raid le plus important du « XXI Bomber Command » et le plus destructeur. Curtis Lemay juge qu’il démontre l’efficacité des bombardements incendiaires à grande échelle. Il décide de retirer toutes les armes des « B-29 », à l’exception de celles en queue de l’appareil, afin de réduire le poids des avions et d’augmenter la charge de bombes pouvant être transportée. Les « B-29 » impliqués dans les raids sur Tokyo vont transporter deux fois leur charge de bombes habituelle.

Le 8 mars, Lemay donne l’ordre de mener une attaque incendiaire sur Tokyo la nuit suivante. Baptisé « opération Meetinghouse », le raid vise une zone au nord-est de Tokyo, de 6,4 km de long sur 4,8 km de large. Cette zone, coupée par la rivière Sumida, comprend des quartiers peuplés de travailleurs et d’artisans. Avec une population d’environ 1,1 million d’habitants, c’est l’une des zones urbaines les plus densément peuplées au monde à cette époque.

La zone est très vulnérable aux bombardements incendiaires, car la plupart des bâtiments sont construits en bois ou en bambou, et sont proches les uns des autres. Les premiers bombardiers portent des bombes « M47 » (au napalm) ; les vagues suivantes sont chargées de grappes de bombes incendiaires « M69 ». Les avions sont environ 300 (3). Les premiers « B-29 » arrivent au-dessus de la ville le 9 mars peu avant minuit. L’attaque sur Tokyo commence le 10 mars à 0 h 8 (heure locale).

C’est le début d’un des plus grands massacres commis sur des populations civiles !
Les bombes « M47 » déclenchent des incendies en forme de « X », qui servent à diriger les attaques du reste de l’armada. À mesure que les incendies se propagent, les bombardiers attaquent les parties non encore touchées de la zone cible. Richard Baile, un pilote, déclare qu’il « peut presque lire un papier dans le cockpit », grâce à la lumière des incendies mais que ceux-ci provoquent de fortes turbulences. Maynard David, un bombardier, se souvient que « lorsque les portes de la soute se sont ouvertes, l’avion s’est rempli de fumée et nous avons senti l’odeur horrible des corps qui brûlaient… On ne pouvait qu’imaginer ce qui se passait en dessous de nous ». Certains équipages sont obligés de recourir à leurs masques à oxygène pour contrer les fumées et l’odeur des morts.

Le raid dure moins de trois heures. Au total, 279 « B-29 » ont attaqué Tokyo, larguant 1.510 tonnes de bombes. Les artilleurs japonais réussiront à abattre 12 « B-29 » et en endommagent 42. Les pertes américaines s’élèveront à 96 aviateurs tués ou disparus, et 6 blessés.

Trente minutes après le début du raid, la situation a échappé au contrôle des pompiers. Plus de 125 pompiers et 500 gardes civils sont tués. 96 camions de pompiers sont détruits. Poussés par un vent très violent, les nombreux petits incendies s’agrègent pour devenir des tempêtes de feu qui vont progresser rapidement vers le nord-ouest, détruisant tout sur leur passage. Une heure après le début de l’attaque, la majeure partie de l’est de Tokyo est détruite ou en proie à des incendies d’une extrême violence, avec des chaleurs atteignant par endroit 980°. Les habitants fuient en masse dans les rues, mais les incendies sont tellement violents qu’ils asphyxient des milliers de personnes. La chaleur intense fait que les vêtements s’enflamment sans avoir été en contact des flammes. La fuite est compliquée par la fumée, qui réduit la visibilité à quelques mètres, et par des murs de flamme qui coupent des rues entières. Des habitants cherchent à se réfugier dans les canaux. Leur fuite éperdue cause énormément de morts par bousculades.

La zone visée par les bombardiers n’offre aucun abri. Des milliers de personnes se réfugient dans des bâtiments en dur, des écoles ou des théâtres. Or, même si ces constructions restent debout, la chaleur et la fumée tuent ceux qui s’y sont réfugiés. Plus d’un millier de personnes vont mourir dans la piscine d’une école dont une tempête de feu fait bouillir puis évaporer l’eau qu’elle contenait.

Les incendies se poursuivent jusque dans la matinée du 10 mars. Puis, les pompiers, policiers et soldats recherchent des survivants dans les décombres. Les sans-abris sont hébergés dans d’autres quartiers de la ville. Plus d’un million de personnes quitte Tokyo au cours des semaines suivantes.

Après le raid, 79.466 corps ont été retrouvés. D’autres ne le seront jamais. Le directeur des services de santé de la ville parle de 83.600 tués et 40.918 blessés. Les pompiers de Tokyo ont, eux, estimé le nombre de victimes à 97.000 morts et 125.000 blessés. Après la guerre, l’USA ont admis 87.793 morts et 40.918 blessés. La majorité des victimes étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. En 2011, le Mémorial aux victimes rendait hommage à 105.400 personnes tuées lors du raid (4). Comme de nombreux corps n’ont jamais été retrouvés, le nombre de victimes est forcément supérieur à ce chiffre. Les bombardements ont causé des destructions massives. 267.171 bâtiments ont été détruits, soit un quart des constructions de Tokyo, laissant en gros un million de sans abris. 41 km2 ont été complètement détruits par les incendies. Ce bilan fait du bombardement du 10 mars 1945 le plus meurtrier et le plus destructeur de toute la seconde guerre mondiale. Il dépasse les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Mais bizarrement personne n’en parle.

De nouvelles attaques incendiaires seront menées contre Tokyo. La dernière dans la nuit du 25 au 26 mai implique 502 avions qui larguent 3252 tonnes de bombes incendiaires.

Le général Curtis Lemay, un grand humaniste je suppose, se félicitera du résultat en disant : « Les Nippons doivent être brûlés, bouillis ou cuits à mort » ; quel humour !

Pour moi, l’« opération Meetinghouse » est un crime de guerre. C’est aussi l’avis du général Lemay qui déclarera plus tard : « Tuer des Japonais ne me dérangeait pas… Je suppose que si j’avais perdu la guerre, j’aurais été jugé comme criminel de guerre… Mais toute guerre est immorale et si cela vous dérange, vous n’êtes pas un bon soldat… ». Avec ce genre d’arguments, on peut tout excuser !

L’usage de bombardements massifs sur des civils va se poursuivre ensuite, pendant la guerre de Corée (1950-1953), puis celle du Vietnam (1955-1975), mais aussi dans des conflits plus récents. En Corée, les bombardiers américains déversent 635.000 tonnes de bombes (dont plus de 32.000 tonnes de napalm) sur la Corée du Nord. Selon l’historien Bruce Cummings, les USA ont « bombardé le Nord pendant trois ans sans se soucier des victimes civiles… Avec l’utilisation généralisée et continue de bombes incendiaires (principalement au napalm)… ».

Or la Corée du Nord n’avait pas les capacités industrielles de l’Allemagne ou du Japon. Ces raids se contentaient de tuer des civils et de détruire des infrastructures sans influencer réellement le cours de la guerre. L’architecte de la campagne de bombardements contre la Corée du Nord n’était autre que… le général Curtis Lemay, qui avait si bien œuvré au Japon. Égal à lui-même, il dira : « On a tué quoi, 20 % de la population de la Corée du Nord. Tout le monde trouvait ça normal… ». Pour les Américains, la peau des autres compte peu !

Pendant la guerre du Vietnam, les USA vont lancer plusieurs campagnes de bombardements aériens : les opérations vont se succéder sans produire de résultats militaires significatifs, mais elles feront beaucoup de victimes civiles et dégraderont fortement l’image des États-Unis dans le monde.

L’usage des bombardiers contre des populations civiles va se poursuivre durant les décennies suivantes. Pendant les attaques de l’OTAN sur la Yougoslavie en 1999, Les Américains emploient des armes à sous-munitions et tuent entre 500 et 2000 civils. Pour eux, c’est du bricolage !
Coluche, dans un sketch, suggérait qu’en cas de conflit, il valait mieux s’engager dans l’armée car les guerres tuent plus de civils que de militaires.

Et pourtant, quand j’ose écrire qu’entre 1940 et 1945, dans notre pays, les bombardements anglo-américains et les purges des FTP communistes à la Libération, ont tués trois fois plus de civils que les Boches, je me fais insulter par les bien-pensants.

Or je n’y peux rien, c’est la triste vérité ; les chiffres sont connus et ils sont formels !

Eric de Verdelhan

22 février 2026    Source

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