jeudi 12 décembre 2019

La campagne américaine pour affaiblir « l’axe de résistance » et l'Iran est en échec


Lorsque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été inculpé de plusieurs crimes, nous avions prédit qu’il deviendrait plus dangereux :
Netanyahu se battra bec et ongles pour gagner et conserver son immunité. Il essaiera de délégitimer le juge et il utilisera toutes les astuces disponibles pour rester en fonction.

Cela le rend encore plus dangereux qu'il ne l'est habituellement.

Il pourrait même décider de faire quelque chose, comme commencer une grande guerre, pour empêcher son éviction du pouvoir.

Le Liban, la Syrie et l'Iran doivent faire attention.

Maintenant, l’ancien agent et diplomate du MI6, Alastair Crooke, détecte une nouvelle tentative israélienne pour déclencher une guerre contre l’Iran :
"Il s'agit d'une opportunité historique", a chuchoté cette semaine un des proches de Netanyahu à Ben Caspit - un grand journaliste israélien : ...
Quelle sorte d'histoire cela pourrait-il être ? Pourquoi six mois ? Eh bien, Caspit le souligne : «Les fidèles de Netanyahu, dirigés par le ministre Yuval Steinitz, déclarent clairement qu’une guerre généralisée est susceptible d’éclater au cours des six prochains mois entre l’Iran et ses adversaires dans la région, y compris Israël». Et le nouveau ministre de la Défense, Bennett, menace l'Iran presque quotidiennement.
"Peut-être que Netanyahu a simplement besoin d'une guerre avec l'Iran pour survivre politiquement", a déclaré l'un des dirigeants Bleus et Blancs à Caspit : "C'est effrayant et dangereux ...".
Il n’y a rien de nouveau à cela pourrait-on nous rétorquer. Netanyahu a depuis des années comploté pour déclencher une guerre américaine contre l’Iran. Mais jusqu’à présent, il n’y avait aucune raison pour que les États-Unis en fassent une. La guerre a besoin d’un narratif, d’une histoire qui peut être vendue aux gens qui devront payer pour cela. Crooke en voit une possible dans les récentes émeutes en Iran et ailleurs :
Eh bien, voici le narratif : «Pendant longtemps, il semblait que la propagation de l'influence iranienne à travers le Moyen-Orient était imparable. Maintenant, toute l'entreprise d'hégémonie iranienne est en danger. Des manifestations se déroulent en Irak et au Liban depuis des semaines, mettant leurs économies à l'arrêt et forçant leurs premiers ministres, adoubés par l'Iran, à démissionner. Il n'y a pas de fin en vue pour les manifestations… ».
Et par conséquent, la poussée israélienne - dirigée par le nouveau ministre de la Défense, Bennett, qui prétend que c'est maintenant - précisément - le moment pour les États-Unis d'agir contre l'Iran. Ceci est le narratif pour la guerre.
L’idée est donc que les turbulences actuelles dans les pays de «l’axe de la résistance» – Liban, Syrie, Irak et Iran – ont tellement affaibli l’Iran qu’il peut être attaqué.
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Mais un regard sur chacun de ces pays montre que la véracité du récit est douteuse.
Le Liban traverse une crise monétaire parce que les États-Unis ont sanctionné les envois de fonds des expatriés – environ 8 milliards de dollars par an – vers le pays. Cela a déclenché l’effondrement d’un stratagème frauduleux, utilisé par les riches au Liban, pour augmenter la dette publique tout en canalisant l’argent de l’État, via la Banque centrale du Liban, dans leurs propres poches :
La Banque du Liban a émis des bons du Trésor à des taux d'intérêt très élevés ; la majeure partie de cette dette a été achetée par d'autres banques libanaises. Jad Chaaban, professeur à l'Université américaine de Beyrouth, a découvert que «des individus étroitement liés aux élites politiques contrôlent 43% des actifs du secteur bancaire commercial libanais». Il a également calculé que, pour prendre un exemple, la famille Hariri avait gagné 108 millions de dollars entre 2006 et 2015 sur les intérêts de la dette publique.
L’idée derrière les sanctions américaines était de nuire économiquement au Hezbollah, de déclencher une guerre civile contre lui et de l’évincer du gouvernement libanais. Mais le plan a échoué. Alors que la livre libanaise a perdu quelque 40% de sa valeur, le Hezbollah a augmenté le salaire de ses militants :
Aujourd'hui, aucun citoyen libanais n'est en mesure de disposer de sa propre épargne, ou des actifs de son entreprise dans les banques, en raison de restrictions sur les retraits et d'un «contrôle des capitaux» efficaces. Seuls de petits montants peuvent être livrés aux titulaires de compte - environ 150 à 300 $ par semaine dans un pays où les paiements en espèces prévalent. Personne n'est autorisé à transférer un montant à l'étranger, sauf pour les frais universitaires ou les demandes spéciales d'importation de biens de première nécessité.
Cependant, le Hezbollah, la principale cible américano-israélienne, n'a pas été affecté directement par les sanctions américaines et par les nouvelles restrictions financières. Les militants ont été payés, comme c'est le cas mensuellement, en dollars américains avec une augmentation de 40% (en raison de la dévaluation de la monnaie locale) avec les compliments de «l'Oncle Sam».
Comme de nombreuses banques et industries syriennes ont utilisé le système bancaire libanais, la crise monétaire au Liban a également entraîné une forte baisse de la livre syrienne. C’est un problème pour la Syrie, mais ses alliés aideront à en atténuer les effets.
Les sanctions américaines contre le Liban n’ont pas eu l’effet souhaité. Il n’y aura pas de guerre civile contre le Hezbollah. Celui-ci, et son arsenal de missiles, qui agit comme dissuasion contre Israël, sont toujours prêts.
Les manifestations en Irak sont authentiques et ont fait tomber le gouvernement. Mais les tentatives des États-Unis pour les utiliser contre les Forces de mobilisation populaire (al-Ḥashd ash-Shaʿbi), créées en 2014 par l’Iran pour vaincre État islamique, échouent également. La position américaine en Irak est faible. Elle ne peut pas concurrencer l’influence de l’Iran :
Le président Barham Salih a entamé des pourparlers, immédiatement après la démission d'Abdul-Mahdi, avec différents blocs politiques. Le général iranien Qassim Soleimani, chef de la force d'élite iranienne Quds et architecte de son appareil de sécurité régional, est également venu à Bagdad pour rencontrer des responsables clés.
Les bases militaires américaines en Irak subissent de plus en plus d’attaques.
De sincères protestations contre la hausse des prix du carburant en Iran ont été suivies un jour plus tard par des attaques déclenchées prématurément par des groupes clandestins contre les infrastructures et les banques du pays. L’Iran a immédiatement réagi pour les éliminer. Comme Crooke le décrit :
Les forces de sécurité ont réagi militairement - arrêtant et tuant de nombreux insurgés. Et oui - Internet a été fermé. Mais pas l'internet iranien - seulement l'internet mondial. Ainsi, l'équivalent iranien de WhatsApp et Telegraph, et les chaînes d'information iraniennes étaient toujours accessibles - bien que l'internet mondial ne l'était pas. La colère déclenchée à l'étranger par la fermeture de l'Internet externe reflète peut-être la surprise et l'irritation que l'Iran ait cette capacité. Probablement, ce n'était pas une capacité que l'Iran était censé posséder.
Que se passait-il donc ? Le gouvernement iranien, semble-t-il, avait déjà eu connaissance de plans visant à organiser des attaques de «militants», dans le cadre d’un plan de perturbation - établi et financé à l’extérieur. Mais le plan d'origine indiquait que ces actions auraient lieu au début de l'année prochaine.
Ce qui semble s’être produit, c’est que lorsque les manifestations de hausse de carburant ont commencé, ces «militants» ont reçu le feu vert pour «saisir le moment». En d'autres termes, ils ont activé prématurément tous leurs plans pré-préparés. C'était exactement ce que les forces de sécurité iraniennes voulaient et avaient cherché. Cela leur a permis de «déjouer» le complot et d'arrêter ou de tuer les chefs de file.
La construction du réseau clandestin d’insurgés en Iran a dû prendre des années. Cela a probablement été fait par la CIA en collaboration avec la secte MEK. Les militants étaient censés être dirigés, comme les émeutiers de Hong Kong, via des services de messagerie Internet. Lorsque ces lignes de commandement et de contrôle ont été coupées, les services de sécurité iraniens n’ont eu, comme nous l’avions prédit, aucun problème pour éliminer les groupes militants.
Les États-Unis ont tout essayé contre l’Iran, sauf mener une guerre pure et simple. Mais leurs plans contre l’Iran et ses amis échouent partout.
Vendredi, la campagne de pression des États-Unis contre l’Iran a fait l’objet d’une conférence de presse du Département d’État au cours de laquelle Matt Lee de Associated Press a contesté l’affirmation du secrétaire adjoint Schenker selon laquelle la campagne était un succès :
Secrétaire adjoint Schenker : Les Iraniens ont souvent, ou ont certainement dans le passé, pris des mesures agressives lorsqu'ils se sentent sous pression. On le voit dans la réponse, par exemple, à la campagne de pression maximale qui a fonctionné au cours des mois. Au cours des cinq ou six derniers mois, l'Iran est devenu de plus en plus agressif. C'est une trajectoire, vraiment, où ils ont d'abord augmenté le rythme opérationnel des Houthis contre les Saoudiens, puis augmenté la rhétorique et fait monter la température en Irak contre le personnel américain, passant, de là, à saborder des bateaux à Fujairah, puis à les kidnapper, puis à tirer et abattre les drones américains dans l'espace aérien international, et plus récemment Abqaiq, visant directement avec leurs propres missiles les installations pétrolières saoudiennes. ...
Question : Et vous semblez suggérer dès maintenant que la campagne de pression maximale est un succès car elle a entraîné une plus grande agression iranienne et abattu des drones américains.
Secrétaire adjoint Schenker : Moi ? non.
Question : Eh bien, si -
Secrétaire adjoint Schenker : C'est peut-être ce que vous avez déduit.
Question : Non, non, non, c'est - c'est comme ça, eh bien, non, je pense que c'est comme ça  -
Secrétaire adjoint Schenker : La campagne de pression fonctionne. Ils sont clairement sous pression, ils ont peur, et ils se déchaînent. Ils sont aussi -
Question : Oui, mais si c'est ça un succès, je veux dire -
Secrétaire adjoint Schenker : Ils connaissent également une croissance négative à deux chiffres.
Question : Très bien, et alors ...
Secrétaire adjoint Schenker: Les gens dans les rues protestent contre le régime pour sa corruption et sa mauvaise gestion économique -
Question : Oui, mais il y a sûrement -
Secrétaire adjoint Schenker : ... pour avoir dépensé tout l'argent du peuple iranien dans des milices à l'étranger, comme dans -
Question Sûrement le critère - sûrement le critère du succès de la politique américaine, sa politique étrangère n'importe où, pas seulement avec l'Iran, c'est que le pays - l'autre pays soit moins agressif et moins susceptible d'abattre des drones américains ou d'attaquer des bases américaines ou de menacer -
Secrétaire adjoint Schenker : Il y a - non, Matt, il y a - pour être juste, là - les choses empirent parfois avant de s'améliorer en ces termes.
Les États-Unis surestiment constamment leurs capacités à mettre l’Iran à genoux. Alors que le PIB de l’Iran baisse par manque de ventes de pétrole, l’économie interne est florissante et l’emploi est en hausse alors que les importations sont remplacées par la production locale :
La hausse du dollar apporte un grand changement dans la structure des prix en Iran, ouvrant des opportunités substantielles pour une production rentable dans les secteurs non pétroliers qui emploient 99% de la main-d'œuvre. Ce sont ces secteurs qui sont submergés par des importations bon marché lorsque les revenus pétroliers abaissent leurs prix.
Ainsi, à contrario, et comme le disent les manuels économiques, lorsque les revenus du pétrole baissent et que les prix des importations augmentent, la demande passe des produits étrangers aux produits domestiques, encourageant les entreprises à embaucher des travailleurs et à accroître la production. Par exemple, lors de mes précédentes visites en Iran, j'aurais peut-être acheté une boîte de céréales Kellogg parce qu'elle avait meilleur goût que la marque iranienne et n'était que deux fois plus chère. Mais l'été dernier, la dévaluation ayant augmenté le ratio des prix à quatre ou cinq, j'ai décidé d'acheter la marque iranienne. Étonnamment, elle avait meilleur goût, soit parce que la qualité s'était améliorée, soit parce que les prix déterminent le goût des habitants d'Ispahan !
L’inflation en Iran, causée par les sanctions américaines, revient à des niveaux supportables. Le nouveau budget du gouvernement devrait dépendre pour moins de 10% des ventes de pétrole :
Rouhani a déclaré au Parlement que le budget de 4 845 milliards de rials, soit 36 milliards de dollars au taux actuel, avait été conçu pour aider le peuple iranien à surmonter les difficultés. ...
Rouhani a déclaré qu'en dépit des sanctions américaines, son gouvernement s'attendait à gagner près de 455 milliards de rials - 3,4 milliards de dollars - grâce aux exportations de pétrole.
Mais il a également déclaré que l'économie iranienne non pétrolière serait "en croissance" l'année prochaine.
Alors que l’Iran et ses alliés sont sous pression, ils ne risquent certainement pas de s’effondrer. Le narratif israélien pour une guerre est frauduleux.
2015-05-21_11h17_05Netanyahu peut vouloir une guerre, ne serait-ce que pour éviter la prison. Mais la guerre n’est pas populaire aux États-Unis et Trump n’en déclenchera pas une au cours d’une année électorale.
Ce dont Trump a besoin, c’est d’une sortie de son agression ratée contre l’Iran. Il a besoin de pourparlers avec l’Iran mais le pays insiste sur le fait qu’il doit d’abord lever les sanctions.
Je m’attends à ce qu’il ne le fasse qu’après sa réélection.
Par Moon of Alabama − Le 9 décembre 2019

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